Chapitre 4 : Témoignages (6/7)

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C’était le capitaine de la garde de Rosépine, Patrek. Il venait d’entrer dans l’auberge avec trois compagnons. Tous portaient l’armure légère de la garde du Gareldor, l'épée à la main. L’un d’entre eux, un manchot, semblait cependant mal en point et était soutenu par son voisin. Mais la vue de cet homme ravit Thuran et Matt.

— Rionnel ! s'écrièrent-ils d’une seule voix.

Le visage du capitaine de la garde de Châtaigne était extrêmement pâle, mais il réussit tout de même à laisser apparaître un léger sourire.

— Tower, pose ton arme et rends-toi bien sagement, reprit Patrek. Nous avons de nouvelles questions à te poser.

Le soldat avait l’air sûr de lui, avec ses hommes en soutien. Mais l’homme en noir lui jeta un regard furieux.

— Voyons plutôt si vous êtes capables de m’y contraindre !

Il s'élança droit vers Patrek, qui n’eut pas le temps de se remettre de sa surprise. Avant qu’il n’ait pu lever son arme pour parer, Orwald l’avait transpercé d'un coup d'estoc. Le bandit ne perdit pas un instant, il dégagea aussitôt son épée tout en s’emparant de celle du capitaine avec sa main libre. Ses gestes, à la fois rapides et fluides, trahissaient une grande expérience. Tower fit alors face aux gardes restants.

Le premier de ses adversaires tomba à genoux, une tâche écarlate s'élargissait au sol. En l'espace d'un instant cet homme en noir s'était débarrassé de son adversaire le plus menaçant !

Rionnel s’était dégagé de celui qui le soutenait et s’appuyait maintenant contre le mur de l’auberge. Il tenait son épée, mais laissait la pointe reposer au sol. Il avait l'air épuisé, sur le point de s'effondrer. Les deux gardes valides en revanche se positionnèrent autour de leur ennemi, prêts à en découdre.

— Eh bien, eh bien, vous voulez toujours m'arrêter ?

Un sourire sinistre se dessina sur les lèvres d’Orwald.

Les deux soldats n'échangèrent qu'un court regard avant de passer à l'attaque de concert. C’était des anciens de l'armée, leurs cheveux blancs témoignaient des longues années passées en campagne. Ce qu'ils avaient perdu en vivacité, ils le compensaient par l’expérience. Une mêlée s'engagea.

Thuran assistait à la scène avec ses amis depuis le bas de l’escalier. Il aurait été trop dangereux de chercher à s’enfuir quand les coups volaient de toute part. Il n'y connaissait rien au maniement de l'épée et tout allait trop vite. Le bandit était seul, mais il parvenait pourtant à parer et esquiver les attaques de ses adversaires à droite et à gauche en même temps, non sans placer des frappes vicieuses à la moindre occasion. Les deux gardes avaient eu l'air confiant au départ, mais des estafilades barraient maintenant leurs bras et leurs jambes. Leur assurance s’effritait à mesure que le temps défilait, ils paraissaient perdre pied. La sueur perlait sur leurs fronts, alors que le bandit semblait toujours parfaitement alerte et gardait ce sourire effrayant plaqué sur le visage. Il semblait prendre du plaisir !

Lorsque l'un des deux soldats trébucha contre une chaise, en reculant, Orwald profita de l’occasion pour lui asséner un coup de pied qui l'envoya à terre. Il tourna ensuite ses deux épées contre l’autre combattant. De sa main gauche il écarta la lame de son adversaire. De la droite il le transperça, sans marquer une hésitation. Le garde à terre n’avait même pas eu le temps de se relever !

Le cœur de Thuran bondit dans sa poitrine, « Non ! » voulut-il crier.

Sévèrement touché, le soldat blessé tomba à la renverse dans le dos de son adversaire. Tower avait déjà retiré sa lame et bondi vers son dernier rival. Il le désarma d’un coup puissant, trancha au niveau de la cuisse pour le faire mettre genoux à terre, puis il plaça la pointe d'une épée contre la trachée du combattant vaincu.

— Vous n’êtes que des vieillards, votre temps est passé depuis longtemps. Vous auriez dû rester au coin du feu ! se moqua-t-il en se préparant à porter l’estocade.

Mais il s’interrompit soudain pour baisser des yeux incrédules sur une tâche rouge qui s'élargissait sur sa poitrine. Rionnel avait surgi derrière lui et enfoncé sa lame dans son dos.

Cependant le capitaine de Châtaigne était vraiment à bout de force. Il retira sa lame avant de la laisser glisser au sol. Ses jambes flageolèrent et il tomba en arrière.

Orwald se tourna vers le soldat, les yeux brûlants de colère.

— Tu n’aurais pas dû faire ça !

Thuran ne savait pas comment réagir, il était immobilisé tant par l’angoisse que par les muscles de sa jambe qui s’étaient une fois de plus contractés. Il sentit comme un courant d'air frapper sa joue puis vit Rosalie passer devant lui.

La jeune femme fonça vers leur adversaire alors qu’il leur tournait le dos. Mais même ainsi, et même blessé, il la sentit venir. Tower pivota et se servit de son élan pour envoyer une frappe de taille.

Alors que le nain voyait déjà son amie tranchée en deux, elle se jeta vers le sol, passant sous la lame. Elle se redressa ensuite pour assener un coup de poing dans le bas ventre de son adversaire, qui recula de plusieurs pas en grognant.

Du sang colorait les dalles de l'auberge là où passait Orwald, la blessure dans son dos n'était pas légère. Mais il se redressa néanmoins pour jeter un regard assassin à la jeune femme.

— Fini de jouer maintenant, le nain part avec moi !

En dépit de ces paroles, Thuran voyait que l'ancien administrateur faiblissait. Se tenir droit en position de combat devait lui demander un effort important. Mais il fut tout de même surpris de voir Rosalie avancer vers lui ! 

— Rosalie, qu'est-ce que tu fais ?! s'affola Matt, aux côtés du nain.

Mais elle ne l'écouta pas et chargea son adversaire de front. Ce dernier, la mâchoire serrée, n'hésita pas en la voyant approcher. Il passa à l'attaque lui aussi en visant haut, vers la gorge de la jeune femme. Il frappait pour tuer.

Mais l'épée manqua sa cible. Rosalie laissa passer la pointe à un cheveu de sa peau pour mieux menacer son ennemi, qui répliqua par une frappe basse avec sa seconde arme. Et cette fois la blonde plongea en avant, évitant d'être touchée tout en plaçant un coup de pied dans les côtes d'Orwald, juste en face de sa blessure. Elle se rattrapa avec élégance sur ses mains, pour terminer sa course debout dans le dos de son adversaire.

Tower était moins vif qu'auparavant et les mouvements invraisemblables de la jeune femme le dépassaient visiblement. Il mit un instant à se remettre du coup reçu, puis ses réflexes de combattant reprirent le dessus et il tenta de se tourner pour faire face à Rosalie en la frappant d'estoc. Son geste était cependant marqué par un retard et de la précipitation, la blonde réussit à saisir son bras au vol. Elle appliqua une pression sur le poignet pour lui faire lâcher son arme.

Orwald était plus fort qu'elle, il se dégagea rapidement. Mais la manœuvre de Rosalie avait réussi et il n'avait plus qu'une épée. Il utilisa cette dernière pour frapper rapidement avant qu'elle n'ait pu s'éloigner mais une fois encore la lame manqua sa cible d'un rien.

— Merde, mais c'est impossible ! jura-t-il incrédule. Ce n'est tout de même pas... La Vision Suprême ?!

Thuran et Matt faisaient face à Rosalie eux aussi, à distance. Ils n'avaient plus prononcé un mot depuis le début de cette danse. Le nain regardait le visage de leur amie. Elle avait l'air parfaitement calme, c'était comme si elle accomplissait une tâche tout à fait ordinaire. Une telle maîtrise de soi était presque effrayante !

— Vous devriez vous rendre, votre blessure est grave, vous n'êtes plus en état de combattre. Vous nous devez beaucoup de réponses, déclara la jeune femme d'une voix blanche.

Orwald ne réagit qu'en éclatant de rire.

— Je ne sais pas d'où tu viens, mais je ne me rendrai pas devant une fillette !

Il chargea une fois de plus, mais en le regardant faire Thuran songea que même lui aurait été capable de l'esquiver facilement cette fois. Il ne restait rien de la finesse, des talents d'escrimeur entrevus plus tôt.

Rosalie le laissa venir et pivota au dernier moment en le laissant passer devant elle. Dans le bref instant où son adversaire lui présentait son dos, elle lui sauta littéralement dessus. Dans un même mouvement, la jeune femme enserra la taille de son adversaire avec toute la force de ses jambes tout en se saisissant des bras au niveau des épaules pour les tirer vers elle.

Orwald, immobilisé et surtout déséquilibré, laissa échapper sa seconde épée et tomba en avant. La jeune femme restait agrippée à lui, il tenta de la faire lâcher prise en donnant un coup du crâne dans sa direction, la touchant au visage. Mais Rosalie tint bon en dépit d'une lèvre fendue, elle ne lâcha les bras de son ennemi que pour se saisir de la tête et la plaquer violement contre le sol. Le front du gredin heurta le parquet, il laissa échapper un grognement.

Le nain, incapable de détacher les yeux de ce spectacle, en était encore à se demander s'il s'agissait d'un cri de souffrance ou de colère. Son ami fut plus décisif.

Matt courut se saisir d'une épée à terre avant de s’approcher des deux combattants. Comme il marquait un temps d'hésitation, Rosalie leva les yeux et lui tendit une main. Dès qu'elle l'eut récupérée, la jeune femme plaça le fil de la lame sous la gorge d'Orwald.

— C'est terminé ! asséna-t-elle.

Son adversaire cessa aussitôt de se débattre, mais ne répondit pas.

— On va se redresser, tout doucement… continua la jeune femme.

Tower suivit le mouvement que Rosalie lui imposait sans résister et tous deux finirent par se retrouver assis l’un derrière l’autre. Toujours sous la menace, il semblait avoir perdu toute son énergie.

Le visage de la jeune femme quant à lui était rouge, du sang perlait sur ses lèvres et elle était recouverte de sueur. Mais elle semblait imperturbable.

C’était terminé, leur ennemi était maîtrisé. Le nain fixait la scène sans trop y croire.

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