Chapitre 2 : Feu et sang (6/10)

6 minutes de lecture

Barkel se saisit d'un fléau d'arme. Darek regarda tranquillement la boule de métal hérissée qui se balançait au bout d'une chaîne et leva les yeux vers Grégor qui demeurait immobile, un sourire sinistre plaqué sur son visage. Avait-il vraiment l'intention de rester en retrait ?

Il veut savoir si je suis encore capable de me battre.

Le nain grimaça puis sauta sur place à deux reprises avant de se pencher sur le côté en levant les bras.

— Qu’est-ce que… des étirements ?! explosa son adversaire en le voyant faire. Il se fiche de moi !

Le soudard brandit son arme à deux mains et fit tournoyer la boule de métal en s'approchant de Darek. Quand il fut à portée il passa à l'attaque directement, tout en puissance. Le marchand ne leva même pas les yeux. 

Ce n'était pas nécessaire. Tout son environnement apparaissait clairement à Darek.

Cette sensation m'avait manqué.

Il fit un pas sur le côté, l'air de rien, et le morceau de métal meurtrier s'écrasa à ses pieds.

En ramenant son arme à lui, le bandit se tourna vers Grégor qui s'était mis à ricaner dans son dos.

— T’as eu de la chance cette fois, à la prochaine tu vas déguster ! promit alors Barkel au nain. 

Le soudard initia une nouvelle attaque tandis que Darek le regardait faire sans bouger. Le nain attendit que le bandit lâche la chaîne pour s’élancer à son tour. Il évita aisément l'arme de son adversaire et trancha. Un coup vif et précis.

Darek se réceptionna sur un genou, puis se redressa lentement pour faire face à Barkel. Ce dernier avait lâché la hampe de son arme sous l’effet de la surprise et regardait ses mains couvertes de sang. L’épée avait frappé son torse entre deux plaques de cuir. Si la coupure n’était pas profonde, elle saignait abondamment.

— Tu… comment… ?

— Ton épée ! tonna Grégor. Dégaine imbécile !

La crapule obtempéra, saisissant l'arme à sa taille. Il prit également la dague glissée à sa ceinture dans son autre main.

— Tu l’auras cherché, je vais te débiter en morceaux ! promit-il.

Sans attendre, Barkel se rua sur lui. Le nain le laissa approcher et ferma même les yeux. Le bandit ne se posa pas de question, mais Darek esquiva son attaque. La dague fusa à son tour et une fois encore le nain l’évita en se jetant sur le côté.

— Je croyais que les nains étaient des guerriers virils ? Tu ne fais que fuir comme une fillette ! rugit la crapule la sueur au front.

Ces quolibets firent sourire le marchand qui rouvrit les yeux sans mot dire.

Barkel serra les dents, le rouge lui montait aux joues. Il chargea encore mais, cette fois, son arme tinta contre celle du nain. Un éclair de surprise passa sur son visage tandis que sa lame était repoussée avec force.

Darek soupira brièvement et attaqua à son tour. Son adversaire eut à peine le temps de reprendre son équilibre qu'il dut parer précipitamment de l'épée puis de la dague.

Il n'a aucune formation martiale, constata Darek.

Barkel recula à la hâte, ce faisant il perdit brièvement l’équilibre. Sans hésiter, le nain lui transperça la cage thoracique.

Les yeux du bandit s'arrondirent de stupéfaction.

— Non… non…

Darek dégagea sa lame pour laisser son opposant tomber à genoux. Il lui adressa un regard parfaitement neutre.

Les années ont passé sans réchauffer mon cœur, songea-t-il amèrement.

Sa victime se tourna, à la recherche du regard de Grégor, mais celui-ci ne s'intéressait qu'à Darek et ne fit pas un geste en faveur de son subordonné.  Un fin sourire ne quittait pas ses lèvres. 

Une autre voix fusa dans l’écurie.

— Barkel !

C’était le troisième gredin, celui assommé par le nain à son entrée dans le bâtiment. Ayant repris connaissance, ce dernier se précipita vers son compagnon à terre. Darek ne s’interposa pas, il ne réagit que lorsque ce dernier eut mis genou à terre devant son compagnon.

— Tu devrais le bander et chercher de l’aide. Il peut encore s’en tirer si tu agis vite, déclara-t-il calmement.

— Surin... fit faiblement Barkel.

Le bandit leva les yeux sur le nain, l'air furieux. Il se saisit de la dague à ses pied et bondit.

Tant pis pour toi.

Avant même que le gredin n'ai touché la poignée de cette arme, le nain avait amorcé un mouvement qui ne lui laissait aucune chance. L'épée trancha profondément au niveau de l’estomac.

Abandonnant son arme, Surin se recroquevilla en pressant ses mains contre son ventre. Il semblait vouloir empêcher ses entrailles d’en sortir. Le sol gadoueux autour des deux compères se gorgeait de liquide et Darek cessa de leur prêter attention pour se tourner vers Grégor.

— Je constate que tu es toujours capable de te battre, en dépit de ces années à te prélasser, félicita ce dernier.

— Tu comptes les laisser mourir ?

— C’est leur incompétence et leur bêtise qui les ont mis dans cet état. S’ils survivent, ils auront une prime pour avoir été blessés. Sinon… personne n’est indispensable dans la compagnie.

— Sauf toi sans doute ? rétorqua Darek en fixant le balafré avec dégoût.

— Durek, tu as toujours eu cette manie de faire comme si tu étais sans reproche ! gronda le colosse. Mais je sais qui tu es vraiment. Tu ne vaux pas mieux que moi !

Le nain resta un instant silencieux. L'ambiance était macarbre dans ce hangar ténébreux entre les plaintes des deux blessés et les cris et bruits sourds qui leur parvenaient parfois du reste de la ville.

— Tu as raison, répondit finalement le marchand. Je ne suis pas un innocent et sûrement pas un héros. Je ne prétends pas le contraire. Tu as par ailleurs plus que quiconque le droit de me réclamer des comptes. Cela étant dit…

Il se servit de sa chemise pour retirer la souillure de son épée.

— Je n’ai pas achevé ma mission. Si tu veux le prix du sang, il va falloir le réclamer !

Grégor sourit franchement et dégaina enfin.

— Je n'en attends pas moins. Combattons vaillamment, en souvenir de nos compagnons disparus !

Le colosse vint se placer au milieu de l'allée centrale et se mit en garde. Il tenait son arme à deux mains, pointée derrière lui vers le sol. Cette posture était inhabituelle.

— Toujours adepte de cette école ? commenta Darek.

— Je n’en ai jamais trouvé de meilleure.

Les lèvres du nain esquissèrent un fin sourire. Il ne pouvait s'empêcher de s'enorgueillir de cette marque de respect de son ancien élève. Il adopta la même position et le silence se fit. Les adversaires s'observèrent un moment, sans bouger. C’était comme si le reste du monde avait cessé d'exister.

Tous deux s'élancèrent au même instant. Suivant une chorégraphie parfaite, leurs lames s'entrechoquèrent avec force et tous deux furent repoussés. Darek reçut l’impact, mais Grégor recula davantage. Sitôt leurs appuis retrouvés, ils se repartirent à l'assaut.

Des frappes puissantes s'enchaînèrent. Parades et attaques se succédaient à un rythme frénétique, chaque combattant essayant de de briser la garde de l’autre sans chercher à la contourner. Il s'étaient engagés dans un bras de fer pour dominer l'adversaire plutôt que de l'occire avec efficacité.

Grégor était un colosse, ses attaques étaient amples et suffisantes pour trancher un cerf en deux. Il jouait en sus de sa plus grande allonge et de mouvements plus vifs pour chercher l'avantage. De façon surprenante, Darek ne perdait pourtant pas pied. Maniant sa lame avec une précision d'orfèvre, il gagnait peu à peu du terrain !

— Pour quelqu’un qui a passé les vingt dernières années le cul posé sur la planche d’un charriot, tu es en forme ! complimenta le balafré.

— Penses-tu vraiment que je me serais laissé aller ? J’ai continué à m’entraîner discrètement.

Darek s’élança une fois encore, mais sa frappe manquait volontairement de force. À l'impact son adversaire le repoussa naturellement, mais plutôt que de reculer il se laissa basculer en arrière, se plaçant ainsi sous le buste d'un Grégor pris de court par la manœuvre, emporté par son élan. Darek détacha une main de la poignée de son arme pour prendre appuis sur le sol et se propulser sous la garde de son opposant. L'épée trancha au niveau des côtes, le sang jaillit enfin tandis que le colosse reculait précipitamment.

— Qu’est-ce que c’était que ça ? grimaça-t-il.

— Une botte que m’a enseigné un ancien capitaine de la cité-État de Pergaluk, expliqua Darek qui s'était déjà redressé. Une stratégie risquée, mais qui permet d'affaiblir un adversaire trop coriace pour être surpassé par la force brute.

Grégor accusa le coup.

— Tu as étudié l'art martial des nains des collines. J’aurais dû m’y attendre.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 5 versions.

Recommandations

Nat S. Evans
Sidgil. C'est le nom que je porte. Réveillée dans une chambre d'hôpital voilà plus d'un an, je pensais être mariée à un homme mystérieux et vivre une vie de famille normale. Mais Marc est un dieu et Kyros, son ami, entreprend aussitôt de me tuer.
Heureusement, j'ai pu recevoir une aide inattendue de la part de Melvin, jusqu'à ce que ce titan malsain l'élimine. J'ai également fais la connaissance de Noah ou plutôt Tara, la métamorphe, abattue de sang froid. Dans ma fuite, j'ai pu retrouver le contact indiqué par le père de Melvin: Lancelot. Toutefois, j'ai bien l'impression qu'il ne s'agit pas d'un simple nom de code. Grâce à son aide, je m'échappe dans le labyrinthe du temps pour retrouver un Lancelot plus jeune... dans le futur. Je veux découvrir qui je suis et pourquoi Kyros veut me tuer.

Cette oeuvre contient des scènes difficiles et ne sont pas recommandées aux enfants. Merci donc ne pas lire cette fiction si vous faites partie de ce public.

Oeuvre protégé par Copyright. L'enregistrement, l'utilisation, la copie de l'oeuvre ou d'un extrait est strictement interdit.
172
368
1021
300
Hikimari
Recueil de contes en tous genres.
3
2
2
1
Défi
Maalou
En réponse au défi Projet Bradbury #6 "écrire une nouvelle ayant pour thème "retrouver quelque chose qui a été perdu".
6
8
3
6

Vous aimez lire Borghan ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0