Chapitre 38 : Sernos, vingt ans plus tôt (1/2)

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Le vétérinaire de l’ambassade tournait autour du cheval blessé sous l’œil attentif de Dresil. Il examina attentivement la blessure de sa jambe, portant au maximum son attention sur l’articulation.

— Il n’a pas l’air d’avoir trop souffert, dit-il, comment cela est-il arrivé ?

— Une charrette a perdu son chargement alors que j’étais à sa hauteur, expliqua le jeune paysan.

— Pas de chance. Mais ça aurait pu être pire. Du repos et il pourra galoper à nouveau.

— Je ne sais pas si je peux lui accorder du repos, je dois rentrer chez moi.

— Vous êtes vraiment pressé ? Ça ne me gêne pas de le garder quelques jours ici.

— Quelques jours seulement ? Je croyais qu’il en faudrait des douzaines. Je peux rester aussi peu de temps sans aucun problème.

— À la bonne heure.

Le vétérinaire alla chercher le matériel pour désinfecter la plaie. Le jeune paysan se plaça à l’entrée de l’écurie pour regarder à l’extérieur.

— Pourquoi vous êtes-vous adressé à nous ? demanda le vétérinaire, il y a d’autres écuries en ville.

— J’aurais cru que vous apprécieriez d’avoir un client de plus.

— N’y voyez aucune critique. Juste de la curiosité. Vous venez de la campagne, n’est-ce pas ?

— Oui, j’ai une petite exploitation forestière à une soixantaine de longes au sud.

— Les gens de la ville sont assez tolérants avec nous, mais les campagnards ne nous aiment pas beaucoup.

— Je n’ai pas pour habitude de détester les gens sans les connaître d’abord.

— Excellente habitude.

— On m’a recommandé vos services.

— Que celui qui l’a fait soit loué.

Puis le stoltzen se concentra sur les soins qu’il prodiguait à l’animal.

Il était habile, en un instant il eut nettoyé et pansé la plaie. Il reposa son matériel sur la table. Cela attira l’attention de Dresil.

— Cette jeune fille, de l’autre côté de la cour, demanda-t-il, qui est-ce ?

Le vétérinaire le rejoignit et regarda dans la direction qu’il désignait.

— Cette jeune humaine dans la galerie ?

— Oui.

Le vétérinaire scruta le jeune homme.

— Vous êtes venu chez moi parce que je suis le meilleur ou dans l’espoir de la rencontrer ?

Dresil rougit.

— C’est Deirane, une jeune humaine qui s’est réfugiée chez nous. Elle vous intéresse ?

— Elle est si belle. Mais elle a un enfant. Il y a peut-être un père quelque part.

— Ça pour sûr il y a un père. Mais pour savoir où il est, c’est une autre histoire.

— Il l’a abandonnée ?

— On peut dire ça.

Dresil se tut pour l’admirer. La cour était grande et elle était loin, mais il trouvait le spectacle sublime.

— C’est la protégée de Saalyn. Une belle femme aussi, mais pas très commode par les temps qui courent.

Dresil prit son courage à deux mains. Il traversa la cour en direction de la jeune fille, évitant le centre occupé par les soldats. Elle s’était installée sur un banc à l’ombre sous la terrasse qui ceignait le premier étage de la villa. Elle avait ouvert son corsage pour donner le sein à son fils. Toute son attention accaparée par son bébé, elle ne vit pas le jeune homme approcher. En grimpant l’escalier, il eut peur de commettre une infraction aux lois de l’Helaria mais personne ne l’arrêta et c’est le cœur plus léger qu’il s’engagea entre les colonnes.

— Bonjour, dit-il.

Surprise, elle sursauta et leva la tête vers lui. Elle n’avait pas l’air inquiète cependant. Avec les soldats qui s’entraînaient à quelques perches, elle n’avait aucune raison de l’être. Un cri et ils accourraient.

— Vous me reconnaissez ? demanda-t-il.

Elle hésita un moment avant de répondre.

— Vous êtes le marchand de noix.

— C’est ça. Dresil. Et vous, vous êtes ?

— Deirane. Vous m’en avez apporté ?

— Quoi donc ?

— Des noix.

Il prit une mine pitoyable en prenant conscience qu’il aurait pu penser à quelque chose d’aussi simple. Surtout qu’il en avait dans sa chambre d’hôtel.

— Je suis désolé, mais je peux en ramener une prochaine fois.

— Je voudrais bien, mais je ne suis pas sûre de pouvoir les payer. Qu’êtes-vous venu faire ici ?

— Mon cheval est blessé, je l’ai amené pour le faire soigner.

— C’est grave ?

— Le vétérinaire dit que non. Mais il est immobilisé quelques jours ici.

— Vous êtes donc bloqué à Sernos tout ce temps.

— Les noix ne sont pas comme les légumes, elles peuvent se passer de moi quelques jours.

Elle n’était pas hostile, c’était déjà ça. Mais il ne savait pas comment faire pour la courtiser. Il n’avait pas affaire à une jeune fille de son village mais à une mère de famille. Son enfant, pensa-t-il soudain, ce devait être son point sensible.

— C’est votre bébé ? demanda-t-il.

— Il s’appelle Hester. Il est né il y a quelques douzaines.

D’office, il s’assit à côté d’elle. Il tendit la main vers le nourrisson.

— Je peux ? demanda-t-il.

Comme elle ne répondait pas, il continua. Délicatement, il caressa sa joue. Cela ne sembla pas déranger Hester.

— Il est magnifique. Tout comme sa mère. Vous devez être fière de lui.

Deirane rosit de plaisir.

— C’est vrai qu’il est beau, dit-elle.

En son for intérieur, Dresil pensait que seule une mère pouvait trouver beau un nouveau-né aussi jeune. Mais il évita de l’exprimer à voix haute.

La tétée était terminée. Deirane redressa Hester et lui tapota délicatement le dos pour lui faire faire son rot. Dresil ne perdait pas une miette du spectacle, surtout du corsage délacé qui dévoilait presque toute la poitrine.

— Vous pouvez le tenir un instant ?

Tout à son spectacle, il n’avait pas entendu la jeune fille lui parler. Il retrouva heureusement bien vite ses esprits et lui prit le bébé des mains le temps qu’elle rajuste sa tenue.

— Merci, vous êtes sympathique, dit-elle en lui reprenant Hester.

Elle se leva.

— Je dois y aller.

— Je vous retiens, alors que vous avez du travail, excusez-moi.

— Pas du tout.

Elle fit quelques pas en direction de la porte de la villa.

— Nous nous reverrons peut-être, dit-elle.

— Sûrement même, je suis bloqué ici à cause de mon cheval.

— À bientôt dans ce cas.

Et elle disparut dans le bâtiment, laissant le jeune homme seul.

Une fois à l’abri dans la villa, Deirane alla se poster derrière une fenêtre et regarda le jeune homme. Il ne tarda pas à quitter les lieux. Elle le surveilla jusqu’à ce qu’il quitte l’ambassade par la porte principale. Dresil disparu, elle médita un moment sur ce qui venait de se passer. Perdue dans ses pensées elle ne vit pas arriver Celtis et la bouscula en se retournant.

— Excuse-moi, dit Deirane.

— Mais, ne serait ce pas le jeune marchand de noix avec qui tu discutais il y a un instant ?

— C’était bien lui, pourquoi ?

— J’avais raison, tu as un ticket.

— Tu dis n’importe quoi. Il est là pour soigner son cheval blessé.

— Et pour ça il s’adresse au peuple qui connaît le moins les chevaux. Logique.

— D’abord ça fait plusieurs mois qu’on ne s’est pas vus.

— Oui, et il passe à Sernos et sa première action est de venir te rendre une visite.

— C’est par hasard qu’on s’est croisés.

— C’est peut-être vrai, mais reconnais qu’il a mis un maximum de chance pour ça. Difficile de trouver meilleur endroit que celui où tu habites.

— C’est pas faux.

— C’est donc vrai.

C’est ce moment que Saalyn choisit pour arriver, depuis l’escalier monumental du hall.

— Ce n’est pas notre petit vendeur de noix que je viens de voir quitter l’ambassade ? demanda-t-elle.

Rouge comme une pivoine, Deirane serra son bébé contre elle et battit en retraite en direction de l’escalier qui menait à sa chambre.

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