Chapitre 22 : Grande route du nord, vingt ans plus tôt. (2/2)

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Le soleil était bas sur l’horizon quand ils atteignirent Sernos. Toute sa vie, elle avait rêvé de voir cette ville, la plus grande du monde. Dans son état elle porta à peine attention à l’agencement extraordinaire de l’ancien fief des Feythas. Le passage de la porte ne posa aucun problème, les gardes se contentèrent de leur jeter un bref coup d’œil sans les arrêter. Ils s’engagèrent sur le pont, un chef-d’œuvre technologique que le royaume entretenait soigneusement, car il serait bien en peine de le reconstruire si nécessaire. Il était suspendu à une série de filins qui eux même s’accrochaient à deux énormes câbles dessinant une courbe gracieuse entre les deux arches qui reposaient sur chaque rive de l’Unster.

Une fois dans la ville proprement dite, la troupe quitta la route principale pour s’engager dans un dédale de ruelles étroites, lesquelles croisaient de temps en temps une avenue plus large. Les rues étaient propres, les maisons en bon état, aucune n’était misérable et certaines étaient luxueuses. Partout une population dense constituée de gens à l’apparence aisée et de domestiques se pressait vers sa destination. Pas de mendiants ni de pauvres, ceux-là devaient certainement fréquenter d’autres quartiers. De temps en temps, une troupe de soldat en formation leur coupait la route.

Ils finirent par arriver à une grande place noire de monde sur laquelle convergeaient une bonne dizaine de routes, dont deux larges avenues. Tout autour, des tavernes bien achalandées s’étaient installées. D’un côté, un grand panneau était placardé d’édits royaux plus ou moins anciens. Au centre, une estrade, actuellement vide, servait aux crieurs à haranguer la foule. Des arbres et des bancs un peu partout complétaient l’ensemble. L’endroit devait être agréable pour flâner et se reposer et de toute évidence la plupart des gens n’étaient là que pour cela.

Tout un côté de la place était occupé par un mur en pierres de taille haut deux fois comme un homme. Au centre une large porte était grande ouverte et des représentants de tous les peuples la passaient sans que personne ne fasse attention à eux. Les gardes, un couple, flirtaient au lieu de surveiller la foule. L’homme, avait coincé sa collègue contre le mur, il était occupé à lui voler baisers et caresses. Celle-ci ne se défendait d’ailleurs pas trop, ses protestations manquaient singulièrement de convictions.

Le soldat arrêta son cheval à côté de celui de Deirane.

— Vous voilà arrivée, dit-il, voici l’ambassade d’Helaria.

Il montra la porte. Deirane déposa un baiser sur le front du jeune garçon endormi. Le soldat la débarrassa, lui permettant de démonter.

— Bonne chance jeune Deirane, souhaita-t-il.

— Merci, répondit-elle.

— Au fait, je m’appelle Darmar.

Elle hocha la tête.

La troupe se remit en branle, quittant la place par la route par laquelle ils étaient entrés. De toute évidence, ils avaient fait un détour pour elle. Une fois les soldats partis, elle hésita. Elle regarda la porte tentante, sans n’oser y aller. Elle préféra s’asseoir sur un banc et attendre. Elle observa ceux qui traversaient.

Il y avait des gens de tout peuple et de tout niveau social. Certains étaient Helariaseny, c’étaient chez eux après tout. Pourtant ils étaient loin de constituer la majorité. La plupart étaient à pied, certains venaient avec un véhicule ; pour ceux-là, les gardes interrompaient leur activité amoureuse le temps d’un contrôle. La plupart étaient là de toute évidence pour affaires. Beaucoup ressortaient avec leurs achats. Ceux en chariot avaient souvent une tapisserie roulée avec eux. Une de ces œuvres d’art qui était à l’origine de la richesse de la Pentarchie quand elle n’était qu’un tout petit royaume insignifiant sur le plan politique et qu’elle ne disposait pas encore de sa flotte. Un temps révolu depuis presque un siècle.

Elle hésitait toujours quand son attention se porta sur le couple de gardes. L’homme la touchait et la femme ne semblait pas détester ça. Bien au contraire, elle avait l’air heureuse, elle riait. Elle riait ! Deirane se décida. Elle avança d’un pas résolu vers la porte.

Au fur et à mesure qu’elle s’approchait, sa volonté semblait l’abandonner. Elle ralentissait, diminuant le rythme et la longueur de ses pas. Elle n’avait plus que quelques perches à parcourir quand elle s’arrêta. Elle jeta un coup d’œil aux gardes qui ne se préoccupaient pas d’elle. Le rire cristallin de la femme lui redonna un semblant de courage. Elle prit une grande respiration, et lentement, pas à pas, reprit sa marche. Au dernier moment, elle ferma les yeux et continua à avancer. Quand elle les rouvrit, elle s’aperçut qu’elle était entrée.

Elle avança un peu pour ne pas gêner la foule et regarda autour d’elle. Elle était dans une grande cour carrée au sol en terre battue.

Devant elle, se dressait une maison immense et magnifique. Elle était construite en pierre blanche, un seul étage, les murs étaient percés de nombreuses fenêtres en vitrail coloré, étroites et hautes, si rapprochées que la pierre entre elles était presque inexistante. L’intérieur devait certainement être très clair. Un escalier permettait d’accéder à la porte. À son pied, deux licornes de marbre – le symbole animal de la Pentarchie – veillaient. À l’étage, un balcon qui courait sur toute la façade permettait à une personne de s’adresser à la foule. Il était soutenu par une série de colonnes qui faisaient une galerie couverte à hauteur du rez-de-chaussé.

Le reste de la cour était occupé des deux côtés par une rangée de bâtiments qui fournissaient les divers services nécessaires au fonctionnement de l’ambassade. À sa gauche, les cuisines et la caserne s’avançaient jusqu’au mur d’enceinte. Par contre, à sa droite, l’écurie en était séparée par un passage d’une vingtaine de perches qui permettait d’accéder à tout un quartier d’échoppes, d’ateliers et de petites maisons. C’est là que se rendaient la plupart des visiteurs.

Deirane regardait autour d’elle, ne sachant où aller. On lui avait dit qu’elle serait bien accueillie, mais on ne lui avait pas dit à qui se présenter. Une voix mâle la fit sursauter.

— Petite, tu cherches quelqu’un ?

Elle se retourna. Le garde de la porte avait un instant délaissé sa compagne pour s’approcher d’elle. Sur le moment, elle eut peur. Comme la femme les rejoignait, elle osa répondre.

— Je veux voir Festor, dit-elle.

— Festor ? Je ne connais personne de ce nom. Et toi ?

Sa partenaire secoua la tête de dénégation.

— Désolé, Je ne connais personne de ce nom. Tu devrais nous en dire plus. Et je te conseille de passer à l’infirmerie pour te faire soigner et te reposer. Tu en as besoin. C’est là-bas. Ils sauront s’occuper de toi.

Du bras il désigna une porte entre le réfectoire et la caserne.

— Festor n’est pas là ? Festor de Jetro, lieutenant de la garde de Kushan. Il était à bord du Cristal.

— C’est donc cela. Une personne de passage. Malheureusement ça fait plusieurs jours que le Cristal est reparti. Il doit être sur le point d’arriver à destination maintenant.

— Jetro dis-tu, intervint la stoltzin. J’ignorai que maître Calen avait un frère. Si tu es une amie de son frère, tu es forcement une amie de Calen, tu pourras la voir dans quelques jours, on nous a annoncé sa venue. Elle pourra certainement t’aider à le rejoindre. Tu verras, bien que ce soit une grande dame, elle est très gentille.

— D’ici là, tu devrais te reposer, reprit son compagnon.

Il désigna à nouveau la porte de l’infirmerie.

— Va là-bas, ils s’occuperont bien de toi.

Puis les deux gardes retournèrent à leur poste, ne s’occupant plus de Deirane.

La jeune fille fut soulagée. Elle n’avait pas été mise dehors, on lui proposait même de rester pour se reposer. Et si l’accueil n’était pas très chaleureux, au moins avait-il l’air sincère. Après une longue hésitation, elle se dirigea vers la porte que lui avaient montrée les gardes.

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