chapitre 9

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Le directeur est actuellement devant la chambre de son fils. Cela fait prés de 5 minutes qu’il reste devant la porte, faisant le pied de grue. Il réfléchit à ce qu’il va bien pouvoir dire à Michael. Il a toujours su parler en public, motiver et manipuler les gens. Il obtient toujours ce qu’il veut, même dans les cas désespérés. Pourtant lorsqu’il doit parler à sa propre progéniture, il ne sait pas comment s’y prendre. Cela le ferait sans doute rire si la situation n’était pas aussi tendue.

Il pousse un petit soupir puis décide de se jeter à l’eau. Il lève le bras, prêt à frapper à la porte lorsque soudain son talkie-walkie d’urgence se met à vibrer. Cross senior sent tout de suite que quelque chose cloche. Il sort l’appareil de sa veste et recule de quelques mètres afin que son fils ne puisse l’entendre.

- J’écoute dit le directeur.

- Le pire est arrivé monsieur. Les femmes ont disparu et aucune trace de Diezel.

Le directeur a l’impression qu’un tracteur vient de lui passer dessus. Son cœur se met à battre la chamade et il a encore du mal à croire ce qu’on vient de lui annoncer. Cela ne peut pas être possible, pas si prêt du but. Et pourtant il sait qu’il ne doit pas céder au fatalisme, il est encore temps d’agir.

- Bordel ! Vous aviez raison depuis le début.

- Monsieur, vous me donnez l’autorisation de lancer l’alerte maximale. Je suis sûr qu’ils sont encore dans le complexe.

Un silence pesant se fait entendre, Constantine a du mal à garder son calme. Ce n’est pas le genre de personne à céder à la panique, mais la situation actuelle est tellement désastreuse qu’il a du mal à se contenir.

- Non pas encore. Cela le rendrait nerveux et je ne veux pas que cela se produise. Il pourrait paniquer et tuer les femmes.

- Quel est votre plan d’attaque ?

- Il n’existe pas 36 sorties dans ce bâtiment. Il ne peut pas prendre la sortie principale ni la sortie est. Il ne reste que la sortie au sud et celle au nord. C’est un homme très malin. Il fera tout pour éviter de rencontrer des gardes. Diezel doit connaître les plans du bâtiment par cœur. Il faut penser comme lui. Par quel chemin, passeriez-vous si vous étiez à sa place ?

Constantine s’arrête de courir, sort une carte du bâtiment et la scrute avec attention. Le directeur a raison, l’édifice ne dispose pas de nombreuses sorties. Elles sont toutes gardées par de nombreux hommes et des caméras surveillent chaque centimètre. Pour Diezel, ce serait une opération suicide. Il ne voit pas comment le docteur va pouvoir s'enfuir surtout avec 6 femmes sur le point d'accoucher. Elles le ralentissent plus qu'autre chose. Mais s'il existe une chose qu'il a appris dans ce métier, c'est qu'il ne faut jamais sous estimer l'adversaire. Il ne fera pas cette erreur, pas maintenant !

- Si j'étais lui, j'emprunterai le tunnel 37 et je rejoindrai l'intersection 226. Ainsi, il arrivera juste derrière le hangar à véhicule où la surveillance est moindre.

- Exactement ! Il a découvert la faille de notre système.

- Je préviens tout le monde.

- Non !

- Monsieur, je me permets d'insister, la situation est catastrophique. Il faut agir maintenant.

- C’est ce que nous allons faire. Mais seulement vous et moi. Je suis prés de l’intersection 226. On se retrouve las bas. Je n’ai pas besoin de vous dire de vous dépêcher dit le directeur avant d’éteindre son talkie walkie.

Il jette un dernier regard vers la porte de la chambre de son fils avant de faire demi-tour et de courir vers l'escalier. Il est hors de question qu'il perde la partie. Diezel l'a eu par surprise. Avec sa trahison, il a pris l'avantage, mais Cross senior compte bien retourner la situation en sa faveur. Il est si prés du but, personne ne se mettra entre lui et son objectif. C’est une mission quasi divine qui lui a été transmise par ses ancêtres et il ne peut pas échouer.

Il a toujours été " un gagnant" dans sa vie. Il se battra jusqu'au bout et compte avoir un train d'avance sur les autres. Dire qu'il avait confiance en Diezel, l'enfoiré l'a bien eu. Si la situation n'était pas si tendue, cela l'aurait fait sourire. Peu de personne ont réussi à le manipuler. Il a toujours pu deviner les intentions des autres et pourtant il n'a pas réussi à contrecarrer le plan de son "ami". Il mériterait presque une médaille pour cet exploit. Mais tout ce qu'il récoltera et le directeur y veillera, ce sera un long supplice, suivi d’une balle entre les deux yeux. Le directeur continue de courir à travers les couloirs avec des envies de meurtres plein la tête.

Pendant ce temps, les femmes continuent de suivre Diezel à travers un dédale sans fin de couloirs. Ce dernier semble se repérer facilement à travers ce labyrinthe. Il a tout étudié, connaissant les lieux comme sa poche.

Nathalie a beaucoup d’estime pour lui. La jeune française se demande si un jour elle pourra le remercier, lui qui a tant sacrifier pour elle. Il conserve une allure assez dynamique, cela fatigue les femmes qui se retrouvent rapidement à bout de souffle. Diezel jette souvent des coups d’œil à sa montre afin de s'assurer que le timing est respecté. Perdre encore des minutes serait catastrophique et il ne peut pas se le permettre.

Diezel se tourne vers Amy, afin de s’assurer qu’elle suit toujours le groupe. Le docteur n’a pas besoin de devoir s’occuper en plus d’un poids mort.

- On arrive bientôt parce que là je suis à bout ? demande Janice, entre deux halètements.

- Tu te reposeras quand tu seras morte dit Carla

- Très amusant, je suis morte de rire lui rétorque Janice

- Gardez vos forces pour marcher, nous y sommes presque. La liberté est proche dit Diezel, essayant de motiver les troupes.

- Je n’en serai pas si sûr, si j’étais toi dit une voix provenant d’un coin plongé dans la pénombre devant eux.

Le groupe de fugitif s’immobilise en entendant la voix que tout le monde reconnaît. Le directeur sort de sa cachette, affichant un sourire satisfait en voyant le visage déconfit des fugitifs. Seul Diezel garde son masque d’impassibilité. Cross se tourne vers lui et le regarde droit dans les yeux sans parler pendant quelques secondes. Un regard perçant, emplie de tension et de colère.

- Je pense qu’il est inutile que je te dise à quel point ma déception est grande.

Le docteur se contente pour toute réponse d’hausser les épaules. Les sentiments de son supérieur à son égard le laisse de marbre.

Le silence est oppressant et la tension palpable. Personne n'ose bouger, ni parler, paralysé par la peur. Le directeur n'est pas armé, mais il n'en a pas besoin. Il se dégage de lui une aura si menaçante et si dangereuse, que personne ne tente quoi que ce soit.

Nathalie a l'impression d'être en plein western avec les deux hommes qui se juchent du regard, se demandant qui va être le premier à baisser sa garde.

- Cette fois, c'est la fin mon ami dit Cross en insistant bien sur le dernier mot.

- je ne crois pas, non. Il existe toujours une issue, c'est toi qui me l’as appris ! L'élève a dépassé le maître.

- N'en sois pas si sûr argue Cross un petit sourire au coin des lèvres.

Diezel hoche la tête d’un air pensif avant de passer à l’action. Le Docteur exécute un bond en arrière, se retrouvant à la même hauteur que Carla. Il s’empresse de lui passer un bras autour du cou afin de se servir d’elle comme d’un bouclier. Diezel a sorti la dernière seringue en sa possession et la pointe sur la jugulaire de la jeune femme enceinte.

Le directeur avance de quelques pas, très lentement. La jeune femme pousse un cri en raison de la poigne de son agresseur et de la pointe de la seringue.

- Je ne ferai pas un pas de plus, si j’étais toi. Ce cocktail la tuera en moins de deux.

- Ne fais rien que tu regretterais.

- Ce serait plutôt à toi de faire très attention. Je sais que tu ne voudrais pas perdre un de tes spécimens. Tu y tiens trop.

- C’est vrai, tu me connais bien. Mais, entre en perdre une et les perdre toutes, le choix est vite fait. Ta seringue la tuera mais je t’aurai maîtrisé avant que tu ne puisses en blesser une autre. Cela doit être frustrant de savoir que la sortie est juste derrière moi mais que tu ne peux pas l’atteindre.

- Tu as raison mais tu as oublié de prendre une donnée en compte.

- Et laquelle, je te prie ? demande le directeur.

Pour toute réponse, Diezel fait un signe de la tête à Nathalie et lui désigne avec insistance sa poche droite. La jeune femme comprend le message et plonge sa main dans la poche en question. Elle sent un objet de forme ovale, froid, métallique entre ses mains. Nathalie écarquille les yeux lorsqu’elle en sort une grenade qui semble tout droit sortir d’un film de guerre. Elle regarde le propriétaire, se demandant ce qu’elle doit en faire. Ce dernier se contente de lui faire comprendre d’un signe de la tête de la garder précieusement avec elle.

La jeune française qui est contre la violence, ne peut s’empêcher d’être parcouru par un frisson glacial. C’est la première fois qu’elle tient une arme dans ses mains. Elle n’imagine pas une seule seconde devoir se servir de cette arme de destruction. Mais elle fait confiance au docteur, même s’il agit de façon étrange depuis le début de l’évasion. Elle met cela sur le compte du stress.

Nathalie conserve un visage impassible et déterminé, ne montrant pas son hésitation. Elle veut faire croire au directeur qu’elle est prête à utiliser la grenade s’il l’oblige à s’en servir.

Cross fronce les sourcils et se mord les lèvres pour calmer ses nerfs.

- On peut savoir ce que tu comptes en faire ?

- A ton avis ? Si tu ne fais qu’un seul geste. Elle dégoupille la grenade et on saute tous !

- Là tu me déçois. Je te croyais plus malin ! Me sortir le coup du bluff, franchement c’est ridicule. Tu es descendu bien bas.

- Tu es prêt à prendre le risque. Elles ont peur, c’est vrai. Mais entre se faire découper en morceau dans un de tes labos et se suicider maintenant. Je peux t’assurer qu’elles ont pris leur parti.

Le directeur fait mine d’avancer d’un pas, mais Diezel lui déconseille de jouer à ce petit jeu, en enfonçant légèrement la seringue dans le cou de la jeune femme. Carla est sur le point de faire une crise d’hystérie, ne supportant plus la situation. Le docteur en a conscience et sait qu’il doit à tout prix écourter ce face à face, s'il ne veut pas que Carla perde les eaux. Il n’est pas en position de lui prendre son pouls mais il se doute que ce dernier doit être très élevé. Chaque seconde passée joue contre lui.

Nathalie sent le regard froid et calculateur du directeur sur elle. Cela la déstabilise énormément. Elle aimerait détourner les yeux, mais elle sait que si elle agit ainsi, son adversaire saura qu'elle n'aura jamais la force de dégoupiller la grenade. Elle soutient avec difficulté son regard, cela lui demande un effort considérable, rien que pour empêcher ses jambes et ses mains de trembler. La jeune française a l'impression qu'il la sonde, comme s'il la violait de l'intérieur. Elle est la première étonnée, lorsque sa bouche s'ouvre et qu'elle dit tout haut ce qu'elle pensait tout bas.

- Arrêtez de me regarder avec vos yeux d’inquisiteur! Si vous voulez tout savoir, je suis prête à mourir. Je préfère crever plutôt que d’être à votre merci.

- Ouais et elle n’est pas la seule dit Janice, voulant apporter du crédit à ce que dit Nathalie.

- Vous ne gagnerez pas cette fois ! Vous n’avez plus les rênes du pouvoir. Alors laissez nous ou mourrez avec nous dit à son tour Catherine, plus sérieuse que jamais.

Diezel se permet un petit sourire, ne s’attendant pas à être épaulé par les jeunes captives. Ces dernières jouent très bien le jeu, apportant du crédit à sa menace. Ce qu’elles ne savent pas, c’est que le jeune docteur est véritablement prêt à faire exploser la grenade. Il préfère mourir en se suicidant plutôt que d’être arrêté car il sait le sort qui lui sera réservé. S’il peut emmener d’autres personnes dans la mort avec lui, il n’hésitera pas.

- Je te l’ai pourtant dis durant nos parties d’échec. Celui qui gagne, c’est celui qui a un coup d’avance sur l’autre.

- Oui, j’ai bien retenu la leçon. Mais j’ai encore un atout dit Cross en portant son regard derrière le groupe de fuyard.

Diezel n’a pas le temps de se retourner qu’il entend le cliquetis d’un revolver. Le docteur se tourne lentement, ne voulant pas se faire tuer bêtement. Avant même de découvrir qui est la personne, il connait déjà la réponse : Constantine. Ce dernier se trouve à moins de cinq mètres du groupe et a son arme pointée sur le docteur.

- J’aurai dû me douter que tu ne serais pas très loin.

- Si j’ai un conseil à te donner c’est de laisser tomber. Tu ne peux plus fuir. Tu as voulu jouer et tu as perdu. Acceptes-le !

- Le gong de fin n’a pas encore résonné.

- Arrêtes de te croire supérieur. Tu connais mon talent de tireur. Avant même que tu comprennes ce qui t’arriveras, je t’aurai logé une balle entre les deux yeux et j’aurai maîtrisé ton amie à la grenade.

- Si tu ne vois pas d’inconvénient, je vais tout de même tenter ma chance !

Diezel se colle un peu plus à Carla, ne voulant pas laisser une partie de son corps visible. Constantine n’aurait aucun scrupule à user de son arme sur lui.

- Je te laisse une chance. Je te conseille de faire le bon choix si tu ne veux pas que cela se termine en massacre.

- Arrêtes d’essayer de m’impressionner. Je n’ai pas peur de toi !

- Tu devrais pourtant grogne Constantine.

L’agent ajuste la visée de son arme afin d’être sûr de pouvoir faire mouche, dés que le directeur lui en donnera l’ordre. Le docteur a beau essayé de se cacher derrière la jeune femme apeurée, il n’a aucune chance face à la précision et à dextérité de son adversaire.

Constantine ferme un œil, son doigt posé sur la détente, prêt à faire feu.

- Je n’ai pas peur de toi répètes Diezel, peu sûr de lui.

Le bras droit est prêt, mais il veut surtout faire paniquer son adversaire afin que ce dernier fasse une erreur. Il suffit juste d’être patient et dans la situation actuelle, le temps est l’ennemi de Diezel. Le docteur finit par faire l’erreur de tourner le dos au directeur, dans le but d’être encore moins visible pour Constantine. Pensant que son ancien ami est une menace moindre. Le directeur voit une occasion à saisir, une qu’il ne compte pas rater.

Cross en profite pour passer à l’action. Il se précipite sur sa cible, la frappe d’un coup de pied bien senti dans le genou et dans le même mouvement attrape son poignet. Il réussit à lui faire lâcher prise sur la seringue qui tombe au sol et éclate en mille morceaux.

Le docteur n’a pas le temps de comprendre ce qu’il lui arrive que son ancien ami le plaque durement contre le mur, bien décidé à le faire souffrir.

Quant à lui, Constantine avance vers Nathalie qui tient toujours la grenade dans sa main, mais d’une façon manquant d’assurance. Sa main n’arrête pas de trembler. Elle ouvre la bouche pour avertir l’agent qu’elle est prête à la dégoupiller s’il s’avance encore vers elle. Mais elle n’a pas le temps de parler car Constantine a déjà agi.

Le bras droit fait voler la grenade des mains de la jeune femme d’un mouvement rapide de son bras. L’arme virevolte dans les airs avant de rouler au sol et d’atterrir au pied de la jeune Amy. La jeune femme a préféré rester en retrait lors de la confrontation, comme pour se faire oublier.

Constantine saisit la jeune française par la gorge et la pousse contre un mur. Nathalie pousse un cri sous le choc et ferme les yeux sous la douleur. Lorsqu’elle les ouvre à nouveau, elle voit des petits points noirs qui obscurcissent sa vision. Elle est sur le point de perdre connaissance. Janice et Catherine se portent à son secours et l’aident à se relever.

Les femmes enceintes reculent, ne voulant pas être blessé durant l’affrontement. Dans toute cette agitation, personne ne fait attention à Amy. Cette dernière ramasse la grenade et la caresse en souriant comme s’il s’agissait d’un bijou précieux. Nathalie, qui commence à retrouver ses esprits, voit avec horreur Amy dégoupiller la grenade. La jeune française écarquille les yeux et pousse un cri pour alerter tout le monde. Amy sourit en brandissant l’arme avant de la glisser dans la main de Carla en disant :

- le maître m’a dit de te donner ce cadeau.

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