Chapitre 16 : Boulden, de nos jours. (2/2)

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Avec la brutalité d’un cobra, elle attaqua. Le tranchant d’une main écrasa une gorge selon un angle impossible. L’homme s’effondra, privé d’air. Un instant plus tard, un coup de pied que sa taille ne pouvait lui permettre défonça un sternum.

— Elle se sert de sa magie pour nous brouiller l’esprit, s’écria l’un d’eux.

— Encerclons-la. Elle ne pourra pas tous nous éviter si on attaque de tous les côtés à la fois.

Ils engagèrent un mouvement tournant. En vain. Malgré leur habileté, elle déjoua la manœuvre sans difficulté.

Elle sentit alors l’esprit de Saalyn s’atténuer. La guerrière était en train de mourir.

— Et moi pendant ce temps je m’amuse comme un chat avec une souris, se morigéna-t-elle.

Elle déchaîna alors son pouvoir. Instantanément, trois soldats s’enflammèrent et finirent brûlés vifs dans des hurlements de souffrance. Les autres n’insistèrent pas, ils s’enfuirent, certains abandonnant leurs armes derrière eux. Muy ne les poursuivit pas. Elle s’élança vers la guerrière agonisante.

Les soldats helarieal arrivaient. Muy désigna un edorian de grande taille.

— Toi, ordonna-t-elle, décroche-la et ramène-la à l’intérieur.

Ordre inutile, dès qu’ils avaient vu Saalyn, plusieurs soldats s’étaient portés à son secours.

— Les autres, continua-t-elle, poursuivez-les. Pensez à en ramener un en état de parler. Les autres… Faites un exemple.

Le soldat le plus vif commença à donner les ordres. Ce n’était pas le plus gradé, cependant personne ne le releva. En un instant, ils s’égaillèrent dans les rues. Les invités rentrèrent prudemment à l’intérieur. La Pentarchie avait été agressée, il était préférable de se trouver loin de sa route cette nuit.

Muy ramassa l’arbalète. Elle encocha le carreau qui avait failli tuer Saalyn et banda l’arme. Puis elle se tourna vers Evril qui suivait les fêtards.

— Evril, viens ici un instant s’il te plaît, dit-elle d’une voix douce.

Il s’immobilisa, sentant déjà la flèche entre ses omoplates. Rien n’arriva. Reprenant confiance, il se tourna.

— Beau combat, dit-il avec enthousiasme, surtout les flammes finales. C’était grandiose.

Elle acquiesça d’un hochement de tête. Du doigt elle désigna simplement le poteau.

— J’ai deux mots à te dire, dit-elle simplement.

En tremblant, il obéit. Elle leva l’arbalète.

— Adieu Evril, dit-elle simplement.

— Mais vous n’allez pas…

— Tu as fait ton choix.

Elle décocha le carreau, sans le moindre tremblement dans le bras. Puis elle retourna au consulat.

Dans sa chambre, l’agitation éveilla l’attention d’Hester et de sa compagne. Il se dégagea de ses bras.

— Que se passe-t-il ? demanda-t-il.

— C’est une alerte.

Leurs paroles entraînèrent aussitôt une réaction du second couple qui devint silencieux en découvrant qu’ils n’étaient pas seuls. La jeune fille se leva et tourna une molette sous le globe fixé au mur au-dessus d’eux. À l’arrivée du liquide sucré, il s’éclaira peu à peu. La réapparition de la lumière entraîna un cri de consternation de l’autre femme. Hester se retourna et resta bouche bée.

— Ferme la bouche, dit Deirane, tu vas avaler des mouches.

Par réflexe, il obéit.

— Que fais-tu là ? demanda-t-il.

— La même chose que toi je suppose.

D’une main, elle maintenait la cape de son amant contre sa poitrine tout en cherchant sa robe de l’autre. Hester se retourna pour s’habiller, le visage en feu.

Quelques instants plus tard, ils étaient prêts. Ils quittèrent la pièce et se dirigèrent vers l’origine de l’agitation dans le hall. La tenture avait été arrachée, révélant la porte qu’elle masquait. Dans l’encadrement, le prince de Boulden bloquait la foule, filtrant ceux qu’il laissait passer. Personne ne semblait se formaliser de ce qu’il n’était pas Helariasen, ni même qu’il était encore classé parmi les ennemis potentiels de la Pentarchie.

— Que se passe-t-il ? lui demanda Deirane.

— Une agression, répondit-il, une guerrière est tombée dans une embuscade, elle est mourante.

— Qui donc ?

— Cette jolie femme avec une robe d’elfe.

— Saalyn ! s’écria Deirane, je dois la voir ! Laissez-moi passer ! C’est mon amie !

Il s’écarta pour la laisser entrer. Hester et leur amant de la nuit s’infiltrèrent derrière elle, il refit barrage derrière eux.

La guerrière blessée avait été transportée dans la première salle disponible. Elle avait été allongée sur une table vidée sans ménagement de son contenu. Un médecin était penché sur elle et l’examinait. La voyant sans connaissance, respirant à peine, Deirane étouffa un sanglot. Cela attira l’attention de Muy qui lui jeta un coup d’œil hostile. Le médecin se releva enfin et donna son diagnostic.

— La blessure à l’épaule est sans importance. Une immobilisation, suivie d’un peu de rééducation et elle sera comme neuve. Celles au ventre sont plus préoccupantes. Des organes importants ont été perforés, nous ne savons pas guérir ça. Au mieux, elle en a jusqu’à demain.

— On ne peut vraiment rien faire ? demanda Muy

— Moi, non.

Muy prit sa décision en une fraction de tösihons. Elle écarta le médecin. Elle se plaça à la hauteur de la taille de la guerrière. Elle prit quelques longues respirations. Puis elle ferma les yeux. Elle positionna sa main au-dessus du ventre blessé et se concentra. Au début rien ne se passa. Puis au bout d’un moment, une lueur bleutée se forma au bout des doigts. Peu à peu, elle s’intensifia jusqu’à atteindre la guerrière. Le ventre fut agité de mouvements bizarres qui prenaient naissance sous la peau comme des bulles éclatant juste en dessous. Aussitôt, la blessée se convulsa et hurla, le corps arqué sous la souffrance.

— Maintenez-la, ordonna Muy.

Quelques soldats lui immobilisèrent les bras et les jambes. Deux autres lui plaquèrent le corps sur la table pour faciliter le travail de la pentarque. Saalyn cessa de crier, elle avait perdu connaissance. Muy intensifia son effort. Du pus et autres sanies furent expulsées des blessures jusqu’à épuisement. Les mouvements continuèrent encore un moment, le sang arrêta de couler, puis les lèvres de la blessure se rapprochèrent et se soudèrent. La lueur cessa. Muy s’appuya sur la table, cherchant à reprendre son souffle. Soudain, elle s’effondra. Un scribe la rattrapa au vol et l’allongea sur un divan. Le médecin l’examina, vérifiant la réaction de ses pupilles à la lumière, écoutant son cœur.

— Elle est à bout de force, dit-il, ce n’est rien. Un peu de repos.

Puis il alla examiner Saalyn. Au bout d’un moment, il se tourna vers l’assistance.

— Elle est tirée d’affaire, annonça-t-il, elle survivra.

Des cris de joies saluèrent la nouvelle.

Le consul se tourna alors vers Deirane et Hester. Il fit un signe. Deux gardes les bloquèrent.

— Vous êtes en état d’arrestation, dit-il simplement.

Il fit signe aux gardes de les emmener.

— Pourquoi ? demanda Deirane, on n’a rien fait.

— Un guerrier libre a été gravement blessé et un pentarque est malade. Et c’est arrivé dans mon consulat, sous ma responsabilité. Je vais devoir rendre des comptes à mon gouvernement. Et toute porte à croire que vous en êtes responsables, répondit-il.

— Je n’ai rien fait, protesta-t-elle.

— Directement non. Mais je pense que vous avez joué un rôle dans cette affaire. Demain vous comparaîtrez devant Muy, elle décidera.

D’un geste il congédia les gardes et leurs prisonniers. Deirane se dégagea de la poigne qui lui enserrait le bras et suivit ses geôliers d’un air hautain.

Le consul s’adressa ensuite au prince de Boulden. Celui-ci, témoin de la guérison magique, était en état de choc.

— Ce soir la Pentarchie d’Helaria a été agressée sur vos terres, dit-il, nous demandons réparation.

— Que s’est-il passé ? demanda le prince.

— Un des nôtres est tombé dans une embuscade.

— Je parle de ça, dit-il en désignant Saalyn et la pentarque d’un geste large de la main.

— Ah ça ? Vous saviez que nos pentarques étaient des magiciens.

— J’ignorais qu’ils étaient si puissants.

— Le pouvoir de guérison est utile, toutefois il ne représente pas une menace pour vous.

— Que nous cachez-vous d’autre ?

— Rien je vous assure, les pouvoirs de nos pentarques sont décrits en détail dans un document disponible librement dans notre bibliothèque. Tout le monde peut en prendre connaissance.

Il omit de signaler que ce manuscrit n’était là que pour prouver la bonne foi des Helariaseny et se révélait difficile à consulter, le système d’indexation entraînant le demandeur dans un jeu de piste qu’il n’arrivait pas à dénouer.

— Nous avons d’autres problèmes, reprit le consul et autrement plus importants, l’agression contre la pentarque quine, Muy d’Helaria et de Satvim.

— La pentarque ! C’est la guerrière qui a été blessée !

— C’est la pentarque qui était visée. Par chance, Saalyn l’a vue sortir précipitamment de la salle et a pu intervenir à temps pour empêcher le drame.

— Elle s’est comportée en héros.

— Et sachez qu’elle sera récompensée à hauteur de son sacrifice. Mais un de nos dirigeants a failli se faire tuer ce soir. Sur vos terres. Nous demandons justice.

Le prince n’était pas disposé à accorder cette aide. Sauf que s’il refusait, l’Helaria avait la puissance pour annexer son domaine et se passer de son autorisation. Et vu les événements, personne ne s’y opposerait. À contrecœur, il accepta.

— Que puis-je faire ?

— Nous voulons que vous laissiez nos guerriers libres agir pour mener l’enquête.

— C’est une atteinte à mon autorité.

— Muy est pentarque, l’équivalent d’une reine dans notre royaume. Les coupables doivent être châtiés.

— Vous me demandez un service hors de prix.

— Que nos alliés nous accordent sans crainte.

— Vos alliés vous dites. Sommes-nous alliés ?

— Sommes-nous ennemis ? Combien de guerre nous ont opposés ? À quel ennemi de l’Helaria avez-vous prêté allégeance ?

— Je n’ai prêté allégeance à personne. Je suis mon propre souverain.

Le prince hésita un long moment avant de répondre.

— J’autorise l’enquête, mais uniquement celle-là. Le coupable capturé, vos guerriers quittent mon pays.

— À la bonne heure, allons boire et laissons la pentarque reprendre des forces. Elle vous recevra dès qu’elle le pourra et vous pourrez officialiser cet accord.

Il entraîna le prince hors de la pièce. Le docteur fit sortir tout le monde. Avant de partir à son tour, il recouvrit les deux stoltzint d’une couverture. Il referma la porte derrière lui.

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