Chapitre 2 : Feu et sang (10/10)

5 minutes de lecture

Les pas de Térèsa résonnèrent lourdement sur les dalles de l’auberge. Son armure, un agglomérat de pièces de cuir et de métal, aggravait une carrure déjà impressionnante. Elle alla se placer au centre de la pièce pour faire face à Grégor.

La plupart des membres de la compagnie auraient été intimidés, seuls face à un homme tel que Grégor. Pas elle. Après plus d’une décennie à l'accompagner dans ses voyages, elle était devenue l’un de ses lieutenants de confiance. Elle avait souvent démontré sa force tant physique que morale et mesurait pleinement l'importance qu'elle avait dans la compagnie.

Une dizaine d'hommes occupaient les lieux, dispersés autour d'un enchêtrement de tables. Les tonneaux de l’établissement avaient été mis en perce, l’alcool coulait à flot, mais le chef de la troupe leva aussitôt les yeux sur elle et se redressa.

— Du nouveau ?

Grégor se tenait légèrement voûté, en appui sur la table. Sa voix était aussi plus rauque que d'ordinaire. C'était la première fois qu'il lui donnait une telle impression de faiblesse.

Il est toujours bien trop dangereux pour que je tente de prendre sa place, songea cependant la mercenaire.

— Mon groupe a exploré toute la zone nord-est. Nous avons trouvé quelques objets et des habitants qui s'y cachaient encore. On s'est occupé d'eux... mais pas trace d'un nain.

Malgré les ordres, son groupe ne capturait jamais les femmes. La mercenaire trouvait plus charitable de mettre un terme à leur vie. Pourtant il fallait bien laisser ses gars se défouler parfois. Ainsi, elle s'assurait de les garder aussi fidèles que motivés. Il lui arrivait même de participer aux réjouissances.

Grégor se rassit en ronchonnant. L'aube était là et toujours aucune trace du nain. Ceux qui avaient fouillé les secteurs proches des écuries étaient tous revenus les mains vides, Térèsa le savait.

— Il n'y a que les gardes dont on a parlé tout à l'heure qui ont réussi à filer, on l’attrapera tôt ou tard, intervint l'un des hommes attablés.

La porte de l'auberge s’ouvrit soudain derrière la guerrière.

— Chef !

Elle se tourna pour découvrir un des autres lieutenants de la compagnie, un gringalet nommé Javik. De l'avis de Térèsa, son manque de cervelle n'était en rien rattrapé par une adresse au combat des plus médiocres. La façon dont il avait obtenu ce poste restait un mystère.

— Qu'y a t-il ? fit Grégor en levant les yeux avec impatience.

Javik avait l'air mal à l'aise, il avait du mal à croiser le regard de son supérieur.

— C'est Rebeka, on l’a retrouvée. Mais elle est...

— Rebeka ? Le colosse se leva aussitôt, faisant basculer sa chaise sans ménagement. Où ?

— La... la forge, une bâtisse sur la gauche de la rue principale, en face des maisons cramées.

Grégor passa en trombe devant Térèsa, qui décida de le suivre. Cette petite peste de Rebeka avait-elle eu des ennuis ? Ce ne serait pas pour lui déplaire, la gamine avait toujours eut les faveurs de leur chef. Les hommes étaient trop sensibles aux jolis minois. Rebeka était une bretteuse convenable, mais elle n'avait pas l'étoffe d'un leader.

Quand ils arrivèrent devant l'enseigne de la boutique, Térèsa jeta un rapide coup d'œil de l'autre côté de la rue. Il ne restait plus que des gravas fumants. Un sacré gâchis, ils étaient sensés épargner la bourgade au maximum. Elle suivit son chef à l'intérieur où deux de leurs hommes indiquèrent la pièce du fond. Grégor s'immobilisa sitôt passé le cadre de la porte. Teresa dut se pencher pour voir et son regard tomba aussitôt sur le cadavre de la jeune rouquine.

— Rebeka... souffla Grégor en tombant à genoux devant le corps froid.

Térèsa le fixa avec surprise, la douleur se mêlait à la haine sur le visage du guerrier. D'habitude il maîtrisait bien mieux ses émotions. Cet instant de faiblesse ne dura pas, le regard de Grégor se durcit.

— Javik ! Qui a fait ça ?

Ce dernier les avait suivis, lui aussi.

— C'est moi, intervint cependant une voix faible au fond de la pièce.

Un homme se tenait là, affalé sur une chaise. Térèsa le jaugea du regard, il avait une carrure convenable, une quarantaine d'années tout au plus. Entouré par deux membres de la compagnie, sa lèvre était fendue et son nez cassé. Le chef des mercenaires vint se placer devant lui.

— Le forgeron j’imagine ? jugea-t-il froidement.

— Oui, confirma Tomrek. Je l'ai tuée, elle et les deux autres. Je les ai eus par surprise.

— Et tu ne t'es pas enfui ?

— Je n'étais plus en état.

Une des brutes qui l'encadrait assena un coup de poing dans les côtes du père de Matt, qui se plia en deux en grognant. Grégor renifla avant de reprendre la parole.

— Je trouve votre résistance admirable. Je serais bien tenté de vous proposer de nous rejoindre, on a toujours besoin de quelqu'un de compétent pour entretenir nos armes. Seulement... cette fille était comme mon propre enfant. Ce n’était peut-être pas la plus efficace de mes lieutenants, mais sans aucun doute la plus prometteuse.

Térèsa grimaça.

Le colosse revint vers le cadavre et caressa les longs cheveux roux de la jeune femme tandis que Térèsa tâchait de retenir le sourire moqueur qui voulait percer sur son visage.

—Te voilà partie de façon totalement inutile, petite idiote… Grégor se retourna vers le forgeron. Tu as une famille ?

— Non, je vis seul, répondit aussitôt ce dernier.

— Il ment, intervint l’un de ses gardiens. On a récupéré une femme et une gamine dans cette maison.

— Malin en plus ! complimenta Grégor en souriant.

Leur prisonnier tressaillit comme le chef de la bande hochait la tête à son intention.

— Inutile de t'inquièter, je ne vais pas les tuer. Je ne suis pas un monstre.

Cette fois, Térèsa sourit pour de bon. Grégor s'approcha lentement et se baissa vers Tomrek. Leurs visage étaient si près que le forgeron devait être capable de sentir l'haleine alcoolisée du mercenaire.

— Cependant, j'ai une personne en tête qui sera ravi de les rencontrer. Elles n'auront surement pas une vie facile, mais il s'agit de celle dont s’est extraite Rebeka. On verra ainsi si elles sont dignes de prendre sa place. Si c'est le cas, je les acceuillerai les bras ouverts le moment venu, bien entendu !

Des larmes montèrent aux yeux du brave homme. Sans plus de cérémonie, attrapa la tête du forgeron et lui brisa le cou. Le corps de Tomrek s’effondra comme un pantin désarticulé. Le guerrier se tourna ensuite vers ses hommes.

— Rassemblement hors des murs d'ici une heure, prévenez tout le monde ! Ensuite mettez le feu aux quatre coins de la ville ! Qu'il y ait une jolie flambée en l'honneur de ma fille.

— Mais le nain... réagit Javik.

— Idiot ! Tous ceux qui se cachent seront forcés de fuir la fournaise pour nous tomber dans les bras, ça fera qu’accélérer les choses. Je ne suis plus d’humeur à prendre mon temps ici. Exécution !

Le dénommé Javik acquiesça et sortit dans la rue avec hâte, suivi des trois autres mercenaires présents. Térèsa demeura un instant en arrière. Elle désaprouvait les ordres de son chef, mais mieux valait se taire et obtempérer lorsqu'il était dans cet état. Elle le regarda soulever le corps de Rebeka, puis se détourna pour aller rassembler ses hommes.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 5 versions.

Recommandations

Nat S. Evans
Sidgil. C'est le nom que je porte. Réveillée dans une chambre d'hôpital voilà plus d'un an, je pensais être mariée à un homme mystérieux et vivre une vie de famille normale. Mais Marc est un dieu et Kyros, son ami, entreprend aussitôt de me tuer.
Heureusement, j'ai pu recevoir une aide inattendue de la part de Melvin, jusqu'à ce que ce titan malsain l'élimine. J'ai également fais la connaissance de Noah ou plutôt Tara, la métamorphe, abattue de sang froid. Dans ma fuite, j'ai pu retrouver le contact indiqué par le père de Melvin: Lancelot. Toutefois, j'ai bien l'impression qu'il ne s'agit pas d'un simple nom de code. Grâce à son aide, je m'échappe dans le labyrinthe du temps pour retrouver un Lancelot plus jeune... dans le futur. Je veux découvrir qui je suis et pourquoi Kyros veut me tuer.

Cette oeuvre contient des scènes difficiles et ne sont pas recommandées aux enfants. Merci donc ne pas lire cette fiction si vous faites partie de ce public.

Oeuvre protégé par Copyright. L'enregistrement, l'utilisation, la copie de l'oeuvre ou d'un extrait est strictement interdit.
172
368
1021
300
Hikimari
Recueil de contes en tous genres.
3
2
2
1
Défi
Maalou
En réponse au défi Projet Bradbury #6 "écrire une nouvelle ayant pour thème "retrouver quelque chose qui a été perdu".
6
8
3
6

Vous aimez lire Borghan ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0