Chapitre 6 : Décisions (3/6)

7 minutes de lecture

Wang alla s'installer confortablement, là où il les avait reçus la première fois. Il leva les yeux sur Thuran qui s’assit en face de lui.

— Alors, as-tu trouvé des réponses à Châtaigne ?

— Je… une piste peut-être, fit le nain, surpris par cette entame.

— Très bien, que puis-je pour toi ?

Thuran hésita, il s'était imaginé cette conversation un bon millier de fois, mais n'avait pas trouvé une bonne manière de s'y prendre. Alors il alla droit au but.

— Vous êtes un mage.

— Ce sont les flammes qui t'ont fait penser ça ? réagit le vieil homme en souriant.

Une fois de plus, il prit son interlocuteur au dépourvu.

— Désolé, s'excusa Wang en reprenant son sérieux, pose ta question.

— Pourquoi nous avoir aidé ?

— Je l'ai déjà dit, Rosalie me l'a demandé.

— Mais vous saviez que... Je veux dire, maintenant que des villageois ont vu de quoi vous êtes capables, la rumeur va forcément se répandre. Et puis il y a aussi ces bandits...

— C'est vrai, confirma Wang en se levant pour mettre de l'eau sur le feu.

— Vous avez dit être à la recherche d'une vie paisible, pourtant vous avez tout abandonné pour nous venir en aide ! Pourquoi ?

Le vieil homme regarda Thuran dans les yeux, il avait presque l'air solennel tout à coup.

— Il faut parfois faire ce qu'on a à faire, quel qu'en soit le prix. Un jour tu le comprendras, toi aussi.

— Que voulez-vous dire ?

— As-tu décider ce que tu vas faire ?

Le nain était complètement perdu.

— À quel sujet ?

— Cette piste trouvée à Châtaigne, tu comptes la suivre ?

— Je... je ne suis pas encore sûr. Je pourrais peut-être d'abord...

— Tu n'es qu'au début de la route Thuran. Chéris les souvenirs de cette enfance paisible que tu as eu, mais il est temps d'avancer et de découvrir qui tu es.

— Quoi ?

— Tes amis t'attendent, tu devrais les rejoindre maintenant.

— Mais je... j'ai encore des questions ! Au sujet de la magie, je voulais vous demander...

— Tu auras tes réponses. Nous nous reverrons le moment venu, pour l’instant tu dois y aller. Rappelle-toi, va de l'avant !

Sur ces mots, Wang se détourna du nain pour se concentrer sur sa bouilloire.

Thuran était complètement perdu, il ne savait pas comment réagir. Finalement, il décida de reporter ses interrogations à plus tard et se dirigea lentement vers la porte. Avant de sortir il hésita puis se tourna vers le vieil homme pour lui adresser une courte révérence, comme le faisait Rosalie.

— Ah, te voilà ! Alors, qu'est-ce qu'il a dit ? l'accueillit Matt.

Ses trois compagnons étaient restés l'attendre à deux pas de la cabane.

— Je ne suis pas sûr, avoua le nain. Ce qu'il a dit... Je crois que j’ai encore plus de questions qu’avant.

— Vous devriez vous méfier de lui, les gens d'Erevan ne sont pas dignes de confiance ! intervint Erik.

— Mais qu'est-ce qu'il raconte lui ? s'énerva aussitôt Rosalie. Mon maître est la personne la plus digne de confiance qui soit, je ne connais pas plus généreux et bien intentionné que lui ! Qui es-tu d'abord ?

Désarçonnés, les trois garçons fixèrent la jeune blonde qui les foudroyait tous les trois du regard, les poings posés sur les côtes.

— Je... Erik Dureillon pour vous servir, belle dame, répondit finalement le marchand en accompagnant ses paroles d’une révérence.

Les manières du jeune homme amusèrent Thuran, cela lui rappelait les nains de la noblesse lorsqu’ils se croisaient dans les rues. Une gestuelle totalement déplacée pour un endroit comme Rosépine. Rosalie réagit en dirigeant un regard choqué vers lui.

— Durei... de Magitek ?! s'exclama la jeune femme.

Erik acquiesça tandis qu’elle devenait pâle comme un linge.

— Je suis désolée, je ne savais pas... Je veux dire, ma mère m'avait informée de la présence du fils de Maître Arwan Dureillon, mais je ne pensais pas qu'il serait, enfin...

— SI jeune ? ricana l'intéressé. Il n'y a pas de mal, rassurez-vous. Et puis comment pourrais-je en vouloir à une si jolie jeune femme ? Quel est votre nom ?

Thuran jeta un œil du côté de Matt, sans surprise le visage de ce dernier s’était renfrogné. Un sourire se forma en revanche sur les lèvres de Rosalie et ne les quitta plus tout au long de leur cheminement vers les portes de la ville. Erik et elle se mirent à discuter des machines de Rosépine ou encore de la qualité des tissus obtenus. Force était d'admettre que le marchand savait de quoi il parlait. Le nain fut bien vite perdu par les détails techniques évoqués par les deux jeunes gens. Quant à Matt il fermait la marche, l'air boudeur.

Dès qu’ils eurent franchi les portes, Erik prit congé de ses nouveaux amis.

— Hari m’attend sûrement pour ma leçon de l’après-midi. J’ai déjà trop traîné !

— Qui est Hari ? demanda Rosalie.

— Mon tuteur, il a la responsabilité de veiller sur moi et m’enseigner tout ce que je dois savoir… Il n’est pas très patient, on se revoit plus tard d’accord ?

Les trois amis le regardèrent s’éloigner quelques instants, puis prirent la direction de la maison des Summer.

— Ça y est, fini le sourire béat ? grinça Matt en fixant la jeune femme.

— Quoi ?

— Tu as passé tout le trajet à sourire comme si tu étais tellement heureuse de la présence de Erik…

Rosalie fusilla le jeune homme du regard.

— As-tu la moindre idée de qui il est ? De qui est son père ? C’est l’une des personnes les plus influentes de tout Cyrial ! Magitek fait la pluie et le beau temps dans les royaumes des hommes. Plus personne ne peut se passer de ses produits et Rosépine ne fait pas exception : c’est à eux que nous devons nos métiers à tisser mécaniques ! Alors oui, je fais bonne figure et tu devrais apprendre à faire une autre tête de temps à autres toi aussi ! Ça pourrait te servir !

Sur ces mots elle pressa le pas, devançant les deux garçons. Matt resta sur place, incapable de réagir.

— Ne t’inquiète pas, elle va vite se calmer, le rassura Thuran. Elle finira par réaliser que tu es juste jaloux.

— Quoi ? Mais je ne suis pas…

Le nain lui sourit d’un air entendu avant de courir à la suite de la jeune femme, bientôt suivit par Matt.

Arrivés à la maison, ils se rassemblèrent dans la chambre d’amis. Ils y étaient seuls pour le moment et Rosalie s’assit en tailleur sur le sol, Thuran sur un lit. Après une courte hésitation, et un regard froid de la jeune femme, Matt alla s’installer à côté du nain.

— Bon, dites-moi ce que vous avez découvert maintenant ! s’exclama la jeune femme avec impatience.

Les deux garçons échangèrent un regard, puis Thuran commença.

— Il ne reste presque plus rien, les bandits ont tout brûlé.

— Mais les habitants ?

Le nain jeta un coup d’œil à son ami, qui hocha la tête, puis répondit.

— Il n’y avait personne pour nous accueillir. On a trouvé le père de Matt, il…

Comme il se taisait, la jeune femme bondit sur ses pieds. Toute trace de colère avait disparu, elle se jeta au cou du jeune homme.

— Matt, je suis désolée…

Le jeune homme lui rendit son étreinte. Lorsqu’ils se séparèrent, Rosalie s’installa sur le lit entre les deux garçons. Elle se tourna à nouveau vers le nain.

— Et ton oncle ?

— On a trouvé une tombe à son nom.

— Une tombe ? Tu veux dire qu’ils ont pris le temps de l’enterrer ? Les autres aussi ?

Thuran secoua la tête, puis lui et Matt s’employèrent à décrire plus avant l’état de la ville et leur voyage. Le nain hésita au moment d’aborder la scène avec Wang, finalement il choisit de ne pas la mentionner. Matt comprit son intention car il se tut lui aussi. Rosalie n’avait encore montré aucun signe indiquant qu’elle soit au courant du statut de son maître.

Lorsque que la jeune femme aborda la question des magicytes, en bonne fille de sa mère, Thuran confirma leur découverte et enchaîna sur le sujet de l’autre coffret. Il ne mentionna pas la fortune qui s’y trouvait, mais lui parla des lettres et tendit celle signée par Archibald.

— C’est le sigle de la Compagnie Minière, identifia-t-elle à la fin de sa lecture.

— Rionnel a dit la même chose.

— Du coup, tu comptes faire quoi ?

Le nain demeura silencieux un instant, les paroles de Wang lui trottaient dans la tête : aller de l’avant. Il finit par lever les yeux sur la jeune femme.

— La proposition de t’accompagner à Frerilan tient toujours ?

Le temps s’écoula rapidement ensuite. Avec le retour de l’expédition, la rumeur concernant l’état de Châtaigne eut vite fait le tour de la bourgade. Quand les jeunes sortirent, ils furent pris à partis par les curieux eux aussi.

Rosalie avait encore du travail à faire pour sa mère et Thuran dû négocier avec cette dernière le prix des magicytes, ce qui l’occupa un moment. Au moment de se coucher, le nain jugeait qu’il avait fait honneur à son oncle en en tirant quinze pièces d’argent par pièce, non sans évoquer la mort de son oncle « pour amener ces gemmes à Rosépine » comme un argument pour faire monter le prix. Ce qui ajoutait presque deux pièces d’or à son héritage déjà impressionnant. Il ignorait ce qu’il ferait de cette fortune, mais Darek disait qu’on n’avait jamais trop d’argent sous la main. Ce qui expliquait pourquoi il en dépensait si peu.

Thuran sourit comme un souvenir lui revenait : il avait détruit un présentoir d’arme chez l’armurier de Karolak en jouant avec d’autres gamins. La tête de son oncle, lorsqu’il avait dû tirer sa bourse pour dédommager le commerçant, ne quitterait jamais sa mémoire. Le jeune nain avait ensuite été privé de sortie pendant un mois…

Il sombra progressivement dans les bras de Morphée.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Carma
Vingt- septième siècle

Cinq cent ans plus tôt, les humains ont du se résoudre à s'enfermer volontairement, pour avoir une chance de survivre, sur la Terre devenue hostile.
Les premières décennies furent marquées de révoltes et d'émeutes sanglantes mettant en péril ce nouveau mode de vie et la survie de tous. Des mesures drastiques et extraordinaires durent être prises. On conçut Magie, une IA extrêmement perfectionnée à qui on confia le pouvoir de choisir dans la population, les plus aptes à gouverner. Et, on lui demanda de concevoir des Lois pour instaurer un climat vivable et pacifié au sein des Bulles. Ainsi, on inscrivit dans la Loi la régulation des naissances et le recours à la programmation génétique, pour la conception de nouveaux êtres y compris humains. On légalisa les Rings et on formalisa leurs fonctionnement. Enfin, on rendit obligatoire le recours à l'Optimem dès l'âge de dix ans.
Ces mesures permirent de stabiliser le climat social, de restaurer la Paix et aux occupants des Bulles de retrouver la paix et le bonheur.

Alka, une jeune femme brillante, est une citoyenne modèle de la nouvelle humanité vivant en bulles.

Mais, tout change, quand elle rencontre Noway, un jeune homme taciturne dont les origines mystérieuses éveillent sa curiosité innée.

La soif d'apprendre et de comprendre de la jeune femme les conduiront, tous les deux, à remettre en question leurs visions du monde et à vivre des aventures qu'ils n'auraient jamais pu imaginés.

PS: Je suis une débutante alors merci de votre bienveillance et n'hésitez pas à annoter et à commenter. Merci
92
190
1474
180
Maxence Sardane
À la mort de sa grand-mère, prêtresse des dieux, Saiô, jeune archéologue dans un Japon usé par les catastrophes écologiques et noyé dans la globalisation galopante, se retrouve forcée d'accepter un héritage bien encombrant... Qui est "Shira-sama", ce nom qui court sur toutes les lèvres, dans l'entourage de sa grand-mère ? Pourquoi tient-on tant à ce qu'elle reprenne la suite de cette dernière ? Que signifie donc cet héritage pour la communauté ? Et pour elle-même ?

CV : Je prends toutes les remarques, corrections, annotations et suggestions que vous aurez la gentillesse de me laisser.
39
53
57
42
JayBee28
L'histoire de Tom, un adolescent vivant de nos jours, et ses diverses péripéties à travers sa vision des choses.
(Récit fictif inspiré dans les grandes lignes d'événements vécus par l'auteur).
6
11
26
8

Vous aimez lire Borghan ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0