Chapitre 8 : Frerilan (2/8)

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Erik leur fit ses adieux en leur promettant qu'ils se reverraient avant leur départ. Comme il s'éloignait, Thuran se retourna vers Rosalie.

— Le « Chat qui décroche la lune » ? Sérieusement ? demanda-t-il en souriant

— C'est le nom d'un conte pour enfant je crois. La plupart des commerces du coin ont un nom en rapport avec le temple.

— Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? On visite la ville ? proposa Matt.

Le nain vit Rosalie afficher une moue gênée.

— Désolée mais ma mère, enfin... elle demande si vous pourriez aider à décharger. Il faut que tout soit à sa place avant la nuit…

— Pas de problème, c'est le moins qu'on puisse faire, pas vrai Matt ? rebondit aussitôt le nain.

En son for intérieur il brûlait d'impatience de se rendre au comptoir de la Compagnie Minière. Il se raisonnait cependant avec facilité : il aurait tout le temps nécessaire dans les jours qui suivraient.

Le déchargement fut plus long que Thuran ne l'avait imaginé. Il ne s'agissait pas simplement de tout descendre des chariots en vrac, il fallait aussi transporter et stocker les marchandises dans un grand hall à proximité de la place. S'ils pouvaient laisser des biens de valeur à l’abandon pendant des jours à Rosépine, Frerilan était différente, comme leur fit remarquer Maria. Dans cette citée, les larcins étaient monnaie courante.

Les jeunes finirent l'après-midi en nage et épuisés. Les chariots de Rosépine enfin vidés, Rosalie vint vers eux.

— Maman veut que je vérifie encore une fois l'inventaire, que tout soit dirigé vers le bon commerce demain. Ne m'attendez pas, allez-vous commander à manger à l'auberge. Tenez...

Elle plaça une pièce d'argent dans la paume de Matt et lui dédia un clin d'œil.

— Tu me rendras la monnaie hein ?

La regardant s'éloigner, les deux garçons laissèrent échapper quelques éclats de rire.

Elle est bien la fille de sa mère ! songea le nain.

Avec toutes leurs allers et venues, ils avaient eu largement le temps de repérer leur lieu de résidence. Ils se dirigèrent directement vers une bâtisse à l'angle d'une rue qui donnait sur la place. C'était une grande maison à trois niveaux, avec une façade en très bon état et des volets en bois peints dans un bleu vif qui détonnait. Un panneau métallique surmontant l'entrée représentait un chat assis sur une sphère lisse qui représentait sûrement une lune. De l'avis du nain, elle ressemblait davantage à une pièce de monnaie.

C'est peut-être volontaire...

Matt poussa la porte et ils découvrirent une grande salle qui servait tout à la fois de hall d'accueil et de salle à manger. Le sol était dallé et des tables en bois ciré avaient été disposées en ordre de chaque côté d'un bar en chêne massif. Pierres et poutres avaient été laissées apparentes sur les murs et le plafond. Au premier coup d'œil, Thuran fut convaincu que s'il passait le doigt sur le bois où que ce soit, il n'y trouverait pas un grain poussière.

Un homme de taille moyenne, plutôt imposant, se tenait derrière le bar. Il essuyait tranquillement des verres en gardant un œil sur les deux nouveaux venus. Lorsqu'ils s'approchèrent de lui, il les accueilli avec un sourire poli.

— Vous faites partie du convoi de Rosépine ? Quels sont vos noms, s’il vous plaît ? questionna-t-il en se saisissant d'un petit carnet sous le comptoir.

— Heu... Moi c'est Matt, lui Thuran.

— Très bien, très bien... Oui, voilà !

Il plaça son doigt sur une ligne, puis alla ouvrir un petit placard attaché au mur derrière lui. Il se saisit d'une petite clef argentée qu'il tendit à Matt.

— Vous partagez une chambre au deuxième étage. Prenez à droite en sortant des escaliers, c'est la dernière porte, sous les combles.

— Merci ! répondirent les deux jeunes d'une seule voix.

Les marches grinçaient à peine, ils débouchèrent sur un couloir étroit avec trois chambres sur leur droite. Ils avaient hérité d'une petite pièce mansardée, la surface était limitée et la totalité de la pièce sous la pente du toit : Matt dut se baisser pour s'y déplacer. Les lieux étaient par ailleurs très propres et le mobilier, quoique simple, de bonne facture : deux couchages séparés par un petit muret et une commode. Le regard du nain fut attiré par la vasque au centre de la pièce. Elle était surmontée par un petit tuyau muni d'une vanne. Il s'en approcha aussitôt.

— Tu penses que c'est... commença Matt.

Le nain tourna la poignée sans attendre et un petit filet d'eau commença à se déverser. Il plaça une main dessous : elle était comme celle laissée dans un baquet tout un après-midi ensoleillé ! Avoir de l'eau chaude chez soi, c'était quelque chose d'inconcevable pour lui. À Karolak il lui fallait s’y prendre bien à l’avance et mettre leur vieille marmite sur le feu s’il voulait prendre un bain tout juste tiède !

— Ça va nous changer de la toilette dans le lit d'un ruisseau, pour sûr ! savoura Matt.

Tout à coup, cette chambre peu spacieuse leur faisait l'effet d'un cocon douillet.

— On va chercher quelque chose à manger ?

On leur servi un potage aux légumes accompagné de pommes de terre. Dans l’intervalle, d'autres membres du convoi avaient commencé à remplir la pièce. Fatigués par le voyage et le déchargement, les deux amis ne s'attardèrent pas et rejoignirent leur chambre avant le retour de Rosalie pour sombrer aussitôt dans un sommeil profond. Bercé par les bavardages nocturnes dans les rues, Thuran se sentait comme chez lui et passa sa meilleure nuit depuis bien longtemps. D’autant que la journée à venir était pleine de promesses.

Après deux semaines à dormir dehors, sur un sol dur, Matt s’éveilla en se réjouissant de l’absence de courbatures. Le nain ne pouvait partager sa joie, son entraînement martial laissait des traces. Il fit d’ailleurs quelques exercices matinaux avant de rejoindre le rez-de-chaussée.

Dans la salle principale le calme régnait, trois marchands issus de leur groupe conversaient dans un coin, le reste des tables étaient vides. L'homme qui les avait accueillis la veille était fidèle au poste, comme s'il n'avait pas bougé depuis. Il leur proposa de s’installer et promit de quoi déjeuner.

Assis à une table ronde pouvant accueillir deux personnes de plus, au cas où Rosalie les rejoignait, les jeunes reçurent du pain, une cruche d'eau ainsi qu'un bocal de confiture de fruits rouges. Ils prirent le temps d’apprécier le confort et finirent tout le pain qu'ils avaient ! Dans l’intervalle, d’autres clients étaient descendus prendre leur repas, mais pas trace de Rosalie.

— On demande leur chambre à l'aubergiste ? proposa Matt.

— Tu veux vraiment réveiller Maria ?

— Hum... on peut aussi aller se promener et la retrouver plus tard, concéda-t-il.

Thuran sourit et acquiesça.

— Je vais demander au tenancier s'il sait où se trouve le comptoir de la Compagnie Minière, annonça-t-il en se levant.

Le nain se dirigea tranquillement vers le bar. Un couple l'avait devancé, il attendit donc qu'ils aient fini en étudiant les lieux. Un tableau dans l’entrée était couvert par de petites affiches qui vantaient les mérites de boutiques ou annonçaient un évènement festif. Il en repéra une qui sortait de l’ordinaire, un grand œil bleuté était représenté au centre et quatre symboles gravitaient autour. En étudiant le dessin de plus près, il comprit qu’il s’agissait des quatre éléments : une flamme, des traits désordonnés, une montagne grossièrement dessinée et d'autres traits enroulés, comme des vagues. Il s’intéressa aussitôt au texte qui accompagnait le croquis.

« Les professeurs de l’Académie Dovalan sont présents à Frerilan dix jours durant, à compter du soixantième du dégel de l’an 2948. Ne manquez pas cette occasion exceptionnelle de tester votre affinité élémentaire ! »

Les yeux de Thuran s'arrondirent et se tourna vers le comptoir. Comme le couple s’éloignait, il sauta sur l'aubergiste.

— Quelle est la date d'aujourd'hui ?

— Pardon ?

L'aubergiste ne s'attendait visiblement pas à une question de cette nature, il dut consulter un agenda rangé sous le comptoir.

— Nous en sommes au soixante-huitième jour du dégel, répondit-il enfin.

Le cœur du nain bondit dans sa poitrine, il remercia vivement l'aubergiste avant de se précipiter vers la table où Matt l'attendait.

— Alors ? Il t’a dit où aller ?

— Oh... le nain se rendit compte qu'il avait totalement oublié son objectif premier, puis haussa ses épaules. On verra ça plus tard, j'ai fait une découverte bien plus intéressante ! Viens vite voir !

Il saisit la main de son ami et le tira derrière lui jusqu'à l’entrée.

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