Chapitre 18 : Consumation.

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Habituellement, Chuck passait sa Saint-Valentin, seul. Durant l’année, il voulait bien choisir de temps en temps une de ses admiratrices pour se décharger ensemble, mais ce jour-là, il n’en était pas question. Romantique dans l’âme, il réservait ce droit à la femme de sa vie. Comme une récompense, au fait d’être la personne exceptionnelle qui lui tiendrait le bras toute sa vie.

Il fut particulièrement contrarié que ses plans soient contrecarré, tout en sachant qu’il s’agissait de sa faute. Sil n’avait pas joué avec Marry, il n’aurait pas commis d’erreur. Mais si Marry n’existait pas, ça ne serait jamais arrivé. Il ne perdait jamais ses moyens, toujours dans le contrôle de soi et de ce qui l’entoure. C’est pourquoi il avait tant envie que cette journée passe au plus vite. Il attendait devant l’internat, changé et recoiffé, la tâche qu’il s’était incombé tout seul : accompagner Emilie au cinéma. La petite brune arriva dans une robe classique bleu marine, et avait fait des ondulations dans ses cheveux. Elle se pinça les lèvres en le voyant, laissant presque un cri d’hystérie sortir de sa gorge alors qu’elle mêlait son bras au sien. Chuck la complimenta mais il trouvait sincèrement qu’elle manquait de couleur. Cela dit, à y regarder de plus près, elle avait un côté attachant. Pas très sûr d’elle, elle redemandait inconsciemment des louanges, et il détestait ça. Pourtant, il adorait les femmes, mais il la considérait comme une gamine de quinze ans, ce qu’ils étaient tout deux. Mais élevé parmi la grande populace, les goûts de Chuck s’étaient affinés avec le temps. Peu importe l’âge, sa femme parfaite devait avoir l’air d’en être une. Elle devait avoir confiance en elle, assez pour ne pas dire merci lorsqu’il lui dirait qu’elle est magnifique.

Ils arrivèrent au cinéma et firent la file pour les tickets, Chuck absolument conscient que les autres filles venues avec leurs copains, le regardait lui. Il lui avait laissé le choix du film, une romance comme il s’en doutait. Intéressant, mais si prévisible. Il lisait en elle comme dans un mauvais film. En arrivant dans la salle, il la conseilla sur les meilleures places, mais elle voulait absolument se mettre dans un coin reclus. Il ne serait pas étonné qu’elle lui saute dessus pendant la séance et se préparait mentalement à subir les cochonneries des autres couples. Si ça ne tenait qu’à lui, il aurait privatisé la salle entière pour se retrouver seule avec la fille de ses rêves. Il aurait eut le loisir de faire l’amour où ils le souhaitaient, tout en profitant du grand écran seulement pour eux deux.

En effet, à peine le tiers du film fut passé qu’elle déposa sa main sur l’accoudoir dans l’espoir qu’il la saisisse. Il n’en fit rien, pas tout de suite du moins. Enfin prit dans l’histoire, il s’installa plus confortablement et elle imagina qu’un mouvement vers son popcorn, signifiait de l’affection. C’est elle qui lui prit la main. Trop gentil, il décida de lui faire plaisir. Peut-être qu’ils coucheraient ensemble, finalement. Il n’avait rien d’autre à faire de toute façon, puis il revint à la raison en se disant qu’il voulait faire l’amour, et non pas coucher. Donc hors de question que ce soit avec cette fille. Il se sentait tellement bête d’être là, entre les amoureux de longues dates et ceux qui le serrait bientôt. À quand son tour ? À quand sa femme ? En un sens, il n’était pas pressé. Valait mieux profiter de sa jeunesse avant d’être caser, puisqu’elle était de toute façon écourtée.

Sortie du cinéma, il lui demanda ce qu’elle souhaitait faire pour la suite. Elle le traina dans une ou deux boutiques où tous les vêtements se ressemblaient, sans aucune folie. Elle voulait continuer de lui tenir la main, l’affichant comme un trophée, alors que c’est lui qui la graciait de sa présence. Puis, elle voulut allez dans son bar à smoothie préféré, sans doute parce qu’elle savait qu’il y allait souvent avec les autres Richess. Il prit son habituel “lagoon” aussi bleu que ses cheveux, et le sirota en l’écoutant parler de ses opinions sur la noblesse. Une vraie endoctrinée, il avait l’impression d’avoir couché avec le diable. Marry lui vint à l’esprit, il avala de travers sa boisson. Même en son absence, elle arrivait à lui faire du tort. La petite Emilie débuta justement un discours à propos de la sous-présidente.

- Je pense qu’elle est jalouse. Je peux l’envisager, mais delà à me gifler, c’est une vraie folle. Je ne suis as sûr qu’elle ait sa place parmi nous, je veux dire parmi les délégués. Tu crois pouvoir faire quelque chose ?

- Elle se vaut parmi le conseil, répondi-t-il simplement en pensant qu'elle était bien folle.

- Et puis quelle traînée ! Je n’ai même pas assez de doigts pour compter le nombre de personnes avec qui elle à coucher.

- Moi non plus, je n’en ai pas assez, dit-il en lui montrant mes doigts.

Elle rigola, mais il faisait autant référence à ses conquêtes qu’à les siennes. Pour ça, ils se ressemblaient. Pourquoi ne pas profiter de ce qui est bon avant d’en être privé ? L’acharnement qu’elle portait à Marry, le fatiguait. Il préférait quand c’est lui qui l’embêtait, mais ça n’arriverait sûrement plus. Quelque chose avait cassé, et ça le rendait triste. Sans s’en rendre compte, ils se retrouvaient maintenant main dans la main, se promenant dans le parc devant l’internat, et non pas celui à l’intérieur. Ils s’assirent sur un des bancs, elle le regardait comme si elle allait le manger, tenant fermement ses mains. Il repensa à Marry, à son esprit libre. Alors quand elle se pencha pour l’embrasser, il fit de même, prêt à oublier ces boucles dorées.

***

Marry ne passait jamais ses Saint-Valentins, seule. Elle noyait le poisson dans les bras d’autres hommes, ou du moins de ce qu’il en restait après son passage. La vie se faisait trop triste pour ne pas être accompagnée le jour de l’amour, quitte à le regretter une fois qu’elle aurait trouvé le bon.

Elle fut particulièrement contrariée de n’avoir personne avec qui partager sa journée. Si Chuck n’avait pas fait le difficile, ils seraient ensemble à l’heure qu’il est. Elle l’aurait capturé dans ses draps, enjôlé, et lorsqu’il se serrait enfin attaché, elle s’en serait débarrassé. Pour une fois, elle aurait été elle la gagnante, mais ça ne se passa pas comme ça. La rage la gagna lorsqu’elle imaginait cette peste à son bras. C’était sa place. Comment pouvait-il choisir cette fille plutôt qu’elle ? Ennuyeuse à souhait, belle qu’à moitié et elle avait si peu d’assurance. Marry regarda son reflet dans une vitrine, remit ses cheveux en place, elle était définitivement plus belle. Magnifique même, à côté de cette gamine.

Tout lui rappelait ce jour maudit en ville, les décorations dans la rue, dans les magasins, et les couples se pavanant fièrement pour montrer leur amour à deux balles. Une fois qu’elle aurait trouvé un homme, son futur mari, rien ne serait aussi simplet que ce que la société nous présentait de la Saint-Valentin. Elle attendait de la passion, du grandiose et du sensationnel. Elle était pressée de le trouver, pour voir la tête que Chuck ferait. Là, il n’aurait plus rien à dire.

Fatiguée de voir tous ces gens heureux, elle décida de rentrer à l’internat. Elle en avait assez. Sur le chemin, elle pensa qu’il l’avait peut-être déjà ramener là-bas, dans sa chambre. Ils couchaient peut-être en ce moment même. Les images qui suivirent lui firent mal au cœur. Quelle idée de se faire du mal comme ça ? Elle repensa à ce que les copines lui avaient dit, qu’elle l’aimait. Son rythme cardiaque s’accéléra. Non, non, non, elle refusait d’éprouver ce genre de sentiment. Et puis elle imagina pire : et s’il s’intéressait vraiment à elle ? Impossible, Chuck n’aimait pas le bas de gamme. Elle arrivait presque à l’internat. Il faisait beau pour un jour de février, alors elle songea à s’installer dans le parc, mais la vue la dégoûta. Ils se tenaient les mains, prêt à s’embrasser, elle déjà bien engager. Elle eut la sensation de mourir de l’intérieur, et prit la fuite dans le bâtiment. Courir dans les escaliers, monter les marches par deux, elle l’avait fait dans le sens inverse. Cette nuit où elle avait perdue son ex-petit ami, Shad Berkley. Pourquoi penser à lui maintenant ? Ils n’avaient rien avoir l’un avec l’autre. Elle l’avait suivi dans une tentative vaine de le récupérer, ici elle fuyait Chuck. Elle s’appuya à un mur pour s’arrêter et reprendre sa respiration. L’appui de fenêtre tomba à pic, elle se jeta dessus, et mit son visage dans ses mains, pensante. Est-ce qu’elle était vraiment en train de comparer l’amour de sa vie à ce stupide ennemie ? Les paroles de celui-ci lui revint en mémoire : “s’il l’avait été, il n’aurait jamais dévier son regard du tiens”. Quel culot de parler ainsi du seul qu’elle avait vraiment aimer. Ses autres mots la gagnèrent : “Tombe amoureuse de moi”, et les palpitations recommencèrent de plus belle.

D’un coup, elle se retourna pour regarder par la fenêtre se rappelant qu’elle donnait sur le parc à l’avant de l’internat. Emilie était encore assise sur le banc, elle ne voyait pas bien son expression, mais elle pensa qu’elle avait l’air aussi triste qu’elle. Et où était Chuck ? Elle le chercha dans le décor, déposant ses mains sur le carreau. La porte menant aux escaliers claqua. Elle se figea : “Ne me dites pas que… ”. Elle reconnut des pas, mi-assurés, mi-cherchant. Une onde traversa l’entièreté de son corps, et elle se retourna doucement lorsque les bruits s’arrêtèrent. Elle se releva, effrayé, et le découvrit au pied de l’escalier. Chuck avait les mains dans les poches de son pantalon gris, et portait une simple chemise blanche évasée. Elle l’avait vue dans des vêtements plus beau, mais il semblait tout à fait charmant. Il monta deux marches, puis s’arrêta. Elle crut mourir, incapable de bouger, de dire quoi que ce soit. Il continua de monter. Elle avait la boule au ventre jusqu’à ce qu’il pose ses pieds à la même hauteur que les siens, mais ils continuèrent leur chemin. Une insulte suffirait, mais elle s’enivra de son parfum à la place, et regarda son dos avec délectation. Il s’arrêta à nouveau devant l’autre escalier, pour se tourner à moitié, les yeux rivés au sol. Il les remonta jusqu’à sa poitrine où elle gardait ses bras. Le temps s’arrêta. ils se rencontraient enfin. Elle repensait à ses mots. Plongea son regard dans le sien, elle n’avait envie que d’une chose. Elle le voulait lui. Et le brillant dans ses yeux provoqua une réaction de l’autre côté. Chuck lui agrippa le bras, et la tira vers lui, tandis qu’il commençait déjà à monter les escaliers. Il entremêla sa main à la sienne, alors que ses pieds s’entremêlaient aux marches. Marry voulut lui dire d’arrêter, mais quelque chose en elle l’en empêcha. Il la trainait dans le couloir, au pas de course, et les nœuds dans son ventre grandissait. C’est dans sa chambre qu’il l’emmenait. Toujours en la tenant fermement, il sortit la clé de sa poche de son autre main. Elle peina à freiner, lui bourrant dedans, alors qu’il ouvrait la porte. Là, il la regarda à nouveau, plus que sérieux. Pendant un court instant, il lui montra le Chuck sans filtre, sans sourire. Le Chuck qui la désirait.

La pulsion fut trop forte, ils se jetèrent l’un sur l’autre. Chuck la poussant contre le mur, et l’embrassant à pleine bouche. Il enferma son bras de son emprise, jeta les clés à travers la pièce, et la poussa jusqu’à l’intérieur. Il claqua la porte violemment et se retourna.

- Déshabille-toi.

- Ne m’ôte pas les mots de la bouche !

Il déchirait presque sa chemise, s’en débarrassant d’un geste, et se rua sur Marry qui peinait à retirer sa robe. Il attrapa son décolleté de ses deux mains, et fit sauter tous les boutons d’une traite, lui lançant un sourire satisfait au cri qu’elle émit. Quand Chuck l’empoigna par l’arrière du cou pour la ramener à lui, elle déposa ses mains sur son torse et les descendit jusqu’à l’élastique de son pantalon. Il gifla sa main, puis attrapa ses poignets, l’empêchant de faire quoi que ce soit. Il l’embrassa à nouveau, doucement, langoureusement, et puis avec violence. Il mordilla ses lèvres, guettant pour un pleur, mais elle ne répondit qu’avec insolence, la poitrine bien bombée où il ne tarda pas à enfoncer son nez. Il continua les baisers sur le galbe de ses seins, écartant son soutient gorge noir et vulgaire à outrance, pour y glisser sa langue. Leurs pas s’entrecroisèrent jusqu’au lit, où il la poussa. Là, il se présentait face à elle, torse-nu, et l’appela de son doigt auquel sa bouche ne résista pas de s’accrocher.

- Viens ici, fit-il en abaissant légèrement son slip alors qu’il caressait ses lèvres.

Elle eut un rictus, s’agenouilla et longea la courbe de son dos d’une main, tandis qu’elle approchait dangereusement sa bouche de son sexe, il dégagea sa chevelure blonde pour lui montrer le chemin. Marry déposa un baiser au bout de son membre rougi, leva ses yeux obscènes pour constater sa fièvre, et remonta le long de son torse, jouant de ses doigts.

- Tu rêves, lui chuchota-t-elle en enlaçant son cou pour lui consacrer un baiser avant de l’emporter dans le lit.

Ils tombèrent ensemble dans ses draps de soie, la fraicheur de ceux-ci fit apparaitre des frissons le long du corps de Marry. Il ne quittait plus ses lèvres, entremêlant ses doigts aux siens. Puis, il descendit, retira habilement son string, déposa des baisers dans le bas de son ventre, et s’offrit un chemin jusqu’à ce lieu brûlant. Elle releva le buste, et retombait de suite, passant ses doigts tremblant dans sa chevelure. Et lorsqu’il réapparut, sa langue lapant ses lèvres, elle sentit une vague de chaleur la consummée. Marry le poussa par les épaules, et lui grimpa dessus, à califourchon. Il déposa ses mains dans le creux de ses reins, assis, et contempla son visage haletant.

- Tu es magnifique, souffla-t-il avant de l’embrasser dans le cou.

- Je sais, murmura-t-elle alors qu’elle relevait ses fesses.

Presque connectés, il prit sa main, déposa l’autre sur sa taille, pendant qu’elle l’entourait, et il la dévisagea une nouvelle fois, sentant qu’elle l’enrobait. Le plaisir sur son visage, sa respiration qui se saccadait aux coups de bassins, et ses yeux perfides, sexuels, accablés, il ne pourrait s’en passer. Il la déposa sur le lit, ses jambes et ses bras accrochés dans son dos, gardant le rythme qui lui plaisait, et s’abandonnait totalement. Plus de contrôle, plus de calculs, juste lui à l’état pur, haletant, donnant tout de lui-même. Il la serrait plus fort en découvrant des larmes.

- Marry, je t’…

- Non, ne dis rien, couina-t-elle en s’aggripant de toutes ses forces. Ne le dis pas.

- Je n’en pense pas moins, lui chuchota-t-il.

- Et je te hais, larmoya-t-elle.

Il fit allez ses hanches plus fort, gagnant un cri, et des larmes supplémentaires. La rage, le désir, l’amour, cette interdiction et ses lois l'empêchant de lui dire je t'aime, il s'enquit de les détruire au gré des ses va et viens.

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Ce n'était pas la première fois qu'elle lui proposais de l'accompagner, il avait toujours refusé prétextant que ce n'était pas sa tasse de thé

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Elle -bon c'est non négociable! tu viens avec moi!

Il avait eu beau refusé elle l'avait entrainer au fils des ruelle jusqu'à arriver au dit lieu.

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Elle - Plus à droite, vas y fait une lolote, mais met ton doigts dans le trou ne t'inquiète pas. Voila tu vois elle est bonne.

Lui ne répondit par un gémissement absorbé par sa tache les jambes flageolentes.

Elle - bon je crois qu'il est temps pour toi de redescendre sur Terre.

Pour seul élément de réponse elle n'eu qu'un hochement de tête.

Elle - concentre toi sur ma voix. écarte toi. Voila, lache prise n'ai pas peur. Bon ok maintenant tu vas vacher.

Elle continua de le guider jusqu'à la fin de la procédure. Après les émois de l'homme le reste de l'heure se passa plutôt tranquillement.

Et alors qu'ils sortaient elle lui demanda.

Elle - Alors c'était comment? c'était pas si dur tu a vus.

Il - oui merci. J'aurrais jamais si tu ne m'avais pas poussé. Merci de m'avoir innitié?

Elle - tout le plaisir est pour moi. Et j'espère que tu reviendra vite.

Il- Ne t'inquiète pas, l'escalade c'est passionnant.



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L'attente glissait aussi paisiblement sur l'esprit du guerrier que l'eau dans le ruisseau. Il suivait les sons venant du faré, les imprécations et le bruit du pilon dans le mortier. Il avait su vaincre et le reste était secondaire. Assis sur un caillou, il était chez lui, il se sentait vibrer pour sa Terre. Tout ce qu'il a fait, il l'a fait pour les siens, pour être un brave. Et pour manger. Des années de sécheresse avaient réduit les vivres. L'arbre à pain dépérissait et il fallait agrandir le territoire, s'approprier la vallée sur l'autre versant de l'île volcanique.
Ce n'est pas lui qui a ramassé les noix de bancoulier dont on tirerait l'encre, après les avoir calcinées. Il fallait des mains aux pouvoirs sacrés pour transmettre au liquide tinctorial les qualités honorant celui qui les recevrait.
La peau brune habillant des muscles colossaux frissonnait de temps à autre sous cette force mal contenue. Le guerrier revivait son combat. Il revoyait son ennemi en face, avec dans le regard la même détermination que la sienne, la même bravoure. Une seule des deux lances atteindrait son but, c'était la loi pour pouvoir rentrer au village plein de gloire et apporter ainsi la promesse de nourriture pour le peuple. Il a failli tout perdre, décontenancé, à l'instant où il avait entendu son frère hurlant s'élancer sur un adversaire et retomber net, le crâne fracassé. L'ombre sur la victoire. Alors il avait rugi, transmettant la douleur de la perte de son frère aimé à la pierre effilée de son arme.
Ce fut le massacre.
Les hommes, vieux, nus à l'exception d'un pagne de tapa, tissu végétal, sortaient enfin du faré, l'un d'entre eux tenant haut un bol fait du crâne d'un animal. Leur nudité étalait au grand jour leurs tatouages qui, au fil des ans, prenaient des reflets verdâtres. Leurs actes valeureux étaient inscrits et chacun respectait ces marques. Le guerrier se leva et les salua. Rien en cet instant n'était plus précieux sur l'île que le contenu de ce bol, une encre produite par la terre nourricière et qui avait reçu les paroles sacrées.
On fit asseoir le vainqueur nu sur un gros caillou et les sages l'entourèrent. Pendant que l'encre végétale était étalée sur la peau dorée de l'homme imposant, les voix masculines psalmodiaient et le tatoueur, le seul habilité à marquer les peaux des signes de la bravoure, commença à enfoncer une dent de requin acérée, puis encore et encore répéta son geste, patiemment. Le tatouage s'est dessiné sur la peau au fil des chants ininterrompus lentement, jusqu'à la tombée du jour. Une marque indélébile qui dira à tous combien il s'est battu pour les siens.
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-Eh, Paul, t'as vu là-bas la cahute ? Y a un mec, il te fait des supers tatouages, regarde celui que j'ai !
-oh la vache ! Fais un selfie !
Le temps du festival, l'archipel, envahi de touristes dont la seule force est d'avoir payé leur billet d'avion, ressert, au milieu des danses et des chants, ce passé guerrier par petites touches, gravant sur des bras, des cuisses, des oreilles, des poitrines flasques des fragments de la marque de bravoure du guerrier.
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