Chapitre 35 : Sernos, de nos jours (1/3)

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La nuit tombait. Personne n’était venu pour les nourrir. Leurs geôliers avaient de toute évidence oublié que les humains mangeaient plusieurs fois par jours. Deirane gardait les yeux ouverts, malgré le noir. Elle n’arrivait pas à dormir. C’est ce qui lui permit d’entendre le tintement métallique. Quelque chose venait de heurter les barreaux de la lucarne. Elle secoua Cleindorel. Puis elle se leva doucement et réveilla Vespef. La pentarque se redressa sur ses coudes et écouta.

Le tintement se fit à nouveau entendre. Ce coup-ci quelque chose entra dans la cellule. Quelque chose de fixé à une corde qui le ramena aussitôt à son lanceur et le coinça dans la lucarne. Un grappin. Quelqu’un cherchait à les libérer.

Une traction violente sur la corde ébranla les barreaux. Ils résistèrent.

— La maçonnerie est fraîche, remarqua Vespef, le ciment ne tiendra pas bien longtemps.

En effet, ils commencèrent par bouger. Puis sous une nouvelle traction, ils finirent par s’arracher, emportant quelques pierres avec eux dans un raffut effroyable. Le passage dégagé était suffisant pour s’enfuir.

Un homme, se présenta devant le trou, une torche à la main. Il éclaira l’intérieur de la cellule. Quand il vit les occupantes, il les invita d’un geste à le rejoindre. Deirane poussa Cleindorel pour l’aider à grimper jusqu’à la lucarne. La jeune fille entra dans le trou et disparut.

— Allez-y, ordonna Vespef.

— Après vous.

— Grouillez-vous, ils arrivent.

En effet, l’ouverture de la cellule avait été bruyant. Dehors, les bawcks s’agitaient. Ils entreraient bientôt.

Vespef fit la courte échelle à sa compagne de cellule. Elle plongea dans la lucarne. Deirane sentit aussitôt des bras l’empoigner et la tirer au-dehors tout en la retenant pour qu’elle ne tombe pas. Elle se laissa faire, se retrouvant rapidement sur ses pieds pendant qu’une poigne solide l’aidait à reprendre son équilibre. Elle était dehors, dans la rue. Devant elle, elle voyait le mur d’enceinte de l’ambassade. Leurs sauveurs ne tardèrent pas à extraire Vespef de sa prison.

La pentarque se présenta devant celui qui semblait commander les hommes et le salua d’une brève inclinaison de la tête. C’était un soldat, cependant son uniforme n’était pas helarieal.

— Vespef d’Helaria et de Satvim, pentarque prime d’Helaria. Je vous remercie de nous avoir tiré de là.

— Capitaine Beldel, de la garde royale. À votre service.

Rien de moins que la garde personnelle du roi d’Yrian, pensa Deirane.

— Ainsi donc c’est le roi d’Yrian qui vous envoie, répondit Vespef.

— Il m’a donné l’ordre de vous faire sortir de cette prison par tous les moyens.

— Vous le remercierez de ma part.

L’arrivée d’une troupe armée interrompit la discussion. Les bawcks qui avaient investi l’ambassade avaient fait une sortie pour tenter de récupérer leurs prisonniers. Deirane dévisagea les soldats yrianii. Ils étaient inférieurs en nombre et ne semblaient pas rassurés. Le chef des bawcks s’avança face au capitaine.

— Elle est à nous, dit-il en désignant Vespef, vous restituer.

— Elle est à moi maintenant. Si vous voulez la reprendre, il faudra nous vaincre d’abord.

— Bawcks de Ruvyin combattre soldats de Sernos, dit-il.

Il rejoignit sa troupe.

— Êtes-vous sûr de vouloir vous faire du roi d’Yrian un ennemi en combattant ses soldats dans sa capitale ? cria le soldat au bawck.

Ce dernier, tout à son idée, ne réagit pas. Il allait attaquer.

— Ils sont plus nombreux que vous, remarqua Vespef, et certainement meilleurs guerriers.

— Je n’en doute pas, sauf pour ce qui est de la qualité de guerriers. Toutefois, je ne compte pas me battre.

— Qu’allez-vous faire alors ?

— Mon roi m’a donné ceci. Il a pensé que ça vous ferait plaisir.

De sa poche il sortit un bijou, une pierre montée en pendentif.

— Une gemme, s’écria Vespef.

Elle la prit et la passa autour de son cou.

— Malheureusement elle est déchargée, je ne peux utiliser mes pouvoirs.

— Aussi, ceci n’est-il que la première partie du cadeau.

Tout en surveillant la manœuvre d’encerclement entreprise par les bawcks, il sortit de sa poche une petite boule lumineuse d’un blanc laiteux.

— Un sort démon. Je pense qu’il y a là de quoi charger la gemme, dit-il.

— J’aime les cadeaux de votre roi. Il sait faire plaisir aux femmes.

— Il a cette réputation en effet.

— Que nous vaut une telle générosité ?

— Malgré vos défauts vous êtes des voisins plus fréquentables que ces orques. Ils sont là depuis quelques jours seulement et tout le quartier est en état de siège.

Il brisa la boule. Aussitôt la gemme s’illumina.

Vespef se mit face au chef des bawcks, les bras écartés. Elle lui fit un sourire cynique. Brusquement elle se déchaîna. Le bawck fut projeté en arrière. Il s’écrasa contre le mur, le corps désarticulé. Un deuxième corps s’envola, son point d’atterrissage n’était pas visible. Puis un troisième. En un éclair, l’ennemi était en déroute. Il s’enfuit. La pentarque les poursuivit sans se presser. Ils parvinrent à se réfugier dans l’ambassade. Elle pointa la porte de la main. La puissance du pouvoir de Vespef l’arracha de ses gonds, une partie du mur s’effondra à sa suite. Elle entra dans l’enceinte. Les bawcks s’égayaient dans toutes les directions. Avançant en direction du bâtiment principal, elle foudroyait tous ceux qu’elles voyaient devant elle.

Les soldats yrianii entrèrent derrière elle dans l’ambassade, violant l’extraterritorialité des lieux. Pour une nuit, la Pentarchie d’Helaria et le royaume d’Yrian ne faisaient qu’un. La chasse commença.

Quand Vespef arriva au pied de l’escalier, dans la villa, sa gemme avait perdu sa luminosité. Son pouvoir était épuisé. Deirane et Cleindorel l’avaient rejointe. Une troupe de soldat la précéda à l’étage et débusqua les envahisseurs qui avaient échappé au massacre. Ils la protégeaient comme si elle était leur souveraine et pas la dirigeante d’un royaume concurrent.

En arrivant dans les appartements pentarchial, Vespef avait l’air désolée.

— Ils ont tout cassé, remarqua Cleindorel.

— Il fallait s’y attendre, remarqua Deirane, ils ont dû se dire que l’endroit devait regorger de trésors cachés.

— De toute façon, on allait tout refaire, dit la pentarque. Ils auraient quand même pu attendre. Je n’ai plus rien à me mettre.

Du temps où Deirane était courtisane, elle avait souvent prononcé ces paroles. Aujourd’hui, dans le cas de Vespef, c’était vrai. La robe qu’elle avait sur elle, sale et déchirée, n’était pas présentable et ses armoires avaient été pillées. Ses vêtements, sans intérêt pour les envahisseurs, gisaient en tas au centre de la pièce. Ce n’était pas une destruction gratuite comme auraient fait des humains. Les bawcks avaient procédés à une fouille approfondie pour dénicher des objets de valeur. D’ailleurs peu de choses étaient réellement cassées. Les bawcks avaient plutôt mis un désordre indescriptible que saccagés les lieux.

Beldel entra dans la pièce. Il examina l’endroit d’un œil critique et vaguement dégoûté.

— Mon roi avait prévu cette éventualité. Il m’a demandé de vous prier d’accepter son hospitalité au palais le temps que vos appartements soient remis en état.

— Je voudrai bien, répondit Vespef, mais j’ai bien peur de n’être pas présentable.

— Ce n’est pas un problème. Nous ne sommes peut-être pas aussi civilisés que l’Helaria, nous ne sommes pas des barbares non plus. D’ici demain, nous trouverons certainement des robes adaptées à votre taille et à votre rang. Et nous avons de bonnes installations sanitaires, très fortement inspirées des vôtres d’ailleurs, comme des baignoires.

Vespef hésita un instant. L’ambassade n’était pas la seule propriété de la Pentarchie en ville. Quatre royaumes avaient fusionné pour créer l’Helaria moderne, tous ayant à l’origine une représentation sur place. Il y avait d’autre endroit où Vespef aurait pu se rendre. Cependant, ils étaient vides de domestiques et de ressources. Même s’ils étaient mieux rangés que son appartement actuel, ils n’étaient pas plus habitables. Voila une lacune qu’il faudrait corriger un jour.

— Vous avez bien parlé de baignoires ? demanda-t-elle enfin.

— Avec de l’eau chaude dedans et des servantes autour pour vous frotter le dos.

— Vendu.

Si Beldel fut surpris de la familiarité d’une personne de si haut rang, il ne le montra pas sur son visage. Il avait annoncé faire partie de la garde royale. Il côtoyait le roi d’Yrian presque quotidiennement. Il était habitué aux grands de ce monde. Et certains étaient vraiment bizarres.

Vespef jeta un rapide coup d’œil sur la chambre dévastée avant de suivre Deirane qui était déjà dans le couloir.

En arrivant dans le hall, un jeune soldat aborda le capitaine. Il lui murmura quelque chose à l’oreille. Beldel se retourna alors vers les trois femmes.

— Nous avons trouvé d’autres personnes dans les cellules, dit-il, des stoltzt, quelques humains, et aussi des orques. Que faisons-nous d’eux ?

— Ils sont avec moi, répondit Deirane, ils m’accompagnent. Les stoltzt constituent la suite de la pentarque Vespef, les bawcks sont la mienne.

Examinant la pentarque à la dérobée, elle constata que si Vespef était surprise, en bonne diplomate elle n’exprimait rien sur son visage.

— Vous ne manquez pas de ressources, remarqua Vespef.

— Ils ont participé à ma libération.

— Muy l’a évoqué, dit Vespef, de là à en faire votre suite. J’ai hâte de voir la tête du roi Menjir quand ils s’inviteront à sa table.

Puis s’adressant à Beldel.

— Je suis arrivée à Sernos avec une suite telle qu’elle sied à mon rang. Des soldats, des assistants et l’équipage complet de trois navires, tous capturés par les bawcks. Les avez-vous ?

— Nous ne les avons pas trouvés, mais nous n’avons pas fouillé tous les bâtiments. Il y a quelques combats dans la zone commerciale et quelques pièces fortes qui pourraient servir de prison.

Dans la cour, le groupe qui accompagnait Deirane rejoignit les prisonniers délivrés par les Yrianii. Saalyn, surprise, dévisageait Vespef. Elle lui fit un rapide salut de la tête, puis s’approcha de son amie.

— Décidément, tu es pire qu’un chat. Où qu’on te lâche, tu retombes toujours sur tes pattes. Comment as-tu fait pour te retrouver en compagnie de ma pentarque ?

— Je te raconterai plus tard.

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