Chapitre 7 : Le lac du Radian (1/8)

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L’expédition commerciale partie de Rosépine progressait vers le sud, Thuran à son poste de conducteur dans le milieu de la file. Lorsque les brumes matinales se dispersèrent, une grande bande sombre prit forme à l’horizon.

— Matt, réveille-toi ! appela le nain.

Il entendit le jeune homme grogner derrière lui. Matt s’était aménagé une couche confortable entre les rouleaux de tissu et avait récupéré quelques confections en laine pour se couvrir.

— Quoi ? Je venais de m’endormir !

— Tu ne fais que pioncer depuis qu’on est partis ! Allez, viens voir.

Non sans rechigner, son ami se redressa et enjamba les deux planches qui le séparaient de la place du cocher.

— C’est quoi ? demanda-t-il une fois aux côtés du nain.

— La Chaîne du Radian, introduit Thuran, Rionnel m’en a parlé hier soir. On va la traverser pour rejoindre Frerilan.

— Il y a des montagnes pareilles dans le Gareldor ?

— Elles ne sont pas très impressionnantes comparées à celles où j’ai vécu, crâna le nain. Mais ça va te changer c’est sûr !

À la mi-journée, arrivés au bord d’un étang, le convoi se prépara à entamer l’ascension proprement dite. Le chemin devenait plus étroit, il allait falloir être plus prudent.

— D’après Hari on va suivre le cours de la Gracieuse, le ruisseau qui débouche ici, jusqu’à un lac en montagne, indiqua Erik alors que le quatuor d’amis s’était regroupé pour le déjeuner. J’ai traversé ce massif plus à l’ouest la première fois, mais il parait que c’est très beau là-haut.

Il parlait à ses trois amis, mais visait Rosalie en particulier. Celle-ci ne manqua d’ailleurs pas de se réjouir.

— Ça fait longtemps que je voulais voir ces montagnes ! Mon père m’en a beaucoup parlé quand j’étais petite.

— C’est juste des rochers et encore des rochers, grogna Matt.

Thuran secoua la tête en souriant.

— Tu changeras d’avis avant la fin de la journée, crois-moi. Viens, il est temps de se préparer à repartir !

La suite lui donna raison, Matt ne cessa de laisser échapper des exclamations admiratives cet après-midi-là. Ils avaient complètement perdu de vue les steppes vides du nord, le terrain était plus rocailleux mais étonnamment plus fertile. La végétation se faisait une place partout où elle pouvait, même les rochers étaient couverts de racines et surmontés d’arbustes. La variété de fleurs sauvages crût à mesure qu’ils prenaient de l’altitude, égayant le paysage de leurs couleurs chatoyantes.

Leur route traversait régulièrement de petits bois. Au moment de s’engager dans le premier, Thuran ne put s’empêcher de craindre une mauvaise rencontre. Nul bandit n’y apparut cependant, pas plus que dans les suivants. Il ne passait pas plus une demi-heure sans qu’ils aperçoivent un troupeau de cervidés. Les lièvres et autres renards ne manquaient pas, eux non plus. Guidés par Lara qui faisait figure d’experte, des membres de l’expédition, armés d’arcs, entreprirent d’abattre quelques bêtes.

Le plus impressionnant restait les montagnes elles-mêmes qui se dessinaient nettement au-dessus d’eux. Elles étaient couvertes de tâches vertes et, là où la végétation manquait, une roche brunâtre la remplaçait. Des sommets pointus étaient disposés à intervalle réguliers.

Plus ils progressaient, plus le chemin devenait étroit et tortueux. Les gardes s’inséraient dans la colonne, plus question de chevaucher où bon leur semblait. Les voyageurs se trouvaient souvent coincés entre une façade rocheuse et un ravin de vingt à trente pieds de profondeur au bas duquel s’écoulait la Gracieuse. Matt s’amusait à repérer les gros poissons qui y barbotaient, mais le chemin était trop dangereux pour permettre à Thuran de se laisser déconcentrer. Il fallait à tout prix éviter que l’un des animaux de trait se blesse et les roues des attelages étaient soumises à de rudes efforts. Des essieux cédèrent dès la première demi-journée en montagne, retardant l’ensemble de la file.

— Je regrette le territoire nain, cette route est épuisante à parcourir, lâcha Thuran alors que la nuit tombait sur leur bivouac.

— Le terrain est plus praticable dans les montagnes du nord ? s’étonna Matt.

— Ce n’est pas la nature qui est plus favorable, mais les routes ! Nos ancêtres ont établi un réseau pavé, la Voie Royale, qui relie chacune des cité-États.

— Des routes pavées ? questionna à son tour Rosalie. Comment ont-ils fait pour les disposer si le sol est aussi chaotique qu’ici ?

Le nain sourit sans chercher à dissimuler sa fierté.

— Les routes naines sont larges de quinze pieds et parfaitement rectiligne. La roche a été taillée ou même creusée : il y a de multiples tunnels sous la montagne. Rien ne dévie la Voie Royale !

— Le tout avec des pics et des pioches ? Ça a dû prendre des siècles ! fit remarquer Erik. Combien sont morts à l’ouvrage ? Aujourd’hui, Magitek pourrait vous proposer des machines qui…

— Ces travaux sont majoritairement destinés aux forçats et encadrés par des ingénieurs très bien payés, je ne crois pas que les nobles soient intéressés par des manières de rendre ce travail plus facile, se moqua Thuran.

Il fallut encore une demi-journée de lente progression avant que le convoi ne s’arrête enfin.

— Wouaah ! s’extasia Matt, assis aux côtés du nain.

— Magnifique, avoua ce dernier.

Leur chemin étroit débouchait sur un large espace ouvert au cœur des montagnes. Des terres herbeuses ou boisées entouraient un lac impressionnant. Thuran estima la longueur de celui-ci à pas moins d'une lieue de long pour moitié moins en largeur. Le soleil se reflétant sur les eaux donnait un côté enchanteur à leur premier aperçu des lieux.

Le nain admirait le paysage, il se trouvait au sommet de ce qui le fit penser à un cratère de volcan. Thuran en avait escaladé un avec Darek autrefois, mais celui à ses pieds, si c’en était bien un, était nettement plus grand. Chose remarquable, sur les contours de cette immense cuvette s'élevaient une dizaine de sommets à pic dont l'un gardait même des traces de blanc. Leur route descendait vers le centre en serpentant et le convoi ne s'arrêta qu’une fois la bordure du lac atteinte. Un terrain dégagé et presque plat les y attendait.

— Il a l'air d'y avoir pas mal du passage ici, constata-Matt en regardant le sol.

Le nain remarqua qu’il y avait en effet des bottes de terre dispersées et des traces profondément inscrites dans le sol trahissaient le passage de chariots.

— Ce doit être ici que se trouve le sanctuaire dont m'a parlé Rionnel, fit remarquer le nain. Celui où tous les voyageurs doivent faire halte, le Sanctuaire Solaire.

— Une sorte de temple ? Il y a quelque chose de grand sur l'îlot là-bas, c'est peut-être ça, fit remarquer son ami en tendant le doigt vers le lac.

Thuran regarda dans la direction indiquée. Plusieurs morceaux de rocs émergeaient du lac et sur l'un des plus important se tenait en effet une construction qui brillait sous les rayons du soleil.

— Tu as sûrement raison, je vois un chemin sur pilotis qui y mène depuis la berge.

Les attelages devant eux avaient commencé à se disperser, le nain suivit leur exemple et guida le sien à la suite des autres affrétés par Rosépine. Au moment où ils s'immobilisaient, il remarqua un cavalier qui s'approchait d'eux. C'était Rionnel.

— On installe le campement ici.

— Le camp ? Mais il est à peine midi, on ne va pas plus loin aujourd'hui ? s'étonna Matt.

— C'est ainsi que les marchands ont l'habitude de procéder, expliqua Rionnel. Il faudra un moment pour que tous puissent présenter leurs respects au dieu solaire et plus important : cette coupure dans le voyage permet aux animaux de se reposer.

— Du coup qu'est-ce qu'on peut faire ? interrogea Thuran à son tour.

— Comme vous voulez ! Profitez-en pour vous dégourdir les jambes, il n’y a pas de danger ici. Ne t'épuise pas trop quand même : je t'attends ce soir pour notre séance quotidienne, ajouta le capitaine en souriant.

— Évidemment !

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