Chapitre 8 : Frerilan (7/8)

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Le nain fixa une fois encore le cercle de pierre où chacun reprenait sa place, lancés dans une conversation plus animée qu'à l'arrivée du petit groupe. Quand bien même il n'avait pas de raison d'attendre grand-chose de ce test, il lui était difficile d'accepter cet « échec » personnel. Hari posa une main sur son épaule et lui fit signe de suivre le mouvement. Quelques instants plus tard, le groupe sortait du temple dans un calme apparent. Devant l'entrée, Arwan se tourna vers Matt.

— Jeune homme, Hari va t'accompagner en ville afin de choisir quelques vêtements et objets qui pourraient t'être utiles, annonça-t-il. Quant aux deux autres, je vous libère. Désolé de vous avoir pris de votre temps, je vous remercie une fois encore pour avoir aidé à sauver mon fils.

Thuran et Rosalie ne paraissaient plus avoir beaucoup d’intérêt à ses yeux. Tous deux firent cependant bonne figure. Matt chercha leur regard mais Rosalie intervint aussitôt.

— Vas-y, on se retrouve tout à l’heure !

— Oui, fais-toi beau, ajouta Thuran en souriant avant de se tourner vers Arwan. Pourrais-je vous demander une dernière petite chose ?

— De quoi s'agit-il ? répondit le marchand en fronçant les sourcils.

— Un simple renseignement, sauriez-vous me dire où se trouve le comptoir de la Compagnie Minière ?

— Ces trafiquants de pierres précieuses ?

Il se tourna vers Hari qui acquiesça.

— Tu le trouveras non loin du comptoir Magitek, de l'autre côté de la rue, expliqua le précepteur. Leur façade affiche en grand leur sceau, cette espèce de taupe horrible, tu ne peux pas les manquer. Attention ces nains n’accueillent pas les visiteurs à bras ouverts, à moins d’avoir des affaires juteuses à leur présenter.

— Merci beaucoup !

Il ne sera pas un mage, mais sa journée n’est pas encore perdue.

Regarder Matt s'éloigner en compagnie de Hari lui fit une sensation étrange. Depuis les évènements de Châtaigne les deux amis ne s'étaient plus quittés et deux jours plus tard ils devraient se faire leurs adieux.

— Tu vas visiter la Compagnie Minière alors ? demanda soudain Rosalie.

Le nain sursauta, en se retournant il remarqua qu'ils n'étaient plus qu'eux deux.

— Oui, c'est pour ça que j'ai fait ce voyage au départ. Tu veux m'accompagner ?

— Hum... je vais plutôt retourner voir ma mère. À tous les coups elle est déjà à ma recherche et j'ai des choses à lui raconter maintenant ! On se voit tout à l'heure.

Sans demander son reste, elle partit d'un pas rapide vers leur auberge. Le nain s'engagea pour sa part dans la longue avenue commerçante, seul dans une ville inconnue. Cet isolement tout relatif ne le dérangeait pas, il en avait l'expérience de par sa vie dans les cité-États naines. Cette fois-ci, il prit le temps de regarder de plus près les marchandises proposées çà et là. Avant d'arriver dans le quartier luxueux où se tenaient les guildes, il découvrit des commerces plus communs, tavernes, marchands de fleurs, potiers et autres tailleurs se succédaient.

Assez logiquement, il finit par trouver ce qu'il cherchait dans le voisinage d'une boutique qui mettait en avant la qualité de ses pioches. Une grande maison de deux étages sur la façade de laquelle était dessiné un animal qui, il devait le reconnaître, était effectivement assez moche. Décoloré, à moitié effacé, il s'agissait peut-être d'une taupe. Le panneau sur le dessus de la porte indiquait bel et bien « Compagnie Minière ».

Thuran inspira un grand coup, puis poussa la porte. Il découvrit un long couloir au bout duquel se trouvait un bureau en pierre. La décoration était criarde, avec des colonnes en marbre et des dorures partout où il était possible d'en mettre. En s’approchant, il découvrit un nain avachit derrière le bureau. Ce dernier ronflait bruyamment, Thuran hésita un instant puis activa la cloche posée devant son hôte, qui bondit sur place en renversant sa chaise.

— Qu’est-ce que…

C’était un nain d’âge moyen, enveloppé et vêtu d’une manière plutôt quelconque. La seule chose vraiment remarquable était la masse d’arme suspendue à sa ceinture.

— C’est pour ? demanda-t-il en regardant son visiteur d’un air soupçonneux. Oh, vous êtes sûrement là pour la concession du vieux Fallan ?

Il fit un geste vers une liasse de papiers posée sur son bureau.

— Non, non, vous faites erreur ! Je suis seulement à la recherche d’un nain…

— Vous en trouverez dans la plupart des forges et des tavernes de la ville, rétorqua son interlocuteur en s’immobilisant.

Thuran laissa discrètement échapper un soupir.

— J’ai une lettre et j’espérais trouver la personne qui l’a envoyé.

— Un acte de propriété ? Un rapport avec une mine ou des pierres ?

— Non, c’est juste…

— S’il n’y a pas de lien avec une concession minière, vous n’avez rien à faire ici. Du vent !

Le « réceptionniste » s’employa alors à redresser son siège, laissant Thuran un instant décontenancé. Ce dernier avait rarement eu à faire à une telle tête de cochon.

— Y aurait-t-il un Archibald ici ?

— Archibald ? Qu’est-ce que tu lui veux ?

— Alors il est bien ici ? le jeune nain sentit son cœur bondir dans sa poitrine. Pourrais-je le voir ? C’est vraiment important !

Le réceptionniste fixa son visiteur un moment, puis finit par secouer la tête.

— Si c’est vraiment important et que je ne le préviens pas, je vais en entendre parler pendant des semaines. Tu as intérêt à avoir quelque chose de sérieux, le patron n’aime pas être dérangé pour rien. Attends ici, ne bouge pas et ne touche à rien !

Le gros nain se leva et passa la porte qui se trouvait derrière lui. Thuran regarda autour de lui et constata qu’il n'y avait pas grand-chose « à toucher ». Tout juste de vieilles pelles et pioches accrochées aux murs. Il dut attendre un long moment avant que la porte ne s’ouvre à nouveau.

Son hôte revint enfin en compagnie d’un nain d’une tout autre prestance. Bien portant mais sans excès, parfaitement coiffé, les cheveux et la barbe poivre-et-sel de ce dernier témoignaient d'un âge avancé. Il portait une belle tunique noire taillée sur mesure, un pantalon assorti ainsi qu’une petite paire de lunettes sur ses yeux. Le jeune nain lui trouva immédiatement un air de banquier ou d'un homme d’affaire, mais plus important il était convaincu de reconnaitre son visage.

— Je vous ai déjà vu ! s'exclama soudain Thuran.

Aussi incroyable que cela puisse lui paraitre, il s’agissait « d’Archie » ! Le nain qui lui faisait face dans les songes fiévreux où il était tombé suite à la morsure de vipère !

« Archie » scruta Thuran de la tête aux pieds en tordant son nez. Ce n'est qu'à cet instant que le jeune nain songea que sa tenue de voyage, qui avait grand besoin d’un nettoyage, n'était pas le meilleur choix pour se présenter à cet endroit.

— Ce doit être une erreur, je n’oublie jamais un visage et le vôtre m’est parfaitement inconnu, affirma le vieux nain. Où et quand nous serions nous rencontrés ? Plus important, qu'êtes-vous venu faire ici ? Mon temps est précieux, jeune nain !

Légèrement intimidé, Thuran hésita un instant avant de porter la main à l’une des poches de son veston.

— Je sais que ça a l'air fou, mais je vous ai vu dans un rêve et... Je suis à la recherche de l’expéditeur d’une lettre, signée du nom d'Archibald et portant le sceau de votre compagnie, déclara-t-il en tendant le papier concerné.

— Un rêve ? Une lettre ? Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire ?

— Vous voulez que je le mette à la porte ? proposa le réceptionniste derrière lui.

— Non... maintenant que je suis là, autant tirer les choses au clair.

Archibald saisit la lettre sans ménagement et le déplia. Le papier était froissé et l'encre en partie effacée à force d’avoir été relu des dizaines de fois, mais dès que les yeux du nain tombèrent sur son contenu, il le replia et s’avança pour saisir fermement Thuran par les épaules. Ce dernier était trop surpris pour réagir, il constata en sus que pour un nain de bureau cet Archibald avait une sacrée poigne !

— Où avez-vous trouvé cette lettre ? gronda-t-il.

— Dans un coffret, celui de mon oncle, répondit précipitamment Thuran.

— Darek ? Ton oncle est Darek, c’est bien ça ?

La voix d’Archibald trahissait une soudaine agitation, laissant le jeune nain dépassé par cette réaction inattendue.

— Oui.... Donc c’est bien vous qui…

— Silence, pas un mot de plus ici ! Suis-moi dans mon bureau. Ker !

— Oui patron ? répondit docilement le réceptionniste.

— Veille à ce que personne ne vienne nous déranger. Sous aucun prétexte !

Archibald rouvrit à la volée la porte par laquelle il était arrivé et fit signe à Thuran de le suivre. Ils traversèrent un nouveau couloir et montèrent un étage avant de passer une porte massive en chêne. Le jeune nain découvrit une large pièce au centre de laquelle trônait un bureau en marbre couvert de paperasses. Plusieurs étagères, en pierre elles aussi, meublaient le reste de la pièce. Toutes étaient remplies de livres, rouleaux et lettres.

Si tous les meubles du bâtiment sont en pierre, l’architecte a dû déployer des merveilles d’ingéniosité pour le renforcer, songea Thuran.

Il remarqua aussi un petit lit, défait, dans un coin. Le vieux nain avait probablement l’habitude de passer la nuit sur place.

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