Chapitre 19

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 Quand je suis rentrée à la ferme, ce matin, personne n’a rien dit, mais j’ai lu dans leur regard qu’ils pensaient tous que je ne serais pas là. Peut-être, certains l’espéraient, pour que l’opération soit annulée ou simplement pour avoir raison : je n'étais pas à la hauteur !

 Jo m’a parlé : ça aurait été mieux que tu passes la nuit avec nous. Mais tu es là, c’est l’essentiel. Il a rajouté : je n’ai jamais douté que tu serais là. Je sais bien qu’il mentait mais il l’a dit et j’ai fait semblant de le croire.

 C’est Luc qui a été le plus sincère : Quelque part, j’aurais préféré que tu ne reviennes pas, je n’aurais pas eu à déserter. Mais il est derrière avec les autres, lui aussi ira jusqu’au bout.

 Nous avons rendez-vous en enfer et c’est moi qui conduis.

 Je cache le médaillon de Max sous le corsage rose de mon uniforme de livreuse et je regrette de ne pas lui avoir fait l’amour une dernière fois.

Je pense à Lucas et Camille, aussi. Peut-être que ma place est auprès d’eux plutôt qu’ici ?

Paris est désert. On se croirait un dimanche dans le petit matin. Où sont passées les millions de voitures qui colonisaient ses rues ?

 J'imagine des hordes de véhicules en tous genres, lancés sur les routes, suivant un charismatiques gourous mécanique - un Humer, ou peut-être une Harley - qui leur aurait promis une mythique contrée lointaine où l'essence coulerai à flot !

 Au coin de la rue de l’Élysée, le soldat n’est même pas sorti de sa guérite et a levé la barrière qui en interdit l’accès dès qu’il a aperçu la camionnette surmontée du cochon rieur.

Je suis devant le portail qui s’ouvre lentement. Par l’entrebâillement, je reconnais Marc, debout, les jambes légèrement écartées, les mains posées sur le pistolet mitrailleur qu’il porte en bandoulière.

Derrière lui, je vois aussi la lourde grille en métal qui bloque l’accès à la cour d’honneur : Le ciment est encore frais, il y a encore des étais qui la maintiennent en place : les choses ne vont pas se passer comme prévu.

En une seconde, j’analyse les plans “B” possibles :

Renoncer, faire marche arrière et fuir tout de suite. Repasser la barrière dans l’autre sens ne sera pas un problème, elle ne résistera pas à Péguy...

Foncer tout droit et défoncer la grille pour accéder à la cour d’honneur et improviser. Si elle résiste...

Ne rien changer et défoncer la grille en marche arrière...

Le portail finit de s’ouvrir. Je dis à voix suffisamment forte pour être entendue par ceux de derrière mais pas de Marc qui s’écarte du passage.

  • Il y a une grille qui bloque l’accès, on change rien, je vais la défoncer, attention au choc.

Je baisse la vitre :

Marc m’envoie un baiser.

  • Ana...

Il se fige, son sourcil droit se fronce. Juste le droit.

Il est en train de gamberger à toute vitesse : qu'est ce qui a changé : Elle a changé de coupe de cheveux ? Elle s’est maquillée ? Elle a oublié ses lunettes ?

Je ne lui laisse pas le temps d’approfondir et comme si je n’avais pas remarqué son trouble je passe la tête à la fenêtre :

  • Salut Marco, tu m’as manqué !

J’ai dit ça sans le moindre accent, comme si j’avais grandi dans le seizième arrondissement.

Le sourcil droit reprend presque son aspect habituel.

  • Toi aussi, tu m’as manquée.

Quelque chose le chiffonne encore mais il s'écarte, la voie est libre, j’entame la manœuvre sans lui laisser le temps de prolonger la discussion.

Comme à l'entrainement. Ne pas se laisser perturber par les murs qui m'entourent et font que l'endroit semble beaucoup moins spacieux qu'au milieu des bottes de foin. Le sol est pavé, ce n'est pas de la terre battue.

A Droite. Avancer le plus loin possible, marche arrière, braquer à gauche, bien dans l’axe, accélérer, il faut suffisamment de vitesse pour défoncer la grille.

Et si les portières restaient bloquées, déformées par la collision.

Trop tard pour y penser !

L'impact !

Rétroviseur.

Raté !

Non, la grille vacille. Elle semble rester en équilibre luttant contre son propre poids puis, la seconde d'après elle tombe dans un fracas effroyable alors que les portes de la camionnette s'ouvrent et que mes compagnons s'élancent vers le palais.

A mon tour. Il faut les rejoindre.

 Mais quand je relève les yeux, marc s'est avancé. Il tient sa mitraillette à hauteur de son visage et me braque. Il crie. Je ne comprends pas ce qu'il me dit. Les deux autres militaires sortent du poste de garde armes à la main.

J'écarte les bras, mains ouvertes en souriant.

Avec un sourire tu peux obtenir tout ce que tu veux ...

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