Chapitre 1 : Châtaigne (2/6)

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Au moment où l’attelage atteignit les premiers champs de blé, le soleil prenait déjà des teintes orangées. Les pousses commençaient tout juste à germer mais quelques paysans se trouvaient tout de même hors de la ville. Ces derniers saluèrent les nains sur leur passage et certains les suivirent en direction du village.

— Ils se sont décidés à réparer le pan de mur à côté de la porte, remarqua Darek.

Thuran leva les yeux sur la ville. Depuis l'extérieur de l’enceinte de pierre grise, il ne voyait que quelques toits de chaume. inégale, la muraille culminait à neufs pieds de haut. C’était loin de suffire pour l'impressionner mais contrastait avec le petit village qu'elle protégeait.

En atteignant la porte, Thuran constata que la grille était levée et fit passer l'attelage sous l'arche de pierre sans hésiter. Il ne se souvenait pas avoir vu le passage clos une seule fois.

La cariole s'engagea sur la route étroite et caillouteuse qui menait en ligne droite vers le centre-ville. Thuran jeta un coup d’œil aux habitations et laissa échapper un nouveau soupir. À Karolak, où ils vivait avec son oncle, les constructions étaient massives et la plus pauvre des habitations construite en pierre. À Châtaigne, pour une maison à colombage trois autres étaient exclusivement en bois et toutes de taille modeste. Le nain se demanda s'il pourrait s'habituer à vivre dans cette bourgade toute l'année.

Il le faudra bien pourtant, si tout se déroule au mieux...

— Mais où tu vas !? Concentre-toi ! gronda soudain Darek.

Il sursauta et rattrapa le mouvement de la cariole pour éviter de toucher un petit muret. Thuran entendit ensuite une voix fluette au-dessus de sa tête, au balcon d'une maison.

« Darek est là ! Les nains sont arrivés ! »

Des éclats de voix ne tardèrent pas à retentir en échos partout sur leur chemin et quelques habitants ne tardèrent pas à envahir la rue pour saluer l'arrivée des colporteurs.

— Je descends, essaie de n'écraser personne ! annonça Darek avant de s'élancer.

Du regard, Thuran suivit son oncle qui allait à la rencontre des villageois. Il les saluait un à un en les appelant par leurs prénoms et riait avec eux. Cette scène lui arracha un sourire, Darek avait le contact facile et le commerce dans le sang.

Est-ce aussi vrai pour moi ?

En progressant, il posa les yeux sur une maison en particulier. Une belle demeure en pierre, l'une des plus solides du quartier. La pancarte à l'entrée représentait le marteau sur l'enclume caractéristique des forgerons.

Éléonore aura encore grandi, pour sûr. Comment réagira-t-elle en me voyant ? Comment vais-je bien pouvoir tourner les choses ?

Il passa machinalement la main dans ses cheveux et soupira. Ils étaient trop indisciplinés, le nain n’arrivait pas à les faire tenir comme il l’aurait souhaité. Il tâcha de penser à autre chose.

Je me demande ce que va me raconter Matt. Peut-être aura-t-il enfin parlé de son projet à son père ?

Thuran tâchait de maîtriser son impatience tout en encourageant les mules à avancer avec de petits coups d'aiguillon. La place centrale était déjà en vue. Emblème de la ville, un châtaigner massif y trônait et les événements importants étaient célébrés sous ses branches. C'était aussi à cet endroit que les deux voyageurs installaient leur étalage chaque année.

Thuran entendit son oncle l'interpeller et se tourna vers lui.

— Je te laisse ! Une fois que tu auras tout réglé avec Olivier, tu es libre. Ne te couche tout de même pas trop tard, la journée de demain sera la plus longue !

Le marchand allait passer le reste de son temps à colporter les dernières nouvelles des cité-États naines. Récits de scènes de ménage, ragots, tout était bon pour les gens d’ici qui n’avaient pour la plupart jamais quitté leur petite bourgade. Les habitants se montraient friands des dernières aventures des Nains des Collines, en particulier les plus jeunes.

— Comme d'habitude, répondit le jeune nain. Je peux avoir quelques pièces pour acheter de quoi manger ?

— Sers-toi. Mais pas de bière hein ?

Il sourit et opina en regardant son oncle s'éloigner avec un groupe. L'an passé, Darek les avait surpris avec deux bouteilles, lui et ses amis. Il n’avait pas apprécié le breuvage, la correction qui avait suivi encore moins.

Cela faisait quinze ans que Darek était responsable de l’itinéraire passant par Châtaigne. À l'époque Thuran n'était qu'un enfant, mais il l'accompagnait déjà. L'un comme l'autre étaient acceptés par la population locale, mais son oncle était particulièrement reconnu et apprécié pour ses talents de conteur. Il avait un don pour les récits d’aventures ou de guerre, c’était comme s’il les avait lui-même.  Pour sa part, Thuran s'en était lassé depuis longtemps.

Le jeune nain fit obliquer l'attelage vers les écuries, le bâtiment le plus imposant de la ville. Un vieux palefrenier l’y accueillit en grimaçant, comme chaque année. Cet homme était dégarni et avait toujours l’air de mauvaise humeur.

— Salut Olivier ! salua le nain, en souriant d’autant plus.

— Te revoilà toi ? Ça fait déjà un an ? Olivier soupira bruyamment.

Le jeune nain se demandait si cela venait de lui où si le vieil homme était désagréable avec tout le monde. Il ne se souvenait pas lui avoir jamais joué de mauvais tour en tout cas.

— Allez, file-moi les rênes et du balai ! reprit le grincheux une fois à sa hauteur.

Avant de descendre, Thuran se tourna vers l’arrière de la cariole. Son regard tomba d’abord sur les peaux et les outils agricoles. Les colporteurs offraient aux villageois l'occasion de remplacer le matériel usé, ou d’acquérir les peaux nécessaires à la confection de vêtements chauds. Les humains pratiquaient également la forge et le tannage, mais les rares artisans du Gareldor avaient peu accès aux matériaux de base.

Le nain chercha des yeux l’endroit où son oncle rangeait les objets les plus précieux et finit par se saisir d’une boîte qu’il soupesa.

Ce sont les magicytes, devina-t-il.

Il s’agissait de leur marchandise la plus précieuse. À première vue on pouvait les prendre pour des pierres ordinaires, de simples gemmes colorées. En réalité, il s’agissait de la plus grande richesse des nains, la marchandise que leur jalousait farouchement les royaumes du sud : les magicytes étaient issues de filons profondément enfouis et concentrés dans le nord.

Le processus de création de ces gemmes demeurait grandement méconnu et sujet à questionnement. Elles étaient généralement décrites comme de la « magie élémentaire solidifiée ». Chaque magicyte contenait une énergie liée à l’un des quatre éléments : feu, terre, air et eau. Les nains récoltaient et vendaient ces pierres plutôt que d'en faire usage, Thuran n’était donc pas familier de leur usage mais connaissait la base : briser une de ces pierres libérait l’énergie contenue à l’intérieur.

Le commerce des meilleures pierres était aux mains des familles nobles, aussi Thuran et son oncle ne pouvaient acquérir de stocks importants, mais ces échantillons de qualité médiocre leur suffisaient amplement. Les habitants du Gareldor n’avaient ni l'usage ni les moyens de s'intéresser à mieux. 

Le jeune nain repoussa finalement la boîte et découvrit ce qu’il cherchait : la bourse de Darek. Il y piocha une poignée de piécettes de cuivre et quitta rapidement les lieux en prenant garde où il mettait les pieds. Olivier n’était pas un fanatique du nettoyage.

En croisant le regard agressif du palefrenier, il songea que ce dernier était peut-être tout simplement de ces humains qui se jugeaient supérieurs aux nains. À la frontière ce genre de préjugés étaient cependant peu courants, les deux peuples tirant bénéfices de leurs échanges.

Le vieux bougon ne lui resta pas longtemps à l’esprit. Sitôt sorti de la grange, il entendit qu'on l’interpellait dans la rue. Il reconnut immédiatement le timbre grave et aperçut un jeune homme de l’autre côté de la rue.

— Matt !

Le nain considérait ce grand gaillard comme un véritable ami. Tous deux avaient noué une relation profonde en dépit du peu de temps passé à Châtaigne chaque année. En s’avançant vers lui, il constata que la chevelure brune de Matt avait bien poussé. Elle était à présent rassemblée en queue de cheval et glissait sur son épaule. Si le jeune homme avait un visage attrayant avec des traits fins et des yeux anthracite, il bénéficiait surtout d'une taille et d'une carrure impressionnante. Thuran lui arrivait à peine au niveau de la poitrine.

Par nature les nains possédaient une musculature plus développée que celle des humains. Matt n’avait toutefois rien à envier à son ami dans ce domaine. Avec un tel physique il aurait pu songer à rejoindre l’armée, mais Thuran savait que le fils du forgeron local rêvait d’une vie simple et paisible.

Les deux amis s’attrapèrent la main, le sourire aux lèvres.

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