Chapitre 4 : Témoignages (7/7)

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— Rionnel ! s'exclama-t-il enfin après un instant.

Thuran et Matt se précipitèrent au chevet de leur compagnon d'infortune, qui s’était traîné jusqu'à une table pour reposer son dos contre elle. Il était pâle comme un linge.

— Comment allez-vous ? demanda le nain.

— Ça va aller, j’ai juste besoin de repos. De beaucoup de repos.

Le capitaine fit un effort pour se redresser puis tourna un visage marqué par une légère crispation de douleur en direction de Rosalie et son prisonnier.

— Qui est cette fille ? Comment...

La jeune femme afficha un sourire fugace sur son visage épuisé.

— Les questions à ce sujet peuvent attendre, commenta-t-elle.

Thuran entendit un bruit sourd dans son dos et vit le soldat de Rosépine survivant qui aidait Patrek à se redresser contre le bar. La plaie au ventre du capitaine de la garde continuait de saigner, mais il était toujours vivant. Ils ne pouvaient pas en dire autant du dernier, qui avait cessé de remuer depuis un moment.

Puis des voix se firent entendre à l’arrière de la salle et le couple propriétaire des lieux débarqua dans la grande salle, en tenue de nuit.

— Que s'est-il passé ici ? s'écria le tenancier avec horreur.

— Allez vite chercher maîtresse Ludivine ! les interpella le garde aux côtés de Patrek. Tirez-la du lit de force s’il le faut !

— Et prévenez aussi ma mère ! ajouta Rosalie.

Mari et femme n’hésitèrent pas. Ils s'engagèrent dans les rues obscures sans même prendre le temps d'enfiler des vêtements plus chauds.

Orwald crachait ses poumons et pâlissait à vue d’œil, si bien que Rosalie finit par relâcher son étreinte et le laissa s’allonger sur le dos. Elle le gardait cependant sous la menace de son épée. Rionnel s’approcha de lui, soutenu par les deux garçons.

— Que voulez-vous à ces gamins ? demanda-t-il d'une voix dure, quoique faible.

Tower leur présenta un sourire atroce en réponse. Ses dents étaient tâchées de sang, il en cracha d'ailleurs encore avant de répondre.

— Allez au diable !

— Vous le rencontrerez bien assez tôt, répliqua le soldat. Qu'avez-vous à gagner à tenir votre langue ?

Le gredin sembla hésiter un instant, puis il jeta un œil au sol rougi par son sang.

— Vous me soignerez ?

— Bien sûr, affirma Rionnel.

Après une dernière hésitation, Orwald finit par parler.

— Ils m’ont proposé une grosse somme pour les prévenir si… si des nains venaient en ville.

— Vous voulez-dire... C'est vous qui avez fait venir ces bandits à Châtaigne ? interrogea Matt.

L'administrateur acquiesça avant de continuer, avec difficulté.

— Lors du sac de la ville il… Le chef de la bande… m’a proposé le double si je lui ramenais le nain qui restait.

— Que voulez-vous dire ? Thuran s’arrêta sur ces mots, foudroyé par ce qu’ils sous-entendaient.

Le gredin toussa, maculant davantage les dalles autour de lui. Rionnel l'avait sévèrement touché et les choses ne se s’étaient sûrement pas arrangées avec la lutte qui avait suivi. Tower leva les yeux pour rendre son regard au nain.

— Le balafré a dit qu’il a réglé son compte au deuxième.

Thuran sentit que son sang quittait son visage. Sa tête commençait à tourner et, sans qu’il sache comment, il se retrouva soudain assis par terre.

Le capitaine de Châtaigne gardait l’esprit plus clair.

— Qui sont ces gens et que veulent-ils à Thuran ?

— Ce sont des mercenaires... Et vu la somme qu’ils m’ont promise, ce qu’ils toucheraient… pour ce gamin je veux dire... Il doit valoir...

Une nouvelle quinte de toux l'interrompit, plus forte que les précédentes. Quelques instants plus tard, il avait perdu connaissance.

Thuran garda un souvenir brumeux des heures qui suivirent. Ludivine arriva rapidement, accompagnée de la femme de l'aubergiste et de deux autres villageois. L'herboriste avait aussitôt pris la situation en main. Elle avait commencé à soigner les blessés sur place avant de les faire déplacer chez elle. Dans l'intervalle, Maria était arrivée à son tour, suivie quelques instants plus tard de Maître Dupont. D'autres apparurent à mesure que le temps passait.

Lorsque les premiers rayons du soleil commencèrent à poindre à l'horizon, un groupe compact était encore rassemblé dans l’auberge. Les flaques de sang avaient été épongées, mais il demeurait des traces nettement visibles.

— C’est fini, Orwald Tower est mort, annonça l’apothicaire en passant la porte.

Elle parlait d'une voix dure, affichait son air sévère habituel, mais Ludivine ne pouvait masquer les cernes sous ses yeux ainsi que la sueur qui perlait. Maria Summer hocha la tête.

— Vous avez fait ce que vous pouviez. Comment va Patrek ?

— Mieux. Par miracle, la lame n’a touché aucun organe vital. Le capitaine de Châtaigne est plus mal en point, mais il va s’en remettre lui aussi. Dans son cas, du repos et de bons repas seront le meilleur des remèdes.

— Merci pour vos efforts.

La mère de Rosalie toucha la main de la vieille femme qui s’en retourna auprès de ses patients. Elle se tourna ensuite vers ceux présents dans la salle. Il y avait là une trentaine de personnes, certains silencieux, la plupart plongés dans des discussions concernant les évènements de la nuit.

En plus du criminel, deux soldats avaient péri : Jowan, celui qui gardait la chambre des deux jeunes, et Hector qui avait combattu Orwald. Trois morts, une bataille dans l’auberge, on parlerait de cet évènement pendant des décennies. Dans une bourgade frontalière aussi tranquille que Rosépine, c’était un tremblement de terre. Mais bien évidemment, s'il fallait comparer au sort de Châtaigne... La nouvelle la plus importante de la nuit, c’était sans doute le témoignage de Rionnel qui confirmait les récits de Thuran et Matt.

Dans un coin de l’auberge, Thuran, Matt, Rosalie et Stan, le garde resté debout à la fin du combat, étaient attablés. Stan était un homme de corpulence moyenne aux cheveux coupés courts, blancs comme neige. Il se montrait affable ce matin-là, mais face à ces jeunes qui avaient été durement éprouvés, pouvait-il en être autrement ?

Le nain n’avait rien avalé du pain et de la gelée de groseille qui étaient sur la table et n’avait presque pas dit un mot depuis la fin du combat. Il devait encore digérer la nouvelle de la mort de Darek, mais il écoutait la conversation des autres d’une oreille distraite.

— Nous avions été envoyés à Châtaigne, comme vous le savez, racontait Stan. En début de soirée, alors qu’on commençait à réfléchir où établir notre campement, on est tombés sur un cheval sellé mais sans cavalier. En étudiant le contenu des sacoches, on a déduit qu'il s'agissait de la monture d'un garde.

— Pomme ! Vous l’avez retrouvé, il va bien ? demanda Matt.

— C’est son nom ? Oui, il va bien, on l’a ramené avec nous. Pour en revenir à notre histoire, on a fini par découvrir Rionnel qui reposait à l'ombre d'un rocher. Il avait presque rejoint la route, mais était tombé à bout de forces. Il était dans un sale état, on a craint le pire. Mais lorsqu’on l’a un peu secoué, il a repris connaissance. Cet homme doit vraiment avoir une volonté de fer ! Il n’avait pratiquement rien mangé pendant deux jours, sa blessure ne s’était pas bien refermée et il a pourtant survécu. Le tout sans avoir de raison d'espérer des secours !

— C’est un coriace, acquiesça Matt en souriant.

Il y avait une certaine forme de fierté à retirer d’avoir été son compagnon d’aventure.

— Tu peux le dire, approuva le garde. Bref, mon compagnon de route connaissait votre ami pour avoir servi sous ses ordres autrefois. Nous avons fait de notre mieux pour améliorer son bandage et lui faire avaler un peu d’eau fraîche. On comptait passer la nuit sur place, mais quand on lui a expliqué ce qu’on faisait là Rionnel a insisté pour qu’on rentre le plus vite possible. Il a commencé à nous raconter son histoire sur le chemin. On n’est pas allé bien vite, parce qu’il tenait à peine en selle et qu’on devait régulièrement l’aider, mais on est parvenus à rentrer juste à temps.

— Et vous êtes d’abord allés chercher Patrek, fit remarquer Rosalie.

— Oui, nous ne pensions pas que cet Orwald… Un simple administrateur, qu’on pensait, comment aurait-il pu avoir les tripes d’agir seul ? Nous voulions prévenir le capitaine et aller l’arrêter tranquillement dans son lit. Vous pouvez imaginer notre surprise en voyant la scène qui nous attendait en arrivant …

— Je… je suis désolée, j’aurai dû intervenir plus tôt, mais j’ai eu peur, confessa la jeune femme. Avant qu’il ne soit blessé, les mouvements d’Orwald étaient si vifs, je ne suis pas sûre que…

— Ne culpabilise pas ! Tu nous as sauvé la vie, à Patrek, Rionnel et moi, mais aussi à tes amis probablement.

— Mais Hector, il…

— S’il avait été sauvé par une fillette, avec son amour propre il aurait bien été fichu de nous faire une attaque tu sais ? C’est peut-être mieux ainsi ! se moqua Stan.

Il était visible que le soldat faisait tout pour remonter le moral de Rosalie, quitte à en rajouter un peu, mais Matt et elle hochèrent la tête de concert. Le jeune homme jeta un coup d’œil à son ami, qui avait toujours la tête baissée.

— J’espère que Thuran va se remettre, chuchota-t-il à l’oreille de la blonde.

— Il peut prendre le temps qu’il lui faudra. Vous êtes en sécurité maintenant, lui assura-t-elle.

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