Chapitre 5 : Retour à Châtaigne (6/9)

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— Tu es Thuran, c’est ça ? demanda soudain une voix derrière lui, interrompant le cours de ses pensées.

Il se retourna pour découvrir la fille de maître Farraver.

— Bonjour Lara, répondit-il en souriant.

— C’était donc bien toi. Tu… Vous devriez vous préparer, on va bientôt repartir.

Et elle s’éloigna aussitôt, provoquant la surprise de Matt et Rionnel.

— Tu la connais ? s’étonna le jeune homme.

— Très peu, elle… n’est pas très sociable. Mais on a parlé un peu l’an dernier, une de mes connaissances de Seille-sur-Vic avait le béguin pour elle alors…

Matt sourit.

— Ça me rappelle quelque chose. Tu passes ton temps à former des couples où que tu ailles en fait ?

— C’est loin d’être mon point fort ! D’ailleurs ça a été une catastrophe dans son cas. Je pense que seule la vie sauvage a de l’importance aux yeux de Lara. Elle ne se sent bien que dans la nature, aux côtés de ses parents.

Thuran surpris le regard de Matt qui suivait Lara entrain de rejoindre ses parents.

— Rosalie doit-elle être jalouse ? le taquina le nain.

— Non ! Je… je ne veux pas dire que…

— Je plaisante, de toute façon elle a deux ans de plus que toi. Même si elle s’intéressait aux garçons…

— Il est temps de se remettre en route ! héla maître Farraver.

La troupe ne tarda pas à s'engager dans le sous-bois. Ce n'était que la bordure du Bois de Lachel, les arbres étaient espacés et le chemin parfaitement tracé. À peine sous le couvert des arbres, ils pouvaient déjà apercevoir la sortie à l'horizon. Néanmoins Matt ne put s’empêcher de se raidir sur sa selle en y pénétrant. Thuran allait faire une plaisanterie quand une voix claironna devant eux.

— Bien le bonjour !

Un homme sortit des fourrés, suivi d'un autre. Ils se placèrent au beau milieu du chemin, devant le groupe de cavaliers. Farraver leva la main pour arrêter la marche.

Ces deux individus étaient entre les deux âges, plutôt fins et sans signes physiques bien particuliers. Ils portaient un mélange de velours usé et de pièces d'armure en cuir, un équipement pour le moins sommaire. Chacun avait une épée et une hachette qui pendait à la ceinture. Ils avaient l’air de brigands, sauf qu’il n'y en avait pour ainsi dire aucun dans la région, trop peu de marchands à dépouiller transitaient dans le Gareldor. Aussi Thuran songea aussitôt à un groupe lié aux pilleurs de Châtaigne.

Le maître-chasse détailla ces deux intervenants puis s’adressa à eux sans ménagement.

— Que voulez-vous ?

Le premier s'avança.

— J'ai reçu l'ordre d'attendre une livraison ici et je crois que vous avez mon colis.

— Une livraison ? rétorqua Farraver en fronçant les sourcils.

— Tower n'est pas avec vous ? Il ne lui est rien arrivé de fâcheux j'espère ? Non que je m'inquiète pour sa santé, je ne l'ai jamais aimé.

Tower. Quand Thuran entendit ce nom, il se tourna aussitôt vers Matt qui lui rendit son regard. Ils étaient bien là pour eux !

— Javik, tu parles trop, intervint le second bandit avant de fixer le maître-chasse. Nous voulons le nain, livrez-le-nous et il ne vous sera fait aucun mal.

Cette sensation de danger et de peur que Thuran avait découverte quelques jours auparavant revenait au galop. Sa main chercha instinctivement l’épée de Jolan, posée contre sa cuisse. Rionnel poussa sa monture pour venir se placer aux côtés des jeunes. Mais à leur grande surprise, à cet instant Kylian Farraver se mit à ricaner. Le nain le regarda, médusé. Tout comme l’étaient les deux bandits.

— Je crois que vous ne comprenez pas la situation… déclara le maître-chasse.

— C'est vous qui ne comprenez pas si vous vous croyez en position de force ! grimaça le dénommé Javik en levant le poing.

À cet instant, les feuillages s’agitèrent dans les arbres tout autour d'eux. Une dizaine de combattants apparurent, arcs et arbalètes bandés. Le groupe était cerné de toute part.

— Certains d'entre vous pourraient s'en tirer si vous chargiez, mais pourquoi rendre les choses difficiles ? commenta Javik avec un sourire malsain. Confiez-nous le nain et il ne vous sera fait aucun mal.

Thuran ne quittait pas Farraver des yeux et celui-ci avait toujours l'air aussi détendu. Qu’avait-il en tête ?

— J'ai dit que vous ne compreniez pas la situation, répéta ce dernier. Pensez-vous vraiment que vous avez pu échapper aux talents de repérage de ma femme ?

En effet, Gisella avait exploré cette portion du chemin avant leur passage, pendant leur pause. Le second bandit fronça les sourcils.

— Vous voulez-dire que vous vous êtes exposés sciemment à notre embuscade ?

— C'est moi qui leur ai demandé, intervint une autre voix.

C’était la voix douce et légèrement chevrotante de Wang, qui poussa son cheval aux avant-postes.

— Il se trouve que je voulais vous poser quelques questions, avança le vieil homme.

— Des questions ?! le dénommé Javik, pris au dépourvu, serra les dents. Vous êtes entre nos mains vieillard ! Remettez-nous ce nain maintenant ou mourrez ! Archers !

— Allons, allons, pas la peine de s'énerver ! Et rangez-donc ces jouets vous allez vous faire mal ! répliqua Wang aussi calmement que s'il avait conversé avec un enfant.

Matt se pencha vers son ami.

— Il est devenu fou ou quoi ? chuchota-t-il.

Mais avant que le jeune homme n'ait terminé sa phrase, des exclamations de surprises avaient commencé à raisonner partout autour d'eux. Thuran se rendit compte que les cordes de toutes les armes de ces bandits semblaient s'être spontanément embrasées ! La plupart les jetèrent au sol en urgence, certain se plaignaient déjà de brûlures.

— Quelle est cette sorcellerie ?! s'exclama Javik. De la magie ?

— Comme je le disais, rétorqua tranquillement Wang, j'ai des questions.

Mais les bandits se reprirent vite et le second prit les commandes en dégainant son épée.

— Tuez ce vieux !

Il se jeta en avant, imité par trois de ses compagnons sortis des fourrés après la perte de leurs armes de jet. Thuran ne détachait plus les yeux du vieil homme, il le vit lever lentement la main gauche. Entre ses agresseurs et lui le sable sur le sol se mit à tourbillonner puis, dans l’instant qui suivit, de grandes flammes s’élevèrent, formant un véritable mur protecteur. L'un des bandits ne parvint pas à freiner sa course à temps fonça tête baissée dans le brasier. Le hurlement qu'il poussa vrilla les tympans du nain. Le malheureux, couvert de flammes, se mit à courir de façon anarchique. Il s'écroula rapidement et ses compagnons se jetèrent sur lui pour éteindre le feu. Mais le temps que ce soit fait, il s’était tu depuis un moment et ne bougeait plus.

— Ai-je toute votre attention maintenant ? demanda alors Wang.

Le regard des brigands ne contenait plus que de la peur désormais. La plupart des voyageurs fixaient le vieil homme comme s’ils le voyaient pour la première fois, et la femme en robe brune se pencha sur le côté pour rendre tout ce qu'elle avait dans le ventre.

Javik fixait le cadavre fumant à quelques pas de lui et, quand il releva les yeux, ces derniers ne contenaient plus une once d'arrogance.

— Qui êtes-vous ? demanda-t-il.

Thuran se posait cette question depuis deux jours. Mais désormais, même lui ne pouvait s’empêcher de ressentir une forme de crainte. Si c’était bien de la magie, cela signifiait-il que le vieil homme était un mage ?!

Il n'y en avait qu’un nombre très réduit dans les Cités-État naines, tous au service de maisons nobles. Les rares fois où il avait pu les apercevoir, le nain en avait gardé le souvenir de gens arrogants, qui se croyaient tout permis. Mais n'avait jamais eu l'occasion de les voir en action.

— Que voulez-vous à ce nain ? demanda Wang comme si de rien n'était.

Farraver, à ses côtés, avait profité du chaos pour dégainer son épée, imité par sa femme, sa fille ainsi que Stan et Rionnel. Les bandits avaient tous le même affolement dans le regard et auraient certainement décampé sans demander leur reste s’ils n’avaient craint d'être aussitôt foudroyés par un sort.

La magie avait la réputation d’être l’arme suprême.

— Je l'ignore ! répondit Javik.

— On vous paie pour le capturer ? demanda à son tour le maître-chasse.

— Le chef... il recherche ce nain depuis des années. Une affaire personnelle qu'il a dit une fois. Je n'en sais pas plus, il ne nous parle pas de son passé ! Laissez-nous partir, je vous en prie ! geignit le bandit.

Kylian se tourna vers Wang.

— On devrait peut-être...

— Non, il dit la vérité. Il ne sait rien à ce sujet, assura le vieil homme en secouant sa tête.

— Où sont les autres ? Encore à Châtaigne ? demanda alors Farraver.

Le bandit secoua la tête.

— Ils sont partis tout de suite après l'attaque. Le chef nous a juste envoyés, Tower et nous, pour récupérer les fuyards.

— Et où deviez-vous le rejoindre ?

Le dénommé Javik échangea un regard avec son compagnon derrière lui. Comme la réponse tardait, Farraver sortit une pierre à aiguiser de sa sacoche de selle et commença à la faire glisser le long de sa lame.

Pont l'amer, lâcha Javik. On devait s'y retrouver dans trois mois. Je... j'ignore ce qu'a prévu le chef avant.

— Pont l'amer ? Où est-ce ? s'étonna Kylian.

— C'est un petit hameau dans l'ouest du Haut-Neck, intervint Rionnel.

Cela signifiait loin, très loin au sud. Et quoi qu'ils aient prévus pour eux, après trois mois les prisonniers de Châtaigne ne seraient plus entre leurs mains. Thuran regarda Matt, la déception était visible sur son visage. Comme tous semblaient réfléchir à ce qu'il convenait de faire, Wang s'adressa aux chefs de la bande.

— Vous devriez partir maintenant.

— Quoi ? Vous comptez les laisser partir ? s'insurgea Lara en s'avançant aux côtés de son père.

— Ne soyez pas trop prompt à faire couler le sang, jeune femme.

— Mais eux voulaient…

— Est-ce une raison pour nous abaisser à leur niveau ?

Kylian soupira et regarda Javik.

— Il a raison. Partez !

Les bandits ne se firent pas prier, ils disparurent dans les bois sans demander leur reste.

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