Chapitre 2 : Feu et sang (9/10)

8 minutes de lecture

— Olivier ?!

Il s'était attendu à tout, sauf au palefrenier de Châtaigne !

— C’est toi ? Tu es vivant ? s'étonna le vieil homme. 

Le regard que le cavalier lui adressa était étrange, il y avait autre chose de la surprise.

Peut-être qu’il est déçu ? songea amèrement Thuran.

Le premier cavalier revenant vers eux avec Matt, le malaise ne dura pas. Le nain vit qu'il s'agissait d'un homme mûr bien charpenté, quelques mèches blondes s'échappaient du heaume qu'il portait. Trois autres arrivèrent à leur tour, traînant un dernier cheval derrière eux.

— La garde ! s’enthousiasma Gaël.

Tous, excepté Olivier, arboraient l’armure légère de la garnison de Châtaigne : un plastron de cuir sans ornement. Le nain remarqua que celui en tête n’avait pas de bras gauche. Bien qu'incapable de discerner son visage dans l'obscurité, il déduisit qu’il s’agissait du Capitaine Rionnel Raveck, un ami de son oncle.

— On ne peut pas traîner ! s'écria l’un des des derniers arrivés. Il faut qu’on soit partis avant que ces bandits ne se regroupent, sinon on est fichus !

— On a encore du temps avant qu’ils n’aient fini leur carnage, modéra celui qui avait agrippé Matt.

— Qu’est ce que t’en sais Jolan ? Ils ont mis le feu à tout le quartier !

Rionnel enleva son casque, dévoilant une abondante chevelure grise. Il se tourna vers Thuran et Gaël qui étaient restés immobiles.

— Où alliez-vous comme ça ?

— On comptait essayer d’escalader le mur, avança Gaël.

Le jeune homme devait être familier du capitaine, il semblait vraiment ravi de le voir.

— Les bandits ont rassemblé des prisonniers du côté de la poterne ! intervint Matt. Il faut les aider !

Les visages se tournèrent vers lui, mais ceux des gardes s'assombrirent.

— Tu es con où quoi ? s'exclama Olivier.

— C'est votre rôle de... commença Matt.

— T'as un peu regardé qui tu as devant toi ? le coupa à nouveau le plafrenier. En dehors de Jolan, il n'y a que des éclopés et des vieillards. Et on est loin d'être assez nombreux.

— Mais que comptez-vous faire alors ?

— Ils s'enfuient, intervint abruptement Thuran.

Il venait de le comprendre lui même.

— Il n'y a pas d'autre option, fit remarquer Jolan. Ces bandits sont bien équipés, entraînés et surtout trop nombreux. On a déjà perdu deux des nôtres, sans compter Dylan qui gardait la porte et qui est probablement... si Olivier n'était pas arrivé avec les chevaux, c'en serait fini de nous.

— Même si vous réussissiez à passer par-dessus les murs sans vous casser les jambes, sans monture vous n’irez pas loin, fit remarquer Rionnel en s'adressant calmement à Gaël.

— Mais que faites-vous des habitants ?! s’offusqua Matt en se laissant glisser à terre, n'abandonnant pas.

— Le code militaire... on quitte les lieux pour faire un rapport au gouverneur le plus proche, expliqua le capitaine.

— Le code ? Mais de quoi vous parlez ?

— Pour qu’il y ait des témoins… murmura Thuran.

Matt se tourna vers le nain avec une expression d'horreur sur le visage. Il avait compris ce que sous entendait son ami : il n'était pas certain qu'il reste des survivants au bout de la nuit.

Thuran n'était pas moins choqué par le cheminement de ses pensées, mais parvenait à maîtriser ses émotions pour le moment. Un peu égoïstement, la peur pour sa propre personne surpassait les autres. Il se tourna vers le capitaine. Il avait senti au ton de sa voix que le soldat était révolté à l'idée d’abandonner ces gens à leur sort. Mais pour un homme qui avait passé des décennies dans l’armée, suivre à la lettre le code militaire était une seconde nature.

De son côté, Gaël avait les yeux emplis de détresse.

— Pendant que vous chargez, on pourra peut-être... commença-t-il.

— On a un cheval libre, monte Thuran ! intervint Olivier à la surprise générale.

Le nain le fixa comme s'il ne l'avait jamais vu. Il voulait le sauver ?

— Et Matt ? Et Gaël ? réagit-il, pris au dépourvu.

— On n’peut pas sauver tout le monde, ils vous l’ont dit ! rétorqua le vieil homme.

— Je ne vais nulle part sans eux !

Ce développement laissait Thuran abasourdi, mais s'il devait se résoudre abandonner son oncle et Éléonore qui étaient hors de sa portée, il n'était pas question qu'il se sépare de ses deux compagnons !

Olivier soupira bruyamment.

— Fichus gamins… le blond peut monter derrière toi, vous pesez pas lourds. L’asperge par contre…

Le palefrenier sauta au bas de sa monture aussi aisément qu'un enfant d'une marche et tendit les rênes à Matt.

— Prend le mien. Pomme est un solide gaillard, il est avec moi depuis des années. Prenez soin de lui.

— Mais...

Matt saisit machinalement la corde tendue. Thuran voulu dire quelque-chose, mais rien ne lui venait à l'esprit.

Olivier se sacrifie pour nous donner une chance de nous enfuir !

Cela lui parraîssait tellement absurde. Ce vieux grognon qui n'avait jamais eu un mot gentil pour lui ? Il ne comprenait pas.

— Olivier, tu ne peux pas… commença Rionnel.

— J’suis pas dans l'armée moi, c'est mon choix, riposta aussitôt le vieil homme.

Le palefrenier se tourna vers le nain et il arriva encore quelque chose qui prit encore une fois Thuran de court : il sourit.

— T'inquiète pas mon gars, j'ai fait mon temps. Compte sur moi, j'partirai pas sans emmener quelques-unes de ces raclures avec moi !

Il détacha une lance de la selle de Pomme puis aida Matt à l’enfourcher. Jolan descendit aider les deux autres à monter sur le cheval solitaire. Le blondinet prit place derrière Thuran et se saisit des rênes. Le nain n’était pas à l’aise, il avait monté des poneys mais ne s’était jamais approché d’un étalon comme celui-ci.

— Là-bas ! Des cavaliers ! meugla soudain une voix forte derrière eux.

Olivier jeta un bref regard dans cette direction.

— Allez-y ! déclara-t-il simplement.

— En avant ! ordonna à son tour Rionnel d’une voix forte, avant de faire un bref signe de tête à l’attention du palefrenier.

Jolan sauta en selle prestement et ils éperonnèrent leur monture à l'unisson. En dépit de sa main blessée, Gaël guidait celle du nain. Il semblait habitué à monter. De son côté, Matt avait l'air perdu, mais sa monture suivit le mouvement.

Le regard de Thuran resta fixé derrière eux, sur le vieil homme seul au milieu de la route pavée avec sa lance pointée vers le ciel. Un groupe de bandits se précipitait vers lui.

Ils ne chevauchèrent qu'un instant avant que le capitaine ne lève le bras. Ses hommes tirèrent les rênes de concert, Gaël fut un rien plus lent et s’arrêta aux côtés de Rionnel tandis que Jolan se chargeait d’arrêter Matt.

Le groupe avait une vue dégagée sur la porte de la ville où de multiples torchères étaient allumées, révélant une quinzaine de combattants prêts à les recevoir. Ces derniers les avaient forcément aperçus eux aussi.

— Comment on va faire pour passer ? On charge ? demanda Thuran.

Rionnel se baissa et sortit un petit objet de l'une des sacoches de sa monture.

— Tu reconnais ceci ?

C’était un petit coffret de métal d’apparence ordinaire, mais le nain l’identifia immédiatement.

— Le détonateur ? La magicyte de terre ?

— Maître Tower nous l’a confiée en attendant qu’on l’utilise. Je l’ai prise en quittant la caserne, juste au cas où...

Thuran n'était pas un grand connaisseur de ces objets, mais il se remémora les paroles de son oncle.

— Le mécanisme est prévu pour une utilisation artisanale, annonça-t-il. Une fois activé, il explose dans les secondes qui suivent. Il n’y a pas de retardateur important comme sur les modèles militaires !

— On est au courant, intervint l'un des gardes qui les rejoignit au premier rang.

C’était le plus âgé d’entre eux, Louis. Le nain se souvenait surtout des plaintes continuelles de ce vieillard concernant ses rhumatismes, ainsi que de sa longue barbe blanche.

— Je vais m’en charger, les informa-t-il.

— C’est moi le capitaine…

— Ouais et qui guidera les autres si t’es plus là ? Chaque jour où je tiens debout en me levant tient du miracle, je ne serais qu'un poids là dehors et y’a plus personne pour me pleurer. Allez, file-moi ce truc.

Thuran observa le détonateur qui changeait de main. Louis sourit et fit un signe de tête au reste du groupe.

— Tâchez de pas me rejoindre tout de suite, que je puisse être un peu tranquille de l’autre côté !

Il s’élança sans tarder. Le nain n'en revenait pas de voir ces hommes faire face à la mort avec autant de sang froid, presque avec dérision.

— Tenez-vous prêts ! cria l'un des défenseurs de la porte alors que Louis approchait.

Thuran voyait clairement les combattants qui se tenaient en rang serré, prêts à massacrer les fuyards. Certains portaient des lances et se tenaient au centre de la chaussée, barrant l’étroit passage. D’autres, armés d'arcs, encochaient leurs flèches.

— À mon signal on fonce ! prévint Rionnel.

Thuran ne quittait pas des yeux le brave qui fonçait vers son destin.

— Tirez ! ordonna le chef des défenseurs lorsque le cavalier solitaire fut suffisament près.

Une volée de flèches fila à la rencontre du soldat. Louis se recroquevilla sur sa selle et, qu'il ait été touché ou non, resta en selle pour poursuivre sa course jusqu’aux portes où il glissa au sol. Aussitôt les lanciers se rassemblèrent autour de lui, prêts à frapper.

L'espace d'un instant, Thuran craignit que le garde n'ait pas eu le temps d'armer le dispositif. Puis un flash l'aveugla et il sentit une secousse, accompagnée par un coup de tonnerre. Les chevaux se mirent à hennir, voir à se cabrer. Le nain serrait tombé sans le soutien de Gaël.

Puis, couvrant le vacarme, la voix de Rionnel résonna.

— En avant !

Les cavaliers s’élancèrent. Tout ce que le nain pouvait faire, c’était deviner des formes à travers le nuage de poussière qui avait remplacé les portes de la ville.

Lorsqu’ils atteignirent le mur d’enceinte, ce nuage avait déjà commencé à se dissiper. Les torchères ayant été emportées par l’explosion, la visibilité s'en trouvait réduite. Le nain constata que l’arche de pierre s’était effondrée. La plupart des défenseurs avaient dû être déchiquetés ou écrasés par les pierres… Mais le danger n'était pas écarté. Lorsque sa monture fit une embardée pour éviter un obstacle, le cavalier qui devançait Thuran fut projeté au bas de sa selle. En le dépassant, il constata avec horreur que son dos formait un angle impossible.

Leur cheval bondit par-dessus un monticule de gravas et atterrit à l’extérieur de la ville, aux côtés de celui du capitaine.

— Attention aux archers ! Continuez à avancer ! s'écria ce dernier en éperonnant.

Gaël se plaqua contre le nain, serrant fort sur les rênes tandis que leur cheval partait au galop. Thuran sentit la tension de son compagnon contre lui, mais ils avaient réussi. Ils s'étaient échappés de Châtaigne !

Ils laissèrent les remparts derrière eux, disparaissant de la vue des assassins sous le couvert de l'obscurité mourante.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 5 versions.

Recommandations

Nat S. Evans
Sidgil. C'est le nom que je porte. Réveillée dans une chambre d'hôpital voilà plus d'un an, je pensais être mariée à un homme mystérieux et vivre une vie de famille normale. Mais Marc est un dieu et Kyros, son ami, entreprend aussitôt de me tuer.
Heureusement, j'ai pu recevoir une aide inattendue de la part de Melvin, jusqu'à ce que ce titan malsain l'élimine. J'ai également fais la connaissance de Noah ou plutôt Tara, la métamorphe, abattue de sang froid. Dans ma fuite, j'ai pu retrouver le contact indiqué par le père de Melvin: Lancelot. Toutefois, j'ai bien l'impression qu'il ne s'agit pas d'un simple nom de code. Grâce à son aide, je m'échappe dans le labyrinthe du temps pour retrouver un Lancelot plus jeune... dans le futur. Je veux découvrir qui je suis et pourquoi Kyros veut me tuer.

Cette oeuvre contient des scènes difficiles et ne sont pas recommandées aux enfants. Merci donc ne pas lire cette fiction si vous faites partie de ce public.

Oeuvre protégé par Copyright. L'enregistrement, l'utilisation, la copie de l'oeuvre ou d'un extrait est strictement interdit.
172
368
1021
300
Hikimari
Recueil de contes en tous genres.
3
2
2
1
Défi
Maalou
En réponse au défi Projet Bradbury #6 "écrire une nouvelle ayant pour thème "retrouver quelque chose qui a été perdu".
6
8
3
6

Vous aimez lire Borghan ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0