Fradj et la Geste d'Hilmar, le tueur de dragons

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Il est bien connu que les elfes et les humains ont un goût prononcé pour les récits fictifs. Chez les gnomes par contre, les récits des bardes sont toujours basés sur des faits réels ou mythologiques. D'ailleurs, les rares bardes gnomes qui se sont risqués à « inventer » des fictions ont tous eu d'énormes problèmes. Certains ont même été bannis pour cela. Ce goût très particulier pour les récits authentique vient d'une disposition d'esprit très particulière qu'on ne retrouve que chez les gnomes : le sens de la mécanique et du commerce.

Le domaine de Castelforge est un petit royaume de gnomes des collines comme on en trouve des centaines. L'accès vers la surface se fait par un petit château doté d'un puits permettant aux visiteurs de se rendre chez les gnomes (les gnomes eux-même utilisent d'autres chemins qu'ils ne révèlent pas aux humains) et une immense cheminée en activité constante. Les forges de Castelforge produisent armes et outils en métal ainsi que les pièces métalliques que les ingénieurs gnomes utilisent en grande quantité.

La majorité des gnomes de Castelforge sont donc mineurs, forgerons, artisans ou ingénieurs. Les produits de première nécessité sont obtenus par le commerce avec les habitants de la surface, en particulier les halfelins de Val-frelon dont le miel est très apprécié.

Tous les gnomes cependant ne sont pas des passionnés de mécaniques, certains d'entre eux ont même un goût prononcé pour l'héroïsme et l'aventure, ceux-là deviennent aventuriers, mercenaires ou soldats s'ils ont le physique correspondant et pour ce qui est des autres… ils ne peuvent que rêver d'aventures devant la cheminée.

Fradj Cliquetis, fils d'Ergel Cliquetis, petit-fils de Brug Cliquetis, était issu d'une longue et prestigieuse lignée de gnomes artisans dont l'unique fonction était de transformer des lamelles de métal en écrous de six, huit ou douze côtés. Le plus grand titre de gloire des Cliquetis est d'avoir taillé les écrous et les poulies qui permirent au premier vaisseau volant de réussir son vol d'essai.

A l'age de sept ans, Fradj récupéra des lamelles de métal et des tubes de bambou et fabriqua son premier xylophone, à la plus grande admiration de son père. Hélas, ce fut son unique chef d'oeuvre. Car une seule chose intéressait le jeune Fradj Cliquetis dans les activités familiales : le bruit métallique du marteau sur le métal. Si Ergel fut déçu de son manque de passion pour la tradition familiale, il avait cependant assez de sens pratique pour l'envoyer comme apprenti chez un fabricant d'instrument de musique plutôt que d'essayer de lui inculquer de force toute la poésie des écrous de six et de douze. Les conséquences furent catastrophiques : Fradj apprit la musique, étudia les partitions des chants gnomes les plus connus et fut chassé de la guilde des quincailliers pour avoir chanté des chansons vulgaires et les avoir appris aux plus jeunes. Chassé également de la maison familiale ou son nom n'a plus jamais été prononcé, Fradj vécu d'expédient pendant quelque temps, chantant ou jouant dans une taverne contre un bol de soupe et le droit de coucher dans le grenier.

Avec le temps, et malgré sa voix légèrement nasillarde qui tranchait étrangement avec la justesse de son ton, il se fit cependant connaître par son talent et son énergie et bien vite, toutes les auberges de Castelforge accueillaient ses prestations. C'est au cours d'un festival qui accueillait des invités de marque que le destin de Fradj bascula. A cette occasion, il participa à un concours musical opposant les meilleurs bardes de la région. Les paris allaient bon train entre les favoris: Praelyn Cuchullah et son « Ode aux belles dames des temps Jadis », Vendarion d'Orépée et sa « Geste de Galador contre les géants » et Lamoris de Longval qui chantait « les mystères de Saint Eustache le breton » accompagné par une chorale d'enfants de choeurs. Dans le classement des parieurs, Fradj Cliquetis est bien loin derrière, mais le jeune gnome se serait senti humilié de se présenter à ce concours sans miser sur lui même une bonne part de ses gains du mois… Et à la surprise générale, il termina second, à quelques points derrière Vendarion, en chantant un air comique qui depuis fait la gloire des bardes gnomes : « Gare aux gobelins qui s'cachent dans la cale ».

Fradj et Vendarion partagèrent donc les places d'honneur et ne tardèrent pas à sympathiser. L'entrain et l'humour, parfois incompréhensible et toujours décalé, du gnome séduisaient le barde breton. D'un autre côté, les chansons de gestes étaient pratiquement inconnues chez les gnomes et les deux artistes eurent maintes occasions d'échanger des avis et des conseils. Lorsque les bretons reprirent la route, Fradj n'avait qu'une idée en tête : composer une chanson héroïque.

Quelques mois après ce concours, la dernière composition de Vendarion d'Orépée provoqua une vive polémique à la cour du Duc de Galmor lorsqu'on l'entendit chanter pour la première fois « la Ballade burlesque du chevalier Ursule ».

Le changement de style de Fradj eut lui aussi du mal à trouver son public. Sa première composition : « Jack le tueur de géants », fortement inspirée par la Geste de Galador, racontait les exploits d'un gnome qui vainquit un géant des nuages après avoir grimpé sur un haricot géant. Les critiques les plus acerbes assurèrent qu'une histoire aussi ridicule n'intéresserait jamais personne.

La seconde composition : « Les exploits de Karl Forgelor » évoquait les aventures d'un héros connu de la mythologie gnome, auxquelles Fradj avait ajouté quelques passages comiques de son cru. Les traditionnalistes les plus rabiques estimèrent que c'était un blasphème et après avoir reçu leurs critiques, Fradj jugea plus prudent de ne plus toucher à la religion. Il composa donc « Hilmar, le tueur de dragon », un chant héroïque qui fut un véritable succès.

Hilmar, le héros de cette chanson, était un chevalier breton, monté sur un cheval noir dont les sabots lançait des éclairs, la lame de son épée magique devenait feu ou glace à volonté et, combattant pour défendre la veuve et l'orphelin, il s'en servit pour terrasser Glaunatragar, l'abominable dragon rouge.

Ce récit fut chanté dans toutes les tavernes de Castelforge, il était sur les lèvres de tous les jeunes gnomes de la région lorsqu'ils tapaient en cadence sur les pièces de métal destinées à devenir des écrous à six ou douze côtés, au grand désespoir d'Ergel Cliquetis.

A cette époque, l'insécurité régnait sur les routes. Il n'était pas rare que les pirates nordiques débarquent pour piller les villages côtiers. En outre, les pirates orques, qui jusqu'alors se contentaient d'attaquer les navires marchands, décidèrent eux aussi de piller les côtes. Et contrairement aux nordiques, les orques n'hésitaient pas à pénétrer à l'intérieur des terres pour attaquer les villages éloignés. Les marchands bretons hésitèrent dès lors à faire le voyage jusqu'à Castelforge et les affaires des gnomes s'en ressentirent fortement. La chanson de Hilmar était toujours populaire, mais le ton utilisé par les bardes changea subtilement : l'emphase héroïque fit peu à peu place à une sorte de nostalgie de l'époque où il y avait sur les routes plus de héros et moins de brigands.

C'est alors que le chevalier Ivar apparut dans la région.

Il venait de Bretagne du Sud et chevauchait un cheval noir comme l'enfer sur une petite route déserte. Une route que les marchands n'osaient plus emprunter depuis qu'une galère orque avait été aperçue près de la côte.

Au premier village habité par des gnomes, il eut à peine le temps de décliner son identité qu'il fut littéralement submergé d'une horde d'admirateurs fanatisés : « Hilmar est parmi nous ! » hurlèrent-ils, et avant qu'il ne comprenne ce qui lui arrivait, il se retrouva dans la meilleure auberge du village, un repas plantureux offert par les habitants, et la mission impérative de mettre en fuite tous les orques de la région. Certains suggérèrent même de lui demander d'aller jusqu'à l'île des orques pour éliminer le mal à sa source, mais d'autres, plus nombreux, estimèrent plus prudent de garder leur « héros » à portée de mains.

Le problème était qu' Ivar, tout chevalier qu'il fut, n'était pas un héros et n'avait pas l'intention de le devenir, ni même de le faire croire… vassal du Seigneur de Blanroc, il avait participé à la « guerre du mouton », il y avait perdu tous les habitants du hameau dont il était le seigneur, massacrés lors d'un raid de représailles, et il avait assisté de loin à son sinistre dénouement.

Son seul désir était de déposer son épée et de la laisser de côté le plus longtemps possible.

Il alla donc trouver le roi des gnomes pour lui faire part de son sentiment, ce dernier convoqua immédiatement Fradj Cliquetis.

— Mais enfin messire Hilmar, fit le roi. Je ne vous comprends pas ! Vous êtes la terreur des orques et des gobelins, avez vaincu les monstres les plus fabuleux, vous avez même tué un dragon. Tout le monde ici vous considère comme un héros et on dirait que cela vous ennuie.

— Combien de fois devrais-je vous le répéter, répliqua Ivar. Je ne suis pas le héros dont parlent vos chansons, je ne suis même pas un héros tout court. De toute ma vie, je n'ai tué qu'un seul ennemi, c'est un fantassin à peine dégrossi qui essayait de tuer mon cheval. Et encore, il était déjà blessé. Est-ce lui, ce petit monsieur qui me fait une réputation de terreur ?

— Oh non, répondit Fradj. Je ne vous connais même pas.

— Oui c'est lui, répondit le roi. C'est le meilleur barde de la région, et il n'a pas l'habitude de raconter des histoires… D'ailleurs, les récits de nos bardes sont toujours authentiques ! je vous en prie seigneur Hilmar, ne soyez pas si modeste… vous pourriez tout de même vous occuper de quelques orques. Rien qu'une petite centaine, ça nous dépannerait déjà.

Ivar fulminait, les grands gestes et le ton de la voix qu'il employait devant le roi aurait valu à n'importe quel autre visiteur une expulsion immédiate dans le meilleur des cas, ou plus vraisemblablement une visite dans les cachots. Mais ni les gardes du palais, ni même le roi n'osèrent en faire le reproche à un héros national, même si ce héros jurait ne pas en être un. Après tout, la modestie n'est-elle pas le propre des héros ?

— Je crois que je vais vous laisser, fit Fradj en marchant à reculons vers la sortie. Je ne voudrais surtout pas vous déranger pendant que vous gérez une affaire d'état.

Il était sur le point de se retourner pour courir, mais Ivar fut plus rapide, il se jeta sur lui et le souleva du sol.

— Un instant messire le meilleur barde du royaume ! Il me semble qu'une mise au point s'impose : suis-je ou ne suis je pas le tueur de dragon dont vous avez vanté les exploits ? Répondez vite si vous ne voulez pas que vos collègues ne chantent bientôt la manière dont un barde se fit botter les fesses par le héros qu'il avait inventé.

— J'ai tout inventé Messire, je vous en prie ! Fit Fradj. Mais c'est mon métier d'inventer des histoires.

— A la bonne heure, fit Ivar.

— Mais ce n'est pas possible, répliqua le roi. Vous m'avez assuré que c'était la vérité. Vous l'avez même juré : Ce récit j'en fait le serment – conte les aventures authentiques – du noble chevalier vaillant – nommé Hilmar le magnifique.

— Je n'ai rien juré du tout, fit Fradj. C'est le texte de la chanson… quand on raconte une histoire héroïque, on jure toujours que c'est vrai même quand ça ne l'est pas... c'est un simple procédé de style.

— Ça ressemble fort à un serment, rajouta Ivar.

— Vous voulez bien me déposer ? Supplia Fradj. Je vous jure que je ne le ferai plus !

— Tu ne le feras plus, rugit le roi. Mais en attendant, tu nous as mis dans une situation impossible ! Vas t'en d'ici, et n'aie pas l'audace de revenir sans avoir composé le récit d'un exploit authentique, que tu auras vu de tes propres yeux !

Le lendemain, Fradj était sur la route de l'exil et il savait qu'il n'y avait pour lui qu'une seule manière de rentrer la tête haute : Composer les aventures d'un véritable héros, et le seul moyen d'y arriver était de croiser ce héros et de l'accompagner…

Cette quête ne l'empêchait pas de continuer à composer quelques chants pendant son voyage. Il en aurait d'ailleurs bien besoin pour gagner les quelques pièces nécessaires à ses dépenses.

— Je ne suis pas un héros, chantonna-t-il. Faut pas croire ce que chantent les bardes.

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Michu Brochel


Heure du décès : dix neuf heure quinze, mardi 13 juin.
Depuis une semaine moi, Michu Brochel, je suis passé.
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Ce royaume des morts est grouillant de vie, peuplé de formes humaines innombrables, vous pensez depuis le temps, mais gazeuses, vaporeuses, sans la consistance charnelle que nous connaissons, éclairées de l’intérieur, plus ou moins lumineuses en fonction de leurs mérites terrestres.
Car je vous le dis, c’est ainsi que sont les âmes !
Bien sur on le découvre en premier, dominant tout le monde, DIEU l’unique, magnifique, lumineux, en position assise, entouré de ses principaux assesseurs : Jésus, Bouddha, Mahomet et de nombreux autres que je ne connais pas. La prestance et le rayonnement des Dieux sont fonction de leur importance.
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Car je vous le dis, c’est ainsi que sont les Dieux !
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Toi qui fit les esprits infiniment légers, ô Dieu que tu es lourd aux âmes des damnés.
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Je suis content de te voir, même si c’est beaucoup trop tôt, même si j’aurais préféré te revoir sur terre.
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Tout se perd, nos valeurs fichent le camp, les festins sont devenus des grosses bouffes. Les humains ne savent plus boire, ils ne s’enivrent plus gaiement, ils se soûlent aux alcools forts, le plus vite possible, tristement, les soûleries remplacent les libations, ils ne sont plus dans les vignes du Seigneur, mais en état d’ébriété, pire encore, dans un coma éthylique.
Rappelles-toi de ton temps, on mangeait jusqu’au soir, on s’enivrait lentement, gaiement, en buvant du vin, en chantant ces chansons qui sont un monument de la culture humaine. Aujourd’hui, notre cantique « le plaisir des Dieux » n’est même plus étudié en marge des facultés, les tristes carabins que cela va faire.
Oui, je suis malheureux.
Moi qui ai le privilège d’avoir goûté aux plaisirs des hommes, d’avoir connu l’ivresse que procure le vin et le merveilleux bonheur que l’on partage avec une femme, je suis malheureux, parce qu’ici Cybèle et Aphrodite ne sont que des allumeuses.
Rappelles-toi Michu du temps de la Simone, j’ai voulu ne plus être un Dieu pour devenir un homme. Elle m’a rejoint ici beaucoup trop tôt, je la revois, bien sur, mais ce n’est plus comme avant et pour cause nous ne faisons plus « œuvre de chair », sans cette chair trop éphémère les orgasmes ne sont que chatouillis intellectuels. »
Je quittais Bacchus en lui promettant de revenir souvent le voir, un peu troublé quand même par son propos.
Il m’a fallu quelque temps pour analyser et comprendre pourquoi les hommes avaient changé. Les Dieux ont quelquefois besoin d’être éclairés, qu’un humain au raisonnement pratique, voir simpliste, leur tienne la lanterne.
Les hommes ne sont plus comme leurs ancêtres parce que Bacchus n’est pas assez présent, il faut accompagner les humains, leur montrer, les coutumes se perpétuent par l’exemple, il faut un chef, un guide spirituel, rôle que Bacchus n’a plus assumé, pourquoi ?
C’est le déclin d’un monde parce que Bacchus ….. est amoureux !
Bacchus passe tout son temps avec la Simone et néglige les autres hommes et femmes.
Un Dieu doit accorder son amitié à tous et se doit de les aimer toutes.
Mib

michu-brochel@cumulonimbus.ciel
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Xris

Tout individu de sexe masculin désirant se voir attribuer le label "BION" devra désormais valider la totalité des critères présentés ci-dessous :


- Le BION requiert une excellente qualité d'écoute et une mémoire hors du commun.

- Le BION restreint ses interactions sociales régulières (dans les limites du possible) à seulement deux individus de sexe féminin : sa mère et sa partenaire actuelle. (Rayer la ou les mention(s) inutile(s))

- Le BION est frère de la nuance : il sera toujours jaloux mais pas trop, gentil mais pas trop, galant mais pas trop, [...] mais pas trop.

- Le BION ne doit en aucun cas reproduire entièrement ou partiellement les situations ou conduites dont il aurait pu être témoin lors de ses visionnages de films pornographiques.

- Le BION est tenu de prendre tout appel provenant de sa partenaire quelle que soit la situation et d'autant plus s'il se trouve en présence de ses homologues masculins.

- Le BION est idéalement allergique ou étranger à la restauration rapide et aux livraisons à domicile ; de pizzas ou sandwiches grecs, notamment.

- Le BION est en outre jugé de qualité supérieure s'il présente des aptitudes culinaires ou au moins une volonté sincère de progresser dans ce domaine.

- Le BION est autorisé à posséder et utiliser régulièrement (mais avec modération) une télévision, cependant il est tenu de couper le son et de se contenir s'il regarde un événement sportif.

- Enfin, le BION n'a jamais oublié de se laver les mains et de tirer la chasse en sortant des commodités. Tout prétendant qui aurait par ailleurs oublié de remonter la fameuse lunette dans les six mois précédant sa demande, la verra refusée.



*Charte susceptible de changer le mois prochain.
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The Empire strikes back

Sans doute étaient-ce le froid et la faim qui m'avaient poussée à l'intérieur de cette auberge. Je me trouve attablée, le ventre grognant, regrettant de ne plus avoir le moindre sou pour apaiser mon appétit. Au moins, songeais-je, je suis à l'abri du froid mordant des vents venus de la mer...


Il régnait dans cette auberge un climat chaleureux. Autour de la table centrale, un groupe de jeunes gens festoyaient, se hélant, riant et buvant dans la joie la plus insouciante. À l'entrée, trois hommes de lugubre apparence abattaient tour à tour des cartes sur la table de bois circulaire. L'un d'entre eux me lorgnait d'un œil mauvais. J'eus la chair de poule et détournai le regard. Autours des autres tables, des voyageurs se restauraient. Je lisais dans leurs yeux hagards des tourbillons d'émotions contradictoires, des océans obscurs et des rêves d'autres cieux. J'ignorais quelles épreuves ils avaient traversées et quel était le but de leur périple, mais je me plaisais à imaginer de trépidantes aventures à partir des bribes d’existence que leurs apparences laissaient deviner. Pour une étrange raison, une silhouette sombre tapie dans un angle de la pièce attira mon attention. Sans doute celle d'un homme, probablement un itinérant, lui aussi. Je l'observai quelques instants. Il écrivait, mais ne semblait pas s'en rendre compte. Il était comme ailleurs, perdu sur les chemins tortueux et ténébreux de ses pensées. Je ne pouvais voir ses yeux, mais j'aurais juré qu'ils étaient troubles. Soudain, il sembla reprendre contact avec la réalité. Une expression de surprise se peignit sur son visage lorsqu'il aperçut son texte, vite remplacée par une indescriptible panique. Affolé, il s'assura que personne ne le regardait, mais ne me vit pas. Puis il eut une étrange réaction: il déchira la page de son carnet, la froissa et la fourra dans sa bouche. Il déglutit. Et, comme si de rien n'était, il retomba en transe.


Intriguée, je me levai discrètement et m'approchai de lui. Je me plaçai derrière lui afin de voir ses écrit sans qu'il ne puisse déceler ma présence et me penchai au dessus de son épaule. Comme je l'escomptais, toujours dans les affres de ses divagations, l'homme ne s’aperçut pas que je lisais ses notes. Il s'agissait plus véritablement de suites de chiffres, lettres et symboles qui s'alignaient sans logique apparente que d'un texte. A moins que ce ne soit un code. Les rouages de mon cerveau s'activèrent, tentant de trouver d'hypothétiques anagrammes, remplaçant les lettres par d'autres, additionnant les chiffres, faisant des essais. C'était sans me vanter que je pouvais affirmer connaitre la plupart des codes existants. On m'avait initiée au décodage dès mon plus jeune âge, et j'y avait rapidement pris goût. Mais cette énigme semblait insoluble.


Perdue dans mes réflexions, je ne remarquai pas que l'homme avait repris connaissance, aussi fus-je surprise quand une main vigoureuse m'empoigna par le col, entrainant un brusque retour sur terre. Lorsque mes yeux rencontrèrent ceux, fatigués, du voyageur, nous blêmîmes tous deux. Nous avions peur. Lui que son secret ait été découvert, moi de ce qui pourrait m'arriver. Tremblant, il me lâcha. Le soulagement m'envahit, aussi, plus confiante, m'assis-je face à lui. Nous nous fixâmes quelques instants, puis il brisa le silence:
"Qu'importe ce que tu as vu. Oublie le"
Sa voix était rocailleuse et tremblotante, comme s'il n'avait prononcé mot depuis bien longtemps.
"Je ne veux pas oublier, protestai-je, vous avez piqué ma curiosité ! Moi qui ai appris bien des méthodes de codage, celle-ci m'est inconnue. S'il vous plaît, expliquez-moi !"
Le visage de mon interlocuteur afficha un air las. Il soupira, et je sus que j'allais obtenir gain de cause.
"Suivez-moi, jeune demoiselle, nous ne pouvons guère discuter de sujets aussi... sensibles ici. Les murs ont des oreilles..."


Il se leva à grand-peine, et je pris sa suite. Il monta l'escalier de bois grinçant comme un ectoplasme, tout signe de vaillance ou de vigueur l'ayant déserté. Nous nous rendîmes dans une pièce de la taille d'un mouchoir de poche, meublée seulement d'un lit. Je laissai l'homme s'asseoir et restai debout. En attendant qu'il se décide à parler, je l'examinai plus en détail. Ses mains et son visage étaient de papyrus brun, froissé et usé par les âges. Les sillons des labours avaient laissé intactes deux tâches d'encre de Chine en leur milieu. Ses cheveux, semblables à des fils d'argent tressés par la Lune, descendaient comme un long fleuve tranquille dans son dos. Son apparence calme trahissait une certaine appréhension, et il renvoyait l'impression d'une personne pour qui parler semblait futile. Aucun doute, j'avais affaire à un singulier personnage.


Le vieillard me fit un geste de bienvenue et ouvrit son carnet sur ses genoux. Sans un mot, il commença à relier les différents symboles entre eux, et bientôt, la trame d'une étrange logique se dessina sur le papier. Je m'accordai quelques secondes de réflexion. Peu importait qui avait imaginé cette énigme, mais il était certain qu'il s'agissait d'un expert en la matière. Je sortis un crayon de ma besace et notai sur ma main les rudiments de ce que m'avait appris le vieil homme. Puis ma tête devint aussi lourde que du plomb, et le décor s'évanouit.

Lorsque je me réveillai, je sentis une surface dure contre ma joue. Je relevai la tête avec peine et ouvris les yeux, non sans moins de difficulté. Tandis que je m’acclimatai tant bien que mal à la luminosité, je tentai de remettre de l'ordre dans mes pensées. Puis je vis mon bureau, et tout me revint en mémoire: je m'étais assoupie la veille, en planchant sur une nouvelle énigme. J'aimais tellement cela que j'en avais rêvé ! Je me levai, m'étirai, puis pris la direction de la cuisine. Je ne remarquai pas les étranges symboles griffonnés au stylo sur ma paume...
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