Chapitre 34 : Sernos, de nos jours (1/3)

6 minutes de lecture

Le vaste plateau calcaire de l’Yrian surmontait la plaine environnante d’une bonne centaine de perches. Contrairement aux légendes que l'on raconterait quelques siècles plus tard, il n’avait jamais constitué la forteresse inexpugnable d’où s’étaient élancés des guerriers sanguinaires. D’ailleurs ces guerriers sanguinaires n’avaient jamais existé. De plus, il était bordé sur au moins trois côtés par des pentes douces qui donnaient un accès aisé à son sommet. Étrangement, l’Unster, au lieu de le contourner, l’avait traversé en plein, s’y taillant un large canyon aux parois verticales qui séparait le plateau en deux parties. C’était là le cœur historique de l’Yrian qui avait peu à peu contrôlé toutes les plaines jusqu’à former le plus puissant royaume du continent d’Ectrasyc.

Sur la rive gauche du fleuve, le plateau n’était pas très long, moins d’une trentaine de longes. Par contre, sur la rive droite, il se prolongeait encore sur le double de cette distance. L’Unster longeait donc une falaise abrupte, à une distance variable n’excédant jamais une demi-longe. Moins d’une dizaine de longes avant d’entrer dans le canyon, le fleuve faisait un large méandre qui délimitait une vaste zone semi-circulaire. Une excroissance ayant approximativement la forme d’une proue de navire, trop régulière pour être naturelle, sortait de la falaise coupant presque en deux cet espace. C’est sur ce promontoire qu’un siècle plus tôt les feythas avaient construit leur forteresse, une série de dômes disposés pour la plupart en désordre apparent. Au pied de la falaise, les humains s’étaient installés, fondant la ville la plus grande du monde : Sernos. Plus tard, les seigneurs d’Yrian en s’emparant de l’endroit en avaient fait leur capitale, installant leur palais dans les anciennes résidences des tyrans.

La structure de la ville reflétait encore celle de la capitale feytha. Un vaste boulevard central faisait le tour du promontoire. De ce boulevard, partaient trois avenues reliant les ponts suspendus qui traversaient le fleuve et donnait naissances aux grandes routes : vers l’est, le sud et le nord. La population s’était disposée le long de ces axes et s’étalait à partir de là au fur et mesure qu’elle augmentait. Il y avait encore de la place et même de nombreux champs étaient localisés intra-muros. La partie sud de la ville était populaire alors que le nord était occupé par les nobles et les riches bourgeois. Le port était situé à proximité du pont sud, il constituait le cœur d’une vaste zone commerciale qui tendait à s’agrandir et l’on voyait venir le jour où il ferait le tour complet de la ville.


D’où ils étaient, au sommet d'une colline, la petite troupe de Deirane avait une bonne vue sur la ville alors qu’ils en avaient encore pour deux monsihons de voyage. Le soir tombait, ils arriveraient à la nuit noire. Par chance, Saalyn et Deirane disposaient des lettres patentes nécessaires pour se faire ouvrir les portes malgré le couvre-feu. Les gardes les laisseraient entrer. Ils n’auraient pas le choix. Au pire ils pouvaient passer la nuit dehors, aussi près de la capitale, ils ne couraient aucun danger. D’ailleurs hors des murs il y avait quelques auberges qui pouvaient abriter les voyageurs qui s’étaient ainsi laissés surprendre.

La descente commença. En bas de la colline, la falaise projetait déjà son ombre sur la route. Effectivement, il faisait noir quand ils arrivèrent devant les murailles de la ville. Saalyn descendit de cheval. Elle allait frapper à la porte du poste de garde quand elle s’ouvrit, laissant sortir une vingtaine de soldats, l’épée tirée, un air hostile peint sur leur visage. Il est vrai que trois stoltzt, six humains et quinze bawcks arrivant en pleine nuit avaient un côté inquiétant.

— Faites demi-tour, ordonna le capitaine de la garde et revenez d’où vous venez. Vous n’êtes pas les bienvenus ici.

— Je dois rejoindre mon ambassade, dit Saalyn.

— Je ne peux pas vous laisser entrer.

— Nous repasserons demain matin.

— Ni demain, ni jamais. Vous n’êtes pas les bienvenus ici.

Saalyn avait ouvert ses fontes pour y prendre des documents. Elle fit brutalement demi-tour pour se placer devant le capitaine. Celui-ci la dominait d’une tête et la situation aurait pu être risible si elle n’avait eu cet air si furieux.

— Comment ça, nous ne sommes pas les bienvenus ? J’ai mon ordre de mission diplomatique et les lettres patentes signées par le roi, votre propre roi, qui m’autorisent à entrer à tout moment dans la ville, moi et toute personne m’accompagnant. Même à la nuit noire. Allez chercher votre supérieur. Je les lui montrerai et vous me laisserez passer.

— Vous oui. Pas eux.

De la main, il désigna les bawcks qui les accompagnaient. Saalyn se gifla mentalement pour n’avoir pas pensé ce détail.

— Nous sommes en guerre contre le Chabawck, expliqua le garde.

— Chabawck est au nord-est, nous venons du sud, remarqua Deirane.

Le capitaine la dévisagea. Puis son regard s’attarda sur les trois femmes noires du groupe.

— La Nayt est au nord-est aussi, répondit-il, et pourtant elle viennent du sud, tout comme ces orques.

Mais on sentait que sa résolution faiblissait. Saalyn lui tendit les lettres. Il se doutait de ce que c’était, ne pas ouvrir la porte équivaudrait à ignorer un ordre royal. Le capitaine lut attentivement les documents, cherchant une faille qui lui aurait permis de s’y soustraire. Puis il dévisagea longuement la guerrière avant de réagir.

— Bien, dit-il simplement.

De mauvaise grâce, il déverrouilla la porte et les voyageurs purent rentrer dans Sernos. Alors que Deirane allait passer, il la retint par la bride.

— L’auberge de l’Épi d’Or est très convenable, dit-il, je vous conseille d’y prendre une chambre.

— Je vous remercie, je tiendrais compte de votre conseil.

Conseil qu’elle oublia dès qu’elle eut rattrapé ses compagnons.

Sur la large avenue déserte à cette heure tardive, la chevauchée était aisée. Ils débouchèrent sur le boulevard central qu’ils suivirent jusqu’à sa jonction avec l’avenue de l’est. Une longe avant d’arriver au pont, ils s’engagèrent dans les petites rues du quartier nord.

Ils arrivèrent enfin devant l’ambassade. Deirane remarqua que depuis son dernier passage, les choses avaient bien changé. Le mur d’enceinte avait été prolongé vers la gauche. L’ajout qui n’avait pas encore été crépi disparaissait derrière des échafaudages. Ces travaux résultaient de l’agrandissement de la villa qui s’était vu adjoindre une nouvelle aile. L’ancienne salle de bal allait devenir salle de réception et une nouvelle serait construite plus grande que l’ancienne. Cela permettrait aussi aux appartements seigneuriaux de ressembler à des appartements seigneuriaux autrement que par leurs décorations, ils en auraient bientôt la taille. Par contre, pour l’agrandissement de ses appartements, l’ambassadeur allait devoir attendre la construction de la troisième aile, prévue dans quelques années. Une aile, qui outre des salons et des chambres supplémentaires, allait abriter une bibliothèque digne de ce nom.

La troupe s’arrêta devant la porte. Öta démonta. Il alla tirer la poignée qui sortait de l’encadrement. À l’intérieur, ils entendirent une cloche sonner. Personne ne bougea. Au bout de ce qu’il estima un délai raisonnable, il refit tinter la cloche.

— Soit il n’y a personne, soit ils dorment tous, dit-il.

— Il y a forcement quelqu’un, remarqua Saalyn, c’est notre ambassade en Yrian.

— Alors ils dorment, conclut Öta.

— Ça n’est pas surprenant, que pourrait-il leur arriver à Sernos ?

— Nous sommes quand même en guerre, remarqua Öta.

— Tu as raison, acquiesça Saalyn.

Elle fouilla dans ses fontes et en tira une petite clef étrange qu’elle passa à son ancien disciple. Deirane n’en avait jamais vu de telle. Avec toutes ces petites dents minuscules, elle devait être quasiment impossible à imiter.

Öta se dirigea vers une petite porte encastrée dans la grande. Il glissa la clef dans la serrure et ouvrit. Deirane entendit le mécanisme parfaitement huilé jouer, sans les claquements caractéristiques des grosses serrures qu’elle connaissait. Le mouvement était plus doux et feutré. La porte était juste assez grande pour laisser passer un cheval tenu par la bride. Tout le monde mit donc pied et terre, sauf les bawcks qui n’avaient pas de montures. Ils avaient fait le chemin à pied depuis le château d’Aldower.

Les voyageurs entrèrent dans l’ambassade en file indienne. La cour était plongée dans le noir. À sa gauche, Deirane distinguait tout juste les murs de l’ancienne caserne en cours de démolition. Absorbée par ses observations, elle ne remarqua rien d’anormal jusqu’à que ce que Gonrak, après un bref reniflement, lance un hurlement d’alerte.

— Danger ! Trahison ! hurla-t-il.

Aussitôt l’humaine fut sur ses gardes.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 7 versions.

Recommandations

Cassandra Cousy
Les légendes parlent des Abysses comme d'une vision sombre et tordue du monde, comme d'un cauchemar éveillé dont nul ne pourrait s'échapper. Dans leurs sillages ne se trouvent que mort et désolation et les rares survivants qu'elles laissent derrière s'en retrouvent à jamais changés.

Pour Garance Mortis, Chevalier noir au service de la Légion, il s'agissait bien plus que de simples mythes. Depuis maintenant plus de mille cinq cent ans, les membres de son ordre luttent de par le monde contre cette terre mystérieuse et ses sinistres agents.

Le quotidien de ces mages de bataille est loin d'être de tout repos et bien plus encore quand la politique et les idéologies s'y mêlent. De cela, Garance et les siens s'en rendirent vite compte lorsque leurs relations avec les autorités du royaume d'Essenie se dégradèrent au cours de l'année. Craignant aujourd'hui pour leur avenir, le groupe évolue dans un climat sous tensions. Et pour ne rien arranger, leur vie courante se complique soudainement quand de nombreux incidents inhabituels surviennent au beau milieu de l'automne.

Forcés de mener leurs investigations en secret, leurs pas les conduisent rapidement au cœur de l'ancienne cité-souterraine d'Agrisa, située juste sous la capitale. Mais dans les ténèbres de ce passé oublié, un choix implacable et inattendu attend Garance car là où vont ceux qui apportent la nuit, la ruine n'est jamais bien loin...


Sombres Renaissances - Tome 1

Le récit présenté ici n'en est qu'à son premier jet. Traitez-le en tant que tel. Merci par avance. ;D

*L'image de la couverture ne m'appartient pas !
Crédits : The bound Devil by legendary-memory
https://www.deviantart.com/legendary-memory/art/The-bound-Devil-484260564
Rien n'a été modifié, j'y ai simplement rajouté les différents textes en blanc.*
316
544
2003
462
Neru
Jeune Veilleur, Kyran n'accepte pas son statut et regrette sa vie passée, jusqu'au jour où un étrange accident va faire prendre un nouveau tournant à son existence, tout en ravivant les tensions entre les peuples. Mêlé malgré lui à cette affaire, il va se retrouver à enquêter pour essayer de préserver ce qui peut encore l'être.
4
11
40
10
Défi
Leenargent

-Si le ciel était d'une autre couleur, tu voudrais que ce soit laquelle ?
Arc-en-ciel, toujours et en entier. Ça ferait des chanceux.
-Plutôt tout droit ou sur les côtés ?
Je serais plutôt sur un arrondi.
-Philosophiquement parlant, quel est ton rapport avec la bolognaise ?
Je vire un peu trop souvent au rouge tomate.
-Arrives-tu as retenir ta respiration plus de 40 secondes (ou comment tuer des gens indirectement) ?
43 seconde même ! Mais j'avoue, j'étais au bord de l'asphyxie.
-Crois-tu que l'espérance de vie diminue à chaque faute volontaire dans un message ?
Heu... j' espères pa sinon je ne vait pa vivre lontenp. ;p
-Tu as déjà goûté les sandwichs cornichon/Nutella ?
Non, je n'oserais jamais gâcher du Nutella comme ça. Par contre j'ai déjà fait un sandwich ketchup, moutarde, cornichon, jambon...
-Aimes-tu Luis Mariano ?
Heu... je connais Mario, Luigi mais pas Luis Mariano. Promis, je vais me renseigner.
-Es-tu capable de boire un gâteau à la paille ?
Oui, je le fais quand je n'ai pas assez cuit mon gâteau au chocolat. ( mais à ce moment ça ne peut être qualifié de gâteau. )
-As-tu une justification plausible pour l'invention des pots de confiture ?
Non, en même temps je n'y ai jamais pensé. Mais un pot de confiture est tout sauf pratique.
-Que t'évoque les arrosoirs ?
Le soleil, la chaleur, l'été, la sueur.
-Trouves-tu que Dumbledore est doté d'une sensualité, d'un charme, d'un sex-appeal hors du commun ?
Mmm, non. Trop défraîchi pour moi.
-Comment fait-on pour casser 3 pattes à un canard ?
Soit on considère que les ailes sont des pattes soit on appelle l'armée parce qu'on est envahi par des aliens.
-Pourquoi est-ce que Mc Gyver fait quelque chose de dangereux quand il remplace un fusible grillé par un papier d'Hollywood chewing-gum ?
Parce que c'est con ?
-As-tu déjà songé à aller élever des chèvres dans le Larzac ?
Je suis suicidaire, je le sais, mais à ce point... peut-être pas.
-Combien as-tu de nez ?
Un
-De bouche ?
Une
-De cheveux ?
Beaucoup trop, et trop moches.
-Quelle est, en inch, la circonférence du joint de culasse de ta voiture préférée ?
Qui s'amuse à calculer ça ?
-Que penses-tu de l'article 327 du code pénal suédois ?
Je pense qu'il est en dépression parce que personne n'avait jamais réalisé qu'il pouvait exister.
-Penses-tu que le monde serait meilleur si nous vivions sous des tipis ?
Meilleur, je sais pas. Par contre, plus froid et moins confortable, c'est sûr.
-Préfères-tu manger 3g de chocolat ou faire 3m de ski ?
Et manger 3m de chocolat, c'est possible ?
-3*(12+25)^2 = ?
Je suis nulle en maths, on a droit à la calculette ?
-Quel effet cela te fait-il de savoir que la mousse de bière décroît exponentiellement avec le temps ?
Strictement rien à par le fait que je me suis cassé la tête à comprendre ce que voulais dire exponentiellement.
-Es-tu stressé par ton anathème ?
Anathème... la dernière fois que j'ai entendu ce mot c'était en étudiant le 8ème couplet de la Marseillaise.
-Aimes-tu faire de la planche à voile en doudoune ?
Oui, surtout en Bretagne.
-Que penses-tu de la répercussion de la fonte de la banquise sur la sexualité des caribous ?
Et sur celle des lamas, des scorpions et des ratons laveurs ?
-Que penserais-tu d'une adaptation du petit chaperon rouge qui va rendre visite aux 40 voleurs endormis pour 100 ans dans leur maison en pain d'épice pour avoir mangé des pommes empoisonnés avec, dans les rôles principaux, les personnages du seigneur des anneaux ?
À voir... il y a un potentiel.
3
0
2
3

Vous aimez lire Laurent Delépine ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0