Chapitre 8 : Frerilan (4/8)

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Arwan ! Cet homme était une légende dans le milieu marchand ! Thuran constata que les années n’avaient pas été tendre avec le génial fondateur de Magitek. La pensée lui vint aussi, bien malgré lui, qu’Arwan ressemblait davantage à un grand-père pour Erik. Il ne pouvait cependant se permettre de prendre à la légère le dirigeant de Magitek : ce vieil homme avait l’influence d’un roi !

— J'avais à faire non loin de Frerilan, continua le vieil homme. Aussi ai-je décidé d’y retrouver Erik afin de voyager en sa compagnie. Les occasions de passer du temps entre père et fils sont de plus en plus rares, il grandit…

Thuran se souvint des paroles de leur ami : son père l’envoyait aux quatre coins du monde pour « se former ». S’ils se voyaient peu, c’était du propre fait d’Arwan. Le nain pouvait le comprendre cependant : le dirigeant formait son héritier…

— J'avais une autre raison de le rejoindre à Frerilan… nous y viendrons bientôt. Mon garçon m'a conté votre rencontre ainsi que la mésaventure au lac du Radian.

Le vieil homme fixa Matt avec insistance et le jeune homme déglutit. Visiblement satisfait, Arwan se tourna vers le nain.

— Ces mercenaires en avaient après vous. Pouvez-vous me dire pourquoi ?

Thuran ouvrit la bouche, il avait la gorge sèche. Un souvenir lui revint : plusieurs années auparavant il s’était trouvé face au roi de Karolak. Le souverain s’était adressé à lui et son oncle avait dut intervenir car il était trop intimidé pour ouvrir la bouche. Aujourd’hui Darek n’était plus là. Il se secoua et s’éclaircit la voix.

— Je n'en ai aucune idée, répondit-il franchement mais sans un mot de trop.

C’était la quatrième fois qu’il croisait la route de ces criminels en à peine plus d’un mois. Le nain savait ce que cela impliquait concernant sa valeur à leurs yeux, il ne semblait cependant pas judicieux de mettre la chose en avant face à cet homme.

Selon Erik, le vieux marchand était capable de peser et évaluer instinctivement tout ce qu’il voyait. Leur ami avait parlé des origines de Magitek, cette guilde qui était toute la vie de son père. Arwan avait hérité très jeune d’une affaire familiale touchant à l’entretien de technologies magiques, un secteur où la concurrence était féroce. À force de rachat et d’élimination de guildes rivales, quelques décennies lui avaient suffi pour obtenir un monopole absolu. Il avait bâti un empire !

— Dommage, vraiment dommage, se désola le marchand en secouant la tête. Pour agir il nous faudrait identifier ces bandits. Si quelque chose vous revient, quoi que ce soit, faites le moi savoir. Bien entendu, le plus important c'est que vous soyez sain et sauf. Quant à vous, jeune homme...

Il se tourna cette fois vers Matt et le fixa un moment sans rien dire. Sous ce regard inquisiteur, le jeune homme gigottait sur son coussin, il semblait hésiter à s’enfuir en courant.

— Vous avez sauvé la vie de mon fils unique. Je ne saurai vous dire combien je vous en suis reconnaissant.

— Je... Je n’ai rien fait d’exceptionnel. J’ai juste…

Arwan sourit d’un air compréhensif.

— Je vous ai fait venir parce que je voulais vous rencontrer et vous remercier personnellement. Erik a également insisté pour que j’évite qu’une attention mal placée ne se porte sur le jeune Matt qui a démontré certains... dons. Il se trouve que le hasard fait bien les choses puisqu’une solution très simple m’est aussitôt apparue. Un test d'affinités magiques est proposé en ville ces jours-ci, je vous invite à y participer.

— Vous voulez que je devienne un mage ?

— Ce serait l’idéal : une fois à l’Académie Dovalan vous serez largement hors de portée de ceux qui se poseraient des questions sur les évènements du lac. Par ailleurs, même si j’avoue avoir des connaissances limitées sur le sujet, votre potentiel doit être au-dessus de la moyenne.

Matt se tourna vers Thuran, il avait l'air perdu. Le nain, lui, suivait très bien la façon de penser du vieil homme. Arwan prouvait sa capacité à faire les bons investissements : si le jeune homme avait un avenir de puissant mage, établir des relations avec lui dès à présent pouvait rapporter gros. Participer à ce test sous la coupe des Dureillon, c’était se lier à eux.

Le nain fut d’abord tenté de proposer à son ami de se retirer, mais se ravisa aussitôt. Il ignorait comment cet homme réagirait et il s’agissait peut-être d’une chance d’épargner le trésor de Darek !

— Nous sommes tombés sur cette information par hasard justement, intervint-il alors. Mais la somme demandée pour ce test est bien trop importante pour des gens comme nous.

Arwan se tourna vers lui, l’air amusé.

— Erik m’a prévenu que vous étiez vif d’esprit, jeune nain.

Thuran sentit un frisson lui glacer le dos. Le marchand avait parfaitement compris où il voulait en venir.

— Pas d’inquiétude, repris Arwan. Avoir sauvé la vie de mon fils mérite une récompense. Je vais me charger de ces formalités financières, je vous permettrai même d’être testé également, jeune nain. Je vous ai dit que j’avais une raison de venir à Frerilan : il s’agissait justement de faire passer cet examen à Erik. Vous le passerez tous les trois ensembles !

— C'est... très généreux de votre part, répondit le nain qui ne savait plus où se mettre.

— C’est donc décidé, occupons-nous de cette affaire sans plus attendre. Hari !

— Oui, Maître Dureillon.

Le précepteur vint passer son bras sous une épaule du marchand qui se leva avec son aide. Hari lui tendit ensuite une canne sertie d’une pierre rougeoyante et dont la hampe était en métal doré. Le vieil homme s’appuya dessus pour se diriger pesamment vers la porte.

— Bien, direction le Temple ! reprit Arwan. Je suis curieux savoir quels talents vous possédez.

En le voyant se déplacer avec difficulté, Thuran ne put s’empêcher de se demander s'il ne jouait pas en partie la comédie pour éviter que ses interlocuteurs ne se méfient de lui, mais sans doute se montrait-il trop soupçonneux. Hari suivit son maître en se tenant droit comme un i et fit signe aux jeunes de les suivre.

Ils sortirent tranquillement du bâtiment et tombèrent sur Erik, qui les attendait dans la rue en compagnie des gardes croisés précédemment. Le jeune homme adressa un sourire gêné à ses amis et resta silencieux.

— Gaven, accompagne-nous au Temple s'il te plait, demanda Arwan au garde moustachu.

— Très bien, Maître Dureillon.

L’homme d’arme fit une courte révérence et ouvrit la voie. Le groupe se mit en mouvement et Thuran remarqua que d’autres gardes leur emboîtèrent le pas sans qu’un ordre n'ait été donné.

Évidemment, un homme comme Arwan ne peut pas se déplacer sans une escorte conséquente.

Mais il ne s’attarda pas sur ce sujet, son cœur battait la chamade : tout leur avenir allait se décider dans quelques instants. S’il avait lui aussi un potentiel pour la magie ?

— Comment se passe ce test d’affinité ? demanda Matt en marchant.

— J'ai assisté à cet examen lorsque mes enfants l’ont passé, intervint Hari. Ce n’est rien de dangereux, rassurez-vous. Ce n’est même pas très impressionnant, vous verrez.

— Vos enfants ont-ils réussis ? questionna à son tour le nain.

— Pas un seul d’entre eux, fit Hari en affichant un rictus. Au moins ai-je pu les voir grandir.

— Avoir une affinité est donc si rare ?

— Eh bien, contrairement à ce que beaucoup pensent, la majorité des gens en ont une.

— Il me semblait pourtant que ceux ayant le potentiel de devenir mage étaient rares ?

— Et c’est vrai, acquiesça Hari. Mais il y a plusieurs facteurs à prendre en compte, le premier étant le coût.

Thuran acquiesça.

— Du coup des gens ordinaires pouvant être formés ne le sauront jamais… n’est-ce pas une perte pour cette académie ?

— Il y a de bonnes raisons à ce choix, intervint Erik. C’est une façon pour la noblesse de restreindre le nombre de mages, des gens en qui ils voient autant l’aide que la menace. Encourager les enfants nobles à être testé réduit aussi les querelles sur l’héritage. J’imagine qu’il y en a d’autres, plus ou moins officielles.

— C’est vrai… vous disiez qu’il y a un autre facteur ? reprit Thuran en se tournant vers Hari.

— Oui, il faut savoir que ce test auquel vous allez-vous soumettre a un objectif double : identifier une affinité éventuelle, mais aussi en connaitre la qualité. J'ignore l’importance de cette « qualité » dans la pratique de la magie, mais je suppose qu’un individu avec une affinité trop faible sera limité dans ses accomplissements. Le fait est que si elle n’est pas suffisante, vous ne serez pas retenus.

— Au sujet des éléments, peut-on avoir un lien avec plusieurs à la fois ? questionna Matt.

— Tu es ambitieux ! se moqua Erik. Non, c'est impossible. En plus, chaque race est liée à des éléments en particulier : si les humains peuvent avoir une affinité avec n’importe lequel des quatre, les nains n’en développent qu'avec l'élément terrestre.

Thuran le fixa, surpris.

— Pourquoi ça ?

— Il n’y a pas d’explication objective à fournir, concéda Erik. Si tu te fies aux Saintes Écritures, elles expliquent que des races « simples » ont été animées avant que le Créateur ne donne vie aux plus évoluées.

Hari sourit en voyant le nain grimacer.

— Il est plus juste de dire qu'on ne sait pas et qu’il s’agit d’une règle naturelle. On n’a jamais vu de nain adepte de l'air, de l'eau ou du feu à l'Académie Dovalan. De la même façon, les elfes légendaires auraient été incapables d’avoir recours au feu ou à la terre...

— On est arrivés ! les coupa Gaven.

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