Chapitre 3 : Le Bois de Lachel (1/10)

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Les sabots des chevaux tambourinaient le sol dur et sec des steppes du Gareldor. En dépit de Gaël qui pesait contre lui, Thuran était bringuebalé dans tous les sens. Il avait beau se déplacer encore et encore, il ne parvenait pas à trouver une position qui ne le fasse pas souffrir.

— J’espère qu’on va bientôt s’arrêter, je n’en peux plus… geignit-il malgré lui.

Gaël ne réagit pas, alors le nain regarda autour de lui. Quelques rougeurs commençaient à poindre à l’horizon, éclairant les trois autres cavaliers qui galopaient à leurs côtés. Matt était toujours agrippé au cou de sa monture, dans une posture probablement encore plus inconfortable que celle du nain. Jolan suivait le jeune homme et l’aidait à guider son étalon lorsqu’il était tenté de changer de direction. Quant à Rionnel, il avait pris la tête du groupe.

Tout ce qu’il restait des fuyards de Châtaigne.

— Halte ! On fait une pause ! cria enfin le capitaine en levant le bras.

Ils étaient arrivés aux bords d’un ruisseau s’écoulant lentement au milieu de la plaine, au pied d’un chêne solitaire. Comme Gaël tardait à le faire, Thuran tira sur les rênes de leur monture. Les quatre chevaux s’immobilisèrent avec quelques hennissements. Toujours en selle, Rionnel se dirigea aussitôt vers le duo.

— Ne bouge pas ! Jolan, viens m’aider à le descendre !

— Quoi ? Qu’est ce qui se passe ? réagit Matt.

Thuran était tout aussi perdu en voyant les deux soldats se diriger vers lui d’un pas décidé, l’air grave.

— On peut descendre tout seul, pourquoi… commença le nain.

Gaël intervint, d’une voix très faible.

— Thuran, je…

Son cœur fit un bond quand il comprit. Ce n’était pas à lui que les deux gardes adressaient ces regards inquiets.

— Gaël !

Matt étouffa un juron. Lorsque les deux gardes descendirent le blondinet, ils révélèrent une flèche fichée dans son dos. Comment Thuran avait-il pu passer tout ce temps juste devant lui sans remarquer que quelque chose n’allait pas ?

— Mais quand… Quand avez-vous remarqué que… commença le nain, abasourdi, en se jetant au sol à son tour.

Il se réceptionna douloureusement. Jolan jeta un œil dans sa direction.

— On l’a vu tout de suite, quand il se l’est prise, asséna-t-il.

— Pourquoi on ne s’est pas arrêté tout de suite alors ? intervint Matt, rouge de colère. Ça doit bien faire une demi-heure qu’on…

— On aurait été pris en chasse. Ils avaient des chevaux à l’extérieur de l’enceinte, expliqua Rionnel avec gravité. Ça suffit pour les questions, venez plutôt nous aider. Matt, tu peux me chercher de l’eau ?

Le capitaine tendit une gourde au jeune homme qui acquiesça, Thuran arriva à son tour aux côtés de Gaël. Ce dernier était conscient, mais son front s'était couvert de sueur. Lorsque le nain le toucha, il se rendit compte qu’il était bouillant et ne pouvait s'empêcher de se sentir responsable.

Rionnel avait placé le garçon sur le côté et Jolan se tenait dans son dos.

— On doit la retirer, décida le capitaine.

— Il n’y survivra peut-être pas, elle est fichée profondément, commenta son compagnon en secouant sa tête.

— Avec la pointe à l’intérieur, la fièvre l’emportera avant qu’on arrive en sûreté. On n’a pas le choix, Thuran ?

— Oui ? répondit le nain en tressaillant.

— Rassemble quelques branches, j’ai vu qu’il y en a là-bas. On va devoir cautériser la plaie.

Jolan démontra ses compétences en initiant un feu en un temps record. Thuran le regarda faire sans rien dire. Il se sentait dépassé par les événements, encore ! Pendant ce temps, Matt épongeait le front de leur ami avec un linge humide.

Rionnel plaça la pointe d’une dague dans les flammes.

— On va pouvoir y aller. Les jeunes, vous pouvez le tenir ? Ça va aller Gaël. Gaël ?

— Je crois qu’il a perdu connaissance, expliqua Matt.

— Ce n’est pas plus mal, conclut Jolan en se saisissant de la flèche d’une main, l’autre sur le dos du blondinet. Prêts ?

Tous acquiescèrent et Rionnel s’approcha avec la lame chauffée à blanc. Ce fut rapide, les gardes savaient ce qu’ils faisaient. La pointe sortit sans se briser et le capitaine plaqua le métal dans la plaie avant que le sang n’ait le temps de jaillir. L’odeur de peau brûlée agressa Thuran qui heureusement avait déjà le ventre vide.

Gaël revint à lui en hurlant, mais s’évanouit à nouveau sans avoir prononcé un mot intelligible.

Le ciel étoilé disparaissait peu à peu, remplacé par un soleil pâle. C’était le début du printemps, l’air était frais et humide. L'adrénaline qui avait fait entrer Thuran dans un état second avait cessé de faire effet, maintenant il avait froid. Maltraité par sa chevauchée chaotique, son fessier le faisait également souffrir. Mais pouvait-il vraiment s'en plaindre dans un moment pareil ?

— Il va s’en sortir ? demanda Matt alors que Jolan couvrait Gaël avec une couverture chaude tirée des bagages de sa selle.

— Difficile à dire, répondit franchement le soldat. Il est très faible, a perdu beaucoup de sang. Le plus important c’est d’éviter une infection, l’idéal serait d’appliquer un emplâtre d’arrivel sur ses plaies. Il faudra faire de même sur les tiennes d’ailleurs.

Le jeune homme toucha sa joue, entaillée lors du combat dans la forge. Par chance, ses plaies n’étaient pas profonde et avaient cessé de saigner depuis longtemps.

— De l’arrivel ? C’est quoi ? interrogea-t-il.

— Une herbe sauvage qui pousse dans la région, en zone humide. Elle n’est pas rare, on finira bien par en trouver si on longe ce ruisseau, expliqua calmement Jolan.

— Tu as l’air de t’y connaître, fit remarquer le nain.

— Jolan était infirmier militaire, commenta Rionnel en les rejoignant. Il tenait un rouleau de papier entre ses mains qu’il déplia devant eux.

— C’est… une carte ? découvrit Thuran.

— Du Gareldor oui, confirma le capitaine. Nous devons nous mettre d’accord sur notre itinéraire.

— Pas la peine de se presser, on pourrait rester par ici le temps que Gaël se remette non ? proposa Matt. J'avoue que je ne tiens pas à remonter en selle tout de suite.

Il se massait les fesses, ce qui arracha un petit sourire à Thuran.

— Il faudra vite se remettre en route pourtant, trancha Rionnel. Qui sait si ces bandits ne possèdent pas un pisteur compétent ? Nous suivre à la trace serait facile dans ces plaines, pour un tel spécialiste.

— Pourquoi chercheraient-ils à nous rattraper ? On ne représente pas une menace, on n’a même aucune idée de qui ils sont !

— Pourtant ils voulaient nous empêcher de sortir, répliqua Jolan. On ne sait pas à qui on a à faire, on ne connaît pas leurs intentions. Alors évitons de faire preuve d'imprudence, termina-t-il en se courbant à son tour sur la carte.

Ils l’étalèrent au sol, la maintenant dépliée à l’aide de pierres. La carte représentait l’ensemble des terres frontalières et était couverte de couleurs.

Le papier était de qualité, sans défaut apparent, Thuran n'en avait pas vu beaucoup de semblable hors des terres naines. Pour autant qu'il le sache, dans le Gareldor il n’y avait qu’un artisan qui en produisait, à Douce-Neige. Ce dernier utilisait pour ce faire de l’écorce et des feuilles d’arbres mais le résultat était rugueux et fragile.

— Nous sommes par-ici, expliqua Rionnel en désignant un point dans la partie supérieure de la carte.

Le Gareldor dans son ensemble était gigantesque, mais il n'y avait pas beaucoup de sites importants à relever. Outre les villes, la carte indiquait quelques courts d'eaux et de rares forêts. L'étendue sauvage la plus marquante se trouvait très à l'ouest de leur position. Thuran l'identifia au premier coup d'œil comme la forêt du Vic, il avait visité la bourgade voisine. Un bois moins impressionant se trouvait toutefois juste à côté d'eux.

— La ville la plus proche est Rosépine, continua le garde en déplaçant son doigt à travers ce bois. Le chemin le plus direct traverse le bois de Lachel.  

— Le bois de… on ne va pas prendre ce chemin, hein ? s’inquiéta Matt.

— Qu’est-ce qu’il y a ? Tu y as déjà été ? fit le nain.

— C’est dangereux, personne ne va jamais là-bas. On dit qu’il y a des montres !

— T’inquiètes pas mon garçon, ce ne sont que des racontars de villages, se moqua Jolan. Des histoires pour faire peur aux gosses.

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