Chapitre 16 : Confidences

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Eglantine et Michael gazouillaient autour d’une table du réfectoire, profitant d’un chocolat chaud en amoureux. Ils se levaient toujours tôt pour s’offrir des moments rien qu’à eux. Nous respections leur espace. Toujours. De plus en plus, je me rendais compte de la détresse de mes amis. Un beau jour, à la veille de leur dix-sept-ans, tomberait du ciel leurs princes et princesses, imposés ou choisies parmi une liste des meilleurs parties. Et les autres Richess n’en faisait pas partie. Les adultes manquaient tellement de discernement. En s’associant, leurs familles seraient d’autant plus puissante, mais non, il fallait qu’ils se laissent manger par de vieilles querelles et lois grotesques. Bref, c’est pour cette raison que nous comprenions pourquoi ces deux là restaient autant collés l’un à l’autre. Le jeu entre Chuck et Marry m’intéressait, mais je trouvais qu’ils avaient tort de perdre autant de temps. Puis, il y avait Elliot qui semblait désespéré. Il rejoignit son meilleur ami et sa princesse en hâte, ruinant leur moment de bonheur en posant violemment son sac contre la table.

- Ok les amoureux, j’ai besoin de conseil, déclara-t-il les fixant tous les deux en train de se nourrir mutuellement de croissants.

- Bonjour Elliot, tu vas bien ? Oui, nous aussi très bien, dit Michael d’un ton parfaitement ironique.

- S’il te plait, c’est important, supplia-t-il.

- Que se passe-t-il ? lui demanda Eglantine de sa douceur habituelle.

- Oh merci, ça c’est une copine ! exagéra-t-il en lui attrapant les mains.

- La mienne en l’occurrence, se fâcha Michael pour du semblant. Allez raconte, ajouta-t-il en engloutissant un bout de sa viennoiserie.

- Est-ce que vous trouvez que je mets trop de pression à Katerina ? Vous savez, pour ces trucs-là fit-il en faisant de gros yeux. Nous n'en avons jamais vraiment parler, mais c’est pas la première fois que je lui propose de dormir dans ma chambre, et j’ai la sensation qu’elle trouve toujours une excuse… Quoi ? s'interloqua-t-il.

Les tourtereaux riaient de bon cœur, découvrant une face de leur ami qu’ils n’avaient jamais vu. Elliot ne manquait jamais de confiance en lui, et là, il avait l’air si inquiet que ça en était adorable. Michael prit la main de son amoureuse, en prenant conscience qu’il se confiait également à elle.

- Elliot, tu ne voudrais pas qu’on en discute juste tous les deux ?

- Pourquoi ? Ah, non, fit-il en regardant Eglantine. J’ai confiance en toi, et puis peut-être que tu peux me donner des informations croustillantes, ajouta-t-il d’un sourire coquin.

- Non je ne peux pas, mon cher, lui rendit-elle son sourire part un plus courtois. Tout ce que je te conseille, c’est de lui en parler en toute honnêteté. Ou de la confronter si elle ne cesse pas de faire sa tête de mule, plaisanta-t-elle ensuite.

- Ok, ok, je verrais ce que je peux faire, et motus les gars, rajouta-t-il en fermant une tirette sur sa bouche.

- Voilà les problèmes, murmura Michael.

Katerina arriva, toute fatiguée, et se blottît dans les bras de son amoureux, sans dire un mot. Le matin la rendait docile. C’est là qu’il en profitait le plus, lui collant un bisou sur le dessus du crâne, puis sur sa joue, tout entremêlant ses doigts aux siens. Jusqu’à ce qu’elle se réveille et prenne à nouveau de la distance. Ce qui fut rapide, entre Alicia et Blear qui se chamaillaient, et Chuck et Marry qui eux aussi, se bagarraient, pour ne pas changer. Néanmoins, à l’arrivée de Louis tout fut plus calme. Il avait cette joie de vivre qui faisait fondre chacun de nos cœur, et particulièrement celui d’Alicia. Le mien n’était qu’acide. Il se mit à côté d’elle et de l’autre côté sévissait Blear. Celle-ci, apparaissait plus avenante qu’à son habitude. Je remarquai qu’elle portait du maquillage, ou elle l’avait prononcé ? Elle souriait presque chaleureusement. Ce surplus d’informations m’embrouilla l’esprit, autant que l’étaient mes œufs.

Vint le moment tant attendu : la réunion des délégués sur le temps de midi. D’une manière assez impressionnante, elle se déroula parfaitement du début à la fin, ou presque. Chacun rangeait sa part dans le local, même Marry, puisque ça faisait partie de son plan pour se faire bien voir aux yeux de monsieur le président. Elle n’eut pas l’occasion de se retrouver seul avec lui, car la fameuse Emilie lui collait aux basques. Mais rien n’arrêtait Marry Stein, et certainement pas une petite lécheuse de bottes.

- Chuck, on peut parler ? demanda-t-elle d’une voix fluette, en lançant un regard insistant à son parasite, histoire qu’elle dégage.

- Ce ton n’annonce rien de bon, fit-il à la fille.

Tu m’écoutes ?! reprit-elle sa voix habituelle.

- J’aime mieux ça, alors que me veux-tu ?

- Bon, se vexa-t-elle en voyant qu’il comptait Emilie dans leur discussion, j’ai besoin de te parler, donc quand tu auras été au cinéma avec… elle, dit-elle en la dévisageant, on pourrait se boire un verre ensemble ?

- Je crois que ce n’est pas possible, je n’ai aucune idée de ce qu’on fera après le cinéma, hum ? émit-il en lançant un sourire en coin à son rendez-vous du mercredi.

- Mais c’est pas possible ?! Quand est-ce que tu vas accepter ! Franchement, arrête un peu avec cette fille, je sais que c’est pas ton style en plus !

- Son style ? s’offusqua la petite, depuis quand Chuck aime les vaches à lait ?

- Ah ! C’est une plaisanterie, tu es jalouse de mes attributs, planche à pain ?!

- Moi une, s’outra-t-elle en remontant ses mains sur sa poitrine. Si tu n’as pas remarquer, je suis parfaitement le style de Chuck ! Petite, brune, une poitrine moyenne, donc j’ai toutes mes chances ! s’écria-t-elle avant de rougir en se rappelant qu’il était juste à côté d’elle.

- Observatrice en plus ? Effectivement, tu as toutes tes chances.

- C’est une blague ? Comment… Ah ! Cette fille… non mais…

- Marry, tu n’es pas le centre du monde, rétorqua-t-elle d’un air écœuré. Peut-être que tu les trompes tous, mais Chuck est bien plus intelligent, visiblement.

Une gifle partit, et les cheveux d’Emilie volèrent devant son visage en même temps. Avant même de sentir la douleur, les larmes se mirent à couler sur ses joues. Chuck fit la tête de quelqu’un qui était vraiment choqué, puis il lui lança un regard désapprobateur. Un rire jaune la conquit.

- Au moins, je suis bonne à fermer les clapets.

- Là, tu exagères, la prévint-il d’un ton ferme.

- J’exagère ? Moi ? Il suffisait peut-être juste d’accepter de…

- De coucher avec toi ?

- Non ! De prendre du temps avec moi, manger un bout, boire un verre, ce ne so… Nan, tu sais quoi laisse tomber, ça vaut pas la peine, dit-elle, attristée, les mains devants devant sa poitrine en guise d’abandon.

- Effectivement, il vaut mieux.

- Et je t’en prie, j’espère que tu passeras un agréable moment, avec miss parfaite…

- C’est ce que je vais faire, oui, répondit-il en hochant frénétiquement de la tête.

- Très bien, fit-elle en reculant de quelques pas.

- Parfait, continua-t-il en la fixant dans les yeux, ennuyé.

- Je m’en vais, je vous laisse tranquille, annonça-t-elle au pas de la porte.

- Je ne t’en empêche pas.

Elle avait la main sur la poignée, reculant dans le couloir, d’un regard trahie. Elle retroussa les lèvres, la mine triste, et hocha la tête en signe d’acceptation. Puis, elle s’en alla et Chuck continua de fixer la porte jusqu’à ce que le devoir l’appel : réconforter cette fille dont il ne connaissait même pas le nom de famille.

Comme prévu, lorsqu’Elliot demanda à Katerina de l’accompagner jusque dans sa chambre, celle-ci refusa. Pourtant, il voulait simplement écouter ses nouveaux CD, partager un moment d’échanges sur leurs chanteurs préférés. C’est tout ce qu’il voulait. À la place, la mustang se rendit dans la chambre la plus douillette de tout l’internat : celle d’Eglantine. En ouvrant la porte, la douce eut une impression de déjà vue.

- J’ai vraiment besoin d’un conseil, la supplia-t-elle.

- Allez entre, et dis-moi tout, accepta-t-elle en lui cédant le passage. Je suppose que ça à un rapport avec Elliot.

- Oui, soupira-t-elle en se lançant dans son lit pour ensuite faire un câlin à un de ses coussins. Je ne sais pas quoi faire, il me propose sans cesse de passer la soirée avec lui, mais du coup dans sa chambre… et avec ce qu’il s’est déjà passer entre nous, j’angoisse.

- Qu’est-ce qui te fait peur ? demanda-t-elle en prenant place à côté d’elle.

- Je ne suis même pas sûr… Le sexe ? J’ai l’impression qu’il n’a que ça en tête, mais je dois me tromper ? Mais quand on connait son tableau de chasse, là ça doit lui manquer…

- Penses-tu vraiment qu’il t’inviterait seulement pour ça ? tenta-t-elle de la raisonner. Moi je pense, qu’il veut passer des moments, en intimité c’est certains, avec toi. Parce qu’il est amoureux de toi, la rassura-t-elle en passant son bras autour du sien.

- D’accord, mais… ça arrivera bien un jour… et si ?

- Si quoi ?

- Je n’étais pas assez bien ? Il a eut tellement de filles…

- Tu as besoin que je t’apporte un miroir ? Tu es parfaite, et c’est bien pour ça que c’est avec TOI qu’il sort, alors même que tu es une Richess. Et en toute honnêteté, même s’il y pense, ce n’est pas sa priorité, je pense qu’l veut juste passer du temps avec toi…

- Il vous a parlé ? C’est ça ? devina-t-elle à ses hésitations.

- Oui, et ne t’emballe pas, dit-elle en prenant sa main. Comme je te le dis à toi, je lui ai dit que c’était à vous d’en discuter. Alors je pense, que tu devrais accepter ses propositions un peu plus souvent, pour ne pas le décevoir en effet, et avoir une vraie discussion. Tu verras que ça se passera bien, rassurée ? s'assura-t-elle alors en lui lançant son sourire spécial Eglantine.

- Boui, fit-elle en lâchant les eaux.

- Oh mon amour, fondit-elle en la serrant fort dans ses bras.

La nuit se faisait aux larmes, et moi j’avais besoin de prendre l’air. Je manquais de place dans ma chambre, mon bureau en bordel de devoirs et de synthèses. À la place de mon rituel sur le balcon, je décidai de faire une balade dans le parc. J’y jetai un œil depuis ma fenêtre, pour m’assurer qu’il n’y avait personne, et fut surpris de découvrir sur l’un des bancs, une silhouette qui normalement devrait déjà dormir.

Je m’approchais en faisant délibérément du bruit, pour ne pas la surprendre. Blear sursauta légèrement. J’appréciais cette mini frayeur sur son visage qui ne dura qu’un instant, parce que c’était rare de la voir expressive. Elle m’invita à m’asseoir en se décalant d'une fesse vers la droite, ce que je fis. Le silence s’installa. La nuit était calme, sereine, et froide. De la vapeur sortaient de nos bouches, humant l’air frais. J’eus les mains glacées plus vite que je ne le pensais, et les siennes rougissaient à vu d’œil. Mais ça restait agréable. Elle remarqua que je l’observais, et là elle soupira laissant une grande bouffée s’évaporer devant son visage.

- Merci Dossan, de garder mon secret, précisa-t-elle calmement et d’un ton qui ne pouvait pas me paraitre plus sincère.

- Est-ce que tu as envie d’en parler ? C’est rare de te voir réveiller à cette heure-ci, conclus-je.

- Comment le sais-tu ?

- Ma chambre est en face de la sienne, ne l’oublies pas, souris-je.

- Dossan Dan’s serrait donc un voyeur ? Je crois qu’il n’a pas eut de bons exemples, pouffa-t-elle.

- Tu as l’air épanouie, dis-je soudainement en écoutant son petit rire.

- Pas du tout, avoua-t-elle alors en me rendant une expression des plus tristes. Je ne veux pas parler de… Billy, hésita-t-elle. Il est vrai que je réfléchis beaucoup ces jours-ci, et l’air frais me fait du bien. Je suis contente de tomber sur toi, et pas sur quelqu’un d’autre, c’est plus simple.

- Simple oui, acquiesçais-je. Les secrets sont bien gardés avec moi, alors si tu veux tout de même vider ton sac, omis-je.

- Tu gardes le mien, je garde le tiens, c’est comme ça que fonctionne, n’est-ce pas ? Mon enfant contre ta situation familiale, renchérit-elle voyant que je ne comprenais pas.

- Je vois, mais tout le groupe connait mon secret maintenant...

- Je sais aussi que tu es amoureux d’Alicia, et ça, je suis la seule à le savoir.

- Comment… ? m’interloquais-je, mettant ma main sur ma poitrine pour éviter mon cœur de s’y enfuir.

- Parce que j’aime bien Louis, je pense, et je te le dis à toi, parce que je sais que tu ne diras rien, dit-elle ses yeux plantés dans les miens.

Moi aussi, j’eus une sensation de déjà vue. Et cette fois ça ne me brisa pas le cœur, mais le fit galoper à toute allure.

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Mot de l'auteur: Voici une courte nouvelle. J'espère qu'elle vous plaira et saura vous surprendre. Bonne lecture
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Ils se retrouvaient enfin. La semaine avait été longue. Ils avaient l'habitude de se retrouver autour d'un café. C'était leurs petit rituel. Même jour, même heure, le lieux pouvais varier mais c'était bien souvent un endroit caché des regard. Ils s'étaient rencontré par des amis en commun. Lui cadre d'une entreprise, elle étudiante. Elle narrant ses aventures, lui scotché à ses lèvres.

Elle - tu verrais comment elle était bonne, franchement tu devrait essayer.

Ce n'était pas la première fois qu'elle lui proposais de l'accompagner, il avait toujours refusé prétextant que ce n'était pas sa tasse de thé

Elle - Mais justement, il faut expérimenter dans la vie et puis bon t'a personne qui t'empêche de le faire.

C'était une habituée tandis que lui était méfiant mais son hésitation montait un peut plus au fils des rencontre et il s'avait bien malgré lui que ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne s'essaye à la "pratique"

Elle - et puis je suis sûr que tu t'y fera vite, au début ça fait un peu mal mais on s'habitue rapidement.

Elle - bon après le dernier avec qui je l'ai fait il m'a pris un peut trop sec.

Il faillait dire qu'elle était très fine et c'était même étonnant qu'elle pratique encore après toute ces annnées. Le seul signe visible était ses mains qui avaient pris l'habitude de l'effort.

Elle -bon c'est non négociable! tu viens avec moi!

Il avait eu beau refusé elle l'avait entrainer au fils des ruelle jusqu'à arriver au dit lieu.

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Elle - Plus à droite, vas y fait une lolote, mais met ton doigts dans le trou ne t'inquiète pas. Voila tu vois elle est bonne.

Lui ne répondit par un gémissement absorbé par sa tache les jambes flageolentes.

Elle - bon je crois qu'il est temps pour toi de redescendre sur Terre.

Pour seul élément de réponse elle n'eu qu'un hochement de tête.

Elle - concentre toi sur ma voix. écarte toi. Voila, lache prise n'ai pas peur. Bon ok maintenant tu vas vacher.

Elle continua de le guider jusqu'à la fin de la procédure. Après les émois de l'homme le reste de l'heure se passa plutôt tranquillement.

Et alors qu'ils sortaient elle lui demanda.

Elle - Alors c'était comment? c'était pas si dur tu a vus.

Il - oui merci. J'aurrais jamais si tu ne m'avais pas poussé. Merci de m'avoir innitié?

Elle - tout le plaisir est pour moi. Et j'espère que tu reviendra vite.

Il- Ne t'inquiète pas, l'escalade c'est passionnant.



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L'attente glissait aussi paisiblement sur l'esprit du guerrier que l'eau dans le ruisseau. Il suivait les sons venant du faré, les imprécations et le bruit du pilon dans le mortier. Il avait su vaincre et le reste était secondaire. Assis sur un caillou, il était chez lui, il se sentait vibrer pour sa Terre. Tout ce qu'il a fait, il l'a fait pour les siens, pour être un brave. Et pour manger. Des années de sécheresse avaient réduit les vivres. L'arbre à pain dépérissait et il fallait agrandir le territoire, s'approprier la vallée sur l'autre versant de l'île volcanique.
Ce n'est pas lui qui a ramassé les noix de bancoulier dont on tirerait l'encre, après les avoir calcinées. Il fallait des mains aux pouvoirs sacrés pour transmettre au liquide tinctorial les qualités honorant celui qui les recevrait.
La peau brune habillant des muscles colossaux frissonnait de temps à autre sous cette force mal contenue. Le guerrier revivait son combat. Il revoyait son ennemi en face, avec dans le regard la même détermination que la sienne, la même bravoure. Une seule des deux lances atteindrait son but, c'était la loi pour pouvoir rentrer au village plein de gloire et apporter ainsi la promesse de nourriture pour le peuple. Il a failli tout perdre, décontenancé, à l'instant où il avait entendu son frère hurlant s'élancer sur un adversaire et retomber net, le crâne fracassé. L'ombre sur la victoire. Alors il avait rugi, transmettant la douleur de la perte de son frère aimé à la pierre effilée de son arme.
Ce fut le massacre.
Les hommes, vieux, nus à l'exception d'un pagne de tapa, tissu végétal, sortaient enfin du faré, l'un d'entre eux tenant haut un bol fait du crâne d'un animal. Leur nudité étalait au grand jour leurs tatouages qui, au fil des ans, prenaient des reflets verdâtres. Leurs actes valeureux étaient inscrits et chacun respectait ces marques. Le guerrier se leva et les salua. Rien en cet instant n'était plus précieux sur l'île que le contenu de ce bol, une encre produite par la terre nourricière et qui avait reçu les paroles sacrées.
On fit asseoir le vainqueur nu sur un gros caillou et les sages l'entourèrent. Pendant que l'encre végétale était étalée sur la peau dorée de l'homme imposant, les voix masculines psalmodiaient et le tatoueur, le seul habilité à marquer les peaux des signes de la bravoure, commença à enfoncer une dent de requin acérée, puis encore et encore répéta son geste, patiemment. Le tatouage s'est dessiné sur la peau au fil des chants ininterrompus lentement, jusqu'à la tombée du jour. Une marque indélébile qui dira à tous combien il s'est battu pour les siens.
***
-Eh, Paul, t'as vu là-bas la cahute ? Y a un mec, il te fait des supers tatouages, regarde celui que j'ai !
-oh la vache ! Fais un selfie !
Le temps du festival, l'archipel, envahi de touristes dont la seule force est d'avoir payé leur billet d'avion, ressert, au milieu des danses et des chants, ce passé guerrier par petites touches, gravant sur des bras, des cuisses, des oreilles, des poitrines flasques des fragments de la marque de bravoure du guerrier.
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