Chapitre 5 : Retour à Châtaigne (8/9)

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Les trois compagnons se présentèrent devant l'arche effondrée de la porte de Châtaigne. Ils n'eurent aucun mal à escalader les débris et se retrouvèrent au milieu d'un champ de ruines.

Les bâtiments de pierre étaient les seuls vraiment identifiable. La plupart des habitations n'étant faites que de bois, après l’incendie une maison sur cinq seulement avait encore des murs debout. Quant au grand châtaignier qui identifiait la ville, nul ne pouvait jurer qu’il n’ait jamais existé. Cette odeur de brûlé qui imprégnait tout et partout achevait de décourager les visiteurs.

Ils s'engagèrent sur ce qui avait été la rue principale, mais devaient régulièrement enjamber des débris pour avancer. Rapidement la forge du père de Matt s'imposa à eux.

Elle avait été une belle demeure à colombage et avait mieux résisté que la moyenne. La maison gisait néanmoins à l’état de ruines. L’étage et le toit s’étaient effondrés sur le rez-de-chaussée, ne laissant qu’un monticule de gravats. Tout était froid, les planches noircies tombaient en morceaux lorsqu’on y touchait. La fine pluie qu’ils avaient eu ainsi que la rosée des derniers jours n'avaient rien arrangé.

Matt prit de l’avance sans rien dire, il monta les deux marches qui le menaient chez lui. À l’emplacement de la pièce principale, dans le tas de débris, ils ne découvrirent que quelques objets noircis et difficiles à identifier. Aucun d'entre eux ne chercha à fouiller plus avant, Thuran prit simplement la main de son ami qui la serra fortement en réponse. Ensemble les deux jeunes progressèrent prudemment vers l'arrière de l'ancienne maison, là où se trouvait autrefois l’atelier de Tomrek. Rionnel resta en retrait.

Il n’y avait pas d’étage au-dessus du foyer de la forge, de ce fait cette pièce était moins chaotique que le reste de la maison. Diverses pièces de métal trainaient au milieu des cendres, mais elles n’étaient pour la plupart plus utilisables. La chaleur de la fournaise avait refondu l’essentiel du travail du père de Matt.

Le jeune homme demeura un instant immobile au milieu de la pièce, sans bouger, puis il tomba à genoux. Thuran le rejoignit et son regard tomba d'abord sur le cadavre à moitié carbonisé, mais toujours identifiable, de cet homme dont il avait transpercé la gorge. Il revoyait le sang sur ses mains... Mais s'efforça de relever les yeux. Il découvrit alors un autre corps, devant les restes d'un établi. Il n'y avait aucun doute possible, c'était celui de Tomrek.

— Vous devriez continuer à explorer, je vais le transporter à l'extérieur, proposa le capitaine avec une voix douce, derrière eux.

Il avait fini par les rejoindre.

— Non je... je dois le faire, intervint Matt en se redressant.

— Laisse-moi au moins t'aider.

La capitaine sortit une étoffe de la sacoche qu’il avait emporté avec lui, il avait dû se préparer à ce type d'éventualité. Tous deux emmitouflèrent la dépouille avant de la soulever délicatement.

— Je vais continuer de mon côté, annonça Thuran comme ils se préparaient à sortir.

— Tu as entendu Jaek, c'est dangereux ! riposta Rionnel.

— Je serai prudent, je veux juste... je n'ai qu'un endroit à visiter. Je resterai hors des autres bâtiments, promis.

Le capitaine hésita un instant, mais finit par acquiescer.

— Bonne chance, fais attention ! lui dit Matt d'une voix faible.

Une fois dehors et séparé de ses compagnons, le nain soupira. Il prit la direction des écuries de Châtaigne.

Comme il s’agissait de l’un des bâtiments principaux de la ville, elles avaient été l’objet de grande attention à leur construction et avaient bien tenu le choc. La charpente s’était effondrée, mais les épais murs de pierre étaient toujours debout, tout juste noircis et légèrement éboulés par endroits. Thuran poussa les vestiges de la porte qui tombèrent en morceaux en soulevant un nuage de cendres fines. Devant lui apparut un méli-mélo de poutres à demi brûlées, les différents box étaient difficiles à discerner au milieu de ce fatras.

Plutôt que de s'élancer tout de suite, le nain commença par balayer les lieux du regard. Il repéra une épée déformée, abandonnée au sol. Il vit ensuite deux corps qui gisaient à demi enterrés sous des gravats. Son cœur se serra et il se décida à avancer. Il s'approcha en jouant de contorsions davantage que de ses muscles. L'équilibre de ces débris calcinés était précaire, s'il faisait un mauvais choix tout pouvait s'effondrer sur lui. Mais il atteint les dépouilles sans encombre.

Ces cadavres étaient tellement brûlés qu’ils étaient méconnaissables, cependant une chose était évidente : il s'agissait de deux Humains. Thuran regarda une fois de plus autour de lui, mais il n'y avait aucune trace d'un autre corps. Darek n'était pas là !

Puis son regard tomba sur quelque chose, à l'arrière de la bâtisse.

« Allons-y… » songea-t-il.

Thuran se baissa pour passer sous un madrier puis fit basculer les restes d’une structure en bois. Il continua ainsi jusqu'à atteindre le mur du fond. Là, il agrippa une dernière poutre et fit basculer au sol. Ce faisant, tout l’empilement autour de lui se mit à trembler. Il craignit d'avoir été trop hâtif, mais seules quelques tuiles d'ardoise et des planches tombèrent, à bonne distance. Il reporta son attention sur son objectif.

Le nain se trouvait devant la vieille carriole de Darek. Elle avait été laissée tout au fond des écuries, au contact du mur d’enceinte de la ville, ce qui l’avait abrité contre l’incendie. Une roue était en plusieurs morceaux et la structure principale coupée en deux, l’essieu brisé. Elle était ruinée, mais l’essentiel des marchandises était sauf !

Thuran se mit aussitôt à l’ouvrage, il savait précisément ce qu'il cherchait. Il souleva des peaux imprégnées d’une odeur de cramé qu’il serait dur d’éliminer, mais qui demeuraient exploitables. Les outils agricoles n’avaient pas trop souffert, la plupart seraient récupérables également. Il lui faudrait signaler à madame Summer qu'il y avait des objets à récupérer ici, pour l'expédition destinée à récupérer ce qui pouvait l'être qu'elle ne manquerait pas d'envoyer.

Il finit par mettre la main sur ce qu'il cherchait. Il s’agissait d’une boîte en métal blanc, couverte de runes, qui était dissimulée sous la place du cocher. C’était un bel objet, aussi lourd qu’un lingot d’or et gravé de trois symboles qui ressemblaient vaguement aux lettres majuscules E, F et U. Thuran n’avait aucune idée de leur signification, mais il connaissait leur utilité : il posa la paume de sa main sur le dessus du coffret et un déclic retentit aussitôt, il s’ouvrit sans effort. Une douzaine de petites gemmes luirent sous l’effet des rayons du soleil matinal, des magicytes d'air, transparentes comme de la glace. De quoi faire tourner l'industrie de Rosépine pendant un an.

Le nain referma la boîte et l’observa un instant. C’était l’objet le plus précieux en possession de Darek, créé par les Nains des Montagnes, seuls à maîtriser l’art runique. À la surface un tel contenant valait une fortune, à condition de pouvoir le maîtriser. Celui-ci ne répondait qu’à Thuran et Darek.

Comme le nain s'apprêtait à repartir son attention tomba sur un espace, là où une poutre avait brisé l'essieu en deux. Un objet semblait avoir été attaché sous le chariot. Lorsqu'il se baissa, Thuran constata qu'il s'agissait d'un autre coffret. Celui-ci était en bois sombre et ciré, ses armatures dorées.

— C’est…

Il le reconnaissait lui aussi. Son oncle gardait ce coffret précieusement dans son bureau, à Karolak. Mais Thuran n'avait jamais eu le droit d'en examiner le contenu. Pourquoi l'avait-il emmené avec eux ? Était-il toujours caché là, lorsqu'ils voyageaient ? Le nain se baissa et s’en saisit. L'objet était très lourd, quoique beaucoup moins que la boîte runique.

« Maintenant, oncle Darek, il est temps de me révéler tes secrets ! »

Un cadenas était apposé sur le coffret en bois, mais Thuran le brisa à l’aide de quelques coups du pommeau de son épée.

— Qu’est-ce que… Il y a une fortune là-dedans !

Il glissa ses doigts à l’intérieur pour brasser un tas de pièces de monnaie. Quelques-unes étaient en cuivre, mais pour l’essentiel c’était de l’argent. Thuran continua de les déplacer jusqu’à se saisir d’une qui brillait particulièrement.

— Une pièce d’or !

Il n’en avait jamais vu de sa vie, ce petit bout de métal représentait une fortune à lui seul. Et après un peu de recherche, il en découvrit deux autres !

Cependant, ce trésor ne recouvrait que la surface du contenu. Le fond de la boîte était rempli de parchemins. Le nain en feuilleta quelques-uns rapidement, il s’agissait de reconnaissances de dette en faveur de Darek. Il finit par soupirer.

— Je regarderai ça de plus près tout à l’heure, les autres vont s’inquiéter si je traîne plus longtemps.

Thuran retourna prudemment à l’entrée des écuries avec ses deux trouvailles, puis il prit la direction des portes de la ville. En chemin il croisa Lara et sa mère, qui étudiaient des traces laissées dans les cendres. La jeune femme lui adressa un bref coup d’œil, mais retourna vite à ses préoccupations premières.

À peine sortit de Châtaigne, le nain entendit Matt l’appeler.

— Qu’est-ce qu’il y a ? demanda-t-il en le rejoignant.

—Tu es couvert de poussière. Tu as trouvé ce que tu cherchais ?

Le jeune homme regarda les deux coffrets sous les bras de son ami, mais ne se montra pas curieux sur le moment.

— On a trouvé quelque chose, annonça-t-il. Enfin… ceux qui se sont occupé des… Bref, viens voir !

Le nain le suivi et ils retrouvèrent Rionnel à quelques pas du pied de l’arbre aux pendus.

— Te revoilà ? Tu vas bien ? demanda le capitaine.

— Oui, oui, tout va bien ! répondit Thuran qui commençait à être agacé. Qu’est-ce que vous vouliez me montrer ?

Pour toute réponse, le soldat s’écarta. Deux monticules de terre couverts par de grosses caillasses se détachaient nettement au sol, sur chacun une brique avait été grossièrement gravée. On pouvait lire un nom sur chacune : Rebeka et Durek.

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