Chapitre 6 : Décisions (2/6)

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— En quoi consistait cette affaire à Pierre-à-Pic ? demanda le nain pour faire la conversation.

— Vous savez qu’ils vendent des sculptures ? Leurs œuvres n’ont rien de particulier à mon avis, même si leurs artisans se vantent d’avoir appris le travail de la pierre avec un professeur nain. Mon père s’est cependant entiché de leur travail et voulait leur proposer quelques-unes de ses idées pour extraire plus facilement le marbre et autres matériaux de base.

— Qu’est-ce que ça a donné ? intervint Matt, qui tentait de raccrocher à leur conversation.

— Au départ l’administrateur local a eut l’air très intéressé. Mais quand j’ai commencé à aborder la question des coûts et de l’approvisionnement en magicytes de terre, il m’a dit que ce ne serait jamais possible. Quel vieil idiot, il pouvait gagner beaucoup de temps avec ces projets ! Nous aurions pu décupler leur production, sans parler de la façon dont ils s’épuisent avec leurs simples pioches !

Thuran hocha la tête, tâchant d’avoir l’air compréhensif. Mais il était évident qu’une petite bourgade isolée ne pourrait jamais rentabiliser des structures telles que celles envisagées par Erik. Le jeune homme vivait dans un autre monde.

— Qu’est-ce que tu fais à Rosépine alors ? demanda Matt. On n’est pas sur la route la plus directe pour rentrer chez toi il me semble.

— C’est vrai, acquiesça Erik, mais avant qu’on se mette en route nous avons reçu un message de mon père qui nous disait de venir ici. Nous devions rattraper la caravane marchande pour Frerilan, « Vous traverserez ainsi les terres sauvages avec une escorte renforcée » qu’il disait.

Matt et Thuran échangèrent un regard. Il avait une dizaine de gardes pour assurer sa protection et ça ne suffisait pas pour traverser des steppes désertiques ?

— Et tes gardes, du coup, ils te laissent te promener tout seul ? s’étonna Thuran.

— Oh non ils sont là, partout autour de nous. Je n’aime pas les avoir dans les pattes, alors ils se font discrets. Tenez, regardez, fit-il en tendant le doigt.

Il désigna un étalage, puis le toit d'une maison. Maintenant qu’il y faisait attention, le nain remarqua des hommes qui se tenaient à l’écart, avançant discrètement au même rythme qu'eux. Thuran songea qu’il aurait facilement pu traverser toute la ville sans les remarquer !

Ces individus portaient des tenues de coupe similaire à celle des vêtements du jeune marchand, mais noires comme la nuit. Ils portaient en outre d’étranges épées arrondies. Thuran avait vu des hommes comme eux dans une rue, plusieurs jours plus tôt…

— Drôles d’épées… fit remarquer Matt, répondant aux pensées de son ami.

— Ce sont des cimeterres. Les armes traditionnelles du Royaume d’Alouan, expliqua Erik.

Les trois garçons passèrent sous l’arche de la porte de Rosépine tout en continuant à discuter d’Erik et de sa famille. Thuran apprit notamment que le jeune homme avait seize ans, soit un de plus que Matt qui le dominait pourtant de presque une tête. Ils se dirigèrent vers la cahute du vieux Wang en traversant les champs de lin.

Le nain jeta un bref regard derrière eux. À une trentaine de pas trois hommes en noir les suivaient. Il aurait pu se convaincre qu’ils vaquaient à leurs propres occupations, ces hommes maîtrisaient parfaitement l’art de passer inaperçus. Ils observaient les paysans au travail ou scrutaient le ciel avec application, regardaient partout sauf vers eux.

— Où allons-nous au fait ? demanda finalement Erik, qui semblait apprécier le paysage, pourtant quelconque du point de vue de ses compagnons de route.

— On va voir une amie à nous, répondit Matt. On est presque arrivés.

Comme ils approchaient de la cour de la maison de Wang, ils trouvèrent celui-ci à l'extérieur. Le vieil homme se tenait sur un banc en bois, le dos posé contre un mur et une tasse fumante entre ses mains. Rosalie faisait des exercices devant lui.

Les cheveux de la jeune femme avaient été noués sur le dessus de sa tête avec un simple ruban. Elle était vêtue d’un pantalon et d'une chemise en lin à la coupe masculine qui épousaient son corps. Une tenue peu esthétique, mais plus adaptée aux exercices physiques que les robes que sa mère l’obligeait souvent à porter.

Thuran avait surpris une conversation entre les deux femmes à ce sujet, « Tu es l’avenir de notre famille, tu représentes les tisserands de Rosépine autant que moi. On doit toujours te voir porter une tenue digne de ce nom ! »

Ce qui n'empêchait pas Rosalie d'enfiler des vêtements plus confortables dès que Maria avait le dos tourné. La jeune femme avait expliqué à ses amis qu’elle cachait ses tenues d'exercice dans un coffre de la maison secondaire de ses parents. Son père lui avait confié la clef.

Lorsque les trois garçons furent assez près, Erik s’arrêta en fixant la jeune femme.

— Quelle beauté ! s’exclama-t-il.

Thuran vit Matt le dévisager avec un air méfiant ce qui le fit sourire. Pendant ce temps Rosalie, qui ne les avait pas encore remarqués, enchaînait des mouvements dans les airs avec fluidité. Le nain la vit se placer sur la pointe des pieds avant de basculer en arrière avec une souplesse remarquable. Elle se réceptionna sur les mains puis poussa jusqu’à se retrouver parfaitement verticale, les jambes en l'air. Comme si cela ne suffisait pas, elle leva un bras pour le tenir à l'horizontale. Elle se tenait sur une seule main !

— Mais comment elle fait ça ?! réagit Matt, interloqué.

— Bonjour jeunes gens, les salua Wang à cet instant.

Le vieil homme leur fit signe d'approcher en souriant et Rosalie les remarqua enfin. Cette dernière s’empressa de quitter sa posture, prenant appuis sur le sol pour se projeter en arrière, se réceptionnant avec un genou à terre comme si de rien n'était. Elle était toutefois pleine de sueur, ses vêtements épousaient parfaitement toutes ses courbes. Lorsqu'elle croisa le regard des garçons, sa première réaction fut de serrer les deux pans de sa chemise ensemble. Si ses atouts féminins avaient été plus développés, ils auraient été pleinement visibles dans sa posture. Ses joues prirent une couleur pivoine.

— Quand êtes-vous rentrés ?! Vous auriez-pu me prévenir ! gronda-t-elle.

Thuran et Matt échangèrent un regard en souriant.

— Va te changer à l’intérieur pendant que je prends soin de tes invités, proposa Wang visiblement amusé par la détresse de la jeune femme.

Elle ne se fit pas prier et couru se réfugier dans la maison. Le maître des lieux fit une nouvelle fois signe aux trois garçons de le rejoindre.

Comme le nain se demandait encore ce qu'il allait pouvoir dire, par où commencer, il remarqua qu'Erik s'était arrêté et fixait le vieil homme. Lui qui avait l'air insouciant jusque-là paraissait tout à coup très sérieux.

— Vous n'avez rien à faire ici ! déclara d’un coup le jeune marchand en fixant Wang.

Les deux amis le regardèrent avec surprise.

— Qu'est-ce que tu veux dire ? Tu le connais ? réagit Matt.

— Non, ce n'est pas ce qu'il veut dire, intervint le vieil homme avec son calme habituel.

Erik acquiesça.

— Cet homme est originaire d'Erevan, son teint et ses vêtements le trahissent. Or depuis le Traité Tripartite, les habitants d'Erevan n'ont aucun droit de poser le pied sur Cyrial !

— Le quoi ? Erevan, c'est le continent voisin c'est ça ? C'est quoi cette histoire de traité ? questionna Matt qui n’arrivait pas à suivre.

Mais plutôt que de lui répondre, Wang s'adressa directement à Erik.

— Toi, jeune homme, je devine que tu es originaire du désert d'Alouan. Comment se fait-il que tu sois si familier de l'apparence des erevanais ?

— Nous capturons parfois des espions d'Erevan, lorsqu'ils tentent de voler des secrets de notre guilde. Et j'ai été une fois là-bas moi-même, à Petalos.

Un sourire germa sur les lèvres du vieil homme.

— Petalos ? Se pourrait-il que cette guilde dont tu parles soit spécialisée dans...

— Non ! Nous n'avons rien à voir avec ces… Nous sommes…

Une voix cristalline résonna à cet instant, le coupant.

— Me revoilà ! annonçait de Rosalie en les rejoignant.

Elle portait sa robe verte habituelle et avait détaché ses cheveux, qui retombaient sur ses épaules découvertes. Thuran vit qu’Erik et Matt la regardaient avec un air semblable, comme béat d’admiration. Il secoua la tête et songea à cette citée d'Erevan dont ils avaient parlé, Petalos. Il y avait visiblement un commerce particulier là-bas, mais il ignorait de quoi il en retournait lui-même.

Erik ne semblait pas vouloir développer sur le sujet. Wang accueillit ce développement avec un petit rire, puis questionna le jeune marchand.

— Toi qui a visité le continent voisin, trouves-tu juste qu'un erevanais ne puisse pas visiter Cyrial en retour ?

— Mais... le traité...

— ... a été écrit il y a trois mille ans, pour répondre à un besoin qui n'est plus d'actualité, compléta calmement le vieil homme. À moins que tu ne penses que les gens d'Erevan se prennent toujours pour les dirigeants de Cyrial ?

Erik se renfrogna encore davantage, mais ne trouva rien à répondre.

— Qu'est ce qui se passe ici ? Qui c'est lui ? interrogea soudain Rosalie, prise au dépourvue.

Avant qu'Erik n'ait pu répondre, Wang intervint.

— Vous avez beaucoup de choses à vous dire, vous devriez retourner à Rosépine tous ensemble.

Cette réaction sembla étonner la jeune femme qui hocha néanmoins la tête. Elle fit une légère révérence à l'adresse de son maître, comme d'habitude. Thuran réagit alors.

— Pourrais-je vous parler un instant avant de partir ? Seul à seul ?

Le vieil homme n'eut pas l'air surpris.

— Bien sûr, répondit-il en lui faisait signe de le suivre à l'intérieur.

— Partez devant, je vous rejoins, proposa le nain à ses amis.

Matt se rapprocha de lui et lui murmura à l'oreille.

— C'est peut-être dangereux, on ne sait pas qui il est vraiment...

— S'il nous avait voulu du mal, il pouvait tous nous carboniser il y a deux jours, souffla le nain en retour. Ne t'inquiète pas, j'arrive tout de suite.

Le jeune homme acquiesça et entraîna les deux autres vers la ville. Rosalie jeta un regard soupçonneux au nain avant de suivre le mouvement.

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