Milo Vertbouteille - Le Voleur de grimoire

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Le voleur de grimoire

Yrkos avait beau être un voleur de profession, il n'en avait pas moins des principes. Le premier était de ne jamais spolier ses complices d'une part de butin et le second de ne jamais tricher aux cartes.

Il faut dire que la taverne du « Dragon Rouge » où il avait ses habitudes était le point de rendez-vous de toute la pègre de Brocéliande, cambrioleurs, hommes de mains et trafiquants s'y succédaient à un rythme effréné. La moindre des choses était que les joueurs de cartes au moins y soient honnêtes.

Yrkos examina ses cartes une à une : trois dragons noirs en mains. Leur cote n'était pas très élevé, mais il venait de jouer un « Tiamat » et le bonus de cinq points pour un brelan de dragons maléfiques devait lui permettre de remporter la mise. Les cartes posées par son adversaire n'étaient pas meilleures que les siennes.

_ Je relance de cinq écailles.

L'écaille était une monnaie fictive représentée par des jetons de carton qu'on utilisait pour ne pas avoir à manipuler des pièces d'or dans le jeu de carte le plus populaire de la ville : « mise des dragons ». Pour cette partie, une écaille valait dix pièces d'or, on peut dire qu'ils jouaient gros.

Il déposa un dragon noir à sept points et observa la réaction de son adversaire.

Ce dernier portait la toge bleu clair des apprentis-mages de l'université. Deux étoiles étaient brodées sur sa poitrine et un ruban violet cousu juste au dessus. L'apprenti-mage déposa un dragon d'argent à quatre points et piocha une carte, puis il se pencha vers Yrkos.

_ Vous avez perdu mon cher, murmura-t-il. J'ai un Archidruide en main… mais je pourrais ne pas le jouer et dans ce cas…

Il n'avait pas à terminer sa phrase, Yrkos comprenait parfaitement ce que cela signifiait : s'il remporterait la mise, Yrkos aurait assez d'écailles pour acheter la potion d'invisibilité que le mage avait dans son sac. Il avait besoin de cette potion et il n'avait pas envie de passer la nuit à jouer sans même être sûr de la gagner. Mais ce mage devait être un magouilleur, il ne le laisserait pas gagner sans une très bonne raison.

_ Vous seriez généreux à ce point, beau sire ? Répondit-il sur le même ton.

_ Un de tes collègues a volé le grimoire d'un ami, fit le mage. Je veux savoir qui c'est.

_ Mais ça, je ne peux pas vous le dire… ce serait contraire à notre code d'honneur.

Et d'un mouvement de tête, il désigna une des tables du fond de la taverne. Celle où un halfelin solitaire finissait son repas.

Le mage jeta ses cartes face cachée.

_ Je n'ai rien de mieux, fit-il à voix haute. J'essayais de bluffer.

_ Ha ! C'est mon jour de chance, triompha Yrkos en comptant ses jetons. J'ai vingt-huit écailles d'avance, voilà vingt pièces d'or pour en faire trente. Je prends l'objet à trente points dont nous avons parlé tout à l'heure.

_ Le voici, répondit le mage en lui tendant la potion. Je devrais arrêter de jouer, je finirai par y laisser ma culotte...

Il sorti une pièce de la bourse qu'Yrkos venait de lui tendre et la mordilla. Une jeune serveuse vint nettoyer la table, se pencha en avant, offrant ainsi une vue imprenable sur son généreux décolleté. Un pendentif en turquoise en forme de coeur pendait à son cou et se balançait au rythmes de ses mouvements de bras, alors qu'elle frottait consciencieusement une table qui n'en avait nul besoin.

Pendant quelques instants, le mage se laissa hypnotiser par ce spectacle…

_ En fait, votre culotte ne m'intéresse pas, fit Yrkos en se levant. Continuez donc à jouer, vous serez toujours le bienvenu à ma table.

_ Pardon ? demanda le mage en revenant brusquement à la réalité.

La serveuse ne put s'empêcher de pouffer de rire.

_ Pardonnez moi, messeigneurs, fit elle d'un ton mutin, je n'ai pas pu me retenir… Mais vous savez ce que l'on dit dans ces cas là : Malheureux au jeu…

_ Je crois que je suis de trop, fit le voleur, alors je vous laisse.

Et il quitta la Taverne du Dragon Rouge en riant de bon coeur. Après tout, c'était peut-être leur jour de chance à tous les deux.

Le mage donna la pièce d'or à la serveuse.

_ Tenez, voilà pour nos consommations. Ajoutez-y un pichet de vin elfique et servez le avec deux gobelets à la table du fond.

_ Désirez vous également dîner ? Si c'est le cas, il vaut mieux commander tout de suite parce que la cuisine va fermer et… je termine mon service dans une heure. 

Elle accompagna ce dernier commentaire d'un sourire encourageant.

_ C'est tentant mais… je ne peux pas, répondit le mage sans préciser s'il parlait du dîner ou d'autre chose. J'ai d'autres obligations.

_ Et vous êtes un homme de devoir, bien sûr.

_ Je le suis oui… pas tous les jours, mais aujourd'hui je le suis.

_ Alors à demain, monseigneur.

Elle repartit vers la cuisine. Le mage suivit du regard son déhanchement pendant quelques instants puis se dirigea vers la table du halfelin.

_ Pardonnez-moi, est-ce que cette place est libre ? On m'a demandé de libérer la table du centre pour ceux qui veulent dîner.

_ Oh, je vous en prie, répondit le halfelin, installez-vous. Je vous recommande le gigot piqué aux fines herbes, les herbes viennent du jardin de mon cousin, vous m'en direz des nouvelles. Permettez-moi de me présenter : Milo Vertbouteille.

_ Archibald Ascoviel, répondit le mage en prenant la main que le halfelin lui tendait. On me surnomme aussi Archibald le Blanc.

_ Parce que vous êtes voué au côté lumineux de la magie, fit le halfelin.

_ Ce serait flatteur, répondit le mage. Mais c'est simplement parce que, d'après mon maître, je suis comme une page blanche sur laquelle le destin n'a encore rien décidé. Ravi de vous connaître, mais je n'étais pas venu pour dîner. J'attendais un ami avec qui j'avais l'intention de vider quelques cruchons de vin elfique, mais j'ai bien l'impression qu'il s'est perdu en route… et moi qui ai justement horreur de boire seul.

_ Si je peux vous venir en aide, ce sera avec grand plaisir. proposa aimablement Milo en prenant le verre que le mage lui tendait. Je dois vous faire un aveu, je suis très curieux de tout ce qui touche à la magie, de près ou de loin… Le tissus violet, ça veut dire que votre maître est un grand mage, n'est-ce pas ? Vous devez être rudement calé.

_ Mon maître est l'Archimage Sylvestre. D'après lui, je ne suis pas "rudement calé" mais "tout juste passable"… mais ses critères sont très élevés.

_ Ah, la magie, soupira Milo, comme j'aimerais la pratiquer…

_ C'est plutôt rare pour un halfelin, comme centre d'intérêt.

_ Et qu'est ce que vous croyez, répliqua le halfelin. Que nous sommes tous cuisiniers ou marchands d'herbe à pipe ?

_ Oh non, répondit Archibald. J'ai ouï dire qu'il y avait aussi des cambrioleurs. Mais trêve de plaisanterie, si vous vous intéressez à la magie, qu'est ce qui vous empêche de la pratiquer ?

Tout en parlant, il remplissait régulièrement le gobelet du petit homme.

_ L'argent bien sûr, ces études coûtent horriblement cher, la moindre composante magique coûte un mois de salaire à un honnête artisan.

_ Vous avez tout à fait raison, et même de simples grimoires recopiés par un apprenti valent une petite fortune. renchérit Archibald.

Pour ce jeune apprenti-magicien, ces questions financières étaient purement théoriques, il venait de perdre une année de salaire d'un honnête artisan en quelques tours de cartes, mais il savait qu'il n'aurait aucun mal à les regagner le lendemain en jouant à nouveau, ou en offrant quelque service magique à un riche étranger venu spécialement dans ce but.

_ Et vous vous intéressez aussi à la nécromancie ? demanda-t-il. N'avez vous jamais imaginé le frisson de plaisir et d'excitation qu'on éprouve la première fois qu'un cadavre s'anime sous votre baguette et exécute vos ordres ? Il parait que c'est un souvenir inoubliable… si on n'est pas sensible à l'odeur, bien sûr.

_ Oh non, certainement pas, fit Milo. Je serais plutôt intéressé par la magie bénéfique.

_ La magie bénéfique ? Ça existe ? Dans ce cas, rendez-moi le grimoire d'Antonius, fit le mage en baissant subitement la voix, celui que vous avez dérobé ce matin. Il en a bien besoin et son grimoire ne vous sera d'aucune utilité. Antonius est le plus lamentable de tous les nécromanciens que je connaisse, mais c'est aussi un bon compagnon… enfin, un peu taciturne mais gentil quand même. Rendez-moi son grimoire et nous oublierons cette affaire.

Milo déglutit bruyamment… il venait de comprendre en quoi il suscitait l'intérêt de son compagnon de table.

_ Vous... vous savez, bredouilla le halfelin, j'avais l'intention de le rendre. Je voulais juste le lire.

_ J'en suis certain, répondit Archibald en prenant le grimoire que Milo lui tendait.

_ Il ne va pas chercher à se venger ?

_ Il ne saura jamais comment je l'ai retrouvé, soyez tranquille. Mais dites-moi, il vous a fallu une fameuse dose de courage, d'habileté et de chance, pour entrer dans l'université jusqu'à la salle des étudiants, aller jusqu'à l'armoire aux grimoires et en prendre un – au hasard je présume – sans vous faire remarquer.

_ Oh, c'était simple, répondit Milo. Je me suis juste fait tout petit… plus petit que d'habitude.

Archibald rangea le grimoire dans son propre sac, vida son gobelet et se resservit. Il semblait songeur.

_ Je vais vous faire un aveu, Messire Milo, fit-il. Vous m'êtes sympathique et je pense que vous avez peut-être des dispositions pour la magie, ainsi que quelques autres qualités qui manquent à la plupart des mages que je connais… Ce qui vous manque, c'est un piston pour vous lancer et quelques ouvrages de référence. Mais pour cela, je pourrais peut-être vous aider.

_ Vous pourriez… fit Milo, quelque peu méfiant. Et que me demanderiez vous en échange ?

_ Rien de bien difficile pour quelqu'un comme vous, soyez tranquille.

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vander


Aussi loin que je me souvienne ,j'ai toujours adoré les galions. Mais ce que j'ignorais c'est que d'un navire a un autres les équipages étaient bien différents, les ports de la ville de TORTURA n'étaient pas différents des autres ont pouvait y croiser des galions espagnols, portugais, des corsaires qui offraient leurs services aux plus offrants, du haut de mais seize ans j'étais bien décidé a embarqué sur l'un d'entre eux . je me rendais régulièrement à la taverne du port tenu par mama READ une femme assez corpulente toujours entrain de crié après ses filles qui faisait office de serveuse mais aussi de fille de joie , ce matin-là en arrivant à la taverne pour essayer de gagner quelques pesos , je remarquais imédiatemant que l'ambiance etait diférentesdes autres jours habituellement ont entendait chanter, des filles se promenaient à demi-nus dans les étages des hommes ivres jonchés le sol .en entrant ce matin la pas un bruit ne sortait de la taverne un homme était assis à une table, Mama reade lui remplissants sont gobelets à chaque fo à côté de lui, tenant un pichet de rhum à la main is qu'il le vidait est une vingtaine d'hommes faisait la queue pour lui parler q .
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