Chapitre 1 : Châtaigne (3/6)

7 minutes de lecture

— Tu as encore grandi ! s’exclama le nain en levant la tête de façon exagérée. Si tu continues, tu ne passeras plus les portes !

Matt fit la grimace.

— C’est ça, moque-toi. J’entends assez souvent dire que je descends d’un géant…

Tous les enfants connaissaient les géants, ils peuplait la plupart des récits d’aventure qu’ils affectionnaient. Impressionnants pour leurs aptitudes physiques, ces derniers étaient dotés d’une intelligence médiocre. Être comparé à l’un d’eux n’avait rien de valorisant.

— Bah, ils sont jaloux c’est tout, fit Thuran tout en jetant un œil à la serviette poussiéreuse qui enserrait la taille de Matt. Ton père a finalement accepté ? Tu es devenu apprenti boulanger ?

— Oh ça… C’est une longue histoire.

— Tu peux me la raconter en marchant ? Je meurs de faim !

Tout en déambulant en direction du centre-ville, Matt lui raconta comment il avait tenu tête à son père pourtant fermement décidé à lui léguer la forge familiale un an plus tôt.

— Il a fini par me dire que j’étais libre d’aller à la boulangerie, mais que si je le faisais je n'aurais plus rien à faire à la maison, acheva le jeune homme.

Bien qu'il sourit, la voix de Matt contenait une certaine tristesse.

— Il l’a vraiment fait ? Il t’a jeté à la rue ?

— Bien sûr que non ! Ma mère lui a fait une scène et il est revenu sur ses paroles. Mais après ça l'atmosphère est devenue irrespirable à la maison, alors je suis parti de moi-même.

— Comment ça ?

— Estelle, la femme du boulanger, a proposé de m’héberger. Bon, elle prend soin de retirer une partie de mon solde en guise de loyer, pingre comme elle est, mais ça reste bien plus agréable que de vivre avec mon vieux !

— Ce n’est pas trop dur pour ta mère depuis ? Et Éléonore ?

De deux ans sa cadette, la sœur de Matt était déjà une adolescente et ne quittait plus les pensées du nain, été comme hiver. Thuran était particulièrement impatient de la revoir, il tâcha cependant de garder un air détaché... Qui ne fonctionna pas, au vu du sourire entendu dont le gratifia son ami.

— Maman baisse la tête quand elle me croise dans la rue. Je suis sûr qu’elle aimerait me parler mais ne sait pas quoi dire. Elle culpabilise peut-être de n'avoir pas davantage pris mon parti ?

Le nain hocha sa tête.

— Quant à Nonore, bah... peu importe ce que mon père lui dit, elle n’en fait toujours qu’à sa tête ! Elle vient régulièrement me rendre visite et passe presque plus de temps avec moi qu’à la maison.

Thuran sourit, c'était la réaction à laquelle il s'attendait de sa part. Ils atteignirent la boutique où travaillait le jeune homme et Matt y entra. Il revint quelques instants plus tard avec une miche de pain noir et les amis se la partagèrent en prenant place sur un vieux tonneau. Le nain, dont le ventre grognait, ne se fit pas prier pour mordre dans sa part à pleines dents.

— Quel itinéraire vous prenez cette année ? interrogea Matt.

Le jeune homme n’avait quitté Châtaigne qu’une fois pour visiter Rosépine, la bourgade la plus proche. Le récit de la traversée de cols et collines désertes suffisait à le faire rêver.

— Darek a promis de participer à la fête des moissons de Douce-Neige cette année. Du coup, on va faire une boucle en passant d’abord par Rosépine et Villefleur. On doit pousser ensuite jusqu'à Frerilan pour une affaire dont il refuse encore de me parler. Sans doute un gros coup. Ce trajet risque de pas mal nous retarder et on arrivera assez tard à Douce-Neige, juste à temps pour les moissons comme promis. Comme d’habitude on repassera brièvement par ici sur le chemin du retour.

— Frerilan ? Sérieux ? Il y en a pour deux semaines de voyage non ?

— Plutôt trois d’après mon oncle.

Châtaigne était l’une des villes les plus au nord du Gareldor, la première que les deux nains visitaient chaque année et aussi leur dernière halte avant de rentrer chez eux. D’autres colporteurs se chargeaient de visiter les localités plus à l’ouest.

— Ce serait le rêve de visiter Frerilan, reprit Matt. Il parait qu’elle est trois fois plus grande que Châtaigne ! Qu’il y aurait plus de mille habitants !

Le nain sourit en l’entendant s’extasier.

— Ce serait bien le minimum pour l'une des deux grandes villes des terres frontalières ! C’est encore loin d’être comparable aux cité-États naines !

Thuran soupira en songeant combien son ami était limité dans sa vision du monde, coincé dans cette petite bourgade toute l'année. Matt n'avait aucune idée de ce que pouvait être une ville, une vraie. Dans tout le Gareldor il n'y en avait que deux à pouvoir prétendre à ce titre selon lui. Il y avait tout d'abord Frerilan, qui était proche des terres naines, puis Garel loin au sud, à proximité des royaumes humains. Cette dernière faisait office de capitale pour la province.

Le Gareldor était territoire immense, bien que particulièrement pauvre en ressources. D'habitude Darek et lui n'allaient pas si loin. Frerilan étant une vraie ville, elle avait ses propres artisans et manufacturiers nains. Quant à Garel, elle recevait fréquemment les caravanes venues du sud.

— Rosépine… fit soudain Matt l’air songeur. Tu passeras le bonjour à Rosalie de ma part ?

Un sourire timide se dessina sur ses lèvres et Thuran acquiesça.

— Je n'y manquerai pas.

Rosalie était une jeune habitante de la bourgade voisine que le jeune apprenti avait rencontré l’année précédente. Matt et son père avaient exceptionnellement accompagné les nains sur cette étape, pour des affaires liées à leur boutique. Rosalie avait le même âge que Matt et était indéniablement jolie, avec ses cheveux couleur paille, ses yeux bleus et sa taille fine. Ça avait été le coup de foudre, le nain l’avait vu, quand bien même son ami refusait de le reconnaitre.

Thuran dut forcer la main à Matt, bloqué par sa timidité. Il avait été le premier à s’adresser à la jeune femme, qui s’était révélée réellement charmante. Tous les trois avaient noué un début d’amitié. De l’avis de Thuran, les deux « tourtereaux » s’étaient rapprochés. Mais le temps était vite passé, le voyage s’était terminé sans que leur relation n'aille plus loin. La distance entre les bourgades n'était pas si importante. Au trot, il était possible de rejoindre Rosépine en un jour et demie. À leur âge cependant, un océan semblait les séparer.

— On y voit déjà plus très clair, je devrais rentrer sinon Darek va me tuer, remarqua le nain en levant ses yeux vers un ciel où apparaissaient déjà les premières étoiles.

— D'accord, de toute façon je dois encore préparer la première fournée de demain. On se verra sur la place, comme d’habitude ?

— Bien sûr, Éléonore sera là ?

Il sauta au bas du tonneau, comme si sa dernière question était sans importance. Mais sentit ses entrailles se contracter dans l'expectative.

— Elle a promis d’aider maman dans les champs et ne sera pas en ville de la journée, répondit Matt avec un petit rictus. On ne pouvait pas deviner que vous arriveriez aujourd’hui…

La pression retomba et Thuran laissa échapper un soupir, déçu.

— Ce n’est pas grave.

Le jeune nain rejoignit l’unique auberge de la bourgade d’un pas rapide, « Au bon vin » annonçait l’écriteau au-dessus de la porte. Le nom était trompeur puisqu’il n’y avait pas de vignes dans le Gareldor, le climat n’y étant pas favorable. À la place, Châtaigne avait des cultures d’orge et produisait une bière dont Darek vantait les qualités. C’est avec ce breuvage à la main, assis sur un tabouret et devant un auditoire d’une dizaine de bambins que Thuran retrouva son oncle.

Darek remarqua son entrée et lui adressa un bref signe de tête approbateur sans cesser le récit en cours. Le jeune nain alla droit au comptoir où l’attendait avec un grand sourire Mathilda, la femme de l’aubergiste. Cette dame entre deux âges aux rondeurs impressionnantes était l’âme de l’établissement. Elle lui servit une assiette de soupe aux pois et lui confia les clefs de leur chambre. Son repas terminé, le nain alla directement se coucher.

***

— Allez, debout mon gaillard ! Le coq a déjà chanté !

Thuran ouvrit péniblement les yeux. Un mince filet de lumière s’immisçait à travers les rideaux usés de leur chambre. Darek était déjà debout, habillé de pied en cap.

— Va chercher le chariot. Je vais nous dégoter quelque chose à manger, on se retrouve sur la place.

Son oncle ne lui laissa pas le temps de répondre et sortit de la pièce en claquant la porte.

Il va surtout se remplir le gosier pendant que je fais tout le boulot ! songea-t-il en soupirant.

Le jeune nain se leva néanmoins, enfila lentement tunique et pantalon avant d’émerger de l’auberge dans la brume matinale. L’air était humide et un peu frisquet, mais le ciel sans nuages.

On va avoir une bonne journée ! se motiva-t-il.

Il fut fraîchement accueilli aux écuries. Olivier ne semblait pas avoir bougé depuis la veille et, au vu du nombre de bouteilles vides à ses pieds, c’était peut-être le cas. Thuran ignora les grimaces et regards appuyés du palefrenier et harnacha lui-même les mules à leur vieille carriole. Il les guida ensuite vers la place du châtaignier où un petit groupe s’était déjà rassemblé autour de son oncle.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 5 versions.

Recommandations

Nat S. Evans
Lorsque je me suis réveillée, amnésique, dans une chambre d’hôpital parisien, je n’imaginais pas, quelques semaines plus tard découvrir que j’avais une vie de famille. Marc est divinement séduisant et nous vivons dans une belle maison du sud de la France. Mais quand l’un de ses amis décide que je dois mourir, retrouver la mémoire devient une nécessité absolue. Surtout, lorsque Marc n’est pas celui qu’il prétend. La réalité bascule peu à peu vers un monde peuplé de créatures, de Dieux et de métamorphes. Je dois fuir…


Couverture et logo réalisés par mes soins.
Photos utilisées, libres de droits, à usage commercial, dont je remercie les créateurs :
Pete Linforth, Walkerssk et AD_Images, présents sur le site Pixabay.
#sidgil
Certains passages de l'histoire contiendront des scènes sensuelles et d'autres un peu violentes.
252
519
1431
244
Sorcelim
"Nous étions une bande d'amis, allant au cinéma. Mais nous ne savions pas que nous n'allions plus revoir notre monde avant longtemps..." Éloïse Whitesnow.
5 adolescents sont emmenés dans un monde étrange et dangereux: Historia.
L'une d'entre eux, Éloïse, va découvrir qu'elle est spéciale...
La bande réussira-t-elle à survivre dans ce monde où amour, trahison et meurtre se côtoient ? Quel est le destin d'Éloïse ?
Plongez dans le monde... D'Historia !!!

PS: Tous les personnages m'appartiennent ainsi que l'histoire, bonne lecture les amis !!
8
6
27
13
ToufTouf
Ne vous êtes-vous jamais demandé : « Qu'est-ce que serait notre société dans un monde de magie ? » Cette histoire a pour but de répondre à ces questions; Que ce passerait-il si tous les humains avaient des pouvoirs ? Comment serait les relations entre les humains et les diverses races, typiques de l'univers du merveilleux, telles que les nains, les elfes ou encore les fées. Comment serait la société fasse à des humains qui ne sont pas qu'humains, mais également autres chose comme avec une part d'animal tel que le chien ou encore d'un oiseau ? Que serait le monde si les dieux existaient vraiment et que serait le comportement des humains fasses aux créatures fantastiques telles que les golem, licorne, dragon et bien d'autre ? C'est dans cette histoire, que vous découvrirez tout ça basé sur ma simple imagination et aucun faits scientifique que ce soit. J'espère que vous apprécierez mon histoire que je rêve, un jour, voir en librairie.
56
79
768
130

Vous aimez lire Borghan ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0