Chapitre 8 : Frerilan (8/8)

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Dès que Thuran fut entré, Archibald claqua la porte derrière eux et la ferma à clef. Il alla ensuite s’installer à son bureau en faisant signe à son invité de prendre place en face de lui.

— Darek est mort n'est-ce pas ? demanda-t-il sans préambule.

Cette question prit Thuran au dépourvu une fois de plus, il finit cependant par acquiescer.

— Comment le savez-vous ?

— J'avais un mauvais pressentiment, ça fait plus d'une semaine que je l'attends et il n’était jamais en retard. Par ailleurs, tu as parlé d'un rêve. Qu'as-tu vu au juste ?

Le jeune nain fronça les sourcils en essayant de se remémorer ces songes brumeux.

— Ce n'est pas très clair, mais j'étais dans la peau de mon oncle. Nous étions dans une taverne face à face, vous et moi... enfin, lui. Par la suite quelqu'un est arrivé en parlant d'une mission, un « décret rouge » je crois...

Il n'avait aucune idée de ce qu'était cette chose, mais vit une lumière briller dans les yeux de son interlocuteur.

— C'est donc bien vrai, il nous a quittés.

— Que voulez-vous dire ?

— Ce que tu as vu n'était pas un rêve, mais un souvenir. L'effet de la rune de réminiscence qui t'a été apposée.

— Une… rune ? De quoi parlez-vous ? Elles ne peuvent être appliquée que sur des objets ! De plus faire appel à un runiste est hors de prix !

Archibald sourit.

— Tu as raison pour le prix, tu te trompes sur le reste. L'art runique appliqué aux êtres vivants, qu'on qualifie « d'arcanique », n'en est encore qu'à ses balbutiements mais...

— Vous dites que j'ai une rune sur le corps ? Où ça ? Quel est son effet ?

Découvrir qu'il portait depuis des années un symbole magique sans en être conscient n'était pas de nature à le rassurer !

— Calme-toi. Elle est placée à l'arrière de ton crâne, sous tes cheveux, précisa calmement Archibald. Ce n'est qu'un petit signe, presque impossible à remarquer même si tu décidais soudain de te raser le caillou, et il n'y aucun danger pour toi. C'est l'une des runes arcaniques les mieux maîtrisées, sans quoi nous n'y aurions jamais eu recours. C'était mon idée d'ailleurs.

Thuran accusa le coup.

— Quel est son effet ?

— Le symbole est tracé avec du sang, celui-ci créé un lien entre donneur et réceptacle. À la mort du donneur, la rune partage certains de ses souvenirs. Le donneur peut choisir quels souvenirs transmettre, c'est ainsi que certains nobles lèguent les secrets les plus inavouables de leur maisonnée à leur héritier par exemple. Mais ne me demande pas davantage de détails, je n'ai pas assisté à l'enchantement et ne suis pas Maître des Runes !

— C'est le sang de mon oncle qui a été utilisé, conclut Thuran. Je vais avoir d'autres rêves de ce genre ?

Archibald grimaça.

— Je l'espère, sinon nous aurons déboursé une sacrée somme pour rien ! Ce devait être un moyen de te transmettre quelques informations concernant ton passé, au cas où les choses tourneraient mal pour nous.

— Mais comment l'activer ?

— Je ne suis pas convaincu qu'un runiste saurait te répondre avec certitude, c'est peut-être un sommeil particulier ? Très profond ? Mais laissons ce sujet de côté pour le moment, j'aimerais entendre toute ton histoire. Que s'est-il passé au juste ?

Thuran n’hésita pas. C’était peut-être sa seule chance de tirer au clair tous les mystères qui l’entouraient, il fit donc un récit fidèle de tous les évènements depuis l’attaque sur Châtaigne.

Archibald demeura silencieux de bout en bout. Il l'écouta sans le couper, se contentant de hocher la tête par moment. Ce n’est qu’à la fin que le vieux nain s’autorisa à soupirer longuement et à parler à voix basse, dans sa barbe.

— Ce fichu Durek ! Des années que je lui demandais de me rejoindre, que je l’assurais de ma capacité à vous mettre plus en sécurité, et voilà que lorsqu’il se décide enfin on retrouve finalement sa trace ! Hmrph… peut-être qu’il ne m’accordait pas toute sa confiance, même à moi !

Archibald afficha un rictus désabusé.

— « Durek », c’est aussi comme ça que l’un des mercenaires a appelé mon oncle. Vous savez qui sont ces gens n’est-ce pas ?

Archibald jaugea Thuran du regard.

— J’ai une idée assez nette de qui est à leur tête, mais tu n’as pas besoin d'en savoir plus à ce sujet. Contente-toi de savoir que tu n’es pas de taille et dois éviter de tomber entre leurs mains à tout prix.

Le jeune sentit la colère gronder en lui. Ce vieillard entendait-il lui cacher des choses ? Après tout ce qu’il avait vécu ?

— Mais qu’est-ce que vous voulez dire ? Dans quelle histoire je suis embarqué ? Et puis, qui êtes-vous vraiment à la fin !?

Son interlocuteur secoua la tête, un sourire fugace sur les lèvres. Il se leva et tourna le dos à Thuran pour regarder par une fenêtre donnant sur un jardin.

— Je suis Archibald Korn, directeur de ce comptoir, reprit-il finalement. Autrefois, j’ai été le compagnon d’arme de ton oncle Darek, Durek Jerekson de son vrai nom. Nous étions comme des frères depuis l'enfance, aussi au moment de changer de vie c’est avec moi, et moi seul, qu’il a gardé contact.

Le vieux nain se retourna, révélant quelques larmes au coin des yeux.

— Pour être franc, c’était sans doute aussi en raison de mes relations avec les nains de la Compagnie Minière. Il savait que je pourrais facilement obtenir une position importante, me donnant une capacité de récolte d'information dont il était privé. Ça a toujours été ma spécialité.

— Vous dites que vous avez été compagnons d’armes. Un ami m’a dit que mon oncle aurait été dans la garde d’une ville ?

— Il était plus que ça... mais ça n’a plus d’importance maintenant.

— Ça en a pour moi ! riposta Thuran en se levant.

Archibald le fixa durement.

— C’est pour ton bien que Durek ne t’en a pas dit davantage sur son passé. Il ne voulait pas t’exposer au danger, tenait à ce que tu profites d’une jeunesse paisible et insouciante.

— Mais que voulez-vous…

— Je veux suivre le plan que nous avions établit lui et moi, tout simplement. Il est temps que tu suives la voie prévue pour toi, tu vas donc partir pour Ténébris et y apprendre tout ce que tu peux. Quand tu seras prêt, je te raconterai tout ce que tu veux savoir sur lui et plus encore. Je t’apprendrai tout ce que je sais, plus aucun secret. Je te le promets.

Thuran accusa le coup, il ne s’attendait pas à une telle tirade.

— Pour Ténébris ? Que voulez-vous que j’aille faire là-bas ? Qu’y a-t-il que je ne puisse apprendre ici ?

— Je parles de rejoindre l’académie de magie qui se trouve là-bas.

— De magie ? L’Académie Dovalan ? J’ai été testé sans affinité élémentaire, ils ne voudront pas de moi.

— Tu as… quoi ? Archibald fixa Thuran, éberlué.

— Nous sommes tombés sur un papier au sujet de cet examen, on avait l’or de mon oncle et puis…

— Tu m’as l’air aussi doué pour attirer les ennuis que Durek. Très bien, suis-moi.

À la surprise du jeune nain, Archibald se dirigea vers la porte et la déverrouilla.

— Où va-t-on ?

— Te révéler qui tu es vraiment, rétorqua le vieux nain.

Thuran suivit son aîné dans les rues de Frerilan. Archibald imposait une allure rapide et s'était muré dans le silence. Une dizaine de minutes plus tard, ils arrivaient devant la plate-forme occupée par les mages, dans le temple Lunaire. En les voyant approcher la mage de feu, Céleste, vint une fois de plus à leur rencontre. Elle reconnut Thuran et lui adressa un de ses sourires enjôleurs.

— Tu avais encore une question ? lui demanda-t-elle directement.

— Nous sommes venus vous demander un service, intervint Archibald.

Il se tourna vers le vieux mage, qui était resté assis.

— Maître Rickard.

— Directeur Korn. Décidemment, ce jeune nain a des relations. Puis-je savoir ce qui me vaut ce plaisir ?

— Je voudrais que vous testiez une nouvelle fois l’affinité sur mon jeune ami. Naturellement, je suis prêt à payer…

— Gardez votre or voyons ! Son évaluation a déjà été payée, nous n'allons pas en accepter davantage. Je dois cependant vous assurer que le résultat sera le même, peu importe combien de fois on la réalisera. Il n’a pas d’affinité pour l’élément terrestre, c’est ainsi. Rien ne peut le changer.

Thuran, que cette constatation heurtait une fois de plus, fut surpris de voir Archibald sourire à pleine dents. Il semblait s’amuser !

— Je ne vous demande pas de tester son affinité à la terre, affirma le vieux nain. C’est celle liée à l’élément du feu qui m’intéresse.

— Le feu ? Mais…

— S’il vous plait, considérez cela comme une faveur personnelle. Je crois savoir que vous êtes toujours à la recherche de gemmes bien spécifiques, je pourrais sans doute vous aider.

Cyrus, l’homme musclé et chauve, se leva à cet instant.

— Un nain ne peut pas avoir d’affinité au feu ! C’est impossible ! gronda-t-il en regardant sombrement Archibald.

Maître Rickard, pour sa part, demeura silencieux un instant. Il fixa intensément Archibald, comme il l’avait déjà fait avec Matt plus tôt, puis se tourna vers Thuran et enfin Céleste.

— Fais lui passer le test, demanda-t-il calmement.

— Bien Maître.

En dépit de l'agacement évident que cela provoquait chez Cyrus, elle se dirigea vers la gemme violette et y insuffla sa magie. La lueur rougeoyante réapparut avec ses petites flammèches, Céleste invita ensuite Thuran à approcher.

Le nain se tourna vers Archibald qui l’encouragea d’un geste de la tête. Il s’avança alors en silence, jeta un regard circonspect à la gemme colorée, puis tendit la main et la toucha.

La chaude lueur dégagée par la pierre de focalisation demeura inchangée, comme si Thuran ne l’avait pas approchée. De longues secondes s’égrenèrent avant qu'elle ne disparaisse enfin.

De coin de l’œil, le nain vit Cyrus se rassoir en silence. Céleste quant à elle fixa le jeune nain un moment sans dire un mot. Après un temps qui lui sembla une éternité, elle donna son verdict.

— Affinité au feu moyenne.

Archibald rayonnait.

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