Chapitre 4 : Témoignages (4/7)

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Le vieil homme qui siégeait à ses côtés eut un léger sursaut et releva la tête. Thuran avait presque oublié son existence, l’administrateur de Rosépine n’avait pas dit un mot depuis le début.

— Il me semble que la parole de mon confrère a plus de poids que celle de deux adolescents, déclara-t-il d’une voix faible. De plus, son histoire est plus crédible que ce conte de massacres et de monstres au fond d’un étang.

— Je souscris également à cette analyse, ajouta aussitôt Patrek.

— Ces deux jeunes-gens m’ont tout l’air de s’être égarés sur le chemin de la vie, il faudrait les guider, déclara à son tour Danyk.

Les regards se tournèrent tous vers Ludivine. La vieille herboriste soupira avant de se tourner vers Orwald.

— Que voudriez-vous que nous fassions de ces jeunes gens ?

— Il faut qu’ils reviennent à Châtaigne avec moi, cela va de soi ! C’est aux autorités de la ville où le crime a été commis de statuer sur la punition qu’ils méritent !

— Très bien, mais admettons qu’ils aient dit la vérité. Dans ce cas, ne les renverrions-nous pas à ceux qu’ils se sont efforcés de fuir ?

— Vous n’allez tout de même pas prêter foi à leurs sornettes ! explosa Danyk.

— Je ne prétends pas défendre leur innocence, tempéra la vieille femme. Cependant Maître Tower n’a pas davantage de preuve matérielle qu’eux quant à ce qu’il avance.

Le religieux avait visiblement envie de rétorquer quelque chose, mais ne trouva rien. Thuran sentit poindre un nouvel élan de sympathie envers l’herboriste, elle était peut-être en train de le sauver une seconde fois dans la même journée.

— Que proposeriez-vous de faire alors ? demanda Maria après une minute de silence.

— J’imagine que la meilleure manière de démêler le vrai du faux serait d’avoir d’autres témoins. Envoyons donc chercher d’autres habitants de Châtaigne. Et si la ville a été mise à sac, comme le prétendent ces deux garçons, nous le saurons.

L’un après l’autre, chacun autour de la table acquiesça. Thuran se concentra sur le visage de Tower. Si ce dernier ne chercha pas à contrer la proposition de l’herboriste, le nain remarqua que sa mâchoire s’était légèrement crispée.

— Je vais envoyer deux de mes hommes à Châtaigne, décida Patrek. En attendant, nous ferions mieux de garder ces deux jeunes-gens en… sûreté.

— Maman ! Tu ne vas pas accepter ça ?! explosa Rosalie. Tu ne va pas les traiter comme de vulgaires criminels ?

— Ça suffit Rosalie ! gronda sa mère. Ils partageront une chambre à l’auberge avec tout le confort possible et n’y resteront que le temps pour nous de prendre une décision. Ça ne devrait pas prendre plus de deux ou trois jours.

Les gardes, à l’entrée, vinrent se placer derrière Thuran et Matt.

— Conduisez-les à leur chambre, ordonna Patrek.

— Je les raccompagne ! annonça Rosalie d’une voix ferme.

Thuran assista à un nouvel échange de regard entre mère et fille, mais cette fois Maria se contenta d’acquiescer.

— Suivez-nous, demanda calmement l'un des soldats.

Ces deux hommes avaient largement dépassé la quarantaine, comme la majorité de ceux envoyés servir dans le Gareldor. Mais celui qui s'était adressé à eux bénéficiait encore d'une chevelure dense et parfaitement brune. Il affichait par ailleurs un air compatissant qui le rendit tout de suite sympathique aux yeux du nain. Le second en revanche avait tout du grincheux de service, son regard lui rappelait celui du vieil Olivier.

Matt se leva, mais au moment où Thuran voulut le suivre il sentit les muscles de sa jambe se contracter, une fois encore. Il s'affala à nouveau sur sa chaise.

— Qu'est-ce qu'il a ? demanda rudement le second garde.

— Vous avez oublié qu'il est convalescent ? gronda Rosalie qui les avait rejoints. Il faut l'aider à marcher !

— Je vais le soutenir, proposa le premier en se baissant pour passer le bras du nain sur ses épaules.

— Merci Jowan, commenta la jeune femme.

Le petit groupe se dirigea vers la sortie. Au moment de franchir la porte Thuran jeta un dernier regard à ce tribunal, a plupart des intervenants discutaient entre eux à voix basse.

— Je n’en reviens pas ! explosa Matt dès qu'ils furent dehors. Pourquoi Maître Tower nous fait-il ça ? Pourquoi ces mensonges ?

Avant que le nain ne puisse répondre Rosalie s'était placée devant eux, les empêchant d’aller plus loin. Elle ignora l'exclamation du jeune homme.

— Dites-moi que vous avez dit la vérité !

Elle avait un air sévère, très semblable à celui qu'affichait sa mère un peu plus tôt. Elle ne demandait pas, elle exigeait. Les deux amis échangèrent un court regard, puis Matt éclata.

— Tu ne vas pas t’y mettre toi aussi ! Si tu n'as pas confiance en nous tu peux aussi bien...

— Du calme ! Elle a raison, on s’est complètement fait avoir. Notre version ne tient pas la route si on la compare objectivement à celle défendue par ce Tower. Les évènements qu'on a vécus sont quand même incroyables... Sans Ludivine, on pourrait être en chemin pour Châtaigne à l’heure qu’il est.

Thuran fixa la jeune femme, droit dans les yeux.

— Je te jure qu’on a dit la vérité Rosalie. On n’a rien fait de mal !

Elle hocha lentement la tête.

— Je vous crois. Je vais faire ce que je peux pour convaincre ma mère, promis. J’y retourne, je viendrai vous voir tout à l’heure !

— Attends, je… je suis désolé. Je n’aurais pas dû m’énerver contre toi, tu n’y es pour rien, fit Matt en baissant les yeux.

La jeune femme lui sourit puis elle retourna dans la maison.

— Vous avez de la chance d'avoir le soutien de cette demoiselle, elle est très débrouillarde. Je ne doute pas qu'elle trouvera quelque chose, commenta le garde nommé Jowan en souriant.

— Vous nous croyez-vous aussi ? s'étonna Matt.

Le soldat secoua la tête.

— Je n'irai pas jusque-là, mais... mon intuition me dit que vous êtes de bonne foi. Et quand on a passé plusieurs décennies dans le rang, on apprend à se fier à son instinct. Mais nous devons tout de même vous conduire à la chambre qui vous a été assignée.

Thuran, le bras toujours par-dessus les épaules du garde, soupira.

— On pourrait y aller alors ? Je ne tiendrai pas longtemps dans cette posture !

Moins d'une dizaine d'habitations les séparaient de l'auberge. Le tenancier fut rapidement mis au fait de la situation et, compte tenu du peu de surprise qu'il afficha, Thuran conclut qu'il était déjà au courant de leur leur probable arrivée. Ils n'avaient pas de prison à Rosépine. Ses soupçons se confirmèrent quand ils découvrirent une chambre toute prête à les accueillir.

L'auberge ne possédait que trois chambres, les clients pour la nuit étaient rares dans le Gareldor. Ces établissements avaient davantage fonction de de taverne. De ce fait, les draps n’étaient pas en place en permanence les chambres.

— Si vous avez besoin de quelque chose, appelez, expliqua Jowan. L'un de nous restera devant la porte en permanence. Nous vous rapporterons de quoi manger.

— Merci, concéda Thuran.

La porte claqua puis ils entendirent le verrou cliqueter.

La chambre qu’on leur avait attribuée, au deuxième étage, était spacieuse et confortable, comme promis. Ils avaient chacun un lit de plume et une vasque pour leur toilette. Il y avait également deux grandes armoires, mais ils n’avaient rien à y ranger.

Thuran boitilla jusqu’au lit posé sous leur seule fenêtre. Il y avait une vue dégagée sur le centre de la ville. Des enfants jouaient en bas, ils formaient une ronde et riaient de façon insouciante.

« Comment a-t-on pu en arriver là ? » se demanda-t-il.

Le nain secoua la tête. Ils avaient été totalement impuissants, s'étaient fait mener comme des enfants. Comment en vouloir au conseil de Rosépine ? Il devait avouer que, s'il n'avait pas lui-même vécu ces évènements, il aurait plus facilement adhéré à la version de Tower. Maîtresse Summer ne pouvait agir autrement qu’en les mettant aux arrêts. Et pendant ce temps, leur ennemi pouvait agir à sa guise. Qu’allaient-ils faire maintenant ?

Derrière lui, Matt tapa du pied.

— Mais bon sang, pourquoi ce fichu administrateur nous a-t-il fait ça ? Il est peut-être sous la menace des bandits qui ont attaqué Châtaigne ? Ils le font chanter ?

— C’est possible… ou alors il était avec eux depuis le début, marmonna Thuran. Le résultat est le même.

— Mais on sera bientôt innocentés, non ? réagit Matt. Les gardes envoyés à Châtaigne confirmeront notre version ! Et alors...

— Ce n'est pas si simple. Visiblement son plan était de nous emmener avec lui. Donc, à moins que son but ne soit de nous tuer si tôt qu’on aurait pris un peu de distance, il doit être attendu quelque part... Ces gardes envoyés par Rosépine risquent de tomber dans un traquenard, énonça froidement Thuran.

— Mais... on doit les prévenir alors ! Leur dire que...

— Tu crois qu'ils nous écouteront ?

Les deux amis tombèrent dans un silence pesant. Matt alla s'assoir sur le deuxième lit, sans cesser de taper du pied.

— En partant maintenant, ces gardes ne parviendront pas à atteindre Châtaigne avant la nuit, estima Thuran en scrutant le ciel par la fenêtre. La matinée était déjà bien avancée.

— Et alors ?

— Alors on attendra pas leur retour avant demain soir, au plus tôt. Notre ennemi a les mains libres jusque-là.

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