Chapitre 32 : Territoires edorians, de nos jours (3/3)

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Un sifflement se fit entendre au-dessus des arbres, venant de la rivière. L’objet passa au-dessus d’eux et tomba sur la colonne ennemie, l’éclaboussant d’un liquide brûlant qui s’enflamma instantanément au contact de l’air. Un second ne tarda pas à le suivre, puis un troisième et ainsi de suite. Deirane avait perdu le compte quand la pluie mortelle cessa. Les hurlements de douleur avaient remplacé les clameurs du combat. Quelques vinsihons plus tard, une nouvelle série de boules de feu fut lancée. La panique commença à gagner les rangs ennemis. Il y eu un flottement qui permit aux Helariaseny et à leurs alliés de reprendre l’avantage. Une troisième salve provoqua la débandade.

Les Helariaseny soufflèrent un instant, ils en profitèrent pour évaluer leurs pertes. Il n’y avait aucun mort dans les rangs du commando, juste des blessures bénignes, à l'exception d'un drow gravement atteint et deux bawcks tombés. Un bawck chargea le drow blessé sur son dos. Puis, ils se remirent en route avant que l’ennemi ne reprenne ses esprits. La marche était plus calme maintenant qu’ils n’étaient plus poursuivis, sans pour autant être plus lente.

Au bout d’un calsihon, les edorians d’Aldower se refirent entendre. L’ennemi s’était partagé en deux colonnes pour limiter les dégâts provoqués par les projectiles qui continuaient à pleuvoir à intervalles réguliers.

Les fuyards étaient arrivés.

Les arbres prirent brutalement fin et ils se retrouvèrent sur la Grande Route du Sud, au bord du fleuve. À quelques perches du rivage, deux frégates de guerre helarieal étaient ancrés. Leurs six catapultes de bâbord lâchaient leurs projectiles, des jarres d’argiles scellées, à un rythme soutenu. La largeur des navires leur donnait une stabilité qui leur permettait de décocher leurs munitions avec une précision redoutable. Un troisième navire, celui que Deirane avait vu à quai quelques jours plus tôt à Boulden, était amarré au bord du fleuve. Ses trois catapultes étaient également en action. Sur la berge, une compagnie de fantassins avait débarqué, ils étaient disposés en deux groupes, lance à la main, bouclier devant eux, prêts à aller au combat. Entre eux, Muy les attendait. Elle était accompagnée d’une autre stoltzin qui lui ressemblait comme deux goutte d’eau : sa sœur jumelle, la pentarque quarte Wuq. Quelques officiers de l’armée et de la flotte se tenaient en leur compagnie.

Levander se présenta devant ses reines.

— Mission réussie, dit-il, les prisonniers ont tous été extraits. Ils sont vivants et indemnes.

— Félicitation, maître Levander, répondit Wuq, vous…

–… trouverez de quoi vous remettre à bord, continua Muy, vous et vos hommes ont quartier libre jusqu’à demain. Prenez le temps de vous reposer.

Öta étreignit Levander avant qu’il se retire. Il salua ses reines. Deirane se joignit à lui. Après avoir été ballottée tout ce temps, elle avait du mal à tenir l’équilibre. L’épaule d’un bawck n’était pas le moyen de transport le plus confortable.

— Je vous remercie d’être venu à notre secours, dit-elle aux pentarques.

— Vous n’y êtes pour rien, répondit Muy.

— Lergerin Aldower nous a déclaré la guerre. Il a lancé la première attaque, nous contre-attaquons.

— C’est une chance que vous ayez pu revenir si rapidement, remarqua-t-elle, et que vous ayez eu deux autres bateaux disponibles.

— C’est une chance en effet, remarqua Wuq. Comment avez-vous trouvé nos forces spéciales ?

— Efficaces, répondit Deirane, j’en avais entendu parler. Les voir à l’œuvre est impressionnant.

— Cela fait presque quatre-vingts ans que nous les entraînons pour des occasions comme celle-là.

— Je vous conseille de vous reposer, dit Muy, vous avez encore de la route à faire. Pendant ce temps…

— Nous allons nettoyer cette forêt et arrêter ce monstre, termina Wuq.

Les sœurs jumelles laissèrent Deirane sur place. Suivies d’une partie de leurs officiers, elles prirent la tête d’un régiment. Les troupes se mirent en route pour combattre les forces d’Aldower maintenant inférieures en nombre. Ne restait que l’équipage des navires.

Mënim avait raison. Muy semblait revenue à de meilleures dispositions à son égard. Elle avait été presque aimable.

Gonrak rejoignit Deirane. Il se mit face à elle, la toisant de toute sa hauteur. Ce n’était pas bien dur, elle n’était pas grande contrairement au bawck.

— Mission terminée ? demanda-t-il, prisonniers en sécurité ?

— Oui, répondit Deirane.

Sans prévenir, il lui balança son poing dans la figure. Öta fut surpris par le geste, il s’élança. Deirane l’immobilisa de la main. Elle essuya le sang qui coulait de sa lèvre. Elle jeta un coup d’œil mauvais sur le bawck. Lentement elle se releva. Dès qu’elle fut debout, il la frappa une seconde fois, à la pommette ce coup-ci, la projetant une nouvelle fois à terre.

— Non, s’écria Cleindorel, ne la frappez plus.

Elle se jeta sur sa tante pour la protéger de son corps.

— Quoi Deirane penser ? demanda Gonrak.

— Je serais plutôt d’accord avec Cleindorel, répondit-elle.

— Gonrak arrêter. Pour cette fois.

Le capitaine d’un des croiseurs s’avança.

— Votre discussion est terminée ?

— Nous avons mis quelques petites choses au point, répondit Deirane, maintenant c’est réglé.

— Parfait.

Elle prit la main qu’il lui tendait pour se relever.

— J’admire votre façon d’encaisser, dit-il, je ne pense pas que je resterais aussi calme dans une telle situation.

— J’ai de l’entraînement.

— Vos amis sont dans le navire amiral.

De la main, il désigna le seul navire amarré au rivage.

— Mes amis ? demanda Deirane

— Un jeune homme nommé Hester, ainsi qu’une frakersen et ses deux filles.

— Mon fils Hester et Aster.

Deirane regarda les deux frégates lancer quelques projectiles – des projectiles standards maintenant, pour ouvrir le terrain aux soldats helarieal – tout en massant sa joue meurtrie. Gonrak se plaça à côté d’elle.

— Navire beau, dit-il.

— Ils sont doués en effet.

— Alliance possible avec Helaria ?

— Pourquoi pas. Il faudra négocier dur. La guerre entre le Chabawck et l’Yrian risque d’être un problème.

Le capitaine qui avait entendu la discussion répondit.

— Nous sommes en guerre. Si les bawcks peuvent nous envoyer quelques régiments de fantassins, un traité devrait être possible.

Saalyn, la démarche encore hésitante, vint les rejoindre. Öta l’enlaça. Elle s’abandonna entre ses bras. La stoltzin était de taille moyenne, loin d’être aussi petite que Deirane. Mais en comparaison avec le colosse, elle paraissait minuscule. Deirane les regarda un moment, l’air dubitatif. Saalyn n’était toujours pas bien vaillante. Cependant, la petite humaine sentait que son abandon entre les bras de son ancien disciple n’était pas dû qu’à sa faiblesse. Elle décelait un lien qu’elle n’avait jamais soupçonné et qui allait plus loin que la complicité. Pourtant, un souvenir lointain lui revint en mémoire…

La structure si particulière du navire lui donnait un faible tirant d’eau. Il avait pu s’approcher du bord bien plus qu’un bateau traditionnel de même taille. On avait donc pu mettre en place une passerelle qui permettait de monter à bord à pied sec. Alors qu’elle allait s’y engager, le capitaine retint Deirane par l’épaule.

— Votre amie, demanda-t-il, a-t-elle un homme dans sa vie ?

Elle jeta un coup d’œil sur Saalyn qui, à bout de force, avait laissé son disciple la prendre dans ses bras pour la ramener à bord. Puis elle comprit qu’il parlait de l’autre amie. Elle lui répondit d’un sourire.

— C’est une humaine, vous savez ?

— Je sais, moi aussi.

Deirane ne l’avait pas remarqué. En effet ses yeux indiquaient bien son peuple d’appartenance.

— Il n’y a plus d’homme dans sa vie, c’est une veuve de fraîche date.

— Une perte récente ? Brutale ?

Elle hocha la tête.

— Je vais attendre un peu dans ce cas.

— C’est peut-être préférable.

Étant plus large qu’un navire normal, le château arrière était beaucoup plus spacieux. Il contenait donc d’autres pièces que les deux cabines que se partageaient le capitaine et ses officiers comme c’était généralement l’usage dans les flottes des autres royaumes. Il comportait entre autres une pièce qui pouvait servir de salon, de salle à manger, de bibliothèque ou à n’importe quel usage qui n’avait normalement pas sa place sur un navire de guerre. C’est là que Deirane retrouva ses compagnons. À son entrée, Hester se leva. Aster fut plus rapide.

— Ton œil, que s’est-il passé ?

— Les bawcks de Chabawck semblent un peu rancuniers, répondit Saalyn, ils ont réglé une dette vieille de vingt ans.

— Dette récente, répondit Gonrak, deux compagnons tués, deux coups.

— Je note le tarif, ajouta Deirane.

— L’essentiel est que vous êtes vivantes, répondit Aster.

Elle enlaça l’humaine puis accueilli Cleindorel de la même façon.

— Vous avez donc réussi, dit-elle, tu es Cleindorel.

Soudain propulsée au centre de l’attention générale, la fillette se sentit gênée. Elle se rapprocha de Deirane. Hester poussa doucement Aster pour prendre sa place.

— Nous ne nous connaissons pas, dit-il, mais je souhaite vraiment que ça change. Je m’appelle Hester. Je suis ton oncle. Ou ton cousin.

— Son cousin, corrigea Deirane.

Il déposa un baiser sur chaque joue de la jeune fille avant de serrer sa mère contre lui.

— Cette histoire s’est mieux terminée que tu ne le croyais, dit-il.

— Est-elle terminée ? Lergerin Aldower est encore libre.

— Pas pour longtemps, avec ce que les Helariaseny ont envoyé contre lui.

— Il a certainement prévu un moyen de s’enfuir.

— Je ne sais pas pour vous, intervint Saalyn, j’ai faim. Aussi je propose que dans un premier temps on mange puis qu’on se repose. Demain nous aurons une longue chevauchée.

Elle tourna la tête vers Cleindorel.

— Il va falloir ramener cette jeune fille chez elle.

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