Chapitre 21 : Ballon rouge.

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(PS : Dossan et Blear en couverture)

Chuck remonta à la surface des couvertures pour reprendre une bouffée d'air, fixant fièrement une Marry qui lui ébouriffa sa tignasse bleue déjà en bataille. Il s'aventura alors jusqu'au cou de sa princesse pour y glisser deux trois baisers avant de rejoindre ses lèvres. Elle y répondit, puis sortit du lit en s'entourant du plaid.

- Plus besoin de te cacher, je connais chaque partie de ton corps maintenant, la taquina-t-il.

- J'ai un peu frais, répondit-elle en resserrant sa fausse robe.

- Et si on restait au lit ? Je rêve d'y passer ma journée en ta compagnie, fit-il en la rejoignant pour l'enlacer.

- Quel beau parleur ! Je parie que tu le disais à toute, dit-elle en se dirigeant vers la douche.

- Tu voudrais être la seule ? Ma priorité ? Ça ne tient qu'à toi, gloussa-t-il.

- Arrête d'essayer de franchir les limites, et je m'assurais de… Laisse tomber, se reprit-elle alors qu'elle passait sous l'eau, laissant la porte ouverte.

- Il y a une règle pour les hommes comme moi, tu sais. En tant que bon dragueur, et avec ce physique de rêve, ce serait triste de se priver, dit-il en ignorant ses petits rires moqueurs. Mais les coups d'un soir doivent rester à leur place. Le lit d'un homme comme moi, n'appartient qu'à une femme comme toi, dit-il en se glissant sous la douche à son tour. Même en toquant à ma porte, j'ai toujours fait le chemin jusque leurs chambre et tu es là première à partager mes draps, chérie.

- Menteur, souffla-t-elle en appuyant son dos à la vitre.

- Dans cette douche aussi d'ailleurs, ajouta-t-il en la prenant par la taille, un sourire en coin. Je m'étais promis que celle que je consumerais dans mes draps serait la femme de ma vie, il faut croire que c'est toi, déclara-t-il en capturant son menton.

- N'y crois pas trop, répondit-elle en se collant à lui, l'eau chaude glissant entre leurs corps.

Plus tard dans la journée, Marry et Chuck traversaient le couloir côte à côte, sortant d'une réunion des délégués. Il l'arrêta dans le couloir avant de nous rejoindre et de perdre sa chance de l'embrasser. Celle-ci avait une fâcheuse tendance de refuser l’affection qu’il lui portait à l’école. Elle détourna son visage, comme d'habitude, inconfortable à l'idée qu'on les guette, mais personne à l'horizon, sauf cette petite peste d'Emilie qui osait à peine les regarder. D’un air vicieux, Marry attrapa Chuck par le col et lui roula le patin de sa vie. Il se mit à rire une fois à nouveau seuls.

- Là, ça ne te dérange pas de me montrer tout ton amour, l'embêta-t-il.

- Il faut bien que je marque mon territoire, lâcha-t-elle en lui tapotant la joue. Les autres nous attendent, il est temps qu'on leur donne les nouvelles.

Rien d'inquiètant, ils nous annoncèrent simplement avec un peu d'avance que le bal de fin d'année aurait lieu en avril. Les filles se voyaient déjà en robe de princesse, discutant des couleurs qui leur irait le mieux au teint. Les garçons avaient aussi intérêt à s'intéresser à cette discussion. Quant à moi, dans un mois, je profiterais de mon premier bal.

- Avec qui penses-tu y aller Dossan ? me demanda Michael tenant Églantine sur ses genoux.

- Avec laquelle tu veux dire ? me taquina Louis.

- Quelle honte ! s'exclama Alicia.

- Ne l'écoute pas, tu as raison de dragouiller mon pote, répondit Elliot à ma place. Même si je dois avouer que je ne m'attendais pas à ce que tu sois sur deux filles !

- Il a eut un bon professeur, gloussa Chuck.

- Arrêtez, ce n'est pas comme ça, ris-je. Elles m'aiment bien toutes les deux, mais je leur ai dit à chacune que ce n'était pas possible.

- Et pourquoi ça ? dit Katerina portant toujours un air révolté sur son visage.

- Parce que la première est une vraie gamine qui nous visait nous et la deuxième à des penchants assez spéciaux, c'est ça ? récapitula Blear sur un ton ironique.

- Très juste, la remerciais-je.

- Depuis quand tu es son porte-parole attitré ? lui demanda Marry.

En effet, notre promesse datait d'un mois maintenant. Le temps devenait plus doux et notre peine de cœur mutuelle s'envolait avec l'arrivé des vents printaniers. Depuis que nous avions décidé de trouver l'amour, nous étions plus proches également. Pas beaucoup plus, mais je me sentais lié à elle. Et c'est pour cette raison que je savais pertinemment qu'elle avait plus dur que moi à se sortir Louis de la tête. Plus que ça, elle avait difficile à faire le premier pas vers d'autres garçons. Pour ma part, j'avais fait la connaissance de quelques filles. Je ne pensais pas que la bibliothèque pouvait être un lieu propice au flirt. C'est Blear qui m'aida à aller vers la première qui me "dévorait des yeux" selon ses dires. Je me souviens qu'elle rangea mes mèches pour dégager mon "beau visage" et qu'elle me poussa littéralement vers cette petite blonde. Mais que ce soit avec elle ou les suivantes, il y avait toujours quelque chose qui clochait. Les garçons m'appelaient le dragueur en herbe, mais je n'étais pas doué. Bien que j'eusse gagné en confiance et en charisme, selon Chuck, j'avais l'impression que le scénario "Alicia" se reproduisait à chaque fois ou qu’elles ne me convenaient pas. Au fond, je me voilais la face, encore prit de pincements au cœur de temps à autre lorsque je la voyais se pavaner avec Louis. Et pas que.

Nous remontions tous ensemble les rues qui menait au centre-ville. La vue de mes amis, tous en couple et main dans la main qui discutaient du meilleur spot ou s'arrêter, me tordait le cœur. Dans ces cas-là Blear et moi, étions vraiment mis sur le côté ou derrière en l'occurrence. Ils ne faisaient plus attention à nous, continuant leur chemin, et nous suivions par pur habitude. Ce schéma de vie me fatiguait. Je m'arrêtais au milieu de la rue, et vit Blear me dépasser de quelques pas. Je l'arrêtais en saisissant son avant-bras.

- Ils continuent d'avancer, lâchais-je simplement.

- Oui ? s'étonna-t-elle.

- Ils ne font plus du tout attention à nous, c'est drôle.

- Oui, répéta-t-elle en perdant le peu de sourire qu'elle avait déjà.

- Les premiers stands de la fête foraine se sont installés aujourd'hui, je suis sûr qu'ils ne le savent pas, tu m'accompagnes ?

- Mais on devait manger avec eux ? On leur dit rien ? fit-elle en écarquillant les yeux.

- Ils ne remarqueront même pas notre absence, dis-je en attrapant sa main pour la forcer à me suivre.

Je la sentais stressée, presque angoissée : l'improvisation ne rimait pas avec Blear, planifiant toujours chaque sortie en moindre détail. Sachant, qu’elles consistaient rarement en de l’amusement. Elle râlait sur le chemin parce que l’inconnu lui faisait peur. Il n’y avait qu’un ou deux manèges d’installer, et les stands se faisaient rares entre les forains qui montaient leur carriole. Cette vue, quoi qu’elle en dise, l’émerveilla, entre surprise et découverte.

- Par quoi on commence ? m'impatientais-je.

- Je ne sais pas, comme tu veux, dit-elle en regardant partout autour d’elle d’un air fâché. Pourquoi tu rigoles ?! m’agressa-t-elle après m’avoir pris sur le fait.

- Tu n’as jamais été à la foire, n’est-ce pas ? continuais-je de rire.

- Je… peut-être, et alors ? Ça ne fait pas de moi une inculte, ou…

- Moi aussi c’est la première fois, ce sera notre petit secret, fis-je en déposant mon index sur mes lèvres.

Je l’aidais à s’installer dans le premier manège, des voitures folles attachées à un plateau qui nous feraient tourner dans tous les sens. Une fois dans le carrousel, je fis un peu moins le fier, sentant l’adrénaline monter et mon estomac se nouer. Blear faisait semblant d’être à l’aise, mais dès que l’attraction s’enclencha elle poussa un cri, et agrippa ma main sur la rambarde de protection. Le décor se déformait, prenant de plus en plus de vitesse. Je ne sus contenir mes cris, et les cheveux de Blear vinrent gifler mon visage. Elle glissait dans le siège, déposant tout son poids sur mon épaule que je rattrapais. Le spectacle était à mourir de rire, elle qui se blottissait lâchement dans mes bras, presque en train de pleurer, et moi qui criait dans un manège où des enfants rigolaient sans frayeur. Lorsque le carnage prit fin, nous avions les cheveux en pétard, et au moment où nos regards se croisèrent, nous éclations de rire. J’eus l’impression de découvrir son sourire pour la première fois. Il était magnifique et ses pommettes surplombées de ses yeux clairs auraient déstabilisé n’importe quel garçon.

- On refait un tour ? demandais-je tout de suite.

- Avec plaisir ! s’exclama-t-elle, pétillante comme je ne l’avais jamais vu.

Nous enchainions avec le labyrinthe de miroirs dans lequel je me pris quelques vitres dans la figure. Blear m’attendait à la sortie, se moquant de ma performance. Elle prenait ses aises et j’adorais ça. Un nouveau fou rire nous prit lorsque nous vîmes nos corps déformés par les miroirs à l’extérieur. Elle regrettait de ne pas avoir son appareil photo sous la main. Je dansais tout allongé, et elle se pliait en deux, rapetissée. Je voulais davantage entendre son rire, et la défia dans une pêche aux canards qu’elle trouva “ridicule” mais pour laquelle, elle se battit quand même. Nous avions dévalisé la rivière de ses oiseaux, récoltant assez de point pour gagner une peluche. Elle insista pour que je la choisisse, comme si elle ne s’y intéressait pas. Je trouvais un petit tigre adorable.

- Tiens, si tu n’en veux pas, tu l’offriras à Billy, la forçais-je de le prendre.

- Oh, s’étonna-t-elle, oui c’est une très bonne idée, fit-elle en serrant l’animal contre sa poitrine.

Je vis l’émotion gagner son visage pâle, et me remercier de ses joues rougies : elle était craquante. Elle insista ensuite pour m’offrir notre quatre-heures, des churros qui nous replongea en Espagne le temps de quelques bâtons. Nous avions des souvenirs particuliers en commun. Elle se rappelait autant que moi le soir de sa confession à propos de Billy, mais je laissais ce sujet de côté. À la place, j’attrapais son coude qui se rapprochait dangereusement d'une goutte de chocolat.

- J’y pense depuis tout à l’heure, tu es très attentionné, me sourit-elle. Ta future petite copine aura beaucoup de chance. Oh tu es gêné ? me taquina-t-elle alors que je sentais le sang me monter à la tête. Mais c’est vrai, tu es un gentleman et c’est si facile de discuter avec toi, merci pour cette journée.

- Elle n’est pas finie, répondis-je en essayant de cacher ma joie en couvrant mes lèvres de ma paume. Tu voudrais tester le stand de tir avant de rentrer ?

- Tant que ce n’est pas sur des canards, plaisanta-t-elle. Mes parents ont essayé de m’apprendre la chasse, mais j’ai toujours refusé. Et quand ils les servaient au souper, je pleurais toutes les larmes de mon corps, rit-elle.

C’est la première fois que j’entendais Blear évoquer ses parents, et ce souvenir d’enfance me fit bien rire. Effectivement, elle n’était pas très à l’aise avec un fusil dans les mains. Elle rata les premiers tirs, puis s’améliora en me regardant faire. J’avoue que je faisais un peu le malin. Je lui donnai une dernière chance en prenant cinq plombs de plus.

- Penses à quelque chose qui te met de mauvaise humeur, peut-être que ça te donnera un peu plus envie de défoncer la cible, plaisantais-je.

Elle rit, mais lorsqu’elle s’installa sur le plan de la carriole, plongeant son œil dans le viseur, je vis la colère grimper. Elle fit sauter le premier ballon.

- Celle-ci, c’est pour m’avoir enlevé mon premier amour, fit-elle en dépliant son fusil pour le recharger, et celle-là, c’est pour ton père, grogna-t-elle en pressant sur la détente.

Mon cœur se serra, puis je le sentis se libérer, lorsque la balle s’enfonça dans le deuxième ballon. Elle ne tirait pas seulement pour elle, mais pour moi aussi. Elle le chargea à nouveau, déterminée.

- La troisième, pour mon fils, pour Billy qu’ils m’ont enlevé de la même manière, peina-t-elle à dire, les yeux larmoyants lorsque le claquement se fendit dans l’air. L’avant-dernière, déglutit-elle, pour ces foutus lois qui nous empêchent de vivre librement, parce que nous sommes dirigés par nos fous de parents.

Le forain la regardait très sérieusement, fumant son cigare. C’est vrai, les lois Richess ne me concernait pas, mais j’avais le père le plus sévère du monde. Pourquoi tirait-elle la dernière balle ? Le fusil tremblait ou plutôt ses mains. Je vins me placer derrière elle pour l’aider à tirer, déposant mes mains sur les siennes. Elle se tendit quand je me collais à son dos brûlant, lui glissant un mot par-dessus son épaule.

- Ça suffit les mauvaises pensées, la dernière doit être positive, soufflais-je. Peut-être, pour l’amour ? Parce qu’on mérite ce bonheur, nous aussi, déclarais-je timidement.

Je l’aidais à se stabiliser, et glissait mon doigt avec le sien, sous la gâchette. Nous appuyons ensemble, doucement et avec précision. Je vis le plomb se diriger droit sur le ballon rouge du milieu. Il explosa, sous le regard impressionné du forain. Celui-ci déposa un gros ours brun devant nous qui cachait l’étreinte que je lui faisais, déposant mon front contre son dos, les bras joint sur son ventre. Je passais ensuite ma tête devant la sienne pour lui faire un sourire, elle arqua un sourcil et je m’attardais sur son petit nez retroussé, alors qu’elle me rendait un sourire de canaille. Puis nous nous détachions, légèrement gênés, et je lui tendis l'ours en cadeau. Elle le serra de toutes ses forces, et me remercia de ses prunelles brillantes que je percevais comme un présent.

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Il avait eu beau refusé elle l'avait entrainer au fils des ruelle jusqu'à arriver au dit lieu.

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Elle - bon je crois qu'il est temps pour toi de redescendre sur Terre.

Pour seul élément de réponse elle n'eu qu'un hochement de tête.

Elle - concentre toi sur ma voix. écarte toi. Voila, lache prise n'ai pas peur. Bon ok maintenant tu vas vacher.

Elle continua de le guider jusqu'à la fin de la procédure. Après les émois de l'homme le reste de l'heure se passa plutôt tranquillement.

Et alors qu'ils sortaient elle lui demanda.

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Il - oui merci. J'aurrais jamais si tu ne m'avais pas poussé. Merci de m'avoir innitié?

Elle - tout le plaisir est pour moi. Et j'espère que tu reviendra vite.

Il- Ne t'inquiète pas, l'escalade c'est passionnant.



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hersen



L'attente glissait aussi paisiblement sur l'esprit du guerrier que l'eau dans le ruisseau. Il suivait les sons venant du faré, les imprécations et le bruit du pilon dans le mortier. Il avait su vaincre et le reste était secondaire. Assis sur un caillou, il était chez lui, il se sentait vibrer pour sa Terre. Tout ce qu'il a fait, il l'a fait pour les siens, pour être un brave. Et pour manger. Des années de sécheresse avaient réduit les vivres. L'arbre à pain dépérissait et il fallait agrandir le territoire, s'approprier la vallée sur l'autre versant de l'île volcanique.
Ce n'est pas lui qui a ramassé les noix de bancoulier dont on tirerait l'encre, après les avoir calcinées. Il fallait des mains aux pouvoirs sacrés pour transmettre au liquide tinctorial les qualités honorant celui qui les recevrait.
La peau brune habillant des muscles colossaux frissonnait de temps à autre sous cette force mal contenue. Le guerrier revivait son combat. Il revoyait son ennemi en face, avec dans le regard la même détermination que la sienne, la même bravoure. Une seule des deux lances atteindrait son but, c'était la loi pour pouvoir rentrer au village plein de gloire et apporter ainsi la promesse de nourriture pour le peuple. Il a failli tout perdre, décontenancé, à l'instant où il avait entendu son frère hurlant s'élancer sur un adversaire et retomber net, le crâne fracassé. L'ombre sur la victoire. Alors il avait rugi, transmettant la douleur de la perte de son frère aimé à la pierre effilée de son arme.
Ce fut le massacre.
Les hommes, vieux, nus à l'exception d'un pagne de tapa, tissu végétal, sortaient enfin du faré, l'un d'entre eux tenant haut un bol fait du crâne d'un animal. Leur nudité étalait au grand jour leurs tatouages qui, au fil des ans, prenaient des reflets verdâtres. Leurs actes valeureux étaient inscrits et chacun respectait ces marques. Le guerrier se leva et les salua. Rien en cet instant n'était plus précieux sur l'île que le contenu de ce bol, une encre produite par la terre nourricière et qui avait reçu les paroles sacrées.
On fit asseoir le vainqueur nu sur un gros caillou et les sages l'entourèrent. Pendant que l'encre végétale était étalée sur la peau dorée de l'homme imposant, les voix masculines psalmodiaient et le tatoueur, le seul habilité à marquer les peaux des signes de la bravoure, commença à enfoncer une dent de requin acérée, puis encore et encore répéta son geste, patiemment. Le tatouage s'est dessiné sur la peau au fil des chants ininterrompus lentement, jusqu'à la tombée du jour. Une marque indélébile qui dira à tous combien il s'est battu pour les siens.
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-Eh, Paul, t'as vu là-bas la cahute ? Y a un mec, il te fait des supers tatouages, regarde celui que j'ai !
-oh la vache ! Fais un selfie !
Le temps du festival, l'archipel, envahi de touristes dont la seule force est d'avoir payé leur billet d'avion, ressert, au milieu des danses et des chants, ce passé guerrier par petites touches, gravant sur des bras, des cuisses, des oreilles, des poitrines flasques des fragments de la marque de bravoure du guerrier.
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