Chapitre 26 : Je t'aime.

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Je sentis une paire de main me recouvrir les yeux et fit semblant de ne pas savoir à qui elles appartenaient le temps de quelques secondes. Je les attrapais ensuite pour déposer des baisers sur leurs dos et me retournai pour découvrir Blear, plus belle que jamais. Elle portait un béret gris et une robe salopette rouge qui la rendait adorable. Le rose de ses lèvres m’attira et je laissais ma tête basculer en arrière dans l’espoir de recevoir un baiser. Elle glissa ses mains dans mes cheveux et m’embrassa sur le front à la place. Je ne me lassais pas de sa légère timidité qui ne disparaissait pas au fil des mois. Elle s’assit sur le banc à mes côtés et je l’enlaçais.

- Un an, je t’aime tellement, murmurais-je.

- Je t’aime, gloussa-t-elle alors que je m’amusais à la chatouiller.

- Adorable, nous interrompit Marry.

- Je n’aurais pas dit mieux, rit Chuck qui lui tenait la main.

- Mais laissez-les tranquille ! C’est un jour spécial aujourd’hui, alors on les laisse ! s’exclama Alicia.

- La voix de la sagesse, répondit Blear.

Les cours commencèrent et je passais ma journée à l’observer de mon bureau. Elle se mettait toujours à l’avant et moi je switchais de place en fonction des différents cours. Une heure je me trouvais à côté de Chuck, puis prêt d’Alicia ou Louis. Elle avait besoin d’énormément de concentration, donc je m’asseyais rarement prêt d’elle en cours. Chuck me reprit à plusieurs reprises, voyant que mon esprit s’égarait. J’étais tellement impatient d’être ce soir.

Durant le temps de midi, nous mangions rien que tous les deux, en amoureux.

- Tout à l’heure, tu voudrais qu’on sorte ? me demanda-t-elle.

- Oui, je…

- Ou tu préfères qu’on reste à l’internat ? C’est comme tu le souhaites, ajouta-t-elle d’un air inquiet.

- Non, je t’emmène manger quelque part ce soir, si ça te convient ? répondis-je en arquant mon sourcil.

Elle hocha simplement de la tête, plantant sa fourchette à côté de sa patate tellement sa main tremblait. Je la dévorais des yeux, me délectant de ses joues rougies. Il n’y avait aucun doute, j’étais fou d’elle.

Lorsque nous rejoignions les autres dans la coure, j’eus besoin d’appeler Katerina, laissant Blear entre les mains de mes amis. Elle ne semblait pas beaucoup apprécier cette réunion, mais il fallait que j’aie l’avis de Kat. Je savais qu’elle garderait la surprise et qu’elle me donnerait un avis honnête. Je lui montrais une part de mon cadeau pour Blear, celui que je lui présenterais lors de notre dîner.

- Dossan, c’est magnifique, souffla-t-elle en le découvrant.

- Tu n’as rien à redire ? Tu penses que ça lui plaira ? demandais-je timidement.

- C’est vraiment parfait, tu m’impressionnes, dit-elle en me regardant dans les yeux, émue.

- Merci, ça me donne un peu de courage, fis-je en m’apprêtant à lui faire un câlin.

- Tu es vraiment, soupira-t-elle en répondant à mon étreinte, je peux dire sans réserve que tu l’aimes, je ne sais pas pourquoi mais ça me touche, ajouta-t-elle en me serrant.

Le temps de notre rendez-vous arriva, mon cœur battait à toute vitesse alors que je me rendais jusque dans sa chambre. Elle avait troqué sa robe rouge, contre une plus élégante à volants et s’était dotée d’une petite paire de sandale à talons blanche. Elle devait avoir deviné que je m’étais aussi mis sur mon trente et un. Je l’aidais à mettre sa veste, plus nerveux que jamais, et passa une main dans sa chevelure ondulée avant de la prendre par la main.

Je l’emmenais dans une petite brasserie, elle fut assez étonné, comme je m’en doutais. Mais cela faisait partie de mon plan. L’ambiance se voulait tout de même chaleureuse, romantique, des petites bougies au milieu de notre table. Je crois qu’elle s’y plut car nous pouvions rire à notre aise et ça la changeait de ses restaurants froids dans lesquels elle se rendait à l’occasion avec ses parents. Je pris des grillades et elle s’attaqua à un bon cabillaud, je ne fus pas mécontent de mon choix de restaurant. En dessert nous partagions une tarte meringuée au citron. Le chef nous avait fait une présentation spéciale pour honorer l’occasion. C’est là qu’elle comprit que j’avais pris soins de les prévenir de nos un an. Elle rougit, lorsque je lui servis la première cuillère et se lapa les lèvres après en osant à peine me regarder. Quand je me saisis de son regard, elle sembla plus qu’heureuse.

L’heure passait entre les rires, les verres de vins et le piano en fond, il serait bientôt l’heure. Je profitais de son passage aux toilettes pour me préparer, lorsqu’elle revint, elle ne me trouva plus à la table. Elle s’assit confuse, me cherchant partout dans la pièce, jetant même un coup d’œil par la fenêtre. Ce fut encore plus parfait que je l’imaginais. Elle fut interpellée par la reprise du piano, me découvrant assis devant. Mes doigts tremblaient, les paupières closes, je m’enfermais dans mon monde le temps d’un instant. Et je sentis que ce fut le moment, laissant mes doigts voguer sur les touches. J’interprétais “Hello” de Lionel Richie du mieux que je pouvais. Cette chanson m’avait transporté lorsque je l’avais entendue durant les grandes vacances. J’osais un regard dans la salle, ils avaient tous les yeux rivés sur moi et Blear restait figée dans son siège, les mains sur sa poitrine. Je ne voyais plus qu’elle, tentant un sourire en sa direction. Le sien me fit louper une touche, je me redirigeais vers le clavier, intimidé. Le silence était lourd et mon cœur tapait violemment dans ma poitrine : “Allez !”. Je repris de plus belle et me penchait vers le micro devant moi, laissant ma voix se porter dans tout le restaurant. J’entendis l’étonnement de la salle en fond, ça y est, je lui conviais enfin ma voix. Depuis le temps, que je voulais lui crier mon amour en chantant, elle en profitait maintenant, accoudée à la table, les yeux luisants. Je t’aime. Je voulais qu’elle l’entende au plus profond de son âme. Je t’aime. Merci Lionel de le dire autant de fois dans cette chanson. Je t’aime et je ne cesserais jamais de t’aimer, ça j’en étais sûr. Je ne tremblais plus à la fin de la chanson, jouant des dernières touches, plein d’émotion. Un autre silence s’installa alors que je gardais mes yeux rivés sur le tableau du piano, les applaudissements qui suivit me firent sursauter moins que sa main dans mon dos. Elle prit place sur le tabouret et blottit sa tête dans mon cou, passant son bras autour du mien. Je relevais ensuite son menton pour l’embrasser, sous d’autres applaudissements qui nous firent rire timidement. Elle n’avait pas besoin de me dire ses mots, pour que je sache à quel point ses sentiments étaient réciproques. Je voyais dans son regard qu’elle m’aimait à la folie.

Lorsque nous retournions jusque notre table, je vis un mec avec les cheveux tirés en arrière et qui portait beaucoup de bague nous dévisager. À croire qu’il prit mon attention pour une raison de venir à notre rencontre, il se déplaça jusqu’à notre table.

- Vous avez l’air de profiter d’une super soirée en amoureux, alors je suis un peu gêné de vous déranger, mais j’aimerais tenter ma chance, commença-t-il.

- Excuse-moi, je ne comprends pas ce que tu veux dire…

- Ta voix est à tomber part terre, est-ce que par hasard tu ferais partie d’un groupe ?

- Non, pas du tout, répondis-je étonné de ce soudain compliment.

- Avec mes copains, dit-il en montrant deux autres garçons à sa table, nous cherchons un chanteur guitariste, le dernier s’est fait la malle avec ma copine, un classique, grogna-t-il. Tu serais intéressé ? Tu as l’air jeune, mais ça n’a pas d’importance pour nous.

- J’ai seize ans donc…

- Je m’appelle Lewis, et j’en ai vingt, dit-il en me tendant sa main que je serais par politesse.

- Lewis, je suis désolé, mais même si c’est une proposition intéressante, je ne peux pas…

- Ne dis pas non tout de suite, intervint Blear en déposant sa main sur la mienne.

- Mais mon père…

- Des problèmes avec le paternel ? Ça nous connait, tu sais, ricana-t-il d’un ton de voix amer, mais je ne vais pas te forcer. Écoute, je te laisse mon numéro de téléphone, fit-il en sortant un papier de sa poche en jean usé. Penses-y et quand tu seras prêt, tu seras le bienvenu.

- Même si vous avez trouvé quelqu’un d’autre ? demandais-je d’un ton assez cocace.

- Comment tu t’appelles ? Tu ne me l’as pas encore dit ?

- Dossan...

- Eh bien, Dossan, s’il y a une chance que tu te joignes au groupe, je te prendrais sans hésiter. Je veux ta voix, ajouta-t-il en me faisant un signe de main avant de s’éclipser près de ses potes.

Je le regardais remettre son blouson en cuir avec une pointe d’admiration, ils avaient la classe, Lewis et ses amis. Je les suivis du regard alors qu’ils quittaient le restaurant, il me fit un dernier signe avant de franchir la porte. Blear me lança un grand sourire.

- Moi aussi je trouve que tu as une voix merveilleuse, murmura-t-elle, les yeux encore brillant. Tu ne pouvais pas me faire un plus beau cadeau, et pourquoi tu n’envisagerais pas de les rejoindre ?

- Blear ! Tu les as vus ? Ils avaient l’air de brigands…

- Je les ai trouvés plutôt cool moi, gloussa-t-elle.

- Bon d’accord, moi aussi mais… Mon père ne me laisserait jamais… et puis ils ont dit chanteur guitariste, je n’ai même pas de guitare…

- À proprement parler, maintenant tu en as une, répondit-elle d’un ton de voix que je ne lui connaissais pas. J’ai une surprise pour toi, ajouta-t-elle en serrant ma main.

- Tu plaisantes ? demandais-je, illuminé.

Elle était toute excitée sur le chemin inverse jusque l’internat, Blear avait fait une folie. Je tournais sur moi-même en rentrant dans sa chambre, découvrant une superbe guitare électrique noire au milieu de la pièce. Quelle folie, j’osais à peine la toucher, frôlant ses courbes du bout des doigts. Mon rêve se réalisait, comment savait-elle ?

- Louis m’a dit que tu en avais marre d’apprendre sur l’acoustique de son père, je ne savais pas quel modèle choisir, il a parlé de Gibson alors...

- Blear, je ne peux pas… C’est trop, répondis-je, les larmes aux yeux.

- Je savais que tu dirais ça, alors je l’ai acheté en seconde main ! Elle à déjà servie, mais je la trouvais très bien !

- Elle est parfaite, dis-je en faisant résonner les cordes, ça à du coûté une fortune quand même…

- Arrête, ce n’est pas le prix qui compte ! Je voulais te faire un cadeau qui ait de l’importance et une symbolique. Tu joueras toujours en pensant à moi, rougit-elle. Je ne te fais pas ce cadeau avec l’idée de l’argent derrière, regarde le tiens. Entendre ta voix, te voir chanter pour moi, pour la première fois devant autant de monde, ça n’a pas de prix. Alors acceptes, point c’est tout !

Je la soulevai du sol en l’attrapant dans mes bras et l’embrassa fougueusement pour la jeter sur le lit, là où je la couvris de baiser. C’est la première fois que nous allions si loin, ce fut une étape dans notre couple. J’arrêtais les caresses en découvrant son visage effrayé et remontai mes mains le long de son dos pour l’enlacer.

- Je suis désolée, c’est toujours…

Je l’arrêtais tout de suite d’un baiser, puis frotta mon nez contre le sien et commença à la chatouiller. Nous mêlions nos mains et nos corps lorsque la bagarre cessa. Son regard dans le mien, souriant tout deux, il n’y avait rien de plus important. Elle me glissa un je t’aime à l’oreille et je la poussais dans le lit pour me coller à son dos. Honteusement, le lendemain matin je lui avouais que j’avais rêvé d’une autre femme : une superbe Gibson noire avec laquelle j’avais joué toute la nuit.

Mais ce ne fut pas la seule nouvelle du jour, Michael vint toquer à toutes les portes de nos chambres. Une par une, après avoir cherché dans toute l’école et demander au secrétariat où elle était passée. Il nous l’annonça en sueur, terrifié comme jamais : Eglantine avait disparue.

***

Elle ne savait pas à quoi s’attendre, ils étaient venus la chercher pendant la nuit, sans rien lui dire. Ça n'annonçait rien de bon, mais jamais elle n'aurait imaginé la vraie raison jusqu'à ce qu'on lui dise. Le bruit de la clé qui tournait dans la serrure lui glaça le sang, la porte s’ouvrant en grand sur sa chambre où elle était enfermée depuis des heures. Un grand homme aux cheveux argentés, l’air sévère, se dirigea jusqu’au pied de son lit, laissant derrière lui un majordome qui tenait un grand panneau sous le bras. Il lui fit simplement un signe de main et il lui tendit. Elle eut du mal à le prendre tellement il était grand, déposant le grand cadre sur ses genoux. Elle osa un regard vers son père, inquiète de ce que cadeau contenait. Il répondit seulement par un petit signe de tête, l’obligeant à l’ouvrir. En deux secondes, elle arracha le papier cadeau d’une traite qui laissait entrevoir une toile sur laquelle reposait un dessin d’amoureux s’embrassant. L’une aux cheveux argentés tombant en cascade et l’autre brun, dont on voyait clairement le visage. Cette fois, elle leva les yeux vers son père, les pupilles tremblantes.

- Un cadeau d’Espagne de ta mère, quel réalisme ! J’espère que tu as une bonne explication, ma fille.

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Il - oui merci. J'aurrais jamais si tu ne m'avais pas poussé. Merci de m'avoir innitié?

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L'attente glissait aussi paisiblement sur l'esprit du guerrier que l'eau dans le ruisseau. Il suivait les sons venant du faré, les imprécations et le bruit du pilon dans le mortier. Il avait su vaincre et le reste était secondaire. Assis sur un caillou, il était chez lui, il se sentait vibrer pour sa Terre. Tout ce qu'il a fait, il l'a fait pour les siens, pour être un brave. Et pour manger. Des années de sécheresse avaient réduit les vivres. L'arbre à pain dépérissait et il fallait agrandir le territoire, s'approprier la vallée sur l'autre versant de l'île volcanique.
Ce n'est pas lui qui a ramassé les noix de bancoulier dont on tirerait l'encre, après les avoir calcinées. Il fallait des mains aux pouvoirs sacrés pour transmettre au liquide tinctorial les qualités honorant celui qui les recevrait.
La peau brune habillant des muscles colossaux frissonnait de temps à autre sous cette force mal contenue. Le guerrier revivait son combat. Il revoyait son ennemi en face, avec dans le regard la même détermination que la sienne, la même bravoure. Une seule des deux lances atteindrait son but, c'était la loi pour pouvoir rentrer au village plein de gloire et apporter ainsi la promesse de nourriture pour le peuple. Il a failli tout perdre, décontenancé, à l'instant où il avait entendu son frère hurlant s'élancer sur un adversaire et retomber net, le crâne fracassé. L'ombre sur la victoire. Alors il avait rugi, transmettant la douleur de la perte de son frère aimé à la pierre effilée de son arme.
Ce fut le massacre.
Les hommes, vieux, nus à l'exception d'un pagne de tapa, tissu végétal, sortaient enfin du faré, l'un d'entre eux tenant haut un bol fait du crâne d'un animal. Leur nudité étalait au grand jour leurs tatouages qui, au fil des ans, prenaient des reflets verdâtres. Leurs actes valeureux étaient inscrits et chacun respectait ces marques. Le guerrier se leva et les salua. Rien en cet instant n'était plus précieux sur l'île que le contenu de ce bol, une encre produite par la terre nourricière et qui avait reçu les paroles sacrées.
On fit asseoir le vainqueur nu sur un gros caillou et les sages l'entourèrent. Pendant que l'encre végétale était étalée sur la peau dorée de l'homme imposant, les voix masculines psalmodiaient et le tatoueur, le seul habilité à marquer les peaux des signes de la bravoure, commença à enfoncer une dent de requin acérée, puis encore et encore répéta son geste, patiemment. Le tatouage s'est dessiné sur la peau au fil des chants ininterrompus lentement, jusqu'à la tombée du jour. Une marque indélébile qui dira à tous combien il s'est battu pour les siens.
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-Eh, Paul, t'as vu là-bas la cahute ? Y a un mec, il te fait des supers tatouages, regarde celui que j'ai !
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