Chapitre 2 : Feu et sang (8/10)

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Lorsque Thuran, Matt et Gaël se retrouvèrent dans la rue principale, ils furent accueillis par des cris provenant d’une maison à proximité. Une autre était en feu et des ombres rôdaient autour.

— Ce sont des villageois ? chuchota Thuran en essayant d’identifier ces individus.

— Impossible d’en être sûr, intervint Gaël dans un souffle. On doit se concentrer sur le moyen de sortir de la ville.

Malgré sa blessure, il semblait le plus solide et concentré d'entre eux.

— On va droit vers la porte ? proposa Matt à voix basse.

— Et s'il y a des bandits qui montent la garde ? réagit le nain.

— Tu as une autre solution ?

— On pourrait grimper...

— Tu te souviens de la fois où on a essayé, il y a deux ans ? En pleine nuit on va se rompre le cou, marmona le jeune homme.

— Il y a la poterne, intervint Gaël.

Les deux autres se tournèrent vers lui, comme frappés par un éclair.

— Tu veux dire qu’il y a une autre porte dans l'enceinte ? Je ne l'ai jamais vue, s’étonna Thuran.

— Elle n’est pas loin de la boulangerie, expliqua Matt. Je m'en sers souvent au boulot. Il est facile de la manquer, elle est cachée par la maison des Madelaine.

— La boulangerie ? C'est...

Le nain chercha à se remémorer le chemin à parcourir.

— Je connais un raccourci discret que j’utilisais souvent, le devança Matt. Suivez-moi.

Sans attendre de réponse, le jeune homme fit quelques pas dans l'ombre pour se poster devant le muret qui prolongeait la façade de la forge. Il fit signe à Thuran de s'approcher et lui fit la courte-échelle. Le nain se glissa discrètement de l'autre côté, atteignant un passage étroit entre les habitations. Il se frotta le nez, dérangé par une odeur nauséabonde. Ses compagnons le rejoignirent rapidement, sans lui laisser le temps de chercher son origine.

— Faites attention où vous marchez, il y a parfois... ça peut glisser. Posez la main sur le mur à gauche et suivez-le, expliqua Matt à voix basse.

Les trois amis progressèrent en silence dans l’obscurité, ils débouchèrent rapidement sur la rue qui faisait le tour de la ville.

— Par ici, susurra Matt en saisissant la main du nain.

Son ami le tira vers la gauche, mais après quelques pas seulement Gaël les attrapait par l’épaule.

— Vous avez entendu ? souffla-t-il. Comme un objet qui se brise…

Le nain suivit le mouvement de ses compagnons qui se collaient au mur le plus proche. Ils entendirent alors des voix en provenance d’une habitation voisine.

— Ah, ah ! La tête qu'il a faite ! s'exclamait une voix masculine.

— Maman ! geignit une fillette en larmes.

— Fais taire ta gamine si t’veux pas qu'il lui arrive des bricoles ! menaça une autre voix.

Un bruit sourd suivit, une claque peut-être. La fillette cessa de sangloter, mais reniflait encore bruyamment.

— Suivez-nous sans faire d'histoire, on s'occupera bien d’vous, z'inquiétez pas !

Cette voix était si glaçante que le nain tressaillit. Comment pouvait-on avoir si peu d'humanité qu'on puisse s'en prendre à une fillette ? Ces bandits s'introduisaient chez de braves gens en pleine nuit et tuaient sans état d'âme. Tous les récits et les enseignements que Thuran avait pu recevoir lui semblaient tout à coup tellement vain : rien ne l'avait pas préparé à cet instant. Lui qui se croyait mûr, qui pensait avoir une vision claire du monde, découvrait qu'il n'était qu'un gamin naïf. 

Quelques instants plus tard, plusieurs silhouettes s'extirpaient de l'habitation. Il y en avait six ou sept, accompagnées d'un enfant. Les trois amis demeuraient immobiles, retenant leur souffle.

— Par ici ! On les ramène avec les autres ! annonça celui qui semblait diriger le groupe.

La troupe prit la direction opposée à la cachette des garçons et Thuran laissa échapper un soupir de soulagement.

— On l'a échappé belle cette fois. Matt, qu'est-ce qu'il y a ?

Son ami lui tenait toujours sa main et la serrait comme s'il avait l'intention de la briser. Il l'entendit alors renifler.

— Cette gamine, c'est Claire, murmura le jeune homme. Elle a huit ans et passe tous les matins à la boulangerie avec sa mère. C’est ma cousine, elle est...

Il secoua sa tête devant le nain frappé d'horreur. Mettre un nom et un visage sur ceux qui étaient maltraités sous leurs yeux aggravait encore son malaise. Thuran jeta un œil au groupe qui s'éloignait déjà.

Que peux-t-on faire ?

— Il faut y aller, intervint sèchement Gaël. Je suis désolé vieux, on ne peut rien faire pour elle.

Son attitude étonna Thuran une fois de plus. Le garçon faisait preuve d’un détachement étonnant quand lui même avait du mal à gérer la frustration de ne rien pouvoir faire.

Il se demanda comment il aurait réagit si cela avait été Éléonore qu'on avait traînée avec brutalité hors de sa maison. Aurait-il eut le courage — ou la bêtise — de sortir de sa cachette ?

Ses compagnons s'était remit en mouvement et il leur emboîta le pas, dans le sillage des bandits. Ils veillèrent à ne pas faire un bruit et à rester à distance raisonnable. Ils aperçurent bientôt un individu brandissant une lanterne au milieu de la rue. Sa voix résonna jusqu’à eux.

— Ah, vous voilà ! Vous rapportez quoi c’te fois ?

Une autre silhouette apparut ensuite devant le groupe de ravisseurs et Matt saisit les bras de ses compagnons pour les arrêter.

— Je sais que tu aimes bien cette gamine, mais... souffla Gaël.

— Ce n'est pas ça. Ce type, là, il est au niveau de... il vient de...

Un troisième bandit, porteur d'une arme d’hast, surgit à son tour. Il tenait également une lanterne et invita d'un geste la troupe à le suivre.

— Cette fois plus de doute, asséna Matt. Ils viennent de la poterne.

Pendant que les captives étaient menées à l’extérieur de la ville, quatre silhouettes revinrent vers les habitations mais prirent la direction opposée à celle où se trouvaient les trois amis.

— Il y en a deux et probablement d’autres dehors pour surveiller les prisonniers, on ne pourra pas passer par là, énonça Gaël. On doit filer avant qu'ils ne reviennent par ici.

— Éléonore est peut-être juste là, dehors... murmura Thuran.

Le blondinet se tourna vers lui et saisit ses épaules. Il approcha son visage tout près de celui du nain.

— Tu vas te faire tuer pour rien, il faut faire demi-tour ! chuchota-t-il sur un ton trahissant l'urgence.

Thuran sentit les battements de son cœur s’accélérer et des larmes lui venir aux yeux. Mais il renifla et se secoua. Gaël avait raison, il devait se concentrer. L'important pour le moment c'était que leur plan était tombé à l'eau. Comment allaient-ils s’en sortir maintenant ? Il leva les yeux, les lunes avaient commencé à descendre. Il ne devait plus leur rester énormément de temps avant le lever du jour. Se cacher deviendrait alors très difficile, quant à circuler dans les rues ?

— Il n'y a vraiment aucune autre sortie ? chuchota-t-il.

— La garde de Châtaigne n’est pas composée de soldats d'élite, mais ils font attention à l'entretien des murs, fit Matt en secouant la tête.

— Et si on prenait le risque de l'escalade ? Où le mur est-il le moins haut ? intervint Gaël.

— Au niveau de la porte principale non ? répondit Matt. Il y a une pente de l'autre côté, il faudrait donc s'en rapprocher au maximum.

— Alors on n'a qu'à tenter notre chance de ce côté-là, décida le blondinet.

Bien que maîtrisée, sa voix était ferme et ni Matt ni Thuran ne trouvèrent d'objection. Ils rebroussèrent chemin. Quelques minutes plus tard, ayant pris soin de vérifier que la voie était libre, ils retrouvèrent la route principale par le même chemin qu’à l’aller.

Il y voyaient beaucoup plus clair à présent. Le jour ne s'était heureusement pas encore levé, mais la maison qui avait pris feu précédemment s'était transformée en un véritable brasier qui se propageait aux bâtiments voisins. Ces constructions en bois ne résisteraient pas longtemps aux flammes et personne n'éteindrait l’incendie.

— J'espère que mon père va bien... souffla Matt en regardant sa maison.

Le nain l’entendit mais préféra ne rien dire. Tomrek était blessé, incapable de quitter les lieux et il avait avec lui trois cadavres. Il n'y avait pas franchement de place pour l'optimisme.

— Dépêchons-nous, de quel côté on doit aller Matt ? questionna Gaël à voix basse.

— Il y a une ruelle qui débouche pas loin, à gauche. On pourra accéder au toit de la maison du père Fournier, c’est facile par derrière. Comme ça on aura accès aux murs sans passer devant la porte de la ville. Il ne restera plus qu'à grimper...

Le plan était hasardeux mais c'était leur dernier recours.

— Plus moyen d’avancer dans l’ombre alors on fonce. Ne m’attendez pas, décida Thuran.

Ils venaient de s’élancer quand le nain entendit le bruit d'une cavalcade derrière eux.

Impossible, on est déjà repérés ? s'affola le nain.

— Des chevaux ! s’écria Matt, oubliant la discrétion.

Le nain sentit ses cheveux se dresser sur sa tête comme il réflechissait à toute allure, en courant aussi vite que possible. Ils ne pouvaient plus se cacher à temps !

— Vite ! le pressa Gaël, devant lui.

Même les grandes enjambées de Matt étaient insuffisantes pour rivaliser avec des chevaux. L'un de leurs poursuivants dépassa Thuran en le frôlant et, déséquilibré, le nain tomba. Il ne put qu’observer impuissant ce cavalier qui se penchait habilement sur sa selle pour saisir Matt au vol, mais s’étonna de voir l’inconnu placer ensuite son ami à califourchon derrière lui. Un autre de leurs poursuivants s’arrêta juste devant Thuran qui leva les yeux sur son visage.

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