Chapitre 5 : Retour à Châtaigne (9/9)

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« Durek… »

Thuran laissa tomber ses trouvailles et tomba à genoux.

— Tu… C’est comme ça que cet homme dans les écuries, ce Grégor, avait appelé Darek pas vrai ? fit Matt d’une voix compatissante.

Thuran acquiesça silencieusement, sans détacher son regard de la tombe. Son oncle était parti, c’était fini, plus d’espoirs irréalistes auxquels se raccrocher… Il avait beau s’être convaincu qu’il avait accepté l’idée au cours des derniers jours, qu’il était prêt… Être là, devant cette tombe, faisait voler en éclat toute ses résolutions.

Il sentit Matt poser une main sur son épaule, mais resta encore un moment sans réagir. Lorsqu’il se releva enfin, Rionnel le regardait.

— Ils ont pris le temps de creuser une tombe pour Darek, mais ont laissé les autres aux corbeaux, constata-t-il.

Le soldat ne présentait pas les choses sous la forme d’une question, mais le nain ne s’y trompait pas. Cependant, il ne voulait pas y penser pour le moment.

Comme Thuran demeurait silencieux, le capitaine se tourna vers Matt.

— Une idée de qui peut être cette Rebeka ? Je ne me souviens pas de quelqu’un de ce nom à Châtaigne.

— Non, je ne sais pas qui c’est. Peut-être un des bandits ? proposa le jeune homme.

Les trois compagnons creusèrent une tombe pour le père de Matt, puis ils demeurèrent à l’extérieur de la ville, assistant aux allées et venues de leurs camarades.

Les effluves issus de la bourgade détruite imprégnaient l’air et les vêtements, minant progressivement le moral du groupe. À la mi-journée, tous étaient sortis des murs. Par chance les mercenaires ne s'étaient pas préoccupés des enclos d’élevage, situés à l’extérieur de la ville. Les animaux dans les champs avaient survécu et deux veaux firent office de festin, ce qui contribua grandement à remotiver les aventuriers. Pour la plupart d’entre eux, manger de la viande restait un plaisir rare.

Dès qu’il fut rassasié, Thuran s’éclipsa pour étudier plus précisément le contenu du coffret de son oncle. Il trouva refuge à l’ombre d’un châtaignier, à l’écart de leur camp de fortune. Matt l’avait accompagné, le nain ne voulait rien lui cacher après ce qu’ils avaient vécu ensemble. Lorsqu’il ouvrit la boîte, son ami ne put retenir une exclamation.

— Mais c’est… une fortune !

— Oui, j’y ai réfléchi et je pense que mon oncle a vidé son compte à la banque de Karolak avant de partir. Mais je ne peux pas l’expliquer.

Les deux jeunes se mirent à faire les comptes. Matt ne connaissait pas l’arithmétique, mais il empilait les pièces par couleur dans la pénombre. Il s'était positionné de manière à cacher leur activité à ceux qui passaient à proximité, jugeant inutile d’attiser les convoitises. Mais la plupart des membres de l’expédition ne leur accordaient aucune attention.

— Donc si on convertit tout ça, on en a pour… dix pièces d’or, trente-huit d’argent et vingt-deux de cuivre, conclut le nain.

— Il y a de quoi se faire construire une maison ! Et pas une petite !

Ils s’empressèrent de ranger leur trésor dans le coffret et Thuran se saisit à la place du tas de paperasses. Il s’apprêtait à en étudier le contenu quand Matt le prévint de l’arrivée de Rionnel.

— Farraver a trouvé des traces ! annonça ce dernier.

— De quoi ? Des bandits ? On sait par où ils sont partis ? réagit Matt.

« Éléonore… » la première pensée de Thuran fut pour la jeune femme.

— Un grand groupe a pris vers de l’ouest, confirma-t-il.

— L’ouest ? Pas le sud ? s’étonna le nain. Ils iraient vers l’Océan Rouge ? Mais il n’y a pas de port dans le Gareldor alors…

— D’après Kylian, il y a quelques criques utilisées par des contrebandiers de ce côté, expliqua Rionnel.

— Vous pensez qu’ils ont l’intention de partir en mer ? Il faut vite les rattraper ! s’écria Matt en se levant d’un bond.

— Du calme, Farraver a l’intention de suivre cette piste avec Stan et sa fille mais…

— Je vais les accompagner ! décida le jeune homme.

— Tu n’es pas capable de tenir leur rythme à cheval. Et tu ne leur seras d’aucune utilité, répliqua le capitaine avec sévérité.

— Mais je…

— Matt, c’est inutile, intervint Thuran. Ces bandits ont plusieurs jours d’avance, s’ils n’ont pas déjà atteint la côte ils n’en sont pas loin. Et même si on y allait tous, on ne serait toujours pas assez nombreux pour les affronter.

— Alors on ne fait rien ? On les laisse s’enfuir ?!

— Il faut faire confiance à Kylian, expliqua le capitaine calmement. S’il y a des indices, il les trouvera. En attendant, il a été décidé que le reste du groupe prendrait le chemin du retour sans tarder.

Matt tapa rageusement du pied contre le tronc voisin, mais finit néanmoins par se rassoir. Il n’y avait rien qu’il puisse faire. Thuran soupira.

— C’est quoi tout ça ? interrogea Rionnel en désignant les coffrets et la liasse de papier entre les mains du nain.

— L’héritage de mon oncle, rétorqua Thuran. Je dois encore étudier ces lettres, peut-être qu’il s’y cache quelque chose d’intéressant…

Le soldat acquiesça sans poser plus de questions.

— Tu regarderas ça ce soir. Venez, les autres nous attendent sûrement.

Jaek Summer prit la tête du groupe qui repartait, Gisella Farraver s’occuperait des reconnaissances en l’absence de son mari et sa fille. Thuran plaça le coffret runique dans ses sacoches de selle et le trésor de Darek dans celles de Matt, pour équilibrer le poids. Les autres aventuriers ne semblaient pas être revenus avec des trouvailles particulières mais ce n’était pas le but de cette expédition. Une autre serait envoyée plus tard avec des attelages pour récupérer ce qui pouvait l’être.

Ils montèrent le camp avant d’atteindre le Bois de Lachel ce soir-là. Thuran s’attarda autour du feu de camp pour éplucher les lettres de Darek. L’écriture du marchand défunt lui était familière, mais il y en avait beaucoup d’autres qui lui donnèrent des difficultés. Matt n’était pas d’un grand secours, ne sachant pas lire. Son ami resta cependant à ses côtés et ils échangeaient des commentaires après chaque papier remisé par le nain.

— Encore une reconnaissance de dette, barrée comme les autres. Mon oncle était créditeur d’un bon nombre de collègues, dire qu’il était toujours si pingre avec mon argent de poche… Il a l’air d’avoir récupéré tout ce qu’on lui devait avant de partir…

— Il prévoyait un gros achat ?

— À Frerilan alors ? Son fameux projet secret ? se questionna Thuran à voix haute.

Il rangea cette feuille avec les autres. Elles pourraient lui servir un jour, s’il avait besoin d’aide. Il savait désormais à quelle porte frapper dans chacune des Citées-État.

« Mais toujours rien de vraiment personnel… » Thuran commençait à désespérer de trouver une piste, quelque chose qui l’aiderait à comprendre ce qui leur arrivait.

— Tient, il y a peu d’écriture sur ce papier là et c’est très soigné, fit remarquer Matt en lui tendant le papier suivant.

"Mon cher Darek,

Je me réjouis des nouvelles que tu me communiques dans ta dernière lettre. Tu as fait le bon choix, sois-en sûr. Te retrouver après toutes ces années sera un réel bonheur.

Je n’ose trop en dire, de peur que ces mots ne tombent entre de mauvaises mains, mais sache que tout sera prêt à ton arrivée. Ne t’inquiète pas pour l’argent, contente-toi d’arriver à bon port en bonne santé.

Ton ami,

Archibald"

— Archibald ? Mais qui est-ce ? questionna Matt quand Thuran eut relu la lettre à voix haute.

— Aucune idée, je n’ai jamais entendu…

Il s’arrêta au milieu de sa phrase comme un souvenir lui revenait. Cet étrange rêve fiévreux après la morsure, celui où il était son oncle... Le nain grassouillet, Darek l’avait nommé Archie. Se pourrait-il que cet Archibald soit en fait…

— Il y a un symbole étrange en bas de la page, fit remarquer Matt, le tirant de ses pensées.

— Il s’agit de la taupe de la Compagnie Minière, souffla la voix Rionnel, dans leur dos.

Tous deux sursautèrent.

— Rionnel ! Qu’est-ce que…

— Si vous ne voulez pas qu’on se mêle de vos affaires, il faudrait être un peu plus discret, répliqua-t-il en souriant.

Thuran se renfrogna, mais accepta néanmoins l'aide du soldat.

— Qu’est-ce que c’est que cette… Compagnie Minière ?

— Une organisation commerciale, une guilde. Cas rare dans les royaumes du sud, ce sont des nains qui sont à sa tête. Ce sont les meilleurs dans l'exercice de repérer et exploiter les différents minerais souterrains.

— Il récupèrent des magicytes ?

— Il y a peu de filons élémentaires dans les terres des Hommes, mais ils exploitent les gisements précieux de tous les types. Métaux, pierres précieuses… Ils extraient ces ressources pour le compte de gouvernements qui, en échange, leur versent de coquettes sommes. La Compagnie Minière compte parmi les guildes les plus riches du continent.

Thuran hocha gravement sa tête, enregistrant toutes ces précieuses informations.

— Donc ce symbole…

— C’est leur blason, il apparait sur leurs documents officiels. Celui qui a écrit cette lettre doit faire partie de la compagnie, ou avoir des liens avec elle.

Le nain se leva et réfléchit un instant.

— Où est leur siège ?

— À Ténébris, la capitale du Paravel, répondit aussitôt Rionnel, qui s’attendait visiblement à la question.

— Mais c’est à l’autre bout du monde ! s’écria le nain avec de gros yeux.

Le soldat pouffa.

— Rassure-toi ils ont des comptoirs dans d’autres villes, il y en a un à Venissem par exemple, dans mon royaume. Plus proche encore, tu peux les trouver à Frerilan. Comme il est peu probable que ton oncle ait eu des contacts si loin, cet Archibald se trouve surement là-bas.

Après avoir remercié le capitaine, Thuran continua d’éplucher les papiers de Darek. Même lorsque Matt partit se coucher, le nain demeura attaché à son ouvrage. Jusqu’à ce que ses paupières se ferment d’elles-mêmes.

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