Chapitre 6 : Décisions (5/6)

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Le nain se fit la réflexion que Matt avait déjà changé. Il n'était plus tout à fait ce jeune homme naïf qu'il avait connu. Les épreuves avaient forgé son caractère, affermit sa force de volonté. Et lui-même dans tout ça ? Il devait s'endurcir aussi, affronter les évènements plutôt que les subir !

— Rosalie, j'ai une autre requête, continua Matt. Pourrais-tu m'enseigner le vide intérieur ?

— Le quoi ? explosa Erik en se tournant vers la jeune femme.

Les trois autres le fixèrent, surpris par l'intensité de sa réaction.

— Mon maître me l'a enseigné, expliqua finalement la jeune femme.

— C'est... incroyable. Vous ne vous rendez pas compte combien c'est rare de le maîtriser, le nombre de personnes dans ce cas au service de mon père se comptent sur les doigts d’une main ! Et il est plus rare encore de trouver quelqu'un capable de l'enseigner !

Wang leur en avait parlé, mais jusque-là le nain ne s'était pas rendu compte de la valeur de cet exploit.

— Rosalie, tu pourrais m'enseigner alors ? finit par répéter Matt.

La jeune femme se secoua.

— Je peux t'expliquer les bases, te guider, mon maître disait que j'avais une excellente compréhension des fondamentaux. Pour ce qui est d'y arriver, je ne promets rien. Ce ne sera pas possible avec seulement ces quelques semaines de voyage en tous cas !

— Même si ce n'est que les bases, ce sera déjà génial ! assura le jeune homme en souriant.

— Tu pourrais m'enseigner à moi aussi ? se décida Erik. Je m'en voudrais de rater une telle opportunité !

Matt fit la grimace, mais Rosalie accepta aussitôt. Thuran se sentit soudain bien seul. Il avait demandé à Wang de lui enseigner cet art une dizaine de jours plus tôt, mais cette demande avait été formulée sous le coup de l'émotion. Quelles étaient ses chances de réussir ? Et même s'il y parvenait, cela ferait-il de lui un combattant émérite pour autant ? Rosalie avait une condition physique qu'il était très loin d'égaler. Si ses amis trouvaient leur voie, il lui fallait suivre la sienne. Une idée lui vint soudain.

— Je vous laisse, je vais voir Rionnel ! annonça le nain.

Sans attendre de réponse, il sortit du grand bâtiment et descendit la rue principale d'un pas rapide. Il y avait encore plus d'activité que d'ordinaire dans les rues, le nain avait du mal à reconnaître là l'une des paisibles bourgades du Gareldor. Ce n'était pas loin de l'ambiance de Karolak. Les têtes se tournaient vers lui comme il progressait, tous savaient qui il était. La plupart le connaissaient depuis des années et son histoire récente avait fait le tour mais, comme il pressait le pas, personne ne jugea bon de l'interrompre.

Le capitaine de Châtaigne s'était installé temporairement dans les casernements de Rosépine, une maison à peine plus grande que la moyenne. Il frappa à la porte avant de la pousser sans attendre et tomba nez à nez avec le capitaine Patrek.

— Oh, Thuran c'est ça ? Que viens-tu faire ici ?

— Rionnel est là ? Je voulais juste lui parler.

— Il assiste à l'entraînement du nouveau, dans la cour, répondit le vieux garde en désignant une porte derrière lui.

Le nain le remercia et rejoignit le terrain d'exercice. Il s'agissait d'un espace carré d'une centaine de pieds de long, une zone sans construction située à l'arrière de diverses habitations. Le sol était sablonneux avec quelques touffes de mauvaises herbes. Deux combattants échangeaient des coups, armés d'épée et de bouclier en bois. Il s’agissait de Stan et d’un jeune garçon de ferme de Rosépine. Le nain se remémora son nom : Jules, un gamin d'une dizaine d'années.

— Lève ton bouclier ! Plus haut ! héla Rionnel, qui assistait à la scène assis sur un banc.

Stan passa à l'action, il frappa de taille contre le bouclier que Jules tardait à brandir convenablement. Le garçonnet tomba sur les fesses.

— Debout ! On recommence ! ordonna aussitôt Rionnel.

— Mais il est trop fort ! geignit le gamin.

— Si tu avais manœuvré ton bouclier pour amortir la lame en la laissant glisser dessus, tu n'aurais pas eu à encaisser toute la force de l'impact. Il faut que tu trouves le geste juste et pour ça, il n’y a que la répétition. Allez, debout ! l'encouragea Stan à son tour.

Mais à peine Jules debout, le garde fonça sans pitié et frappa le poignet juste au-dessus de son arme. L’épée d’entraînement tomba au sol, accompagnée d’un nouveau gémissement.

Thuran ricana comme il se dirigeait vers Rionnel qui le remarqua alors.

— Oh, qui voilà ? Comment évolue ta cheville ?

— Ça fait plusieurs jours que je ne ressens plus rien, le rassura le nain. La marque a commencé à disparaître. Et toi, ta blessure ?

Le dos du soldat reposait contre un mur, mais sa posture restait naturelle.

— Ce sera bientôt de l'histoire ancienne. Mais je suppose que tu n’es pas là pour échanger ce genre de banalités ?

Thuran jeta un œil au combat. Jules avait encore été désarmé en un coup.

— Je me demandais si tu accepterais de m’enseigner le maniement des armes ?

— Pourquoi ? demanda Rionnel, sans afficher de surprise particulière.

— Tu sais que je pars à Frerilan avec vous pas vrai ? Je ne sais pas encore ce qui m'y attend, ce que je ferai après. Avant qu'on ne soit séparés, j'aimerais être capable... Je ne veux plus me sentir faible et sans défense !

— Ce n'est pas en moins d'un mois que je ferai de toi un soldat, tu en es bien conscient ?

— Oui, oui bien sûr ! Mais si tu m’enseignes les bases, je pourrai encore m’améliorer par la suite…

Le soldat sourit.

— C'est la bonne attitude. Rejoins Jules au centre et montre-nous ce que tu as dans le ventre !

Thuran ne tarda pas à regretter d’avoir ri des capacités du garçonnet.

***

« Je me demande si je reviendrai ici un jour ? » songea Thuran en levant les yeux vers la porte de Rosépine. Il fit un dernier tour des lieux du regard, les toits d'ardoise qui dépassaient du mur d'enceinte, le moulin juste au dehors, les champs où chanvre et lin commençaient à pousser. Il s'attarda sur la bicoque du vieux Wang au loin…

— Thuran !

— Hum ?

Le jeune nain sortit de sa rêverie et se tourna vers Rosalie. Elle le fixait avec un air sévère.

— Quoi ?

— Je te demandais, tu pourrais prendre les rênes du chariot derrière toi ? Tu sais guider un attelage pas vrai ? On manque de monde !

— Oui bien sûr, pas de problème !

Sans demander son reste, la jeune femme fila vers un attroupement plus loin. Sa mère discutait avec des gens de Douce-Neige.

Le jour du grand départ était finalement arrivé. Le nain se hissa sur le chariot que la jeune femme avait désigné, l’un de ceux affrétés par Rosépine. À l’arrière une bâche couvrait des rouleaux d’étoffes colorées, il les avait chargés lui-même la veille. Deux mules y étaient attelés, comme l'attelage de Darek. Les souvenirs remontaient... il se secoua, « Pourquoi suis-je si mélancolique ce matin ? »

Il avisa alors Matt qui franchissait les portes de la ville, deux coffrets sous les bras. Thuran l'avait laissé dormir plus longtemps, mais en échange son ami s'était engagé à ramener le trésor de Darek.

— Matt, par ici !

— Thuran ? Qu'est-ce que tu fiches là-haut ?

— Je conduis ! Pose tout ça derrière et grimpe, l’invita le nain en souriant.

Comme son ami s'efforçait de se faire une place confortable, le nain vit un cavalier passer juste à côté de lui. Il leva les yeux sur lui, surpris.

— Lara ?

C’était Lara Farraver, la fille du maître-chasse de Seille-sur-Vic. Il avait été convaincu qu’elle était rentrée avec lui.

— Oh c’est vous, réagit-elle sans montrer d’émotion.

— Tu nous accompagnes ? fit le nain étonné, tandis que Matt se penchait pour écouter.

— Je veux visiter les terres du sud. Ça fait des années que j’ai ce voyage en tête, mais mon père refusait toujours.

— Kylian t’a laissé partir ?

— J’ai proposé mes services pour garder le convoi, comme ils manquent de monde après la perte de certains gardes de Rosépine. Papa ne pouvait pas refuser dans ces circonstances. Bon, j’y vais !

La jeune femme rejoignit Rionnel et Stan en tête du convoi. Thuran songea qu'elle accomplissait son rêve en partant ainsi à l’aventure. Lui n’avait pas eu d’autre choix.

— Il est l’heure ! annonça enfin Stan d’une voix forte.

Maria Summer se précipita vers une carriole dans laquelle son mari l’aida à grimper. Jaek ne venait pas avec eux et Rosalie attendait déjà sa mère à bord.

Plus loin se trouvait une roulotte, une sorte de cabane sur roue tirée par trois chevaux. C’était la voiture d’Erik et son tuteur, le dénommé Hari. Le nain avait jeté un bref coup d’œil à l’intérieur, sans surprise il avait l’air très confortable. D’après Erik, les essieux avaient été prévus pour ne pas sentir le moindre cahot sur les routes les plus dégradées.

— Au revoir Rosépine, murmura-t-il.

Un cri résonna en tête du convoi, les fouets claquèrent tandis que les mules et autres bœufs s'élancèrent en renâclant. Thuran suivit le mouvement, le regard braqué sur l'horizon.

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