Chapitre 4 : Témoignages (5/7)

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Une heure ou deux passèrent dans la morosité. Ils avaient beau se creuser les méninges, ils ne voyaient pas comment se sortir de ce mauvais pas, comment convaincre de la véracité de leur histoire. Enfin, quelqu'un toqua à la porte.

— Je peux entrer ? demanda une voix féminine.

— Entre Rosalie ! répondit aussitôt Matt.

Un vague sourire apparut sur les lèvres du jeune homme tandis que leur amie poussait la porte, un plateau entre les mains. Elle paraissait préoccupée.

— Je connais bien Jowan, le garde de votre chambre, expliqua-t-elle en refermant derrière elle. Il a accepté de me laisser entrer cinq minutes. Tenez, voilà votre déjeuner.

Elle posa le plateau sur la petite table qui trônait au centre de la pièce. Deux morceaux de pain et deux bols d’une soupe orange assez épaisse, probablement du potiron. Mais Thuran avait l'estomac noué, impossible d'avaler quelque chose pour le moment. Son ami fit moins de manières.

— Tu as pu parler à ta mère ? demanda Matt en se servant de la soupe.

— Oui mais elle ne veut rien entendre, soupira la jeune femme. Elle connaît pourtant Thuran depuis qu’il est enfant et je lui ai assez parlé de toi...

Rosalie se tut d'un coup et ses joues se colorèrent légèrement. Matt ne réagit pas, apparemment trop concentré sur le bout de pain qu'il avait laissé tomber dans son bol. Cela arracha un sourire au nain qui songea que son ami était un peu lent parfois. Thuran finit par briser le silence.

— C'est vraiment important pour nous que tu nous soutiennes, Rosalie, on ne te dira jamais assez merci pour ta confiance.

— Hum... oui, merci beaucoup, approuva Matt entre deux bouchées.

— C'est normal, nous sommes amis non ? rétorqua la jeune femme comme si c'était une évidence. Mais avec un sourire radieux.

— L’administrateur de Châtaigne, tu sais où il est ? enchaîna le nain.

Elle hocha la tête.

— Il est logé dans une chambre voisine de la vôtre. Il ne voulait pas quitter la ville sans ses deux odieux brigands. Le vieil Ernest lui a proposé une chambre dans sa propre maison, mais il a refusé. Il a dit aussi qu’il ne voulait pas déranger. Il faut avouer qu’il sait y faire question belles paroles le bonhomme…

Thuran jeta un œil vers Matt, qui lui rendit son regard.

— Il tient à nous garder à l’œil, commenta ce dernier.

— Mais qu’est-ce qu’il vous veut ?

— On… on ne peut que supposer… commença le nain.

— On pense qu’ils veulent Thuran.

— Quoi ?! la jeune femme fixa le nain. Comment ça ? Qui ils ? Et pourquoi ?

Une nouvelle fois quelqu'un toqua à la porte, coupant court à leur discussion.

— Mademoiselle, il est temps de sortir ! intervint le garde posté à l'extérieur.

Rosalie serra les poings et regarda les deux garçons à tour de rôle.

— Je dois y aller. Je ne pense pas que j'aurai l'occasion de revenir vous voir aujourd'hui, ma mère m'a donné un tas de trucs à faire. Pour que je ne passe pas mon temps ici ou à la harceler, j’en suis sûre. Mais on reparlera demain.

— Attends !

Matt la rattrapa par la main, les regards des deux jeunes gens se croisèrent et il la relâcha aussitôt. Il se mit à balbutier, son regard fuyant celui de la jeune femme.

— Désolé je... pourrais-tu faire encore quelque chose pour nous ?

Thuran se retint d'éclater de rire. La timidité affichée par ses deux amis détonnait avec leurs mouvements d'humeur plus tôt dans la matinée.

— Qu'est-ce qu'il y a ?

— Tu dois pouvoir demander à quelqu’un de, je ne sais pas... garder à l’œil cet Orwald ?

Elle ne bougea pas pendant un instant, puis finit par hocher la tête d'un air résolu.

— D'accord, comptez sur moi !

Elle quitta la chambre, laissant les deux garçons à leurs frustrations. L'après-midi fut interminable, ils tournaient en rond sans rien d'autre à faire que ruminer sur leur situation. Échapper à tous ces dangers pour se retrouver emprisonnés par ceux qu’ils avaient cherché à rejoindre ?

Thuran passa l’essentiel de son temps collé à la fenêtre. Il identifia beaucoup de passants, le nain connaissait la plupart des habitants, au moins de vue. Chacun vaquait à ses occupations.

Lorsque le soleil commença à rougir on leur apporta leur dîner. Une copie conforme du déjeuner, mais cette fois le nain avait trop faim pour l’ignorer. Maîtresse Ludivine lui avait également fait parvenir une petite fiole contenant un liquide brunâtre avec pour consigne de le boire pendant le repas. Le goût comme la texture était atroce ! Il avait l’impression d’avaler du jus de limace !

Une fois leur repas terminé, les deux amis se couchèrent. Malgré tout ce qui lui trottait en tête, Thuran était bien décidé à profiter du confort qui lui était proposé. Cela restait une évolution très favorable par rapport à leur expérience en forêt ou sur le sol dur des steppes.

La nuit était déjà bien avancée quand la porte d’une chambre de l’auberge s’ouvrit avec un discret bruissement. Un individu dissimulé sous une longue cape noire s’en extirpa avant de progresser discrètement dans le couloir.

L’élixir bu par Thuran devait avoir des effets soporifiques, le nain était tombé en un instant dans les bras de morphée et son sommeil était particulièrement lourd.

Matt, en revanche, s’éveillait à intervalle régulier. Soit en raison de ses pensées qui tourbillonnaient, soit à cause de douleurs résilientes dans sa jambe. Le jeune homme regardait calmement la lune par la fenêtre quand il entendit un bruit sourd, à l’extérieur de leur chambre. Il se redressa et cru voir des ombres bouger sous la porte. Une torchère brûlait en permanence dans le couloir, pour éclairer leur gardien. Inquiet, il se tourna vers son ami.  

— Thuran… Thuran... chuchota-t-il.

Mais le nain dormait trop profondément. Le jeune homme fronça les sourcils puis se décida à se lever pour demander au garde directement. Mais si tôt avait-il mis un pied à terre que la porte commença à s’entrouvrir.

— Qu’est ce qui… Vous !

Il avait reconnu la silhouette d'Orwald Tower. Ce dernier, se voyant découvert, ouvrit la porte pour de bon.

— Qu’est-ce que vous faites-ici ? reprit Matt d’une voix forte, dans l’espoir de réveiller son ami.

— Quel dommage, soupira l’intru. Si tu avais gentiment été en train de dormir, tout se serait passé en douceur.

L'homme encapuchonné sortit sa main droite de sous sa cape en avançant vers les deux jeunes. La torchère dans le couloir révéla la lame d’une dague. Il interrompit cependant son geste à mi-parcours et se retourna. Des bruits de pas résonnaient dans le couloir et une voix féminine se fit bientôt entendre.

— Oh non, Jowan ! Vous, arrêtez-vous ! ordonna-t-elle.

Rosalie apparut dans l’embrasure de la porte. Juste au-dessus d’une forme sombre qui était sans doute le corps inanimé du garde.

Orwald laissa échapper un petit rire en secouant sa tête. Derrière lui, Thuran commençait à s’agiter, émergeant enfin.

— La petite peste, commenta le fameux administrateur. Il ne manquait plus qu’elle ! Mais quel dommage de devoir abîmer un si joli minois...

— Rosalie, sauve-toi ! s’écria Matt.

Mais la crapule avait déjà bondi vers elle, comme un serpent vers sa proie. En un instant, sans que le jeune homme n’ait eu le temps de bouger, il avait franchi l’espace le séparant de sa cible et la lame de sa dague fila droit vers la gorge de la jeune femme.

Alors que le tranchant allait l’atteindre, le corps entier de Rosalie s’anima. Elle se propulsa en arrière en prenant appui sur l’embrasure de la porte, effectuant un salto. Ses pieds nus vinrent heurter le poignet d’Orwald qui lâcha son arme. La dague vola hors de portée, dans le couloir.

— Qu’est-ce que ?

Le bandit n’eut pas le temps de reprendre contenance que déjà la jeune femme revenait à la charge. Elle lui asséna un violent uppercut du poing dans l’abdomen, suivi d’un coup du gauche sous le menton. Les dents du gredin s'entrechoquèrent et il tomba en arrière.

Matt et Thuran s'étaient levés entretemps et fixaient Rosalie, complètement médusés. La jeune femme ne portait qu’une simple tunique d’homme, trop grande pour elle, qui couvrait ses jambes nues jusqu’au-dessus de ses genoux. Elle avait dû s’installer dans une chambre voisine pour la nuit. Conformément à sa promesse, elle avait gardé Orwald à l’œil… elle-même !

— Sale petite garce ! cracha leur adversaire.

Tower avait vite repris ses esprits et, en se relevant, il dégaina cette fois l’épée qu’il gardait à la ceinture.

Probablement mû par l’instinct, Matt s'élança vers l'homme qui lui tournait le dos et le percuta avec son épaule. Surpris une fois de plus, Orwald perdit l'équilibre. Mais il ne chuta pas, il se rattrapa sur un genou et parvint à garder son épée à la main.

— Vite, en bas ! réagit Thuran, qui dépassait déjà leur agresseur pour se diriger vers les escaliers.

Matt et Rosalie suivirent le mouvement et les trois jeunes dévalèrent les marches aussi vite qu’ils le purent. Les deux garçons ignoraient leurs douleurs respectives sous l'effet de l’adrénaline. Mais leur adversaire se releva avant de se propulser par-dessus la rambarde. Il se réceptionna lestement au rez-de-chaussée, entre ses proies et la sortie !

— Il cachait bien son jeu ! fit remarquer le nain, impressionné par la prestation physique du soi-disant administrateur.

— Toi, le nain ! Si tu me suis bien gentiment je suis prêt à te promettre d’épargner tes deux amis ! Je ne ferai que les assommer… proposa l’homme en noir.

Les amis échangèrent un regard et Thuran serra les poings. Il n'était pas prêt à rendre les armes mais, selon toute vraisemblance, même à trois ils ne feraient pas le poids face à cet homme. Et s'il avait la mort de ses amis sur la conscience...

Mais avant que le nain n’ait eu le temps de se décider, une voix grave tonna dans la pièce.

— Cette offre est déclinée !

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