Chapitre 5 : Retour à Châtaigne (1/9)

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Dès le lever du soleil, la bataille de l'auberge était sur toutes les lèvres à Rosépine. Matt, Rosalie et Thuran s’accordèrent sur le fait qu’ils ne souhaitaient pas subir un interrogatoire en règle de la part des habitants. Ils s’isolèrent dans la chambre de l’auberge où les deux garçons avaient été placés et passèrent la journée entre jeux de cartes et discussions légères. Rosalie faisait des efforts visibles pour que ses amis ne pensent pas aux évènements de ces derniers jours et s’accordent un répit.

Mais la bonne humeur affichée par la jeune femme et le plaisir évident qu'éprouvait Matt en sa compagnie ne parvenaient pas à emporter totalement le nain. Ses pensées se tournaient constamment vers son oncle. Il avait beaucoup de mal à accepter la disparition de Darek qui avait toujours été là pour lui. Thuran avait passé sa vie à le suivre partout où il allait, de ville en ville, de marché en marché. Le marchand lui avait appris les choses importantes de la vie, lui avait donné une instruction exemplaire.

Thuran devait tout ce qu'il était à Darek… Et il n'avait même pas pu lui dire adieu.

La seule fois qu’on vint les interrompre au cours de la journée, ce fut l’aubergiste qui leur amenait à manger. Des consignes avaient dû être données pour laisser les jeunes gens tranquilles. Puis, le soir venu, quelqu’un toqua à la porte. Rosalie alla ouvrir pour découvrir sa mère sur le seuil.

— Nous avons interrogé le capitaine Raveck, annonça la commerçante en entrant dans la pièce, sans préambule.

— Rionnel ? Il va bien ? réagit Matt.

— Il va bien. Ludivine ne nous aurait jamais permis de lui parler si longtemps sinon. Je… nous vous devons des excuses jeunes gens. Je ne peux pas imaginer comment vous avez dû vous sentir. Après toutes ces épreuves, être traités comme des criminels…

Thuran leva les yeux sur madame Summer. Elle avait l’air épuisée et mal à l’aise. C’était la première fois qu’il la voyait baisser sa garde.

— Vous avez fait ce qui s’imposait, intervint Matt, gêné.

— Il n’en reste pas moins que nous devons nous rattraper. Je voudrais vous proposer de vivre chez nous, vous pourriez rester le temps qu’il vous faudra. Qu’en dites-vous ?

Matt se tourna vers Rosalie, puis il fixa Thuran. Le nain laissa un fin sourire germer sur ses lèvres. L’idée de vivre sous le même toit que Rosalie ne devait pas déplaire à son ami. Et ils n’avaient aucune raison de refuser cette offre. Il acquiesça.

— Nous acceptons avec grand plaisir madame Summer, déclara Matt.

Rosalie bondit vers eux.

— Génial ! Je vais vous montrer la maison, suivez-moi !

Par moment leur amie débordait vraiment d’énergie. Elle se saisit des mains du nain pour le mettre debout puis les poussa presque dehors. Sa mère était visiblement habituée à ses manières et se contenta de les laisser filer.

Ils furent rapidement sur place : la demeure des Summer était voisine de l'auberge. C’était aussi l’une des plus grandes bâtisses de Rosépine. Non seulement elle servait de logement à la famille de leur amie, mais on y gérait également la majorité des affaires en lien avec le commerce de tissu.

— C'est une sorte de logement de fonction en fait, expliqua Rosalie en faisant visiter à ses amis. La dirigeante de l’association des tisserands habite toujours ici.

Histoire d'être toujours sur place, disponible à toute heure pour gérer les affaires de la ville, comprit Thuran, sans trouver la motivation d’intervenir dans la conversation. Ce genre de pratiques étaient courantes dans les Cités-État naines.

— Donc si ta mère n'a plus ce rôle, vous devez déménager ? réagit Matt.

— En théorie oui, mes parents sont propriétaires d'une maison plus bas dans la rue d'ailleurs. Mais depuis mon arrière-grand-mère le titre a systématiquement été confié à la génération suivante des Summer. Ma mère est d'ailleurs bien décidée à ce que je lui succède.

— Mais toi, ça ne te dit pas trop ? devina Matt.

La blonde fronça les sourcils, elle ne s’était visiblement pas attendue à cette question.

— C'est pas ça, j'aime beaucoup gérer les affaires. C'est juste... Ah, là c'est votre chambre !

Elle ouvrit une porte à l'étage qui donnait sur une vaste pièce. Elle était encore très lumineuse bien que la soirée soit avancée, deux longues fenêtres donnaient sur la place de la ville. Cinq lits étaient alignés sur le côté, chacun avec sa propre vasque et une petite penderie.

— C'est ça votre chambre d'amis ? fit Matt interloqué. C'est immense !

— Toujours la même raison : cette chambre sert aux fonctions de ma mère. On doit parfois accueillir des marchands venus de loin et pour qui le confort de l'auberge de Rosépine est disons... insatisfaisant.

Thuran fit le tour de la pièce. Le sol était couvert d'un parquet ciré, les murs de pierres apparentes parfaitement lisses. Il n’aurait pas pensé trouver un tel luxe dans une bourgade du Gareldor, Rosépine était vraiment un cas à part. Il songea à ces négociations à n’en plus en finir entre Madame Summer et Darek. Chaque année elle cherchait toujours à réduire le prix des magicytes que les nains lui proposaient. Si son oncle avait vu cette pièce…

Une fois encore, il eut un pincement au cœur. Pendant que le nain étudiait les murs, Matt s'était affalé sur le premier lit.

— Il est encore plus confortable que celui d'hier !

Rosalie alla s'assoir à côté du jeune homme tandis que Thuran se tournait vers eux. Son regard se durcit comme il ouvrait enfin la bouche.

— Tu pourrais nous expliquer maintenant comment tu as pu faire... enfin, comment tu as fait pour maîtriser Tower ? demanda-t-il à la jeune femme. Et ne me parle pas de chance, tes gestes étaient parfaits.

— C'est vrai, c'était extraordinaire ! abonda Matt.

Rosalie les fixa tour à tour puis elle soupira.

— Ça vous dirait une ballade demain ? Je vous présenterai quelqu’un qui répondra à vos questions mieux que moi, déclara-t-elle avec sérieux. Mais pour l’instant je dois y aller. Je vais vous faire servir le dîner ici !

Le repas qu’on leur présenta un peu plus tard était copieux. Ils héritèrent même du poulet rôtis dont ils avaient rêvé en forêt, au milieu de leurs épreuves. Les deux amis se couchèrent rassasiés et connurent enfin la nuit de sommeil apaisé qui leur manquait.

Le lendemain, baigné par les rayons du soleil matinal, Thuran retira délicatement le bandage qui enserrait toujours sa cheville. La marque de morsure était encore nettement visible, rouge et douloureuse au touché, mais la peau n’était plus enflée. Quand il se remit sur pied, il constata que ses muscles répondaient normalement, il n’avait plus ce genre de crampes qui le paralysaient régulièrement la veille.

La voix de Rosalie raisonna soudain à l’extérieur de leur chambre.

— Debout là-dedans ! On a une bonne route qui nous attend, il y a des vêtements propres sur le pas de la porte. Et j’ai récupéré du pain frais, dépêchez-vous si vous voulez votre part !

Matt gémit dans le lit voisin du nain. Lui dormait encore profondément jusque-là.

Le nain avait oublié combien il était confortable de porter des vêtements fraîchement lavés. Qui plus est, des vêtements de qualité, tissés à Rosépine ! Vêtus de pantalons en velours, de chemises en lins et des vestons en cuir, les deux amis étaient équipés pour affronter la fraîcheur matinale.

Rosalie les attendait devant la porte. Pour sa part, elle était vêtue d’un ensemble pantalon et chemisier en lin plutôt léger, ses cheveux courts étaient attachés vers l’arrière à la va vite. C’était plus conforme à l’image que Thuran avait d’elle, mais il se surpris à regretter la jolie robe aperçue lorsqu’il avait émergé de son évanouissement. Matt pensait visiblement comme lui.

— Retour à une tenue à la garçonne ? demanda le jeune homme, avec un rictus.

— Ma mère a insisté lourdement pour que je porte une robe tant que Maître Tower était en ville. En tant qu’administrateur de Châtaigne et possible client, il fallait que je présente bien devant lui. Quand on sait qui il était vraiment, quelles étaient ses intentions… ça me dégoute !

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