Chapitre 8 : Frerilan (5/8)

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La porte massive du Temple Lunaire s’imposait à eux. Thuran jeta un œil du côté de l’auberge, il tomba alors sur un visage connu.

— Hé, les garçons ! Qu'est-ce que vous faites ?

— Rosalie ?

Matt fixa à son tour le groupe qui s'affairait sur la place, autour de sacs de marchandises. La jeune femme vint à leur rencontre.

— Oh, salut Erik ! salua-t-elle, un grand sourire éclairant son visage.

Le jeune marchand rougit et sembla hésiter un instant.

— Salut Rosalie, heu... je te présente mon père.

— Oh...

Rosalie vira au blanc aussi vite. Thuran songea qu’il avait sans doute affiché la même tête. À court de mots, pour une fois, la jeune femme se reprit et présenta une révérence appuyée au vieil homme, qui lui sourit chaleureusement en réponse.

— Père, il s'agit de la jeune-femme dont je vous ai parlé, indiqua Erik.

Arwan la fixa un court instant, puis hocha sa tête d’un air appréciateur.

— Que diriez-vous de nous accompagner jeune fille ? Vous méritez d’avoir votre chance vous aussi.

Sans lui laisser le temps de répondre, il se tourna vers les portes du Temple.

— Qu'est-ce qu'on va faire ? demanda Rosalie à Matt, à voix basse.

— Voir si on peut devenir des magiciens apparemment.

Devant les gros yeux de la jeune femme, il haussa les épaules, faisant bien comprendre qu'il ne maîtrisait rien de ce qui se passait. Elle se tourna alors vers Thuran qui lui sourit.

— Venez, ça devrait être intéressant ! encouragea le nain en prenant les devants.

Les portes du temple étaient deux énormes battants en bronze qui devaient peser une tonne chacun. Thuran se demanda comment on pouvait les déplacer, mais ils étaient ouverts à cet instant. Deux gardes portant l’écusson de Freilan sur leur tabard, une lune rouge sur fond bleu marine, se tenaient de chaque côté. En voyant Arwan sur le seuil, ils s’écartèrent respectueusement.

Le nain fut impressionné par l’atmosphère calme et sereine à l'intérieur. Le bâtiment avait été dédié à l’astre lunaire, aussi se présentait-t-il comme une énorme salle circulaire. Au centre de l’édifice se tenait une grande plateforme, c’était probablement là que se tenaient les prêtres lors des prêches. Huit alcôves étaient réparties sur la circonférence des lieux, la forme de chacune travaillée de manière à représenter l'une des phases du cycle lunaire. C'était étrange comme bâtiment, le nain n'y trouvait presque aucun angle net.

En temps normal Thuran aurait été intéressé par une visite approfondie des lieux, il aurait voulu voir la plateforme centrale de plus près, étudier les décorations et l’architecture. Mais à cet instant seul le test d’affinité occupait ses pensées ! Gaven les dirigea droit vers l’une des alcôves, celle correspondant à la pleine lune. Elle se présentait très simplement, un cercle de pierre surélevé de trois pieds pour trente de diamètres, sa bordure garnie de colonnes cannelées, dont certaines étaient fusionnées avec les murs.

En cheminant, le nain constata qu'il n’y avait pas plus d’une vingtaine de personnes réparties dans tout le temple, immobiles et souvent à genoux... Cela faisait bien peu en comparaison de l’énorme surface du bâtiment. Thuran estima qu'il s'agissait de curieux et de pèlerins, le test de l'Académie de magie ne concernait qu’un nombre limité de privilégiés après tout.

En arrivant, la première chose qu'il repéra était un tabouret au centre de l'espace, une gemme violette y reposait sur un coussin. De forme légèrement irrégulière, la pierre aurait pu tenir dans la paume de sa main. Il s’intéressa ensuite aux individus qui leur faisaient face. Quatre sièges rembourrés avaient été disposés en arc de cercle. Le regard de Thuran en fit le tour.

Sur le premier était assis un homme auquel il donnait une quarantaine d’année. Il avait des cheveux blonds coupés courts, une taille fine et un visage attrayant. Le mage se tenait tellement droit, la tête haute, qu’il lui fit penser aux majordomes des maisons nobles qui venaient parfois dans son échoppe à Karolak.

Venait ensuite une femme, la seule du groupe. Elle ne devait pas avoir plus de trente printemps et, au contraire de l’homme blond, dégageait une aura chaleureuse. Elle lui adressa un sourire charmeur lorsqu’elle croisa son regard. Fine et élancée, elle avait des traits harmonieux sans pour autant sortir de l’ordinaire. Ses longs cheveux noirs de jais glissaient sur ses genoux.

Un homme musclé à la peau très sombre se tenait à ses côtés. Lui donner un âge était difficile, son crâne était parfaitement exempt de poils et même ses sourcils avaient disparus, pour autant il n’avait pas de rides visibles. Le tout lui donnait davantage l’air sévère d’un instructeur en combat que celui d’un pratiquant des arcanes.

Lorsque les yeux du nain tombèrent sur le quatrième, il s’étonna de le trouver assoupi. C’était un très vieil homme, de petite taille, frêle, ses cheveux blancs étaient négligés et avaient grand besoin d’être rafraîchis. Il portait aussi une barbe de quelques jours, tout aussi blanche. Sans qu’il puisse se l’expliquer, Thuran sentit un frisson le parcourir.

Les tenues de chacun étaient ornées du même motif : un œil stylisé, argenté sur fond bleu marine. Une tunique longue descendant jusqu’au niveau des cuisses et un pantalon noir, pour les hommes, une longue robe pour leur compagne. Les mages mirent fin à leur conversation pour les accueillir, la femme se leva et vint à leur rencontre d’un pas énergique.

— Vous venez passer un test ? attaqua-t-elle directement, d’une voix cristalline.

Arwan s’imposa au premier rang et sortit une bourse de l’intérieur de sa robe qu’il lui tendit.

— J’aimerai que vous examiniez le potentiel de ces jeunes gens. La fille aussi je suppose ?

Il se tourna vers Rosalie avec un air interrogateur et cette dernière sursauta.

— Moi aussi ?

— Tous les quatre ? s’étonna à son tour la magicienne.

Elle reçut la bourse du marchand et la soupesa un instant, une légère surprise passa sur son visage avant qu’elle n’acquiesce.

— Je dois juste vérifier que…

— Inutile, procédons aux tests, coupa une voix profonde.

Thuran fut surpris de voir le vieil homme debout, les yeux grands ouverts. Il s’appuyait sur un long bâton orné d’une pierre aux reflets bleutée, à mi-chemin entre la chaise où il était encore assoupi un instant plus tôt et la gemme violette.

— C’est un plaisir de vous revoir, Maître Rickard, salua Arwan.

— Un plaisir partagé, fit le vieil homme en gratifiant le marchand d’un hochement de tête. Allons, Céleste, il s’agit de Maître Dureillon. Crois-tu qu’il chercherait à nous duper ?

— Le dirigeant de Magitek ? Oh, très bien ! Lequel d’entre vous veut commencer ?

Sans se concerter, les trois garçons se tournèrent vers Rosalie qui eut le réflexe de reculer d’un pas.

— N’ait pas peur, ce n’est qu’une formalité il ne t’arrivera rien, la rassura la dénommée Céleste en lui tendant la main avec un fin sourire.

Le regard de la jeune femme changea, elle cessa d’hésiter et monta les trois marches menant à la plate-forme d’un pas décidé. L'examinatrice l’y accueillit en lui présentant la pierre. Elle prit la parole d’une voix assez haute pour que tous puissent entendre.

— Nous appelons ceci une pierre de focalisation. Ce sont des gemmes rares qui facilitent la concentration de l’énergie magique en un point, on en sertit habituellement sur des bâtons.

Thuran jeta un nouveau regard à celui que tenait le vieil homme. La pierre à son sommet était plus petite et d’une autre couleur que celle sur le tabouret, mais son éclat avait quelque chose de similaire.

— Cette pierre devant vous n’est pas de grande qualité, juste suffisante pour tester l’affinité magique des postulants, continua Céleste. Ce que nous allons faire est très simple : nous allons infuser de la magie élémentaire dans la pierre, puis vous viendrez poser votre main dessus. Observer la réaction nous suffira pour connaitre votre affinité ainsi que sa qualité. Des questions ?

— Quelle sorte de réaction ? s’inquiéta Rosalie en regardant la pierre violette avec méfiance.

La magicienne laissa échapper un petit rire.

— Pas d’inquiétude, il s’agit tout au plus d’étincelles. Voyons déjà ton affinité au feu.

Elle posa une main délicate sur la gemme. La réaction ne se fit pas attendre, celle-ci se mit à briller d’une lueur rougeâtre et Céleste la reposa à sa place. Thuran vit danser de petites flammèches autour de la sphère, mais le coussin sur lequel elle reposait ne prenait pas feu pour autant.

Peut-être ce tissu est-il fait dans une matière spéciale ?

— Je dois poser ma main dessus ? Je ne vais pas me brûler ? demanda encore Rosalie.

L’assurance de la jeune femme s’effritait et le nain la comprenait : c’était sans doute la première fois qu’elle était voyait de la magie. Elle se retourna à la recherche du regard de Matt, qui la fixait justement avec intensité. Lui aussi paraissait plein d’appréhension. Rosalie finit par prendre une grande inspiration et s’avança sous le regard encourageant de la magicienne. Elle dirigea une main vers la gemme et, alors que sa peau entrait en contact avec la pierre, la lueur disparut d’un coup.

La gemme violette était revenue en un instant à son état inerte, comme si elle n'avait jamais changé.

— Aucune affinité au feu, conclut Céleste dont la voix trahissait une légère déception. Lequel d’entre vous veut passer ensuite ? demanda-t-elle en se tournant vers les deux mages encore assis.

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