Chapitre 3 : Le Bois de Lachel (3/10)

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— Tu veux dire que ces gens seraient venus pour lui ? réagit Jolan.

— Darek connaissait l'un d'eux et ils ont voulu te capturer... Peut-être une vieille histoire ? s'interrogea Rionnel.

Pour Thuran, ces mots étaient lourds de sens. Il en avait des vertiges.

— Vous voulez dire que ce serait de notre faute ? Je veux dire, si tout le monde a été tué ?

Personne n'osa lui répondre. Aucun d'entre eux n'avait la réponse il le savait, ce n’était que conjectures. Cependant, tout semblait aller dans ce sens. Son cœur se serra, il était peut-être responsable du malheur des habitants de Châtaigne ! Mais pourquoi ?

Le silence se prolongea jusqu’à ce que Gaël s’agite. Jolan réhumidifia le linge sur le front du garçon.

— On reparlera de tout ça plus tard, décida enfin Rionnel. On a assez perdu de temps, il faut se remettre en route.

Les trois autres acquiescèrent. Thuran décida de se concentrer sur l’instant présent, de tenter de faire abstraction de tous les sentiments de détresse qui l'assaillaient. Il devait avancer.

Il sera encore temps de culpabiliser quand je serai en sécurité.

— Je vais prendre Gaël avec moi, décida le capitaine. On va avancer à un rythme réduit, pour ne pas trop le secouer. De toute façon les chevaux ne tiendront pas un galop prolongé.

Toute en aidant les jeunes à monter, Jolan les invita à rechercher de « petites fleurs bleues » au cours de leur chevauchée. Le capitaine prit la tête et le groupe suivit le ruisseau. Matt repéra les plantes qu'ils cherchaient une dizaine de minutes plus tard seulement. 

— C’est bien de l’arrivel, affirma Jolan en les examinant. Il n’y a pas beaucoup de feuilles, mais ça suffira. Venez m’aider !

Thuran hérita de la bride des quatre chevaux. Rionnel et Jolan étendirent Gaël dans un espace couvert d’herbes folles.

— Faites-moi bouillir de l'eau, indiqua l'infirmier en se dirigeant vers les sacoches de son cheval.

Tandis que les jeunes rassemblaient du bois, Rionnel apporta une bouilloir. Jolan était revenu s'agenouiller devant les plantes avec un mortier et un pilon en argile. Thuran l’observa tandis qu’il cueillait délicatement les feuilles avant de les broyer. Lorsque l'eau fut enfin à ébulition, Jolan mélangea la poudre obtenue avec une petite quantité de liquide. Il obtint ainsi une mixture peu ragoûtante au léger parfum d’herbe mouillée. 

— Ça va vraiment le soigner ? s’interrogea-t-il à voix haute.

— Non, cela ne suffira pas, réagit Jolan en s’approchant du blessé. Mais cela protégera la plaie et pendant la traversée des marais, le temps que l’on rejoigne un dispensaire. L’arrivel contient une quantité remarquable de cellulose ainsi qu’un concentré de minéraux, c’est une merveille de la nature.

— Où avez-vous appris tout ça ? questionna le nain.

— J’ai commencé comme apprenti d’un alchimiste à Venissem. Je n’étais pas assez doué pour lui succéder, mais mes compétences étaient suffisantes pour intéresser l’armée.

— Venissem ? C'est où ? réagit Matt.

Thuran le fixa avec surprise et soupira.

— C’est la capitale du royaume du Haut-Neck et l’une des villes les plus importantes du continent ! s'exclama-t-il.

— Exact, intervint à son tour Rionnel. Jolan et moi sommes tous deux originaires de ce royaume, on y a servi ensemble pendant deux décennies. Il a demandé à me suivre lorsque j’ai été écarté, après à la perte de mon bras.

— Il fallait bien quelqu’un pour vous tenir compagnie ! plaisanta le soldat.

Tout en parlant, il badigeonait le dos du garçon. Il fit ensuite de même avec les blessures de Matt et Gaël se mit soudain à remuer. Quelques mots échappèrent de ses lèvres.

— Papa ? Maman ?

Il ouvrit lentement les yeux, ébloui par le soleil.

— Doucement mon garçon, ne bouge pas trop, lui murmura Jolan.

— Où… où on est ? demanda le blessé en fronçant les sourcils. J’ai pris une flèche, c’est ça ?

— Ça va aller, on l’a retirée et Jolan t’a soigné, intervint Matt.

— Matt tu… Tu es couvert de boue, répliqua Gaël avec un fin sourire.

Il est vraiment solide, songea Thuran.

— On ne peut pas rester immobiles beaucoup plus longtemps, trancha Rionnel. Gaël, je vais te prendre avec moi. Tu te sens capable de te lever ?

— Il vaudrait mieux… commença Jolan.

— Je sais qu’il est faible mais tu l’as dit toi-même : il faut qu’on rejoigne Rosépine pour le soigner convenablement. On n’est toujours pas à l’abri d’être retrouvés.

— Ça va aller, déclara Gaël d’une voix qui restait faible.

Le groupe se remit en mouvement.

— J’ai raté quoi ? demanda le blondinet, avec un sourire forcé.

— On va traverser le Bois de Lachel, annonça Matt.

— T’es sérieux ?! Comment on va faire avec les loups-garous ?

Rionnel soupira bruyamment dans son dos.

— Ma mère me racontait toujours… continua cependant le garçon.

Il s’interrompit et baissa la tête. Thuran devina pourquoi : Matt et lui ne leur avaient toujours pas raconté ce qu’ils avaient trouvé en arrivant dans la maison de Gaël. Au vu de ses réactions, ils étaient probablement morts.

— Une fois dans le sous-bois on mettra pied à terre, annonça Rionnel pour changer de sujet. Repose-toi au maximum contre moi pour économiser tes forces Gaël.

Le garçon acquiesça silencieusement et le nain le regarda tristement. Toutes leurs vies avaient été bouleversées en une nuit. Qu'allaient-ils devenir maintenant ?

Le terrain s’infléchit rapidement et ils atteignaient le couvert des arbres en moins d'une heure. Profitant d'un terrain toujours praticable alors qu'ils s'enfonçaient dans la forêt, ils restèrent en selle mais chevauchèrent à un rythme moins soutenu.

— On continue de suivre le ruisseau, les informa le capitaine. D’après la carte il traverse toute la forêt, c'est le repère le plus sûr.

— Vous n’avez pas une boussole dans votre bric à brac ? se moqua Thuran.

— Notre équipement a été réparti dans la précipitation, il me semble que c'est Florian qui avait le matériel d'éclaireur avec lui, rétorqua Jolan.

— C’est… celui qui n’est pas parvenu à sortir de la ville ?

— Oui.

Au temps pour ses plaisanteries idiotes, songea le nain en grimaçant.

— Ça devient spongieux et il y a de plus en plus de brousailles. On ferait mieux de mettre pied à terre, décida Jolan en tête du groupe.

— On avance en file indienne à partir de maintenant, décréta à son tour le capitaine. Jolan prend la tête, je ferme la marche. Gaël, tu peux tenir en selle ? Je vais guider Givre, annonça-t-il en s'emparant des rennes de sa jument.

Thuran découvrit un environnement qui lui était parfaitement inconnu jusqu’alors. Le sol se couvrait progressivement de boue et de plantes rampantes et la végétation se densifiait au point de cacher le soleil. L’air ambiant le gênait également : saturé d’humidité, des fragrances étrangères se mélangeaient à des parfums désagréables.

— Elles sont jolies ces fleurs, commenta Matt en désignant des plantes aux grands pétales violets.

Le nain se tourna vers lui et le dévisagea avec surprise. Ils essayaient tous à tour de rôle de changer les idées du groupe.

— Ce sont des Boran, rebondit Jolan. Les bulbes de cette plante contiennent un suc qui possède des propriétés antiseptiques. Il y a des fermes qui les cultivent dans le Haut-Neck.

— Et les petits boutons rouges à côté ? demanda à son tour Thuran, pour essayer de jouer le jeu.

— Du Gerveil. En été il produit de petits fruits semblables aux fraises des bois, mais ils sont très toxiques.

Le garde se révélait une véritable encyclopédie vivante. Voyager en sa compagnie aurait presque pu rendre la traversée de ce marécage agréable.

Plus ils avançaient, plus leurs pieds s'enfonçaient dans la vase. Chaque pas devenait une épreuve. Comme si cela ne suffisait pas les fesses du nain, chauffées à vif par le trajet à cheval, le faisaient souffrir atrocement au contact de l’eau glaciale. Leurs chausses furent vite remplies d'eau et leurs chemises détrempées. Le nain frissonna en rêvant d'un bon feu de camp.

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