Chapitre 5 : Retour à Châtaigne (2/9)

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Comme ils sortaient de la maison ils tombèrent nez à nez avec un individu que Thuran aurait préféré éviter.

— Vous voilà donc en liberté et bien vêtus, fit remarquer Monseigneur Danyk avec un air sévère.

— Vous êtes venus nous présenter des excuses ? questionna le nain en affichant un sourire provocateur.

Il se sentait bien mieux après cette nuit de repos, physiquement mais aussi moralement. Cependant Danyk ne goutta pas son humour et renifla bruyamment en le regardant avec dédain.

— M’est avis que l’on aurait dû vous garder enfermés. Ce n’est qu’une question de temps avant que vous ne commettiez bel et bien quelque méfait.

— Vous êtes venus voir ma mère ? Vous partez aujourd’hui je crois ? intervint Rosalie, sans doute pour désamorcer la conversation.

— En effet, confirma Danyk, il est temps que je continue mon voyage. J’espère que certains de mes conseils porteront leurs fruits, bien que cette bourgade me semble peuplée de têtes de mules.

— Peut-être que ce sont vos conseils qui sont à revoir, marmonna le nain de façon très audible.

Le religieux jeta un nouveau regard noir vers Thuran, puis il leur tourna le dos pour s’introduire dans la maison des Summer sans rien ajouter. Matt haussa les épaules.

— On y va ?

À l’extérieur de Rosépine s'étendaient une succession de terres cultivées. Un petit chemin de terre serpentait entre elles jusqu’à une bâtisse ronde en bois, couronnée d'un toit de chaume. Thuran la prit d’abord pour un abri destiné à entreposer le matériel agricole, mais à mesure qu’ils approchaient il se rendit compte que c’était bel et bien une habitation.

— Qui habite là ? Pourquoi ne pas vivre en ville ? interrogea Matt en arrivant.

Mais la blonde ne lui répondit pas et toqua plutôt à la porte. Ils entendirent le raclement d'une chaise, puis la porte s'ouvrit sur un vieil homme. Le nain fut surpris par l'apparence de cet inconnu, très différent des villageois du Gareldor qu'il connaissait.

Le teint de peau de leur hôte était particulier, il tirait vers l'ocre, chose que Thuran n'avait jamais vu auparavant. Ses yeux étaient légèrement bridés, comme s'il était ébloui par le soleil alors que le ciel était empli de nuages ce jour-là. Le vieil homme avait un visage rond et souriant, presque débonnaire. Une barbichette blanche d’une quinzaine de centimètres ornait son menton alors que son crâne était complètement chauve. Même sa tenue sortait de l’ordinaire : il portait une longue toge couleur crème.

— Bonjour maître Wang, salua Rosalie avec une profonde révérence.

Le vieil homme sourit et lui rendit la politesse. Il posa ensuite les yeux sur ses compagnons, tour à tour.

— Ce sont des amis à toi ? Je suis heureux de voir que tu en as finalement !

— Maître ! rétorqua la jeune femme, rougissante.

Le dénommé Wang laissa échapper un petit rire avant de les inviter d’un geste à entrer. Il braqua un regard insistant sur Thuran lorsque celui-ci passa à ses côtés. Ce dernier se dit que c’était peut-être dû à sa race. On ne voyait pas si souvent des nains dans la région.

Comme il s’y attendait, Thuran découvrit un intérieur très humble. Il n'y avait qu'une unique pièce, le sol était en terre battue et les quelques meubles présents semblaient avoir été réalisés par un débutant. « Peut-être qu’il les a faits lui-même » se dit le nain. Il y avait un lit très simple, une table carrée munie de quatre chaises au centre, une penderie ainsi qu’une commode. Une cheminée avec des ustensiles de cuisine suspendus au-dessus occupait un coin.

La manière de parler et de se déplacer de cet homme inspirait calme et sérénité au nain. C’était semblable à la compagnie de son oncle Darek, tous deux dégageaient une sorte d'aura apaisante.

— Ma modeste demeure manque de confort je le crains, mais prenez place. Vous désirez boire quelque chose ? proposa le vieil homme.

— Je vous conseille les eaux chaudes aromatisées du maître, c’est très bon et ça détend, intervint Rosalie.

Après quelques minutes, ils étaient tous les quatre assis autour de la petite table et une marmite d’eau chauffait à feu doux sur le foyer.

— Bien, qu’est-ce qui vous amène aujourd’hui ? interrogea Wang.

— Vous n'êtes peut-être pas encore au courant mais... commença Rosalie.

— Tu veux parler de l'affrontement dans l'auberge ? Il faudrait être sourd pour ne pas en avoir entendu parler, coupa le vieil homme en souriant. Tu as mis en pratique mes enseignements, n'est-ce pas ?

— Oui maître, je suis désolée, s’excusa Rosalie.

— Pourquoi donc ? Tu as sauvé ta vie et celle de plusieurs autres personnes d'après ce que j'ai entendu. Tu as bien agi.

La jeune femme réagit en se levant pour faire une nouvelle révérence. Ses amis la regardèrent faire, un peu désorientés.

— Vous... vous êtes celui qui a appris à Rosalie à se battre ? demanda timidement Matt.

Wang se tourna vers le jeune homme, son visage était d’un coup très sérieux.

— Je ne lui ai pas appris à se battre, affirma-t-il d’une voix catégorique.

— Mais elle…

— Il m’a appris à contrôler mes émotions, intervint la jeune femme.

— Contrôler tes émotions ? Mais tu as maîtrisé un homme capable de tenir tête à plusieurs gardes expérimentés !

— Il était blessé... minimisa Rosalie

— Ses mouvements étaient parfaitement calculés, intervint cette fois Thuran. Rosalie évitait les coups au tout dernier moment, elle frappait quand la garde de son adversaire était la plus ouverte. C’était presque surnaturel.

Les trois autres se tournèrent vers le nain, qui n'avait pas ouvert la bouche jusque-là. Ce dernier se sentit mal à l’aise tout à coup.

— Je ne veux pas dire... Je ne suis pas un grand connaisseur dans le domaine martial, c'est juste... une impression que j'ai eue.

Wang sourit.

— Tu as un bon sens de l'observation jeune nain.

— Est-ce un art qu'on enseigne dans votre province d’origine ? fit Thuran, curieux de savoir d'où venait cet étrange vieil homme.

Mais plutôt que de répondre, Wang se leva pour aller jeter un œil à l’intérieur de sa marmite. Il hocha la tête et la retira du feu avant de répartir l'eau bouillante dans quatre petites tasses. Il se saisit ensuite d’un petit sachet de jute dont il sortit des herbes séchées aux couleurs vives qu'il versa dans chaque coupe.

Thuran bouillonnait de questions maintenant, mais il préféra ne pas interrompre le vieil homme et se contenta de se saisir de la tasse qu'il lui tendit.

— Attendez juste un instant avant de boire, le temps que les herbes infusent, glissa le vieil homme.

L'eau entre les mains du nain avait des reflets qui tiraient vers le magenta. Il avait essayé plusieurs breuvages originaux au cours de ses voyages, des liqueurs et des bières en particulier, mais aucun de semblable. Wang reprit sa place parmi eux et se fit pensif, mais un fin sourire barrait toujours son visage.

— Cela doit faire dix ans maintenant depuis ce jour où, en rentrant de ma promenade quotidienne, j'ai découvert une petite fille qui pleurait devant ma porte. Cette gamine aux cheveux de paille, toute débraillée, avait escaladé la façade de ma bicoque au motif qu'elle aurait une belle vue d'en haut. Et bien évidemment, elle est tombée. Elle s'était foulée la cheville, je l'ai soignée à l'intérieur. Suite à cet évènement, elle est revenue me visiter presque tous les jours.

— Vous parlez de Rosalie n'est-ce pas ? devina Matt.

Cette dernière sourit.

— Il faut toujours que vous racontiez cette histoire !

— Le fait est, continua Wang, que cette gamine était pleine de fougue, elle ne tenait pas en place. Elle était mue par une énergie débordante qu'elle peinait de plus en plus à contenir.

— Je n'arrêtais pas de me disputer avec ma mère, commenta la jeune femme. Elle voulait que je reste enfermée à potasser de vieux livres traitant d’arithmétique et de tout un tas de choses en rapport avec le commerce et les tissus... moi, tout ce que je voulais, c'était courir à travers champs.

— Je te comprends, j'ai eu la même expérience avec mon oncle, soupira Thuran.

— Rosalie n'arrêtait pas de se plaindre de sa mère. Et quand je prenais le parti de cette dernière quant à l'importance de l'éducation, elle en venait à bouder pendant des heures, expliqua le vieil homme.

— Maître ! s'offusqua la jeune femme.

Wang sourit avec bienveillance.

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