Epilogue

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Vêtu d'une armure neuve et escorté par un écuyer à qui il confia son cheval, Eadrom entra dans la Taverne du Sorcier Joyeux. Extérieurement, il n'avait plus grand chose à voir avec le chevalier dépenaillé qu'il était un mois plus tôt... car cela faisait maintenant un mois qu'il était revenu de la Tour Noire.

Aliandre et Archibald étaient à la même table. Archibald compulsait consciencieusement son grimoire, ce qui n'était pas dans ses habitudes, et prenait de temps en temps la baguette de bois qui trônait devant lui pour s'essayer à d'incompréhensible formules.

— Ne faites pas trop de bruit, murmura Aliandre, il passe sa troisième étoile dans deux semaine... Oh, il a toutes les chances de réussir, mais pour une fois qu'il travaille sérieusement, ce serait bête de l'interrompre.

— Tu me distrais avec tes commentaires, Al, fit Archibald. Je n'y arriverai jamais... ah, je crois que je tiens la bonne formule.

Et pointant sa baguette sur la table, il y fit apparaitre un humanoide velu d'une dizaine de centimètres.

— Alors, qu'est ce que vous en dites ?

— Trop poilu pour être un gobelin, répondit Aliandre, c'est un peu raté, mais tu progresse...

— Ce n'est pas un gobelin mais un troll, fit Eadrom. Un tout petit bien sûr, mais c'est bien un troll. J'en ai déjà vu dans le grimoire des créatures fabuleuses et c'est exactement ça. Un fameux sort d'illusion !

— Hélas, répondit Archibald, ça doit être dans ce même grimoire que j'ai pris mon modèle, parce que ni vous ni moi n'avons jamais aperçu un troll véritable... mais un jour, je voyagerai et je verrai des trolls, des géants et des dragons pour de vrais. Au fait, ce n'est pas une illusion mais un être quasi-réel.

_ Quelle différence ? demanda Eadrom.

_ Attendez, fit Archibald, je vais vous montrer. »

Il sortit une flute de sa poche et commença à jouer un air entrainant. Aussitôt, le troll se mit à danser et à taper du pied, faisant du même coup trembler la table et les chopes, et Eadrom comprit qu'il était bien "quasi réel".

— Incorrigible Archibald! soupira Aliandre. Et de votre côté, Messire Iontach ? J'ai appris que vos affaires marchaient plutôt bien.

— Oh, une mission par ici et une escorte par là, rien de bien extraordinaire. Mais le principal à mes yeux, c'est de rester libre de mes mouvements et d'accepter ou non ce qu'on me propose.

— Voilà qui est parler ! fit Archibald. Ah, si je pouvais je ferais comme vous. On s'ennuie dans cette ville où il n'y a rien à faire, à part étudier pour gagner une robe étoilée qu'on ne portera qu'avec une barbe de centenaire.

— Vous n'êtes pourtant pas le genre d'homme à vous laisser mourir d'ennui répondit Eadrom. Ainsi j'ai entendu parler de vos exploits lors des derniers bizuths...

— Oh, une manière de tromper l'ennui.

— Néanmoins, reprit Aliandre à l'attention d'Eadrom, vous passez peut-être à côté d'opportunités intéressantes... Je sais que vous avez refusé l'offre d'une capitainerie par la milice pour conserver votre liberté, mais il y a d'autres opportunités qui devraient vous faire réfléchir: ainsi certains mages possèdent des terres riches en ressources à potentiel magique, mais ils ne peuvent les exploiter eux-même. Si vous le voulez vraiment, vous pourriez devenir Seigneur et avoir votre propre château.

— En ce qui vous concerne Messire Aliandre, fit Eadrom sans répondre à la suggestion, je suis prêt à parier que vous refuseriez de m'accompagner en aventure si je vous le proposais.

— En effet, répondit Aliandre. Je préfère, et de loin, acquérir par les études la puissance de vaincre un dragon sans jamais en rencontrer aucun plutôt que d'en rencontrer un sans être capable de le vaincre.

— Celui qui ne combat pas le dragon ne devient jamais dragon lui-même.

Ils se retournèrent vers l'auteur de cette réplique. GrandOeil venait d'entrer dans l'auberge. De cette démarche légère et discrète qui n'appartenait qu'à lui.

— Pardonnez moi d'interrompre votre passionnante discussion, fit l'Archimage, mais j'ai à parler en privé avec Messire Iontach. Voulez vous m'accompagner dans l'arrière salle ?

Eadrom le suivit avec une certaine appréhension... il n'y avait qu'un seul sujet de conversation que GrandOeil pouvait avoir avec lui sans que personne d'autre n'en soit informé.

— Je vous écoute, fit Eadrom en refermant la porte.

— Pour commencer je dois vous remercier de m'avoir informé des projets de Nécros lorsque vous avez laissé l'assassin entre ses mains. J'ai discrètement conseillé à ses anciens ennemis de redoubler de prudence sans leur donner trop d'explications... la rumeur que Nécros prépare son retour en grâce s'étant déjà répandue, ils ne m'en ont d'ailleurs pas demandé. Vous n'avez pas de soucis à vous faire de ce côté là.

— Voilà qui me rassure, j'ai craint une mauvaise nouvelle.

En même temps, il appréhendait la suite de la conversation, car GrandOeil ne se serait pas dérangé uniquement pour le rassurer.

— J'espère ne pas vous en apporter, dit l'Archimage. Un messager a déposé ceci à la Porte Nord à votre intention. Le mage de service me l'a apporté mais je ne l'ai pas ouvert.

Il lui tendit un parchemin cacheté.

— Mais je peux vous garantir, ajouta GrandOeil, qu'il ne contient aucune magie... pas même un sort de protection contre les lecteurs non autorisés, ce qui est rare pour cet expéditeur.

Eadrom examina le cachet. Il reconnut le sceau de Nécros.

— J'avoue que je ne m'attendais pas à avoir de ses nouvelles, je n'ai pas l'impression de lui avoir paru sympathique et en ce qui me concerne... Enfin, il n'y a qu'un moyen de savoir ce qu'il me veut.


Il brisa le cachet et déroula le parchemin.


« Monsieur le chevalier,

Avant toute chose, il me faut vous remercier de l'immense service que vous m'avez rendu en escortant le mage Antonius jusqu'à la tour Noire. Antonius au fond ne m'a jamais vraiment intéressé, il s'est montré utile, ni plus ni moins et la longue chasse à l'homme à laquelle nous nous sommes livré (avec un certain plaisir en ce qui me concerne) n'a été pour moi qu'un moyen d'approcher Nécros qui sans cela serait resté inaccessible. Je savais que l'histoire d'un "assassin sans-âme" l'intéresserait au plus haut point et lui ferait commettre la seule erreur fatale pour un personnage aussi puissant: faire entrer un assassin chez lui.

Permettez moi de rester discret sur la suite des événements, je me contenterai de vous informer que les ennemis de Nécros peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Ma mission étant remplie, Antonius héritera bientôt de la Tour Noire, des trésors et de la bibliothèque de Nécros, amputé de quelques ouvrages dont mes employeurs souhaitaient la destruction. Je sais qu'Antonius aura la sagesse de ne pas chercher à les retrouver.

Une dernière chose, lorsque la situation a failli mal tourner et que j'ai été blessé et infecté par les zombies (alors qu'Antonius lui-même n'avait rien à craindre du "poison" que j'ai prétendu lui avoir injecté), n'importe quel chevalier m'aurait achevé lorsque je vous l'ai demandé, mais j'ai parié que vous ne le feriez pas.

J'ai réellement apprécié votre grandeur d'âme, la mienne, aussi petite soit-elle, n'a jamais quitté mon corps, ne changez jamais.

Votre dévoué, »


En guise de signature, le parchemin portait le dessin d'un sabre recourbé.

— Pas de mauvaise nouvelle ? demanda GrandOeil.Vous semblez troublé.

— Non, répondit Eadrom en jetant la lettre dans le feu. Les nouvelles sont... surprenantes. Mais on ne peut pas dire qu'elles sont vraiment mauvaises.

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