Chapitre 2 : Feu et sang (3/10)

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De nouveau plongé dans l'obscurité, Thuran tenta de retrouver ses esprits. Un maelstrom d'émotions l'empêchait de penser et il se contenta d'avancer au hasard, incapable de prendre une décision. Le temps de se calmer, il avait presque atteint la place du châtaignier. L’arbre majestueux qui faisait la fierté des habitants s’était embrasé, il éclairait la ville d’une lueur intense et surréaliste.

Il se mit à réfléchir à toute allure.

Je dois quitter Châtaigne ? Mais comment ?

Il était en centre-ville et des bandits armés exploraient les maisons une à une partout autour de lui.

Qui sont-ils ? Que cherchent-ils ?

Son regard tomba sur le centre de la place. Il lui fallut un instant pour comprendre ce qu'il voyait : des villageois baignant dans leur sang ! Thuran fit instinctivement quelques pas vers eux, jusqu'à découvrir une tête posée devant ses pieds. Le corps gisait plus loin. Il connaissait ce visage.

Le nain se détourna, tomba à genoux et rendit tout ce qu'il avait dans le ventre. Il tremblait de terreur quand une main vint se poser sur son épaule, le foudroyant sur place.

— Thuran ? chuchota une voix qu'il connaissait bien. 

C'était Matt. Le jeune homme avait endossé une tunique de cuir brune bien trop large pour lui, maladroitement sertie par une ceinture. Il tenait aussi un rouleau à pâtisserie dans la main droite. À ses côtés se trouvait Gaël, inchangé depuis leur séparation sinon qu’il braquait des yeux hagards partout autour de lui.

— Matt ? Tu... il vit l'objet qu'il tenait. Le boulanger ?

Le regard de l’adolescent se durcit. Comment faisait-il pour se tenir bien droit face à ce spectacle. 

— Mort, tout comme sa femme, mais on a pas le temps pour ça, il faut se dépêcher de filer ! 

Le jeune homme saisit le nain sous les épaules pour l'aider à se lever, mais Thuran sentait ses jambes flageolantes.  

— Vous ne deviez pas aller chez Gaël ? demanda-t-il.  

— On y est allés… répondit la voix d’outre-tombe de l’intéressé.

Le regard du nain croisa celui de Matt qui secoua sa tête en signe de dénégation.

— On doit vite prévenir Éléonore et mes parents ! déclara Matt sans élever la voix, mais une lueur déterminée dans le regard. On doit tous se cacher. 

En l'entendant mentionner Éléonore, Thuran retrouva un peu ses esprits.  

— Ton père a servi dans l'armée autrefois, non ? se rappela le nain. Il pourra sûrement nous dire quoi faire.

Matt hocha sa tête et les deux amis se tournèrent vers Gaël.

— Allons-y, fit ce dernier sans montrer d'enthousiasme.

Ils tournèrent les talons et prirent la direction de la forge de Châtaigne, à mi-chemin des portes de la ville.

Ils avançaient sans bruit dans la rue principale. Avec la luminosité que leur procurait le châtaignier, si quelqu'un était là ils l'auraient vu. Ils pouvaient donc presser le pas et le nain se retrouva rapidement distancé. Quand il arriva enfin les autres n'étaient toujours pas entrés, ils fixaient une porte défoncée.

Matt semblait incapable de faire les derniers pas, probablement effrayé de ce qu’il pourrait découvrir à l’intérieur. Thuran sentit son cœur battre à tout rompre lui aussi, alors que des images atroces de ce qu'il s'apprêtait à découvrir se formaient déjà dans son esprit.  

— Désolé mais on ne peut pas se permettre d'attendre plus longtemps, asséna brutalement Gaël. 

Le jeune homme entra le premier, suivi par les deux autres. La pièce principale était sens dessus dessous, les meubles avaient été ouverts à la volée, certains vidés sur le sol. Thuran regardait partout, mais ne vit aucune trace de corps.  

— Monsieur Everluce ? appela Gaël d'une voix étouffée.

— Éléonore, tu es là ? tenta à son tour le nain.

Matt ne jeta qu'un bref coup d’œil à leur environnement avant de foncer vers les escaliers. Pendant que son ami grimpait à l'étage, Thuran remarqua un couteau de cuisine abandonné au sol avec d'autres ustensiles. Il s'en saisit et continua de faire le tour des lieux avec prudence. Matt redescendit quelques instants plus tard.

— Elles ne sont pas là ! déclara-t-il d'une voix qui trahissait toute la détresse qu'il ressentait. Les lits sont défaits, les meubles retournés...

Thuran sentit des larmes lui monter aux yeux, mais se secoua aussitôt. Ce n'était pas le moment !

— Elles ont peut-être fui ? avança Gaël, sans conviction.

Ils furent coupés dans leur réflexion par un grondement semblable à un meuble qu'on déplace. Le nain sursauta. Cela venait de derrière eux !

— La forge, par-là ! chuchota Matt en désignant la porte qui donnait sur l'arrière de la maison.

Chacun se saisit d’une arme de fortune, Thuran leva le couteau qu’il avait trouvé, Matt son rouleau à pâtisserie. Gäel, pour sa part, se saisit du pied d’une chaise brisée.

Matt s’approcha de la porte le premier puis, après avoir eu l’assentiment muet de ses amis, y donna un coup de pied pour l’ouvrir à la volée.

Ils attendirent une réaction mais, comme elle ne venait pas, les trois amis se décidèrent à entrer dans l'annexe. Un gros four en pierre siégeait au centre de la pièce, le nain s’en approcha pour constater que les braises du foyer étaient froides, il n'avait pas servi depuis de longues heures. Une lanterne brûlait cependant au plafond et la pièce étaient autant en désordre que le reste de la maison. 

— Il n’y a rien ici, souffla Gaël après avoir fait le tour.

— On a pourtant entendu ce bruit tous les trois, non ? répliqua Matt.

À cet instant une armoire renversée se mit à trembler et ils entendirent un léger gémissement.

— Matthew ? fit une voix faible.

— Papa !

Le forgeron était là, en grande partie dissimulé par des objets métalliques et sa jambe droite bloquée sous un meuble en bois massif.

— Matt… Gaël ? Et tu es… Thuran ? Qu'est-ce que...

— On va vous aider monsieur Everluce ! réagit le Gaël.

Tomrek, le père de Matt, connaissait bien sûr Gaël qui avait passé beaucoup de temps chez lui avec son fils. Le nain ne lui était pas inconnu non plus, la famille Everluce l’avait même accueilli à sa table.

— Il faut le dégager ! fit Matt lorsqu’il découvrit combien son père était en mauvaise posture.

— J’arrive ! répondit aussitôt Thuran.

Les trois jeunes se répartirent autour du meuble. Usant de toutes leurs forces, ils parvinrent à le soulever suffisamment pour que Tomrek dégage sa jambe qui formait un angle peu naturel.

— Merci, souffla le forgeron en serrant ses dents.

Il se redressa en prenant appui sur une table basse, puis se laissa retomber sur une chaise que lui amenait Thuran.

Matt et son père échangèrent un regard mal à l'aise. C'est Gaël qui brisa la gêne.

— Où sont Éléonore et sa mère ?

Tomrek le regarda d'un air désolé.

— Je... Je ne sais pas. Ces gens sont arrivés, c'était si soudain... je rangeais des affaires ici quand j'ai entendu Clothilde hurler. Je me suis précipité dans le séjour... J'ai essayé de résister, mais ils étaient cinq et m'ont facilement maîtrisé. Ils m’ont ordonné de leur montrer la forge.

Thuran hocha la tête. Ces gens devaient s'intéresser aux marchandises, dans l’espoir de trouver de nouvelles armes ou pièces d'armure. Que ce soit pour leur usage personnel ou pour leur valeur.

— Quand ils ont vu que je ne faisais pas d’armes, ça ne leur a pas plu, continua Tomrek. Ils m’ont menacé puis ont commencé à tout casser. L'armoire s'est renversée sur moi et… j'ai dû perdre connaissance un moment. Je ne me rappelle de rien d’autre.

L'inquiétude dépassait la douleur dans les yeux du forgeron. Il chercha à poser sa jambe blessée au sol mais y renonça aussitôt.

— On ne peut pas rester là, on doit vite... commença le nain avant de s’interrompre aussitôt.

Il y avait du bruit dans l’autre partie de la maison. Une voix grave résonna.

— Puisque j'te dis que j'ai entendu du bruit ici !

— C'est surement le vioc de tout à l'heure, aucune importance...

Dans la forge, les jeunes échangeaient des regards affolés.

— Vous deux, derrière la table, chuchota Tomrek en s'adressant au nain et à Gaël. Matt, va te planquer derrière la porte et tiens-toi prêt !

— Prêt ? Prêt à quoi ?!

Le père foudroya son fils du regard et souleva son poing dans un geste sans équivoque. Thuran vit Matt pâlir légèrement avant d'acquiescer, puis il se positionna avec Gaël derrière la table renversée que désignait Tomrek, juste derrière eux. Le forgeron se contenta pour sa part d'attendre sur place, les yeux braqués sur la porte donnant sur la pièce principale.

Quelques instants plus tard, un homme entra dans la pièce où ils se trouvaient. Il était petit, légèrement enveloppé et dégarni.

Le nouveau venu avisa aussitôt le forgeron et s'exclama, d'une voix amusée.

— T'avais raison, c'est juste le vieux qu'est pas encore clamsé ! Comment il a fait pour se dégager ?

— Bah, on va vite arranger ça... rétorqua un autre en entrant à son tour.

Le second brigand était tout l'opposé du premier. Il ne devait pas être beaucoup plus âgé que Matt et presque aussi grand que lui, mais il était bien plus maigre.

— Un forgeron pas fichu de forger des épées n'a aucune utilité, dommage pour toi. On aurait pu te ram'ner au chef sinon, reprit le grassouillet en s'approchant d'un Tomrek immobile.

D'un geste sec, l'homme sortit une dague effilée dont le reflet fit tressaillir Thuran.

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