Chapitre 3 : Le Bois de Lachel (5/10)

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— Qu’est ce qui se passe ? s'écria Jolan à l’avant.

— Matt a glissé ! Il a un pied dans l’eau ! répondit Gaël qui tenait son ami par le bras.

Au passage, le jeune homme avait lâché les rênes de Pomme, le cheval dont il avait hérité. Thuran s'empressa de revenir sur ses pas pour saisir la bride tandis que Gaël aidait leur ami à se sortir de ce mauvais pas.

— C'est gelé, la vache ! grinça ce dernier.

— Rien de cassé ? intervint le capitaine.

— Non, non, ça ira.

Thuran lui tendit les rênes, mais Pomme s'agita soudain. Il regardait dans toutes les direction et cherchait à s'éloigner de l'eau.  

— Hé, qu’est-ce qu’il y a mon beau ? fit Gaël en venant caresser la tête de la bête.

Givre et les deux autres chevaux se mirent à leur tour à hennir et gesticuler, au point que les gardes et Thuran n'étaient pas loin de basculer dans l’eau à leur tour ! 

— Ils sentent quelque chose... commenta Jolan.

Le nain regarda dans la direction du soldat. Jolan s'écroula d'un coup, sur le ventre comme s'il avait été fauché, et se mit à glisser en arrière à vive allure !

— Qu’est-ce que…

— Jolan !

Sans qu’ils aient eu le temps de réagir, leur compagnon avait déjà disparu sous la surface en propulsant dans les airs une gerbe d'eau.

Matt s’élança aussitôt vers l’endroit où le garde venait de plonger, mais le nain lui agrippa le bras pour l'arrêter.

— Non, attends, je...

Il fut interrompu par les chevaux qui hennissaient et ruaient de plus belle. Celui de Jolan s’éloignait déjà, il s'enfonçait dans les bois aussi vite qu'il le pouvait, sans se soucier des ronces. Matt, Thuran et Rionnel devaient retenir leurs montures de toutes leurs forces.

— Il faut aider Jolan ! Il ne remonte pas à la surface ! s’écria Gaël.

Le capitaine lâcha aussitôt la bride à son cheval qui ne perdit pas un instant et fila. Matt et Thuran quant à eux avaient déjà été traînés à une courte distance de la rive.

— Je suis sûr d'avoir vu quelque chose s'enrouler autour du pied de Jolan ! s’écria Thuran.

— S'enrouler ? Comme une liane ? s’étonna Rionnel en rejoignant Gaël sur la rive.

Le nain n’en pouvait plus, ses mains étaient en feu… il finit par lâcher la bride de son cheval. Seul Matt parvenait encore à résister. Thuran se tourna à son tour vers l’étang et avisa l'épée de leur compagnon disparu au sol. Il la souleva devant lui, assez maladroitement.

— Il a complètement disparu et je ne peux pas nager avec mon armure sur le dos ! grimaça Rionnel, qui avait pourtant déjà les deux pieds dans l'eau.

Un grondement sourd se fit soudain entendre au milieu de l'étang et le capitaine s'immobilisa. Sous les yeux du groupe une vague s'éleva du centre de l'étendue d'eau et les aspergea tous. Quatre espèces de « tiges géantes » surgirent des eaux sous les yeux du nain, s'élevant en se trémoussant.

— Ce sont… des tentacules ?! s'étonna Rionnel qui était tombé en arrière sur la rive. On dirait une pieuvre géante !

Ces appendices mesuraient au moins quinze pieds de haut et avaient l'épaisseur d'un gros tronc d'arbre. Thuran n’avait jamais rien vu de semblable.

Si ce n'est que la partie émergée, qu’est-ce qui se cache sous la surface ?

— Vite ! Tous dans la forêt ! ordonna Rionnel en se relevant avec l’aide de Gaël. Matt, en selle !

Ce spectacle était cependant trop dérangeant et inattendu, le nain ne réagit pas tout de suite.  

— COUREZ ! hurla encore le capitaine en arrivant vers lui, l’épée à la main.

Cela fit au nain l'effet d'un réveil brutal, il se tourna et se mit à déguerpir sans demander son reste. Il n'avait cependant fait que quelques pas quand il sentit quelque chose se saisir avec force de sa jambe. Il baissa les yeux et vit avec horreur l'un des tentacules qui s'enroulait autour de lui !

L'appendice tira brusquement en arrière et le nain s’effondra, incapable de résister. Il commença aussitôt à partir en arrière, vers l'étang. Le nain se souvint qu'il serrait toujours l’épée de Jolan, mais il n'était pas capable de s'en servir dans sa position. Il était tiré si fortement en arrière qu'il sentait sa jambe se décrocher. Bringuebalé dans tous les sens, il avait de la terre dans la bouche et s'écorchait au contact de pierres pointues. Il ne pouvait rien faire !

— Thuran ! s'écria la voix de Gaël. 

Thuran le vit brièvement, le jeune homme tendait la main vers lui. Mais il n'était pas capable de la saisir. Son regard se tourna alors vers l'étang, sous ses pieds, et il vit Rionnel qui frappait le tentacule avec son épée. Il sentit une secousse autour de sa jambe et la vitesse à laquelle il avançait se réduit. Le capitaine frappa encore l'excroissance qui lâcha prise cette fois, avant de filer vers l'étang accompagnée d'un gargouillis lugubre.

— Ça ne va pas lui plaire ! Debout ! ordonna le capitaine en saisissant brusquement le nain par l'épaule.

Comme pour confirmer ses dires, une nouvelle gerbe d'eau fut propulsée dans les airs et deux nouveaux tentacules vinrent s'ajouter aux précédents. Les six appendices se projetèrent de concert et sans tarder vers leurs victimes impuissantes.

— VITE ! hurla Matt qui attendait plus haut, monté sur Pomme.

Ce dernier devait avoir une bonne position pour voir le danger arriver. Thuran et Gaël progressaient en se soutenant l’un l’autre et Rionnel les suivait, l'épée à la main.

— Baissez-vous ! s’écria soudain le capitaine.

Le nain se jeta instinctivement au sol. Il sentit un souffle puissant lui frôler la tête et, en relevant la tête, vit les appendices monstrueux qui balayaient la surface environnante. Elles dégageaient une puissance effroyable, rien ne semblait pouvoir les arrêter ! Les troncs d'arbres éclataient les uns après les autres et des branchages et autres débris étaient projetés dans toutes les directions !

Thuran poussa sur ses bras, tremblants, pour se remettre debout. Il vit que le gauche était couvert de sang et s’en saisit en s’attendant à découvrir une blessure sévère. Il était pourtant indemne ! Son regard balaya alors son environnement et son cœur s’arrêta. Un corps gisait juste à côté de lui, atrocement mutilé : il lui manquait un bras et la tête !

— Gaël ! s'écria-t-il, ne pouvant ni faire un pas en direction de cette masse sanguinolente, ni en détourner les yeux.

Il se sentit secoué, tiré en avant. Puis il découvrit le visage de Rionnel dont les lèvres bougeaient. Thuran n’entendait cependant qu’un bourdonnement, alors le capitaine le saisit par le bras et il se laissa guider.

Alors que ses sens commençaient à s’éveiller, le nain eut une fois encore le goût de la terre dans la bouche. Rionnel s’était couché sur lui et les tentacules les frôlèrent à nouveau.

Thuran entendit enfin la voix du soldat.

— Avancez encore !

En se relevant, le nain regarda derrière eux. La zone était dévastée, il ne restait plus un arbre debout. Certains gisaient au sol, tranchés nets au bas du tronc. D’autres avaient été déracinés par la force de l'impact. Rien n'avait pu freiner ces attaques, tout n’était que chaos.

Bien qu’il s’en soit éloigné, il avait encore une vue dégagée sur l’étang et son centre, d’où des projections partaient dans toutes les directions. La créature qui y reposait semblait s'énerver de l'inanité de ses attaques.

Les tentacules de la bête aquatique ne revinrent vers elle et repartirent de plus belle, fouettant l'air. Elles ciblèrent parfaitement la direction prise par les fuyards. Les appendices se tendirent, frappant plus loin encore que lors des charges précédentes. Mais ils avaient pu se mettre hors de portée cette fois.

Pomme semblait s’être un peu calmé. Matt se tenait adossé à lui tout en se tenant une jambe. Thuran se laissa tomber à ses côtés pour reprendre son souffle.

— Gaël, il est… commença-t-il.

— Je sais j’ai tout vu, coupa Matt, le visage pâle.

Plus bas, les bras de la créature se trémoussaient bizarrement dans les airs.

— Debout ! ordonna Rionnel en assistant à cette scène. Cette créature n’a pas l’air d’avoir abandonné, elle nous réserve peut-être d’autres surprises !

Le capitaine avait rengainé son épée, bien inutile, et se tenait maladroitement le flanc. Sa main était pleine de sang. Le nain jeta un œil inquiet à la blessure, mais se leva sans faire de commentaire. Matt tenta de suivre le mouvement mais trébucha et dû se rattraper au bras tendu par son ami.

— Allons-y ! souffla le jeune homme, d'une voix presque inaudible.

Ils avancèrent, se trainèrent, brûlant tout ce qu'il leur restait de forces. Matt, visiblement blessé lui aussi, prenait appui sur Thuran tandis que Rionnel les suivait en tirant Pomme. Incapable de résister plus longtemps, le nain risqua un regard en arrière.

— Un nuage vert approche ! s'écria-t-il, médusé.

Une brume verte foncé se répandait en effet depuis la surface de l'eau. Elle s’étendit sur la berge, à la poursuite des trois compagnons.

Ils continuaient d’avancer, s’élançant au beau milieu des bosquets de ronces en ignorant les éraflures que cela provoquait. Les compagnons parcoururent une centaine de pieds encore avant de s'effondrer finalement, se retournant tous ensemble pour fixer anxieusement leurs arrières. Thuran soupira de soulagement : la mystérieuse fumerolle avait cessé de s'étendre avant de les atteindre et commençait déjà à se dissiper.

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