Chapitre 21 : Grande route du nord, vingt ans plus tôt. (1/2)

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Deirane ne tarda pas à rejoindre la route qui reliait Ortuin à Sernos. Elle était récente, encore en bon état. L’ancienne route construite par les Feythas avait été abandonnée pendant plus de cinquante ans, elle avait été entièrement rénovée lorsque la ville d’Ortuin avait été fondée, quelques années plus tôt pour servir de chef-lieu à la province éponyme du nord de l’Yrian. Elle était aussi large que la Grande Route du Sud qui reliait Sernos aux royaumes du sud et logiquement elle avait été nommée « Grande Route du Nord ».

Toutefois, Ortuin était encore petite et sa bourgeoisie peu développée. De plus, alors que les grandes routes du sud et de l’est desservaient plusieurs royaumes, celle-là était purement interne à l’Yrian. Elle était donc quasiment déserte. Depuis qu’elle avait quitté la ferme, Deirane n’avait croisé personne.

La jeune fille marchait sous un soleil de plomb. C’était une fille de ferme, solide, mais elle était jeune et n’était pas une marcheuse entraînée. Sa sœur Cleriance avait tablé sur trois jours pour atteindre la capitale, quinze longes par jour. À condition de ne pas traîner en route. Elle mettrait certainement plus à voir la façon dont elle était essoufflée alors qu’elle n’avait même pas marché un monsihon et parcouru moins de trois longes. L’état de bouleversement dans lequel elle était rendait sa démarche cahotante et n’arrangeait rien.

Elle trébucha et s’étala de tout son long. Les larmes qui couvaient depuis qu’elle avait quitté sa sœur sortirent soudain. Elle resta là, allongée sur la route, à pleurer. C’est la brûlure du soleil qui l’incita à trouver un abri. Il y avait un arbre isolé quelques dizaines de perches sur le bas côté, devant elle. Elle s’y traîna à quatre pattes et se roula en boule sous son ombre.

La fraîcheur de la nuit la réveilla. La faim aussi. Elle fouilla le havresac que lui avait passé Cleriance. La jeune femme avait prévu les complications, elle avait tout préparé pour un départ précipité. Dans son égarement, Deirane n’en prit pas conscience. Le sac contenait de quoi manger en quantité suffisante pour le voyage. Pour la boisson, il n’y avait qu’une gourde qu’elle vida presque pour étancher sa soif. Heureusement, son aînée avait inclus un purificateur de voyage. C’était un système qui nettoyait l’eau par décantation, les particules empoisonnées, lourdes, tombaient au fond, l’eau de surface était consommable. Ce système n’était pas aussi efficace que le système de distillation utilisé à la ferme, néanmoins il pouvait subvenir au besoin d’une personne en bonne santé pendant quelques douzaines de jours. Au-delà, le peu de poison restant finissait malgré tout par rendre le buveur malade. C’est par réflexe que Deirane alla le remplir dans l’eau du fleuve.

Elle prit la première chose qu’elle trouva pour se nourrir. C’était des œufs de jurave, ce petit reptile bipède qui tenait lieu de volaille aux stoltzt avant l’arrivée des Feythas et qui avait remplacé le poulet dans les basses-cours humaines quand celui-ci avait disparu lors du conflit final. Sans réfléchir, elle cassa la coquille. Par chance, il était dur. Elle mangea tout ce qu’elle trouva. Puis elle se roula en boule et s’endormit.

Le lendemain, même si le poids sur sa poitrine n’avait pas disparu, elle avait les idées plus claires. Sa première action fut de transvaser l’eau du purificateur dans la gourde. Elle aurait au moins de quoi boire pour la journée. « Ne bois surtout pas l’eau des rivières, ni ne mange les plantes sauvages. Les pluies de feu ont pu les empoisonner » lui avait dit Cleriance autrefois. Elle savait cela depuis qu’elle était toute petite. Même sans l’avoir su, la végétation n’engageait pas à sa consommation. Ces plaines qui s’alignaient du nord au sud le long de la chaîne de montagne étaient suffisamment éloignées du désert empoisonné, loin à l’est, pour que ses habitants puissent s’en accommoder. Les plantes cultivées étaient choisies pour leur résistance autant que pour leurs qualités nutritives, les plus fragiles étaient cultivées sous serre. Mais les plantes sauvages portaient les stigmates de cette folie qui avait embrasé le monde, soixante ans plus tôt. Elles étaient déformées, maladives, à l’image du monde.

Son petit-déjeuner se limita à un quignon de pain rassis qu’elle mouilla pour l’amollir. Puis elle fit le décompte de ses biens. Son sac contenait de la nourriture. Quelques lanières de viande séchées, du pain enveloppé dans du papier huilé, des fruits, quelques tubercules et un fromage. Il y avait aussi un couteau, deux bols en terre cuite avec un jeu de lanières de cuir pour en suspendre un au-dessus d’un foyer, un briquet à amadou, le purificateur, une gourde et quelques bandes de tissu – seule une femme aurait pensé à ce dernier article. Elle pouvait ajouter à cela les vêtements qu’elle portait et une bourse contenant douze cels. Pas grand-chose pour débuter une nouvelle vie. Pourtant ces douze cels devaient représenter des années d’économie. Elle rangea ses affaires, ses seules possessions désormais.

En passant le sac à son épaule, elle remarqua une bosse dans l’épaisseur du cuir qu’elle n’avait pas remarquée alors. Elle n’arrivait pas à l’identifier. Elle en renversa le contenu sur le sol et le fouilla. Elle découvrit une poche secrète dont elle tira un bijou qu’elle reconnut aussitôt. C’était un camée sur une monture en or, il représentait un visage de profil, en blanc sur fond rose foncé. Il était suspendu à une fine chaînette. Cleriance ne s’en séparait jamais, elle y tenait plus que tout. Que sa sœur ait pensé à lui laisser un souvenir l’émut. Elle le garda un moment, serré contre son cœur.

Elle allait le ranger quand elle se ravisa. Elle ramena ses cheveux en arrière pour pouvoir le mettre sans qu’ils se prennent dans les maillons. Puis elle glissa le médaillon sous ses vêtements. Le sentir reposer contre sa peau entre ses seins lui remonta un peu le moral. Elle remit à nouveau toutes les affaires dans le sac et reprit la route.

Il faisait chaud, elle transpirait, la robe de lin qu’elle portait pour le voyage lui collait à la peau. Elle s’arrêta un instant pour boire. Elle se protégea les yeux du bras pour regarder le soleil, Fenkys, qui brillait presque au zénith. Elle avait l’impression que quand elle était plus jeune, le temps n’était pas aussi lourd. Quand elle s’en était confié à Festor quelques jours plus tôt, il l’avait confirmé. Juste après la guerre, le ciel s’était assombri, la température avait baissé. Quelques années plus tard, il s’était dégagé et les températures étaient remontées. Cependant elles avaient déjà dépassé ce qu’elles étaient avant la guerre et continuaient à monter. Certains savants n’avaient pas exclu l’hypothèse que le monde avait été trop gravement blessé et que cela continuerait indéfiniment jusqu’à ce qu’il fasse trop chaud pour que l’on puisse y vivre. Ce serait alors la fin du monde. D’autres prédisaient que dès que les immenses forêts du continent, qui avaient brûlé lors du conflit, auraient repoussées, la situation s’inverserait. Deirane accrocha la gourde à sa ceinture et reprit la marche.

Elle marcha jusqu’au soir. Déjà la végétation changeait. Les pluies qui l’arrosaient ne venaient pas des plaines empoisonnées. Elles avaient depuis longtemps lessivé les poisons et la vie sauvage avait repris ses droits. Les rares pluies de feu qui survenaient n’étaient plus suffisantes pour endommager la flore. L’Yrian constituait une zone préservée au centre de la dévastation. A Sernos même, les forêts ne portaient quasiment plus aucun stigmate de la guerre. A vingt longes au nord de la capitale où elle se trouvait, si la végétation n’était pas resplendissante, elle avait bien meilleure allure qu’à Gué d’Alcyan. Les bosquets étaient plus nombreux et plus épais et le tapis d’herbe qui couvrait le sol était plus vert, plus fourni.

La jeune fille prépara son repas. Elle plongea les lanières de viande dans l’eau pour les faire ramollir. Pendant ce temps, elle se prépara un foyer Elle sacrifia le reste de sa gourde pour faire cuire les légumes. Il y avait suffisamment de bois mort sous les arbres pour allumer un petit feu. Et comme le bivouac se trouvait directement sur le rivage, elle n’eut pas à chercher des pierres pour le circonscrire. Un vague trou dans le sol creusé avec son couteau assez loin de l’eau pour que la terre fut sèche fit l’affaire. De petites brindilles lui permirent de l’allumer facilement. Quelques stersihons et elle avait une belle flamme.

Pendant que le repas cuisait, elle regarda le fleuve avec envie. Elle avait bien transpiré de la journée et elle se sentait sale. Elle ignorait toutefois si l’eau était empoisonnée. L’Alcyan l’était. Et quelques autres petits affluents de la rive gauche. Et elle ne savait pas s’ils s’étaient suffisamment dilués dans l’Unster, relativement pur, pour avoir perdu tout danger. L’eau ne pouvait pas être bue sans précaution, elle le savait. En revanche pour la baignade, elle l’ignorait. Elle décida par précaution d’attendre Sernos.

Le repas fut rapidement avalé. Les légumes n’étaient pas assez cuits, filandreux et la viande coriace. Elle s’en contenta. Seule la portion de fromage, qu’elle étala sur une épaisse tranche de pain, était bonne. Elle prépara le purificateur pour avoir de l’eau pour le lendemain. Dans l’immédiat, elle étancha sa soif avec l’eau de cuisson des tubercules. Puis elle rangea ses affaires pour être rapidement prête et s’allongea sous un arbre pour dormir.

Le lendemain, le soleil la réveilla. Après deux jours de voyage, ses jambes la faisaient souffrir. Elle se leva avec difficulté. Le petit déjeuner expédié, ses affaires emballées, elle reprit sa marche.

Le soleil était déjà haut quand un nuage de poussière à l’horizon attira son attention. Il indiquait la présence d’une troupe nombreuse qui venait à sa rencontre. La prudence lui conseillait de fuir. Mais où ? Elle n’avait aucun endroit où se cacher. Les quelques maigres buissons ne la dissimuleraient pas aux regards de ces cavaliers. Pas d’arbre à escalader. Juste la route, la rivière et un paysage plat à perte de vue, avec les montagnes en arrière-plan, loin à l’est. Elle envisagea de plonger dans l’eau pour se cacher. Elle se ravisa. On était en Yrian, à guère plus d’une dizaine de longes de Sernos, au cœur d’un royaume civilisé, le plus grand royaume civilisé du monde. Les dangers représentés par des voyageurs étaient hypothétiques, alors que ceux du fleuve étaient presque certains. Elle continua sa route.

La troupe mit un calsihon à la rejoindre. Elle était constituée de huit cavaliers qui allaient au pas. Elle les vit bien avant de les entendre. Ils ne tardèrent pas à l’apercevoir. Au fur et à mesure qu’ils s’approchaient, elle pouvait mieux les distinguer. C’étaient des hommes, tous humains, vêtus d’une tunique et d’un pantalon de cuir. Ils avaient une dague passée à la ceinture et une épée longue fixée à la selle. La plupart portaient des bracelets de force hérissés de pointes de métal. Tous étaient couverts de bijoux, médaillons ou boucles d’oreille. Celui qui semblait être leur chef, c’est-à-dire celui qui marchait en tête, portait les cheveux longs, noués en catogan ainsi qu'une barbe courte et fournie. Il semblait très jeune, peut être quatre ou cinq ans de plus que la jeune fille. Il avait sa tunique entrouverte, laissant distinguer sa poitrine encore glabre.

Ils furent rapidement sur elle. Ils se disposèrent en demi-cercle devant elle, lui barrant le passage. Ils se dévisagèrent mutuellement un long moment. Puis le chef prit la parole.

— Qui es-tu petite, et que fais-tu seule ici loin de tout ?

— Je suis Deirane et je vais à Sernos, répondit-elle. Et vous ? Qui êtes-vous ?

Le chef se retourna, regardant la route derrière lui.

— C’est par là, à quatorze longes.

— Merci, je vais reprendre ma route alors, j’ai du chemin à faire encore.

Elle allait avancer d’un pas quand un cavalier lui barra le passage.

— Attends, jeune fille, tu ne vas pas nous quitter comme ça, la conversation vient à peine de commencer.

— Je suis pressée monsieur, je veux arriver en ville avant ce soir.

— Monsieur.

Il regarda ses hommes d’un air goguenard.

— Voila qu’elle me donne du monsieur.

Ils éclatèrent de rire, ce qui étrangement ne la rassura pas. Bien au contraire.

— Tu n’arriveras pas à Sernos ce soir. Quatorze longes c’est une longue route à faire à pied avec des jambes délicates comme les tiennes. Tu arriverais devant les portes en pleine nuit. Elles sont fermées la nuit. La campagne est dangereuse, les bonnes gens s’enferment pour s’abriter des brigands. Tu te vois à l’extérieur des murailles sans personne pour te protéger ? Tu risquerais de faire de mauvaises rencontres.

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Frédéric Marcou
BIENVENUE DANS LE MONDE RÉEL
Recueil de nouvelles
Atramenta Bienvenue dans le monde réel © 2012
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Publication : Mai 2012, par : Atramenta Näsijärvenkatu 3 B 50, 33200 Tampere, FINLANDE
Imprimé en France chez un imprimeur certifié Imprim'Vert ISBN : 978-952-273-042-8
Mise en page : Frédéric Marcou
Couverture : Atramenta Image de couverture : « Gouttes de pluie » par Frédéric Voisin-Demerey sur Flickr. (Licence Creative Commons BY).
Ce livre est publié sous licence Creative Commons BY-NC-ND
http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/deed.fr
www.atramenta.net




Préface
« Le professeur Fred est un homme clairvoyant, ses inventions sont nées de son imagination fertile et son envie de personnaliser sa vue de l'éducation ». Au commencement Dieu créa l'homme avec un index pour tourner les pages. Vint ensuite une période sombre (appelée « période sombre ») pendant laquelle les hommes errèrent à la recherche d'un mystère nommé livre. En l'an 2006 de notre ère, le génial professeur Fred trouva la solution en publiant son petit recueil d'inventions. Ce fut alors la révélation, l'illumination, que dis-je, la renaissance de notre société ! Enfin, l'être humain pourrait tourner des pages avec son index ! Mais très vite, la censure s'abattit sur lui. Ses inventions avant-gardistes le rendirent impopulaire auprès des grands de ce monde. Son livre fut censuré, interdit, banni de tous les lieux publics (sous peine d'une amende de 68 euros).
Le savant dut se résoudre à l'exil, attendant patiemment sa revanche... Puis, passèrent deux journées entières avant que vienne LA vision : Inlibroveritas, terre d'accueil libre, lui ouvrait grands les bras. Le professeur Fred s'y installa. Il ouvrit sa « boîte à moi » pour se donner du courage, et osa republier son recueil d'inventions.
« Le professeur Fred est diplômé de la faculté des Histoires et Créations en tous genres, diplôme inventivité et création, mention assez bien ». Lorsque j'ai découvert Frédéric Marcou, il m'a de suite séduit avec l'un de ses textes. L'homme se décrit comme « écrivain par envie, goût et passion » et cela se ressent dans sa manière d'écrire. J'avais fortement apprécié le poète, et ce recueil d'inventions nous dévoile une autre facette du talent de l'auteur. Les idées sont toutes aussi farfelues et extravagantes les unes que les autres et l'humour parfois décalé cache par endroits certaines vérités. Un sens de l'ironie et du loufoque auquel on prend un réel plaisir. Précaution d'emploi : n'essayez pas de tourner les pages avec votre index pour la version PDF, vous risqueriez d'endommager votre écran...
M83.



 Première partie : Les inventions du professeur Fred.


 Machine a enlever le co2 de l'air.
Il est avéré que le taux de dioxyde de carbone dans l’atmosphère n’a jamais été aussi élevé, une récente carotte de glace a démontré que le taux de CO2 présent dans l’air est le plus haut depuis plus de 350 000 ans.
Le professeur Fred a inventé la machine a enlever le CO2 de l’air, elle se présente sous la forme d’une boîte rectangulaire et blanche, d’un côté un aspirateur à air absorbe l’air trop chargé en CO2 que nous respirons et de l’autre en ressortent des petits bâtons de carbone, qui vous permettent au bout de douze bâtons d’obtenir un bon bol d’air gratuit dans un centre de thalassothérapie financé entièrement par les usines qui polluent l’atmosphère, la boîte Air Pur vous sera livrée gratuitement. Les 500 bâtons de carbone vous permettent d’acquérir un voyage aux Bahamas, tous les cadeaux sont entièrement sponsorisés par l’état américain.
Le professeur Fred est diplômé de la faculté des histoires et créations en tout genre, diplôme inventivité et création, mention assez bien.


 Réflexiomètre.


Un récent reportage a montré que dans une école israélienne, à la question qui voudrait un état palestinien, 3 élèves sur 25 on répondu oui et les 22 autres non ; après cette question, les trois élèves qui ont répondu oui ont été violemment pris à parti.
Le professeur Fred a inventé le réflexiomètre ; il mesure le taux de réflexion d’une personne à une question donnée. Aux trois élèves qui ont répondu oui, le réflexiomètre a relevé un taux élevé d’amphétamines dans les cerveaux ; cela veut dire qu’il s’attendait à la réponse des autres élèves et qu'ils ont pris le risque de subir leur courroux, pour défendre des idées visionnaires de paix, impopulaire.
Le réflexiomètre a enregistré sur les autres élèves un taux moyen d’amphétamines, ce qui signifie qu’ils sont juste mués par la colère et qu’ils n’ont pas eu de réflexions profondes sur la question. Le professeur Fred garde le réflexiomètre pour lui, car comme toute invention révolutionnaire, elle n’est pas acceptée par son époque.
Le professeur Fred est diplômé de la faculté des histoires et créations en tous genres, diplôme inventivité et création, mention assez bien.


L'appareil photo de l'astral.
Le voyage astral est une réalité pour des millions de personnes et une chimère pour des millions d’autres. La science dite moderne ne s’intéresse à la relaxation que depuis 75 ans, tout reste à découvrir en ce domaine…
Le professeur Fred à inventé l’appareil photo de l’astral. Pendant une sortie astrale, le corps astral de Fred emporte avec lui son appareil photo astral, et dès qu’il a regagné son corps physique, Fred fait un tirage des photos en exclusivité : les photos d’un ange, d’un fantôme et d’une pièce situés à quelques milliers de kilomètres du corps de Fred (note personnelle : un démon a refusé de se faire photographier, prétextant qu'il serait vu sous son mauvais jour). Fred a réservé l’exclusivité à la parution du journal Libération, du 21 juin de l’année 2055… Affaire à suivre… Le professeur Fred estime qu’il sera riche…dans une autre vie…vers 2055…
Le professeur Fred est diplômé de la faculté des histoires et créations en tous genres, diplôme inventivité et création, mention assez bien.


La boîte à moi.
Pour maintenir la domination sur les autres hommes, les prédateurs enlèvent par harcèlement l’identité de chacun, bref tu sais plus qui tu es.
Le professeur Fred a inventé la boîte à moi. Le système consiste à faire apparaître un Frédéric Beigbeder devant chaque prédateur. Le Frédéric Beigbeder répétera : « moi je m’aime moi, je m’aime moi, moi je m’aime… » Le professeur Fred travaille aussi sur un prototype à base de Bernard Lancourt, mais il pense que cette deuxième boîte à moi sera plus limitée, car moins populaire. La boîte à moi fonctionnera ainsi, le prédateur s’avançant dangereusement vers sa victime pour lui hurler dessus voire la frapper, la victime prévoyante aura eu l’ingéniosité de prendre sur elle sa boîte à moi ; elle la laissera tomber devant le prédateur qui sera surpris de voir apparaître devant lui un Frédéric Beigbeder en chair et en os, qui lui répétera inlassablement : « moi, je m’aime, je m’aime moi, moi je m’aime… » Le prédateur s’en prendra furieusement à la boîte à moi et laissera échapper sa proie, qui aura eu le loisir de prendre la tangente.
 Le professeur Fred est diplômé de la faculté des histoires et créations en tout genre, diplôme inventivité et création, mention assez bien.


 La femme à Fred idéale.
Pour pallier une vie sentimentale qui ressemble au désert du Sahara, le professeur Fred a inventé la femme à Fred idéale. La femme à Fred idéale est très simple, elle se compose d’une femme qui aime Fred pour ce qu’il est, c'est-à-dire chiant, râleur, intense, feignant, grincheux etc... Bref la femme a Fred accepte cela avec empathie et lui dit :« Fred, je ne pourrais pas vivre sans toi, fais moi l’amour tout de suite, je suis à toi ». La femme à Fred est dévouée, mais pas soumise, la femme à Fred est inscrite aux chiennes de garde. La femme à Fred aime aussi ce que Fred aime, c'est-à- dire les jeux vidéos, mais pas trop, le sexe, mais pas trop, la femme à Fred rêve que Fred devienne un auteur connu, la femme à Fred a l’ultime qualité pour une femme : elle aime Fred. Bref, la femme à Fred n’existe malheureusement que dans son imaginaire…
Le professeur Fred est diplômé de la faculté des histoires et créations en tout genre, diplôme inventivité et création, mention assez bien.


 La machine à calculer le taux de pénétration dans l'air d'une matraque de C.R.S.
Partout en France des manifestations anti C.P.E. se font jour, les étudiants prouvent leur générosité en offrant leur jeune crâne à des C.R.S. voulant tester avec avidité leur matraque toute neuve. Pour montrer sa solidarité avec les étudiants anti C.P.E., le professeur Fred a inventé la machine à calculé « le taux de pénétration dans l’air d’une matraque de C.R.S. venant se fracasser contre le crâne d’un étudiant anarchiste et réfractaire à l’autorité ». Le calcul est assez simple, il suffit de prendre l'entraînement physique dudit vigile, plus sa frustration générée par le manque de domination (il ne se trouve pas assez gradé), la vue d’une proie (l'étudiant) et boum...
Le résultat est fracassant de vérité : L’étudiant se retrouve avec un traumatisme crânien et trois semaines d'hôpital tandis que le C.R.S. en question se voit congratulé par ses équipiers ,et après que cela s'est un peu tassé, prend rapidement du galon. Donc le taux est simple pour une matraque légèrement ébréchée par l’impact, une promotion obtenue : Villepin aide à la promotion indirecte des policiers. Le résultat de la machine est donc clair : Monsieur Dominique De Villepin aime promouvoir les policiers.
Le professeur Fred est diplômé de la faculté des histoires et créations en tout genre, diplôme inventivité et création, mention assez bien.


La machine à faire dire la vérité.
Ce n'est un secret pour personne, les hommes politiques mentent. Mais pour leur faire dire la vérité, le professeur Fred a inventé la machine à faire dire la vérité aux hommes politiques. La machine se présente sous la forme d’un téléscripteur qui retranscrit en temps réel le discours mensonger en discours réel. Le test a été fait sur le susnommé président de la république encore en activité. Discours officiel : « Mesdames et messieurs, Français, Françaises, la crise du C.P.E. nous a fortement zaffectés. Nous avons tenu compte de vos attentes, mais au-delà nous vous avons compris… » Discours traduit : « Qu’est ce qu’ils m’ont fait chier pendant deux mois à brailler comme des veaux dans les rues, z’ont rien d’autre à faire ? » Vous remarquerez que dans la traduction les z du président sont intacts, donc il parle réellement comme ça !
 Le professeur Fred a cru bon de ne montrer qu’un extrait de ce que peut faire sa machine, sinon vous comprenez bien que si on disait la vérité, on serait sur une autre planète et dans un autre système solaire.
Le professeur Fred tient aussi à rappeler qu’il a voté pour le président en activité pour la dernière fois et que ce sera bien, il l’espère, la seule. Le professeur Fred est diplômé de la faculté des histoires et créations en tout genre, diplôme inventivité et création mention assez bien.


La machine à faire disparaître momentanément un enfant.
En voulant draguer les électeurs du front national, Nicolas Sarkozy a déclenché une chasse aux enfants. Des policiers pénètrent dans les classes et extraient par la force l’enfant à expulser sous les yeux horrifiés des autres enfants. Les instituteurs(trices), se voient obligés souvent de cacher les enfants et de se mettre hors la loi.
Le professeur Fred a inventé la machine à faire disparaître momentanément un enfant. Le principe est simple : l’enfant est muni d’une petite amulette à son cou, qui sur simple pression le transporte momentanément dans une autre dimension, l’effet est suspensif par un simple bouton de rappel détenu par l’instituteur(trice). Le policier entre dans la classe et donc ne trouve pas l’enfant, il rentre donc bredouille en maugréant sur ses mauvaises informations. Les enfants de la classe ne subissent aucun traumatisme et l’enfant incriminé est heureux d’avoir voyagé.
 Le professeur Fred est diplômé de la faculté des histoires et créations en tout genre, diplôme inventivité et création mention assez bien.




 Deuxième partie :


Bouts de vie.
 La magie n'existe pas (le dieu des fourmis)


« La magie n’existe pas », m’avait-on dit. « La magie est une invention des vieilles femmes pour faire peur aux enfants.
La magie, c'est de belles histoires pour créer de jolis films à Hollywood… Rien de tout ça n’est possible dans la réalité… » Oui, je me souviens de ces mots.
Ma grand-mère me les avait dits quand j’étais enfant. Le mot était lâché : la réalité. La réalité, c’était les hurlements sempiternels de mes parents, à rendre fous nos propres chats. Oui, nos chats étaient tellement terrorisés par la violence des parents qu’ils étaient redevenus sauvages… Un monstre sans cœur, tel était mon père. Il passait son temps à se plaindre de son travail mal payé. Lui qui était un homme physiquement musclé, il aimait comparer les personnes par leur musculature. Sa loi était la force. On gagnait son honneur et son travail par la force. Telle était sa loi et tel serait mon destin. Lui, mon père, en avait décidé ainsi. Subrepticement, je lui faisais remarquer que certains hommes, comme les médecins par exemple, ne pratiquaient pas la force pour gagner leur dignité. Il envoyait tout cela bouler. « Tu seras jamais médecin, tu es mon fils… » Voilà quel était mon lot, moi Fred, fils de serrurier, ou plutôt moi Fred, fils de miséreux, destiné à la misère, par la misère et pour la misère. Vivre dans la boue, être la plaie de l’humanité, nous apprend sûrement quelque chose : l’humilité.
Même les fourmis que j’observais dans la cour avaient une vie meilleure que la mienne. Je me souviens de l’ardeur du soleil qui venait taper ma peau juvénile. C’était doux et chaud à la fois. Ça faisait du bien. J’adorais prendre le soleil dans cette cour. C’était le luxe du gamin miséreux que j’étais. Dans ma cour, il y avait deux sortes de fourmis : les rouges et les noires, mes préférées. Les noires formaient de petits monticules pour la fourmilière. Les rouges, elles, je les aimais moins, car les fourmilières étaient plus cachées. En observant leur comportement, j’ai constaté que, souvent, elles se livraient bataille. Quand une noire avait le malheur d’entrer dans le territoire des rouges, elle était sauvagement écartelée. Et moi, j’étais un dieu du haut de mes 5 ans. Je pouvais sauver des vies, créer des guerres, alimenter des armées. Telles furent mes premières années : j’étais le dieu des fourmis.
 La vie de dieu est néanmoins contraignante. En effet, les noires étaient mes préférées, car elles étaient sociables. Elles construisaient des édifices et parlaient entre elles. Elles étaient aussi de redoutables combattantes, et j’aimais cela. Ça me grisait. Oui les fourmis parlaient entre elles. Mais comment cela était-il possible ? Je m’amusais à essayer de leur donner de fausses informations pour les dérouter. Mais, au début, mon langage fourmis ne devait pas être au point, car elles ne m’écoutaient guère… « C’est ridicule, me disais-je. Comment peut-on aimer des fourmis ? » Et pourtant, oui, je les aimais ces fourmis.
J’en étais arrivé à leur parler, à leur dire ce qu’il fallait faire. J’imaginais la panique que je suscitais si j’avais le pouvoir d’envoyer de fausses informations. De fausses informations à des fourmis que j’aimais ? Oui, la panique que cela susciterait... Perdu dans mes rêveries, je jetais un œil à la fourmilière qui était prise de panique. J’ignorais pourquoi. Mais un hurlement de ma mère me fit vite revenir à la réalité. Oui, la réalité c’était ça : l’abrutissement de mes parents. J’en écrasai une larme... « La magie serait une chose inventée ?, me questionnais-je alors. Mais dans ce cas, ils ont drôlement d’inspiration ces gens… » Puis, pour me prouver que la magie n’existait pas, on me fit regarder des magiciens à la télévision, des gens bien sous tout rapport qui faisaient des « tours de magie. » Certains étaient même bluffant. Oui, des tours de magie !
C’était rigolo de voir la tête des gens qui étaient « induits en erreur ». Et mon père de conclure : Tu vois, c’est ça la magie. Mais c’est toujours avec des trucs, des astuces ! Le petit bonhomme abruti par la violence que j’étais trouvait toujours honorable qu’on lui prête de l’intérêt. Je répondis oui avec mon sourire béat devant tant de prouesses. Encore une fois, la force triomphait de l’amour. Il faut imaginer que l’enfant que j’étais était ce que l’on peut appeler renfermé et abruti. Je ne comprenais rien à rien, et, en plus, je ne rêvais qu’à une seule chose : fuir ce cauchemar permanent qu’était ma vie. Le soir, dans mon lit, je m’imaginais par la pensée, regardant la vie des autres. Elle devait être merveilleuse. Ils devaient être heureux. Je me posais souvent la question : mais ça existe des gens heureux ?
Le sommeil me gagnait, mais mon rêve continuait. Je scrutais chez les voisins. Je voyais des images : tiens ! Eux aussi, ils ont un fauteuil en cuir… Puis je m’endormais profondément. Le lendemain matin, le retour à la réalité me faisait vite oublier tous mes rêves, puisque l’on me faisait faire de glaciales ablutions dans un ridicule baquet. J’étais frigorifié et terrorisé. Décidément, la magie, si elle existait, n’avait aucun pouvoir et personne n’y croyait. Me questionnant toujours sur la réalité de la magie, j’essayais de regarder ce fantastique miroir sur la société que l’on appelait télévision. Si la magie existait, ils devaient en parler à la télévision, c’était sûr. Ben non ! Personne n’en parlait. Ou bien si... on en parlait. Mais pour la dénigrer. « La magie, ça n’existe pas », disait une psychanalyste.
C’est la pensée magique qu’ont tous les petits enfants. Quand on leur demande s'ils ont appris leur leçon, ils répondent : « je sais ». Mais en fait, non, ils ne savent pas. Cette femme m’avait fait énormément cogiter. De plus, elle était très belle. Mes sens étaient en action... Je réfléchissais dans mon lit : elle avait raison. On croit savoir une leçon, mais on ne la sait jamais. C’est à cette époque, en pleine réflexion métaphysique sur le pourquoi du comment, que je rencontrai Carole. Je vous rappelle que je n’avais pas plus de 6 ans. Je n’étais pas bon élève, et les gens avaient plutôt de l’émotion quand ils me voyaient. Carole était à mes yeux la plus belle fille du monde. Elle hantait mes jours et mes nuits et même un jour elle me prit la main tellement je la dévisageais. Elle était ma copine. C’était la plus belle fille de toute l’école. Je n’en dormais plus. Exit tous mes rêves de magie. La passion m’animait. J’étais le centre de toutes les conversations. Moi, le minable pas grand-chose, je tenais la main de la plus jolie fille du préau. Je ne me souviens plus de la raison de notre séparation. Je me souviens de l’immense douleur que cela m’avait faite. Je me souviens de l’entêtement que j’avais à vouloir la reconquérir.
Son image resta gravée dans ma tête pendant au moins dix années. Ça, c’était de la passion. La magie dans tout ça, me direz-vous ? Mais rappelez-vous : la magie n’existe pas… C’est aussi de ça que je m’étais persuadé. Mais quelque chose clochait. Je faisais des voyages presque toutes les nuits. Je n’osais en parler à personne. Je voyageais loin, très loin. Une fois, j’ai tenté de l’expliquer à ma mère : « Tu sais, la nuit, je marche sur la route dehors… Ma mère me disait alors, séductrice, en me caressant le front chaleureusement : – Mais non ! Tu as rêvé. Allez file. » Et je filais, penaud…
Comme la magie n’existait pas, il était évident que c’était encore parce que j’étais bête que j’imaginais ça, comme ne cessait de le répéter mon père. Je ne comprenais pas les choses. 29 La magie n'existe pas (puisqu'on vous le dit) Imaginons… Imaginons un instant que j’aie été très malheureux dans mon enfance. Imaginons… Imaginons que j’aie été suffisamment malheureux pour croire qu’ailleurs il existait quelque chose d’autre… Imaginons… Imaginons qu’à force de croire, j’aie effectué plusieurs voyages astraux… Imaginons… Imaginons qu’étant enfant j’aie eu une vue du futur et particulièrement de ces élections présidentielles… Imaginons… Imaginons que je sache quelle sorte d’adversaire il fallait battre pour avoir la paix… Imaginons… Imaginons que bien plus tard, j’ai joué au tennis de table et j’ai battu quelques personnes un peu brutales suffisamment pour ne plus en avoir peur… Imaginons...  Imaginons un président qui parle de renaissance… Imaginons… Mais non, le voyage astral, ça n'existe pas, c’est des billevesées, vous le savez autant que moi.


 L'enfant, la cage, et le prodige.


Il faut imaginer, pour ceux qui ne l’ont jamais vécu, ce que peut être la misère la plus noire : pas d’avenir, pas d’espoir, pas de rêve. La réalité toute crue devant soi, qui vous étreint les tripes, qui vous oblige à vous tenir éveillé et la plupart du temps qui vous tient éveillé. Il faut voir ce qu’est la vie d’un enfant de 9 ans dans ces conditions, chaque jour, chaque heure qui passe est appréciée, car cela sera peut-être la dernière…
C’est dans ces conditions apocalyptiques que j’ai vécu le déménagement de mes parents vers la campagne, nous sortions d’une cour des miracles qui était mon lieu de vie, vers un peu de lumière, oui un peu de lumière, enfin je le croyais... Mon père vaillant qui brisait des herbes à crapaud, comme on les appelait, elles étaient grandes, immenses à mes yeux, je me croyais dans une jungle inextricable, elles faisaient deux mètres de hauteur et mon père fauchait cela avec une facilité déconcertante, comme il était fort mon père… C’est dans des conditions spartiates que nous emménagions. Au fond de moi, j’étais heureux, car nous quittions un cauchemar, mais mon père savait y faire et veillait toujours à ce que nous ne manquions de rien. L’enfant que j’étais appréciait cela.
Le monde tel que je le voyais à l’époque était triste, malheureux et misérable. C’est aussi comme cela qu’était ma tête. C’est alors que j’ai vu cette étendue de verdure que mon père avait fauché, ça ressemblait à un immense terrain de jeu, c’était merveilleux, j’étais ravi. 1200 m2 de terrain presque rien qu’à nous. C’est cette nuit-là, je crois, que je me mis à rêver. Ou plutôt, à songer à une cage, moi qui adorais les oiseaux. Ça aurait été génial une cage assez grande pour mettre mes oiseaux, un couple de tourterelles qui avait fait le voyage avec nous... Quelque temps après, c’est en revenant essoufflé de l’école que je vis mon père en plein chantier. J’étais interloqué, car, à son habitude, il bricolait dans son garage, un endroit sombre et dangereux où seul lui était à l’aise. C’était son antre…
Mais là, il bricolait dehors une sorte de petite tour... Qu'est-ce que cela pouvait être ? J’avançais très prudemment, comme à mon habitude, connaissant la violence de mon père, je regardais sans poser de question, juste un peu excédé ; puis, il m’adressa la parole, il construisait une cage, j’étais interloqué. Mais une cage pour quoi faire ? Il me répondit le plus naturellement du monde : « Bien, une cage pour y mettre tes tourterelles. » Je m’éloignais. J’étais stupéfié et j’avais un sentiment merveilleux en moi. Au bout de deux semaines la cage était finie, elle était magnifique, réellement magnifique, assez grande pour contenir un homme adulte sans qu’il baisse la tête et assez large pour des dizaines d’oiseaux, c’était prodigieux. Mon père était un homme prodigieux, comment aurais-je pu deviner que tout cela n’était qu’un stratagème malhonnête pour pouvoir me garder sous sa coupe, sous sa domination de « chef » odieux, personnage violent et menaçant. C’est cela, un personnage pervers narcissique...
Toujours deux visages : l’ange et le démon réunis en une seule personne. Machiavélique et qui d’instinct connaît les désirs de l’autre, chaque faille étudiée à son profit, à sa soif de domination totale.


 Dialogue Fred à fée.


Fred : Bonjour, madame la fée.
La fée répond : Bonjour.
Fred (sceptique) : Euh, vous avez vos diplômes de fée ?
La fée : Il n’y a pas de diplôme, c’est avec une grande pratique de l’ésotérisme que j’ai réussi à acquérir mes pouvoirs.
Fred (incrédule) : Moi aussi je m’intéresse à l’ésotérisme, mais je ne suis qu’humain.
La fée : Mais vous avez un grand potentiel !
Fred : Ouais, je sais, je suis un peu magicien, mais je rame pas mal.
La fée : La lumière christique vous aidera à trouver la foi.
Fred : Oui, oui. Mais la foi m’a malheureusement échappé, quand mon père m’a hurlé dessus en m’enlevant tout ce qui me restait de dignité.
La fée : Vous devez lui pardonner.
Fred : Ben oui. Mais il en a profité pour serrer un peu plus la vis et prendre plus de pouvoir dans ma vie.
La fée : Oui, moi aussi je connais ça, je suis tombée sur un pervers, j’ai été obligée d’en venir aux mains. Fred : Moi, je suis contre la violence, j’y oppose la force morale.
La fée : Mais il a bien fallu que je me défende…
Fred : Oui, moi aussi j’ai réussi à me sortir de mes parents bourreaux au prix d’un combat dantesque, mais sans violence.
 Conclusion : Les fées sont plus violentes que les humains.


Fred et la loi.
Un jour, lorsque l’on se promenait, la maman de petit Fred lui demande : « Et si on te demande si ça va qu'est-ce que tu réponds ? Petit Fred interloqué — Bien, je dis bien. La maman de petit Fred est rassérénée, elle sourit. Petit Fred aime quand sa maman est contente, il sourit également. Comme tous les enfants, petit Fred voulait que ses parents soient contents de lui, alors il faisait ce qu’on lui disait de faire. En effet c’étaient ses parents, ils se devaient de lui montrer le chemin, la voie à prendre. Dans le monde de petit Fred, c’était simple, ses parents avaient raison, même si ça faisait mal parfois. C’est comme cela qu’a commencé la vie de petit Fred.
Entre les hurlements intenses et psychiques de son père, et sa mère qui entretenait la violence morale. Un jour où son père a hurlé un peu plus fort que les autres fois, petit Fred s’est senti partir, partir émotionnellement et psychiquement. Ce jour-là, quelque chose s’est cassé dans le cerveau de petit Fred, irrémédiablement et pour toute sa vie. La glande pinéale a été touchée, certains disent de cette glande qu’elle est le refuge de l’âme, une chose est certaine, c’est que le père de petit Fred a voulu délibérément lui faire du mal et le rendre fou.
 Petit Fred apprendra plus tard qu’aucune loi parmi les autres hommes que lui n’interdit cela, c'est-à-dire en d’autres termes que son père avait le droit, d’après la loi de son pays, de lui hurler dessus jusqu'à le rendre fou... Tout le monde trouvait ça normal que petit Fred se sente mal et n’arrive pas trop bien à l’école, même les profs ne comprenaient pas petit Fred. Il est doué en calcul mental bravo, mais en orthographe, ça ne va pas trop. La seule autorité que petit Fred aurait pu avoir pour le défendre, les profs étaient tout à fait incapables, ou trop lâches pour le défendre… Face à ces parents bourreaux. Oui, la loi de son pays n’interdisait pas cela, son père avait le droit… De détruire petit Fred.
Et maintenant Fred est devenu grand, et que voit-il ? Des parents qui maltraitent leurs enfants au su et à la vue de tous, car la loi de son pays permet cela. Alors, grand Fred pleure, et écrit pour que peut-être, un jour, on l’entende.  Un peu plus grand... On dit souvent qu’écrire c’est mettre son âme sur le papier. Mon âme à moi est celle tourmentée d’un être blessé, blessé par la violence des hommes. Les paroles d’une chanson disent : « You can break the body but you can’t break the soul ». J’ai appris à mes dépens que ces paroles étaient fausses. On peut briser l’âme d’une personne aussi facilement que l’on peut briser son corps. Et, pour réparer l’âme d’une personne, je ne connais aucun médecin compétent. Vous allez me dire : comment peut-on briser l’âme ? Eh bien... c’est assez simple. Il suffit d’un peu de fureur violente, de cris psychiques comme on les appelle. C’est un art très sournois : apprendre à terroriser les personnes par la voix, rien que la voix. Quand une personne se met à hurler de fureur devant vous, votre âme quitte votre corps aussi facilement que le ferait un ballon emporté par le vent. Vos yeux s’exorbitent pendant un temps, cela vous fait mal. C’est physique. Perdre son âme est une chose très physique et réelle et vous vous révoltez. Et cette révolte ne dure qu’un temps, puis plus rien. Vous vivez, mais sans réellement vivre. Vous êtes là oui peut-être, mais vous n’y êtes plus pour personne. Vous êtes vivant oui, mais plus personne ne veut vous parler. Vous êtes un zombi.
 Après un long travail sur vous-même, vous reprenez espoir. Puis au bout de six mois, cette zombification disparaît. Vous ressentez physiquement dans votre tête que votre âme est revenue et ça fait mal. Et là, vous vous battez. Vous vous battez avec vous-même, car vous ne voulez plus jamais revivre cela. Mais votre bourreau est toujours là. Il vous observe, vous scrute, épie vos mouvements. Et c’est là que vous comprenez où vous en êtes. Vous n’êtes qu’un esclave, l’esclave d’une personne sournoise et perverse qui n’a qu’un seul but : chosifier les gens pour exister. C’est un cauchemar. Cela ne peut pas exister, cela n’est pas réel. Et pourtant, si !
Dans un moment d’intuition, je prends le téléphone et regarde une adresse, celle d’une psychologue. Je lui parle travail l’air de rien. Elle est d’accord : on parlera travail. On n’a pas parlé travail… Elle m’a beaucoup aidé. Pendant ce temps j’essaie de quitter le domicile familial, aidé par trois personnes compétentes, un psychiatre, une accompagnatrice sociale et cette psychologue. Je subis menaces, mensonges, harcèlement, haine, culpabilisation… Et un jour, déchaînement de fureur de mon père, jusqu’à la menace physique d’un coup de couteau, chose dont je ne tiens pas compte. Je lui avais acheté un couteau spécial qu’il avait lui-même mis en valeur. Alors s’il voulait me poignarder, ce serait avec celui-là. Mais il ne l’a pas fait. Mon propre père n’a pas eu ce courage.
 Après encore quelques brimades, je vais voir un médecin, pour un excès de stress. C’est un prétexte pour faire reculer mon père et cela fonctionne. Non seulement j’ai réussi à quitter mes parents, mais j’ai acquis ma liberté. Mes parents ont trouvé une autre victime : mon grand-père, victime de son refus de croire en la perversité de sa fille. Alors aujourd’hui, je veux panser mes blessures, mais c’est difficile. Car je vois trop le monde comme un univers de malheur et de fausses joies, de haine et d’ignorance, de dépit et de froideur. Mais où est l’être humain dans tout ça ? Si si ! Il existe ! Il est caché, au plus profond de nous, quelque part... J’ai donc trouvé un studio, bof. Pas bien grand, mais en pleine ville. Dernière petite attaque de mon père… Le déménagement se passe correctement dans l’ensemble. Je me retrouve seul au milieu d’une ville moyenne, moi le campagnard isolé de tout.
Tellement isolé que je n’avais jamais vu Canal Plus ! Hum ! Je me demande à quel point mes parents ont fait exprès de s’installer hors du réseau... Ils détestent les journalistes. Le déménagement terminé, je reste là dans ce studio, je m’imagine devenir un magicien : seul un magicien aurait pu avoir autant de sagesse pour réussir à s’échapper de l’emprise d’un homme qui se prend pour un chef. Un chef, sûrement, mais alors un chef nazi. J’ai divagué ainsi pendant une bonne semaine. J’étais un magicien, car seul un 41 magicien aurait pu réussir cela. En effet il m’avait fallu beaucoup de courage. Pendant quelque temps encore mes parents viennent me voir régulièrement sous prétexte que je n’ai pas de lavelinge. Une erreur que j’ai vite fait de réparer. La peur dont ils me menaçaient — celle d’être incapable de me débrouiller seul — s’est révélée au contraire être un bonheur immense. À tel point que le sourire ne me quitte pas pendant six mois. Avez-vous déjà été heureux pendant six mois, vous ? Bien moi, cela m’est arrivé et j’admets que l’expérience est plaisante. J’étais en état de grâce. Plus rien ne pouvait me toucher, plus rien.
S’il y avait une leçon à tirer de cela... S’aimer soi-même est le premier pas vers le bonheur. Aujourd’hui, je vis toujours dans ce studio et c’est mon grand-père de 91 ans qui a pris ma place chez mes parents. Il est chosifié. Je me rappelle qu’une fois je l’avais interrogé plus ou moins sur la façon dont on le traitait comme j’avais été traité. Il avait éludé le problème. Ce perpétuel inquiet qu’est mon grand-père n’avait pas conscience de sa situation. Hélas pour lui, il la vivra probablement jusqu’à sa mort. J’ai ouvert un forum Internet avant de déménager. Son thème : la violence morale. Je n’avais pas idée de l’ampleur du phénomène. Non, je n’en avais pas idée. Ce forum fonctionne très bien. Il a beaucoup de succès. Parmi les intervenants, hommes ou femmes, beaucoup se sont fait piéger, ou plutôt séduire… Je pense que cette violence est aujourd’hui institutionnalisée, vu le succès du forum. La violence semblerait légale de nos jours. La terreur se justifierait par la morale. La solidarité est et restera toujours la meilleure des armes contre la terreur. Papa, je te pardonne, mais on ne résout rien par la violence.
Voilà plus d’un an maintenant que j’ai quitté mes parents bourreaux. Depuis, les six mois de bonheur constant que j’ai connu ne sont plus qu’un immense souvenir de paix. Je retourne voir cette psychologue qui m’avait si bien aidée, elle m’aide encore, car, maintenant, le problème qui se pose à moi est triple : D’abord, ne plus jamais être sous l’emprise d’une personne perverse. Là, en l’occurrence, mes parents sont encore présents plus ou moins, mais plutôt moins. Je les appelle maintenant « madame et monsieur » quand je les rencontre. Cette distance que je mets entre eux et moi me fait un bien fou. J’ai vraiment l’impression de m’adresser à des étrangers et c’est, honnêtement, ce qu’ils sont pour moi. Mon deuxième problème est affectif : il s’agit de ma petite sœur qui pour son grand malheur vit encore chez eux. J’essaie de lui aménager des « bouffées d’oxygène » quand elle vient chez moi, car voir une personne normale, faire des choses normales a toujours été ce qui m’a manqué.
Alors, je lui donne cela. Je me préoccupe beaucoup de sa santé mentale. Pour l’instant, je crois que je réussis mon travail ; elle vient d’avoir sa deuxième année de fac, ce qui me réjouit. 43 Et enfin, mon troisième souci ou plutôt travail est moimême. En fait, ce travail avec la psychologue, je le fais pour moi, pour apprendre à m’aimer. Je sais, ça peut paraître idiot au premier abord, mais pour moi, non. C’est très difficile. De plus, j’essaie de savoir qui je suis, car mon identité, ou plutôt ma création d’identité qui se fait vers la fin de l’adolescence m’a été volée par la maladie. Je crois que petit à petit, je réapprends à vivre un peu comme ces gens qui ont été victimes d’une attaque terroriste et qui mettent des années à se recréer une vie normale.
Il y a beaucoup de cela dans ce que je vis actuellement. J’essaie de me distraire, mais en même temps cela m’éloigne de moi-même. Ma phobie des couteaux s’éloigne chaque jour davantage, mais l’aide psychologique n’est pas de trop. J’ai encore en moi ce délire de persécution qu’Agnès décrit dans son si beau texte. La psychologue me répète : il faut suivre ses désirs, Monsieur Marcou. Pas facile quand on a mené une vie d’esclave. Alors quand il faut essayer de se projeter dans l’avenir, ça tient de l’escalade de l’Everest en 1900. Il faut suivre ses désirs, Monsieur Marcou, ou bien simplement, apprendre à vivre...  C'est encore moi... Oui, c’est encore moi, qui viens vous parler de moi. Oui je sais, ça peut paraître égoïste comme démarche, mais non, en fait, je pense, je témoigne et j’en avais besoin. J’ai 34 ans maintenant, mon grand-père est décédé, il a tenu environ un an, ce n’est pas mal vu son grand âge. Je ne vais plus voir la psychologue, je crois que c’est bon pour moi, j’ai digéré, enfin tant qu’il est possible de le faire. Je suis toujours dans mon studio, seul. Je vais de temps en temps faire des choses artistiques avec d’autres handicapés, bof, j’y réapprends une certaine sociabilité que j’avais complètement oubliée, on a un nouveau président, bof aussi.
J’ignore combien de temps je vais tenir sans aide supplémentaire, chaque mois ça devient plus difficile de ne pas être à découvert. Mes parents ont fait comme à leur habitude, ils ont profité de l’intérêt général pour la présidentielle pour instaurer leur climat de terreur au perdant en l’occurrence : ma sœur, qui s’est rendue coupable d’avoir choisi inconsciemment d'être la perdante. Et maintenant, mes parents l’ont obligée à se rendre et à en payer le prix, ma sœur ira avec eux chez des cousins parisiens dont on se fiche éperdument ; mais aux yeux de mes parents, obliger ma sœur à les suivre est synonyme de leur pouvoir et cet 45 abus de pouvoir risque de la rendre malade, j’en suis bien conscient, mais je ne peux rien faire. Ce qui n’est qu’une défaite pour certains se transformera en maladie certainement pour d’autres, comme ça a été mon cas, lourde responsabilité que celle-là pour les politiques, les plus petits qui trinquent… Ma mère m’a bien donné un coup de fil quelques jours après la fin des élections, mais moi je sais garder la tête froide maintenant, je ne me rends plus. Ce qui est rigoureusement impossible pour ma sœur… Oui, se rendre et devenir fou… parce qu’on se sait otage de la volonté d’autrui J’espère que je ne vais pas finir à la rue.
Enfin, c’est un vœu pieux parce que finalement, vu le nombre de personnes qui s’intéresse à ma condition et à celle de ma sœur... Il y a environ 600 000 personnes schizophrènes en France. Pour moi elles sont toutes victimes des mêmes symptômes, l’absence de secours dans la détresse psychique. Ce sont des personnes qu’il faut entourer ; or on les méprise et on les écarte de la société, ce qui crée d’autres psychoses et donc d’autres malades. Le processus ne s’arrêtera pas tant que la société ne changera pas en profondeur. Je vais vous laisser un peu méditer sur cela.  À bientôt, enfin j’espère…



 La Faille
La science m’avait dit « tu es schizophrène, tu as fait des hallucinations. » Et j’y ai cru. Oui, j’hallucinais chaque fois que je ne prenais pas mes antipsychotiques. C’était très désagréable, donc je n’oubliais pas mes médicaments, cela faisait huit ans que je prenais mes médocs religieusement, et j’en oubliais presque leur importance. Cette après-midi-là, je tchatchais sur Internet avec une amie qui avait quelques soucis, je m'étais vraiment inquiété pour elle, elle semblait avoir tellement d’ennuis avec ses parents, les mêmes que les miens, des pervers narcissiques, ceux-là mêmes qui m’avaient fait devenir schizophrène à force de harcèlement. Bien, bref tout cela explique que ce soir-là, j’étais préoccupé ; tellement préoccupé que j’en ai oublié ces fameux médicaments. C’est vers 4 heures du matin que des sueurs froides commencèrent à me réveiller, je bougeais dans tous les sens, comme possédé. Et c’est en ouvrant les yeux que je vis une vision d’horreur : là, à quelques mètres de moi, s’agitaient des êtres horribles tout droit sortis d’un film d’épouvante. Ils sortaient d’une sorte d’ouverture, une ouverture dans mon studio. J’étais terrifié, tétanisé. J’avais des sueurs froides qui me traversaient de partout, c’était cauchemardesque, je les regardais, horrifié. Ils étaient si proches de moi, mais ne semblaient pas pouvoir réellement avancer.
Ils me regardaient avec des regards à faire froid dans le dos, je tremblais, j’étais terrifié, que se passait-il ? Cela me replongeait dans les pires moments de ma vie. Puis, après quelques minutes de terreur... Je réalisai... Je réalisai que j’avais dû sûrement oublier de prendre mes médicaments. J’arrivai péniblement à m’asseoir sur le rebord du lit, je ruisselais de sueur, j’essayais de me calmer, mais je sentais toujours la présence de ces êtres horribles, là, près de moi. Puis péniblement, je me hissai pour prendre enfin mon médicament. Il m’a fallu quelque temps, une semaine ou deux avant d’oublier ces visions. Encore une fois, je me suis répété que tout cela n’était qu’hallucination, que c'était de l’autosuggestion. Mais qu’est-ce réellement que la schizophrénie ? Les médicaments m’ont stabilisé, c’est indéniable, ils m’ont permis de retrouver une vie normale et je remercie la science pour cela, mais beaucoup, beaucoup de questions restent en suspens pour moi ; en effet, plus je m’interroge, moins j’ai de réponses. Je veux bien croire qu’une glande dans mon cerveau soit cassée et provoque ces hallucinations, c’est la version scientifique, et donc le médicament régule cette glande, ça aussi je veux bien le croire.
 Ce dont je me souviens de ma maladie, c’est en effet d’avoir le cerveau dissocié, une partie là, présente, et une partie ailleurs, et c’est bien ce qui me gêne. Si je suis ailleurs, où suis-je ? La science répond bien au « comment », mais elle ne répond pas à ce que je vois. Mon intime conviction est que, quand on hallucine, une brèche peut se former avec ce que l’on appelle « l’astral » et dans ce cas-là, le bas astral. Mais cela reste du domaine de la spiritualité et aucune science ne pourra jamais l’expliquer, je pense…



 Impensable allergie
Certains hommes sont allergiques au bonheur. D’autres sont allergiques au pollen, à la piqûre, mais certains hommes sont allergiques au bonheur, le bonheur des autres les insupporte. Ils font de telles crises d’urticaire interne qu’ils en deviennent violents. Le vaccin contre cette allergie n’est pas encore trouvé. C’est un peu comme si lorsque l’on se promène dans la rue, on tousse chaque fois que l’on rencontre quelqu’un d’heureux. Je comprends à la fin : il y a une telle dose d’adrénaline dans le sang que l’on a besoin de décharger sa violence en hurlant sa haine sur ce bonheur, sa fureur contre ce bonheur qui, depuis si longtemps, vous agace, vous persécute. L’allergie au bonheur, c’est comme la tarte au poivre, ce n’est pas bon et ça embête tout le monde. Impensable n’est ce pas une allergie au bonheur ?
Et si c’était vrai, un homme allergique au bonheur, ça n’existe pas, ça n’existe pas… Et pourquoi pas ? La porte des possibles. Aujourd’hui, j’ai franchi la porte des possibles. Toujours mon combat m’a amené plus loin dans la condition d’être humain, aujourd’hui, j’ai franchi la porte des possibles. Je suis maître d’hôtel, dans un hôtel imaginaire, dirigé par des gens qui n’obéissent pas aux conditions humaines. Personne sur cette terre n’avait voulu de moi. Alors, j’ai fini par être accepté par des non-terriens.
Chaque nuit en rêve je rejoins mon poste, j’accueille toute sorte de gens. Terrestres extra ayant trouvé la voie, d’autres moins terrestres, mais au moins compatissants. Les terrestres m’ont rejeté, ont fait de moi un paria. Moi qui suis né humain, j’ai rejeté une à une toutes leurs tentatives de soumission. Les salauds qui voulaient me séduire et faire de moi un objet, les pervers qui voulaient m’avilir et m’asservir. D’autres teigneux et méchants, d’autres encore, simples idiots, et tant d’autres qui m’ont fait du mal… Ils ont tous essayé de me faire du mal et ce soir, j’ai franchi la porte des possibles.
J’ai réussi après toutes ces années de combat, je suis devenu l’être humain que je voulais, je suis maintenant un maître d’hôtel, chaque nuit je reçois un salaire et j’accueille les gens dans un château imaginaire, car à force de me vouloir du mal et me rendre malheureux, tous ces gens m’ont rendu fou… La folie est une douce évasion… loin de ceux-là… loin de ceux-là…
L'usine à mort.
Nous vivons en démocratie, nous vivons en démocratie, la France est une démocratie, c’est souvent ce que j’avais essayé de me répéter, que des atrocités ne pouvaient se perpétrer au vu et au su de tous, et pourtant… Le simple fait d’être malade aujourd’hui nous condamne, nous condamne à la mort quasi certaine. Je parle en pleine connaissance de cause, ayant moi-même échappé à la mort de très peu, en fait non, je n'y ai pas échappé, je suis mort, puis revenu.
Ce qui déplaît dans notre maladie, c’est qu’elle touche le cerveau, ce qui fait de nous des personnes qui ne se laissent pas « corriger » par les autres, puisque notre cerveau ne réagit plus, alors la solution est de bourrer les malades de médicaments, pour les assommer… Non, nous ne sommes pas dans un camp nazi de la Seconde Guerre mondiale, mais seulement dans un hôpital psychiatrique, où l’on « soigne » les patients en les assommant à coups de médicaments. Quel est notre tort ? Celui d’être tombé malade. Quel est notre châtiment ? La mort par médicament ! Personnellement, je suis suivi par une assistante sociale, j’ai bien cru que ce qui m’était arrivé était une exception, on ne pouvait pas faire cela, dans une démocratie, ce n’est pas moral, pas humain, pas normal… 
Tellement de pas que ça en devient absurde, l’indifférence des gens tue, elle tue, car elle laisse faire, tous les jours des gens malades sont « corrigés » à coups de médicaments et tout le monde laisse faire. On se targue de ne pas faire de prison comme Guantanamo, mais regardez ; là juste à côté de chez vous… On meurt par indifférence… On meurt dans une démocratie… Je ne suis pas de ceux qui se désolidarisent après m’en être sorti, mais ma voix ne porte pas assez loin, malheureusement… 


J'étais mort.
Oui, je sais le titre peut étonner un peu, maintenant, je peux essayer de vous narrer l’histoire, mon histoire. J’étais dans la clinique, voilà ce dont je me souviens, tremblant devant le médecin, persuadé que l’on allait encore me faire mal, tout le monde le faisait alors pourquoi lui ne le ferait pas, je ne disais pas un mot, pourquoi, bien simplement parce que j’étais bien trop affaibli pour parler, j’avais 24 ans et je venais de m’échapper de l’hôpital psychiatrique où l’on me maltraitait à coups de médicaments et de piqûres auxquels j’étais allergique.
Mes parents m’avaient amené, oui, mes parents… Je me souviens de sa voix, oui ce médecin avait une voix douce et apaisante, cela ne signifiait pas grand-chose, mais je me souviens de sa voix qui m’avait un petit peu apaisé. Je pense qu’il décida de me garder, mais mes souvenirs sont flous, on m’a amené dans une chambre et l’on m’a mis sans me charcuter une perfusion, je regardais cela quasi sans intérêt, mes dernières forces étaient en train de me quitter. J’étais faible, extrêmement faible, mais j’appréciais que mes heures de souffrance se passent dans un lit, j’avais toujours eu une relation agréable avec cet endroit. Les minutes passèrent et je crois que je finis par m’endormir, puis je me réveillai, je me battis, je me battis pour que mes dernières forces ne m’abandonnent pas, car j’aimais cette vie qui avait été si ingrate avec moi.
Et puis les souvenirs de combat affluaient dans ma tête, tout ce qu’avait été ma vie, un long combat et je l’avais perdu. Je crois que j’ai encore tressailli quelques fois dans ma léthargie, mes forces me quittaient, petit à petit, dans ma tête tout se bouleversait, je voyais des images de ma vie où j’avais été content ou heureux, certes rares, mais elles existaient. Un dernier tressaillement, puis un autre, j’étais parti, ça faisait mal une dernière fois, j’étais parti…
J’étais mort et je crois que mon âme montait au ciel, je ne me souviens plus très bien, je me souviens que quelqu’un m'a dit que mon heure n’était pas venue, je l’ai regardé en riant et je lui ai répondu : « Mais vous m’avez vu (mon corps), dans l’état où je suis, pour que je revienne, il faut m’aider… » Je ne me souviens plus comment, mais je suis rentré, je suis rentré dans mon corps, on m’a assisté d’une manière ou d’une autre, mais on m’a assisté, et le retour était pire que le départ, car la douleur était fulgurante. Cette douleur s’est peu à peu atténuée au bout des 15 jours de perf, je me souviens que j’étais complètement hagard en disant au médecin que je ressentais tous mes nerfs dans mes mains, il a appelé cela de la dyskinésie, j’avais mal, je n’étais donc pas mort…
Maintenant, je peux raconter cela, car j’ai pris suffisamment de distance avec tout ça, oui, j’étais mort...  Vivre, travail, vie ? Je me suis souvent demandé, étant enfant, ce que c’était que d’être adulte, mais surtout, je me posais une autre question : comment les adultes pouvaient vivre en me voyant dans l’état où j’étais ? Quand j’étais enfant, j’étais dans un tel état d’abrutissement que j’en imaginais que j’avais des pouvoirs magiques pour me libérer de cet état d’esclavage dans lequel j’étais.
Peu d’adultes comprennent cela ; maintenant, j’ai compris ce que signifiait être esclave dans notre société. La pire chose que l’on apprend quand on est esclave, c’est le rapport à l’autre. Tout est différent, les gens travaillent, or bon, mais qu’est ce que cela signifie ? Cela signifie qu’ils ont un « chez-eux » et qu’ils reçoivent des sous pour rendre service aux autres, pensais-je naïvement, quand j’avais 6 ans. Or, la réalité quand on la connaît est tout autre, les gens travaillent pour satisfaire leur ego et leur soif de réussite et pour oublier le monde qui les entoure. À la question : « que ferez-vous si vous rencontrez un enfant esclave ou malheureux ? » Ils répondent : « il n’y a pas de solution ». Et pire que tout, ils s’imaginent que la situation a changé, simplement parce qu’ils sont là, enfin simplement pour satisfaire leur ego. Il m’a fallu tellement de temps pour comprendre ce que signifiait la situation dans laquelle j’étais.
En fait, il m’a fallu 32 ans exactement, plutôt 33, pour enfin arriver à accepter que j’avais réussi à ne plus être esclave. Dans Harry Potter, le magicien libre donne une chaussette à l’esclave pour qu’il devienne libre ; je me suis souvent demandé ce que signifiait cela, donner un vêtement. Comment les gens peuvent-ils vivre et être décemment libres en sachant qu’à quelques mètres d’eux, pas loin, vivent des enfants esclaves ? Je me suis souvent posé cette question, étant enfant..La seule réponse que j’ai trouvée maintenant, c’est qu’ils ne se posent pas la question. Ou plutôt ; ils ne veulent pas se la poser tellement cela les terrifie. J’ai 33 ans et maintenant, je témoigne, j’ai été suffisamment fort pour ne pas mourir, enfin presque, et suffisamment fort pour survivre, enfin presque.
Tout ce que je peux faire, c’est témoigner en pensant que là, à l’autre bout de la rue, un enfant est traité en esclave et que personne n’a la force, ni la témérité de venir l’aider… Et qu’à cause de ça, cet enfant sera certainement abusé ou maltraité, et que personne ne lui viendra en aide. Ça me révulse.


L'étranger.
Je me suis souvent demandé comment on pouvait s’intégrer dans la société quand on est différent. Différent je le suis, par ma maladie et par ma façon de voir les choses, je suis un peu comme un étranger dans mon propre pays, j’aimais avoir des amis, mais je n'en ai plus. Je n'ai plus de vie sociale, et pourtant j’aime être social. Étranger à ma propre culture, il y a bien longtemps que je n’adhère plus à la dernière chanson à la mode. Étranger même aux mouvements anti-C.P.E., et pourtant j’étais solidaire, mais je n’y ai pas participé, peut être cela est arrivé trop tard pour moi, je n’ai pas d’explication, je les ai regardés manifester, j’étais content et heureux et solidaire, mais je n’y ai pas pris part, un peu comme si cela ne m’appartenait pas.
Étranger, oui, c’est cela que je ressens, étranger à mon propre pays, étranger à mes propres lois, étranger à mes propres envies. 60 La cruauté de l'art Il existe des personnes qui, grâce à leur présence, inspirent, évoquent et parlent. Ils racontent une histoire dans leurs mouvements, dans leurs gestes, on perçoit tant de choses : une situation, un lieu, un endroit, quelque chose qu’ils émettent, et c’est fort, tellement fort que ça en devient assourdissant pour les sens. Il suffit de peu de chose parfois pour guérir les maux de l’âme, quelques notes d’un musicien d’astraford, quelques mots d’un poète qui se languit.
Il y a des lieux aussi qui poussent à l’inspiration, à l’éveil. Comment expliquer cela ? C’est un peu comme si on cherchait toujours quelque chose de beau et d’unique, et qu’enfin on le trouvait, là au milieu de nulle part, assis, vous attendant, et il vous dit avec le sourire : « moi aussi, je vous ai cherché ». Le vieil homme sage qu’il y a toujours dans un coin de votre tête et de votre vie, celui qui tend la main à la terrasse d’un café, trop envieux, trop sale, trop poussiéreux, et pourtant personne ne sait quelle a été sa vie et tout le monde l’ignore.
Ce vieil homme est peut-être un parent, peut-être est-il seulement celui que tout le monde attend comme le messie, ou simplement, un vieil homme sale qui tend la main sale à la terrasse d’un café trop propre. Quand l’indifférence est érigée en lieu et place de politique, alors les bannières se lèvent enfin et peut-être trop tard, l’indifférence a fait son travail de destruction et est encore là, toujours là jusqu'à la fin.L’indifférence est la cruauté de l’art.


Le poète et le traqueur.
Le poète cherche par ses mots à toucher le cœur l’âme et l’émotion de l’autre. Le traqueur, lui, est froid et instinctif, il traque la faute. Quand le poète voit dans la fleur un message tendre envoyé par les fées, le traqueur, lui, signifie au poète qu’« envoyé », dans ce cas, prend un e et un s, mais il oublie par ce fait d’être ému par les mots. Avoir le trac, c’est juste oublier qu’on est capable d’être aimé par l’autre… Le poète ne recherche pas cet amour, mais il l’obtient, car il est ce que le traqueur souhaite devenir. Avant de corriger ce texte, pensez-vous que vous le faites pour rendre service à l’auteur, ou bien seulement par trac ?
Les mots peuvent être toxiques, aussi dangereux que l’épée. L’âme ne trouve de repos qu’en entendant au loin le doux frémissement des ailes de la libellule. La voyez-vous, cette libellule-là virevoltant, par-delà les ruisseaux ? Elle s’arrête et se pose doucement sur votre main, puis repart à la vitesse de l’éclair, car un peu plus loin ailleurs le vent la fait frémir… au diapason de votre cœur… 


Le luxe du temps
Bonjour les gens.
Je commence comme ça parce que je suis différent, alors je dis, bonjour les gens. Imaginez-vous dans le monde de Fred. Fred, c’est moi, je suis Fred, écrivain en devenir et qui espère aussi devenir écrivain. Bon, passons. Là je vais me préparer un petit cappuccino, pour rester motivé, c’est important de rester motivé, je reviens... J’adore la mousse, sur le cappuccino... Bon, ah oui, je voulais vous entretenir sur « le temps ». Qu'est-ce que « le temps » ? On parle souvent de maître du temps... prendre le temps… Enfin ce genre de choses. Je prends une gorgée de cappuccino, je peux ?
Waouh, la mousse est dorée au-dessus, j’adore… c’est très beau. Oui, je m’égare un peu. Alors qu’est-ce que le temps ? Je connais un poète qui a écrit : « le temps n’est qu’un renouvellement de seconde à l’infini. » Ah oui... c’était moi. Comme le temps qui n’est que l’écho des battements de votre cœur… Au revoir les gens, le cours de l’écrivain Fred est terminé, prenez donc votre temps avec vous !


Celui qui découvre...


Certaines questions, je me posais… Est-ce que le fait de devenir adulte signifie de perdre toutes ses convictions d’enfants ? Bien oui, quand on est enfant on a des convictions… C’est un peu bête à dire, mais ce sont celles-là qu’il faut suivre, quel qu’en soit le prix. Il y a bien longtemps qu’enfant, j’ai compris que je ne deviendrai jamais vraiment adulte. Parce que le monde des adultes ne ressemblait pas à mes convictions d’enfant, or, ces convictions d’enfant, je les ai gardées en moi, comme le seul trésor que je possédais réellement. Je ne pouvais pas devenir adulte parce que le monde des adultes était celui de l’égoïsme. C’était ça pour moi être adulte, ne plus penser aux autres.
Cette définition est encore aujourd’hui — à mes yeux —, parfaitement valable. Et pourtant... Je pense que je suis adulte maintenant. Certes, j’ai des défauts qui provoquent l’hilarité générale, bon, soit, j’admets cela et après tout, personne n’est parfait… Mes convictions d’enfants étaient de penser que si je le voulais je pouvais changer cela. Mes convictions d’adulte sont inchangées, je pense que l’on peut changer cela, du moins en partie, rendre le monde un peu moins égoïste, juste un peu moins. 
Pour que les enfants cessent de souffrir de l’égoïsme des adultes, vous savez, les enfants comprennent très bien mon point de vue, car eux ils en souffrent tous les jours de l’égoïsme des adultes. Je suis toujours cet enfant dans une cour qui ne comprend pas ce qui lui arrive, qui ne comprend pas pourquoi les gens sont si différents de lui. Il faut bien comprendre que ma vie d’adulte, je la vois à travers les yeux de cet enfant que j’ai été, cet enfant qui ne comprend pas, cet enfant qui souffre de l’égoïsme des adultes.
Alors oui j’ai un problème quand on me demande ce que je veux faire comme métier plus tard : Je ne comprends pas le concept de « métier », j’ai retourné ce mot dans ma tête des milliers de fois, pour essayer de le disséquer, en comprendre l’intérêt, la valeur, la nuance, mais non, rien, toujours la même chose qui me revenait en tête : un métier est-il donc uniquement une chose égoïste ? Il faut croire… Quel est ton métier Fred ? Je suis un enchanteur, je crois… Et professionnellement ? Celui qui découvre peut-être…


Le fils de l'assassin.
Je suis le fils de l’assassin Le fils de l’assassin Sans scrupule sans vergogne Il tue psychiquement tout ce qu’il rencontre et s’en va gaiement à d’autres occupations Je suis le fils de l’assassin Celui dont on remarque le père Oh comme ton père est beau et fort Être le fils de « m’a-t-on dit ». Je suis le fils de l’assassin Combien de vies a-t-il ruinées ?
Impuni car trop adaptable Séducteur, il s’en tire toujours. Je vis dans son ombre. Car je suis le fils de l’assassin Personne n’est jamais venu à mon secours Le fils d’un assassin. L’assassin s’est retourné contre son fils L’assassin n’a pu tuer son fils physiquement L’assassin a tué son fils psychiquement Il lui a hurlé dessus, si fort, que son fils a perdu sa vie. Et il est parti sans vie… vers ailleurs Le fils reconstruit sa vie doucement Loin de son père meurtrier.
Et pour son fils oublié, En otage, le grand-père, il prend. Lettre au fils que je n'aurai jamais. Mon fils, je suis ton père. Seulement, la vie en a voulu autrement. Mon fils, lorsque j’écris cette lettre, j’ai 34 ans. Jamais une femme n’a voulu faire un enfant avec moi. Je n’ai jamais rencontré ta mère. Mon fils, je suis ton père Comment t’expliquer cela Ma vie a été un combat de tous les instants J’ai eu des victoires et des défaites aussi. S’il y a quelque chose que je n’ai pas compris dans la vie, c’est la vie professionnelle, et peut-être amoureuse.
J’ai rencontré des femmes, Mais je n’en ai jamais aimé assez pour faire un enfant avec elle. Trop idéaliste ou pas assez, pour faire un enfant à la première venue. Et s’enfuir après, comme le font tous les autres pères. La maladie est intervenue dans ma vie Mais contrairement à d’autres Et grâce à un psychiatre, elle ne m’a pas battu J’ai toujours assez de vie en moi Pour poursuivre ma route. Bonjour mon fils 70 Je suis ton père Frédéric. En fait, je n’ai jamais pu partager ce rêve en commun. Ce rêve de partager un enfant avec une femme qu’on aime Ma vie a été et est toujours douloureuse et invivable pour quiconque, je souffre encore très souvent. Bonjour mon fils. Tu n’aurais pas aimé la vie que je mène, qui est un combat. Il était temps que je t’écrive cette lettre, mon fils, juste pour que tu comprennes et que tu saches quel homme je suis. Peut-être aussi, j’aurais aimé avoir une fille… 


Je me rappelle.
Je me rappelle d’un monde où l’impertinence était à la mode. Je me rappelle... Je me rappelle d’un monde où l’on pouvait dire tout ce que l’on pensait. Je me rappelle... Pas de représailles, pas de torture psychologique. Pas de mort abandonné dans la rue. Je me le rappelle... Dans ce monde-là, j’étais écrivain et je me servais de mon imagination. Dans ce monde-là, j’avais une voix qui portait, parce que je disais ce que les autres pensaient. Je me souviens d’un monde où l’impertinence régnait et dans ce monde-là, J’étais un être humain. Les jeunes n’ont pas connu ce monde. J’ai eu la chance de le connaître. Je me le rappelle... C’est quelque chose que les jeunes n’ont pas connu. C’est quelque chose que l’on découvre petit à petit. Pas de lexomil... ni de médicament pour traiter les douleurs et les anxiétés. Mais quel était ce monde Fred ? 
Bien, c’était la liberté… 


Je flotte.
Plus de repère... Perdu dans l’océan, je flotte. Sous moi, les poissons se battent gaiement et se dévorent, mais moi je flotte. Tout m’indiffère... Les gens se battent et s'entretuent, mais moi je flotte Tout le monde a été indifférent à mon malheur. J’ai écrit ma souffrance, pour pouvoir la faire partager, mais personne n’y a pris garde, alors je flotte. On flotte dans un océan d’indifférence. Je flotte autour du monde où tout se bouscule et se déchire, mais moi, je flotte. Je me souviens... La douleur immense en moi, mais personne pour me soulager. Alors, je flotte.
La douleur immense et personne pour me soulager… Tout autour de moi n’est que champs de ruines. Plus de famille, plus d’ami, plus de travail. Je ne sais même plus qui je suis, alors je flotte  On m’avait dit : « tu verras la démocratie, c’est formidable, tout le monde et libre et égal », mais moi je flotte Perdu dans l’océan, je flotte…  C'est une histoire d'eau. Je suis à la surface de l’océan. Il est calme et plat. Je suis en surface. Je regarde l’horizon. Loin devant, loin derrière, loin autour. Je ne vois rien devant moi. Je ne vois rien derrière moi. Je suis en surface. Je regarde au loin. Mes yeux se plissent et je ne vois rien. Je me tourne et je ne vois rien. Ma fragilité m’impose de rester calme. Alors, je reste à la surface de l’eau. Comment suis-je arrivé au milieu de l’océan ? Je n’ai plus de chez-moi. Je suis juste en surface. Qui suis-je, je ne le sais plus. Mon nom, mon histoire n’ont plus d’importance. Puisque je suis en surface. Où tout est lisse. Tout est calme, pas de vent. Au loin une mouette, trop loin. La sécurité ici, rien ne se rompt, ni ne se blesse. 
La surface est sécurisante. Je suis en surface. J’aime cela. Au loin, je scrute. Je ne vois rien. Et sous moi, la profondeur de l’océan. Je scrute encore autour de moi. Je suis au milieu de l’océan. Et je lévite. Oui voilà, vous avez compris. J’ai les jambes croisées en position du lotus. Et je lévite au-dessus de l’eau. Comment suis-je arrivé là ? Je suis au milieu de l’océan. Il est calme et je suis à la surface. Combien de temps vais-je pouvoir rester comme ça ? Ma concentration va s’amenuiser petit à petit. Je ne me souviens plus si je sais nager. Je suis amnésique. Je ne me souviens plus de rien. Ma concentration s’atténue. Petit à petit. Je lutte, je flanche, je le sens. Je vais me noyer, j’ai peur. Et je me réveille en sueur dans mon lit.


  Les exclus.
Exclus de la société… Nous sommes exclus… Nous vivons dans la haine de l’autre et dans l’ignorance… Alors pris de panique, un bon samaritain nous a pris… Sous son aile… Et nous nous sommes mis à chanter… Au début, c’était des petits chants sans importance, la gamme… Ce genre de fadaises… Et puis nous nous sommes pris au jeu… Nous avons chanté et répété… Encore et encore… Jusqu'à arriver à faire quelque chose… Quelque chose de bon et de terrifiant… Par nos chants répétés, nous avons réussi… Nous avons réussi… À parler à un démon… Et celui-ci vient sur terre pour Mener notre combat, Le combat des exclus… Ce démon est fort et puissant et il nous représente… Nous sommes fiers de notre réussite… Nous ne sommes plus exclus maintenant… Nous sommes les représentants du théâtre…
Perdu dans la ville.
Perdu dans la ville, petit à petit, je perds mes sens.
Perdu dans la ville Je n’arrive plus à lire
Perdu dans la ville
Je n’arrive plus à lire Le chant des oiseaux.
Je perds mes sens, Je perds ma liberté
Perdu dans la ville, Mes ailes se noircissent
Perdu dans la ville, bientôt Je ne saurais plus lire Le chant des oiseaux…


 Le temps de... vivre ?
Drôle d’impression. Drôle d’idée, ce soir. Une intuition paradoxale Et si le temps s’écoulait à l’envers Où dans tous les sens Et si le temps était déréglé Pas le temps pluie et nuage Le temps Chronos Le temps qui mesure l’histoire Et si le temps se répétait Et si le temps déraillait Et si au lieu d’être en 2007, Nous revenions au temps des pharaons Si le temps se mesure à l’avancée des consciences Alors, nous venons de dérailler . Le temps s’écoule à l’envers…


 Le temps.
Si on trouvait...
Le temps de se dire « coucou »
Le temps de se dire, « je t’aime »
Le temps d’un au revoir. .
Le temps d’être aimé.
Le temps d’être aimant.
Le temps d’y voir plus clair.
Le temps de prendre son temps.
Le temps de voir virevolter une feuille.
Le temps d’aimer ce qui est beau.
Si on avait... Le temps de regarder les oiseaux.
Le temps de dire qu’il fait beau.
Le temps de la controverse.
Le temps d’être de passage.
Le temps de prendre un café.
Le temps d’être aimé.
Comment ne pas avoir...
Le temps d’être de passage.
Le temps de prendre un café.
Le temps d’aimer et d’être aimé.
Comment ne pas considérer...
Le temps comme un allié.
Croire que... Le temps est éphémère.
Mais le temps sera toujours là ; quel que soit le temps qu’il fasse…


 J'avais oublié.
J’avais oublié ce que signifiait être poète J’avais oublié que les hommes sans nom profitent du temps perdu J’avais oublié de me démarquer une fois de plus J’avais oublié tout simplement les esclaves J’avais oublié tout simplement les esclavagistes. Moi, pour un peu de bonheur Moi, pour un peu de moi Moi, pour ne plus voir dehors Moi, pour oublier la misère Moi, pour n’être que moi enfin. On peut oublier les autres On peut s’oublier soi-même Mais les autres ne vous oublient pas Les prédateurs ne vous oublient jamais. Sauf lorsqu’ils repèrent une autre proie. J’avais oublié, la cruauté…
un temps J’avais oublié, l’intransigeance… un peu J’avais oublié de vivre… oui J’avais oublié à quel point… ce monde est corrompu J’avais oublié la souffrance…non, on ne l’oublie pas. Quelque part dans ma bulle Quelque part dans le monde Quelque part dans la vie Quelque part on crie Quelque part mon désarroi est entendu…


 Libre.
Aujourd’hui, je suis parti Malgré la fureur et les traumatismes Aujourd’hui, je suis parti Malgré les menaces et la comédie Aujourd’hui, je suis parti Et je suis un homme libre maintenant Il m’a fallu du temps, mais j’y suis arrivé, Je suis un homme libre maintenant Depuis tout enfant, j’en rêvais. 
Table des matières
Préface...........................................................................................5
Les inventions du professeur Fred.................................................9
Machine a enlever le co2 de l'air...........................................10
Réflexiomètre.........................................................................11
L'appareil photo de l'astral.....................................................12
La boîte à moi........................................................................13
La femme à Fred idéale.........................................................15
La machine à calculer le taux de pénétration dans l'air d'une matraque de C.R.S.................................................................16
La machine à faire dire la vérité............................................18
La machine à faire disparaître momentanément un enfant.....20
Bouts de vie.................................................................................23
La magie n'existe pas (le dieu des fourmis)...........................24
La magie n'existe pas (puisqu'on vous le dit).........................30
L'enfant, la cage, et le prodige...............................................32
Dialogue Fred à fée................................................................35
Fred et la loi..........................................................................37
Un peu plus grand..................................................................39
C'est encore moi.....................................................................45
La Faille.................................................................................48
Impensable allergie................................................................51
La porte des possibles............................................................52
L'usine à mort.........................................................................54
J'étais mort.............................................................................56
Vivre, travail, vie ?................................................................58
L'étranger...............................................................................60
Le poète et le traqueur...........................................................63
Le luxe du temps ...................................................................64
Celui qui découvre.................................................................66
Le fils de l'assassin.................................................................68
..............................................................................................70
Lettre au fils que je n'aurai jamais.........................................70
Je me rappelle........................................................................72
Je flotte..................................................................................74
C'est une histoire d'eau...........................................................76
Les exclus..............................................................................79
Perdu dans la ville..................................................................80
Le temps de... vivre ?.............................................................81
Le temps.................................................................................82
J'avais oublié..........................................................................84
Libre.......................................................................................86 
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