Chapitre 7 : Le lac du Radian (4/8)

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Les yeux du garde s'arrondirent tandis que ses compagnons se tournaient vers l'origine du tir. Ali ouvrit la bouche mais n'eut pas le temps de dire un mot qu'un autre trait lui traversait la gorge. Tout ce qui sortit de ses lèvres fut alors un gargouillis incompréhensible et du sang frais. Il leva les yeux vers Erik tout en cherchant à se saisir de l'empennage de la flèche, sûrement dans l'intention de la retirer, mais ses forces le trahirent et il s'effondra.

Dans l'intervalle ses deux compagnons avaient tiré leurs lames courbes du fourreau.

— Ali ! s'écria Erik en s'élançant vers le blessé.

L'un des deux gardes restants vint à sa rencontre et le saisit par l’épaule.

— Nous ne pouvons plus rien pour lui jeune maître, nous devons retourner au camp !

Choqué, Thuran regarda le corps à terre. Ali avait cessé de bouger et du sang se répandait autour de lui, il était effectivement trop tard. Une autre flèche jaillit du couvert des arbres, mais le garde le plus en avant la trancha habilement au vol. Une voix se fit entendre en réponse à son action, moqueuse.

— Beau geste, mais ça ne vous sauvera pas. Merci d’être sortis de votre cachette, vous nous facilitez la tâche en étant regroupés.

Trois personnes s’avancèrent en plein jour. Deux d'entre elles étaient des hommes minces équipés d’armures légères en cuir, l'un d’eux tenait un arc bandé. Ils étaient précédés par une femme qui attirait bien plus l'attention que ses comparses. En voyant sa carrure Thuran la prit d’abord pour un homme, elle le faisait penser à un ours. Cette guerrière mesurait prêt de six pieds et ses muscles étaient dignes d’un forgeron. De longs cheveux noirs en bataille encadraient un visage marqué par des cicatrices intimidantes. Elle devait avoir une quarantaine d’année environ. Son armure était composée de morceaux de cuir et de métal reliés les uns aux autres de façon rudimentaire, elle possédait en outre une épée et une dague glissées dans un ceinturon.

Il se dégageait de cette femme une férocité que le sourire qu’elle affichait ne faisait qu’intensifier.

— Qui êtes-vous ? l'interpella Erik avec une rage perceptible.

Les deux gardes restant se placèrent prudemment à ses côtés, abandonnant le cadavre d'Ali devant eux. Matt et Thuran vinrent se placer derrière eux en jetant un coup d’œil furtif aux arbres sur leur droite : Rosalie n'était pas encore revenue.

Avant que la femme intimidante n'ait pu répondre, une autre voix résonna. Elle provenait du sentier par lequel étaient arrivés les jeunes.

— Teresa !

Un instant plus tard une dizaine d’individus, équipés de façon semblable aux premiers, émergèrent du couvert des arbres.

— Vous voilà enfin ! grinça la guerrière. Rufio, qu'est-ce que vous avez fichu ? Vous avez même réussi à vous faire repérer ! Enfin, ça n'a plus d'importance maintenant...

Thuran sentit qu'elle braquait son regard droit sur lui et son cœur fit un bond.

— Nous ne sommes là que pour le nain. Laissez-le-nous bien sagement et on ne vous fera aucun mal, déclara-t-elle en s’adressant visiblement aux deux gardes.

Ces derniers se tournèrent aussitôt vers Erik, qui jeta un nouveau regard au cadavre d’Ali avant de répondre, la mâchoire serrée.

— Hors de question !

Le terrible sourire sur les lèvres de la femme s’élargit.

— Parfait ! Une semaine que mes gars s’ennuient à mourir en suivant votre convoi, ça leur fera du bien de se dérouiller. En avant vous autres !

Le groupe de bandits était prêt, il se déploya aussitôt, formant un arc de cercle qui privait leurs cibles de tout échappatoire.

— Reculez, dos au lac ! intima l’un des gardes d'Erik en plaquant sa main libre sur la poitrine du jeune marchand pour le forcer à suivre.

Thuran songea qu'il cherchait sûrement à éviter un encerclement. Dans le feu de l'action, il se surprenait à avoir eu la même idée : son esprit analysait froidement la situation, cherchait la meilleure manière de s'en sortir alors qu'il aurait dut être terrifié. Un homme venait de mourir sous ses yeux !

Une nouvelle flèche vola vers un garde, mais ce dernier la brisa comme la précédente d’un geste fluide de sa lame. Il paraissait habitué à cet exercice.

— Pas de projectiles ! intervint la dénommée Teresa d'une voix forte. Si Grégor ne récupère pas le nain en parfait état, sa colère retombera sur nous tous !

— Grégor ! s’exclamèrent Thuran et Matt d’une seule voix.

Il ne doutait pas de l'affiliation de leurs assaillants, mais cette confirmation attisa tout de même la colère dans son cœur. Le nain serra les dents tandis que ses yeux parcouraient son environnement à la recherche d'une arme. Celle d'Ali était toujours au fourreau, mais hors de portée : leurs ennemis avaient dépassé le cadavre du garde. Il grimaça et se résolu à se contenter de son épée d’entrainement.

— Reculez ! répéta le premier garde.

Tout en progressant, le second tira une épée courte de sa ceinture dont il présenta la poignée à Erik. Après s'en être saisi, le jeune marchand regarda Thuran.

— Ce sont ceux qui te poursuivent depuis Châtaigne ? Pourquoi te veulent-ils à ce point ?

— Je n’en sais vraiment rien ! s’énerva le nain. On en reparlera si on s’en sort !

Il s’en voulut presque aussitôt. Erik avait perdu l’un de ses hommes et risquait sa vie et celle de deux autres pour le protéger.

— S’en sortir ? s’esclaffa l’un des bandits en première ligne. Comme si vous aviez la moindre chance !

Le nain ne tarda pas à sentir l'eau du lac sous ses semelles, il s'arrêta net et serra de plus belle la poignée de son arme. Leurs opposants s'immobilisèrent à leur tour et il les étudia plus attentivement.

Le groupe de mercenaires était hétéroclite, tous étaient humains mais si certains ne devaient pas être plus âgés que lui et ses amis, un autre avait les cheveux uniformément blancs. Il y avait huit hommes pour trois femmes, sans compter Teresa. Leurs armes étaient variées, épées, haches, lances ou gourdins, certains portaient également un bouclier.

— Matt, reste derrière moi, murmura-t-il.

— Quoi ? Pourquoi ?

— Ils ne veulent pas me blesser.

Un éclair de compréhension passa dans les yeux du jeune homme et son regard se durcit. Il acquiesça et Thuran songea une fois encore qu'il avait changé. Mais il n’eut pas le temps d'ajouter un mot.

Répondant à un hochement de tête de leur cheffe, le groupe de crapules passa à l’assaut !

Les deux gardes attirèrent l'essentiel de l'attention, laissant une poignée d'adversaire aux trois jeunes. Erik se retrouva face à un unique adversaire, une femme d’âge mûr. Thuran assista au début de l’échange entre les deux adversaires et se sentit rassuré : l’escrime faisait visiblement partie des enseignements auxquels il avait droit. Il n’avait cependant pas le loisir de s’attarder sur cet affrontement : les conseils de Rionnel lui revinrent à l’esprit et il tâcha d'ignorer ce qui se passait hors de son « cercle » : son adversaire et lui.

Le nain avait hérité d'un des plus jeunes bandits, un garçon à peine sorti de l'adolescence, le visage plein de boutons d'acné. De taille et de corpulence moyenne, il n'avait rien d'impressionnant au premier regard. Thuran était cependant conscient de sa propre faiblesse, il manquait de tout : pratique, physique, expérience, sans oublier l’équipement !

— Tu d'vrais te rendre bien sagement, ça t’évitera des bleus, fanfaronna le bandit en approchant.

Le nain sentit Matt qui s'agitait dans son dos et prit les devant. Il fonça sur son ennemi. S'il n'avait pas l'avantage de l'allonge, il était convaincu d'avoir celui de la force : il avait sa fierté, ce gringalet ne pouvait pas tenir tête à un nain !

Il avait raison. Lorsque le gringalet leva son épée courte pour le recevoir, il ne put faire mieux que bloquer en reculant d'un pas, incapable de prendre le dessus. Thuran saisit sa chance et plaqua la main gauche sur le dos de sa « lame » avant de pousser en avant d'un coup sec. Le gamin perdit l'équilibre et tomba en arrière tandis que le nain frappait de taille, vers la main qui portait l'épée. Cette dernière s'envola pour aller tinter sur les caillasses. Thuran eut alors la surprise de voir Matt lui passer devant, tenant un gros galet à deux mains.

— Ça c'est pour mon père ! s'écria celui-ci.

Avec toute la force que sa carrure lui permettait, le jeune homme frappa le bandit en plein visage. Du sang gicla et Thuran fut tenté de détourner le regard. Endurci par les horreurs auxquelles il avait assisté au cours des semaines passées, il fit cependant l'effort nécessaire pour rester concentré et vit ainsi venir une autre menace. Au moment où Matt levait sa pierre pour donner un nouveau coup, le nain le saisit par l'épaule et le tira violemment en arrière. Une hache percuta le sol là où il se trouvait un instant auparavant.

— Sales gosses, vous allez voir ! grinça le nouveau venu.

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