Chapitre 10 : Putain.

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- Marry a dit ça ? Tu te rends bien compte que c’est suspect, dit Elliot qui sirotait un coca.

- Pour qui me prends-tu ?

- Chuck Ibiss, dirent les deux d’une même voix.

- Bien, tu commences à me connaître, se réjouit-il alors qu’il faisait tournoyer son café à l’aide de sa cuillère.

- Et je peux savoir pourquoi c’est à moi que tu racontes tout ça ? Un mercredi après-midi, dans un bar aussi pouilleux que celui-ci ?

- Je pourrais te poser la même question, tu n'étais pas obliger d'accepter.

En effet, les rivaux se trouvaient dans une vieille brasserie à la demande de Chuck. Il feignait une simple sortie, mais tout le monde savait qu'ils restaient rarement seuls. Le choix du lieu n'était pas anodin, à l'abri des regards. Elliot fit de gros yeux en constatant l'abus de sucre que prenait ce dernier.

- Michael et Eglantine prennent du bon temps ensemble, dit-il en jouant des sourcils.

- Et toi ? Tu as une copine à ce que je sache ?

- Du calme, ça ne fait que deux semaines qu'on sort ensemble.

- Tu as la frousse ?

- Je prends mon temps, nuance. Et c'est très bien comme ça. On file le parfait amour, vois-tu. Tu sais, les papillons dans le ventre, tout ça, avec un peu d'effort ça t'arrivera peut-être un jour.

- Nous ne serons jamais comme ça, répondit-il d'un air décidé.

- Ne décide pas de ces choses là avant d'avoir essayé, bien que j'aie conscience que ce soit plus compliqué pour vos familles… Les Stein, les Ibiss, c'est vraiment toute une histoire.

- Tu sais aussi bien que moi comment ça se finira, et oui, je pourrais en profiter le plus longtemps possible comme toi et Katerina, comme Eglantine et Michael, mais notre relation est... complexe, expliqua-t-il en fronçant les sourcils.

- Je sais Chuck, je sais, l'éternelle compétition, fit-il en lui rendant un regard désolé. Ceci dit, raison de plus pour lui dire ce que tu ressens au plus vite.

- Bref, je vais me prêter à son jeu et nous verrons.

- D'accord, j'arrête de t'embêter avec ça. Alors, pourquoi c’est pas à Dossan que tu te confies ?

- Tu n'en loupes pas une…

- Jamais mon cher, allez raconte, insista-il en se collant au dossier de sa chaise.

- Il se rapproche de Louis, aujourd’hui il m’a dit qu’il l’aiderait en anglais, pour les cours, bref.

- Nan nan nan, attends un peu. C’est pas plutôt que TU le laisses se rapprocher à la place ? Je te connais, t’es un jaloux, alors c’est bizarre que tu n’agisses pas…

- Parce que c’est la même chose, s’énerva-t-il. Marry a raison, dans le futur, rien ne sera pareil. Tout ce qu’on entreprend maintenant, n’aura plus de sens bientôt et je suis d’accord pour en profiter, mais quand verrais-je mon ami, une fois que je serais aussi occupé que mes parents ?

- Tu penses trop au futur, profite de l’instant présent, lui répondit-il très sérieusement.

- Je suis d’accord, il n’empêche que… Dossan, et même Alicia, ont besoin d’amis qui les ressemblent. D’amis qui ne soient pas bloqué par ces putains de lois, et…

- Du calme…

- Qui seront toujours présents, souffla-t-il.

- Tu l’aimes beaucoup hein ? Qui aurait crû que Monsieur Chuck Ibiss s’enticherait autant d’un simple civil, rit-il alors qu’il mâchouillait la paille de son verre. On aurait pu être plus amis toi et moi quand j’y pense…

- Non, impossible.

- Au moins, c’est clair…

- Ce serait trop douloureux, avoua-t-il en baissant la tête. Je ne peux pas être ton ami aujourd’hui, et être ton rival demain, ajouta-t-il en le regardant cette fois dans les yeux.

Elliot ne répondit rien, mal assis sur sa chaise, il passa juste sa main dans ses cheveux et se remis correctement pour boire la fin de son coca. En pinçant la paille de ses lèvres, il eut juste un léger mouvement de tête sur le côté. Le silence ne lui allait vraiment pas.

- Ne me dis pas que tu es ému ? se moqua soudainement Chuck.

- Tais-toi, grogna-t-il alors qu’il avait les larmes aux yeux.

***

Je ressentais l’absence de Chuck, son éloignement soudain. Je savais aussi pourquoi il le faisait. Mon ami, mon vrai ami, celui qui m’avait prise sous son aile, dès le premier jour, m’offrait de l’espace. Je détestais ce côté de sa personnalité. Il décidait toujours pour les autres, sans consultation. C’est vrai qu’il était protecteur, et c’est vrai que j’appréciai ce nouvel air, mais j’en fus triste aussi. Ça ne dura que quelques jours, juste le temps que je brise la glace avec Louis. Après ça, il revint vers moi. Il semblait préoccupé. Puis, j’appris ce que Marry tentait de faire et je n’osai pas lui demander ce qu’il en pensait. Ce n’était pas la peine de parler d’amour avec lui, alors qu’il en avait à revendre.

J’eus la sensation de récupérer un ami, pour en perdre une deuxième. Moi qui pensais pouvoir compter sur Alicia, je remarquai qu’elle prenait de la distance. Louis n’avait pas été tendre, particulièrement avec elle d’ailleurs. Je ne comprenais pas pourquoi, et nous n’étions pas encore assez amis pour que je lui demande. Je pense que nous n’étions même pas amis tout court, car à chaque fois que je le sentais se détendre, il fuyait de suite. À l’inverse, dans les jours qui suivirent, je m’étonnai du comportement de Blear envers Louis. Et ce dernier semblait apprécier sa compagnie, son calme, son sérieux... Moi aussi j’étais comme ça, pourtant je n’avais jamais réussi à avoir de longues discussion avec notre chère reine. Peut-être parce qu’elle m’intimidait un peu au fond.

Ma priorité fut de renouer avec Alicia, je voulais savoir ce qui la tracassait. Alors je tentai le coup tant que je pouvais le faire, entre deux cours le vendredi après-midi. Cependant, Louis vint me rendre un livre que je lui avais prêté et s’installa sur le rebord de la fenêtre. Je vis qu’elle n’était pas ouverte au dialogue.

- Dimanche soir, soirée jeux et chips ? tentais-je en me mettant à hauteur de son visage baissé.

- Oh, ouais j’adorerais, répondit-elle dans un sourire sincère.

- Ça marche, je ne dois pas oublier mes jeux de cartes alors, je vais le noter, dis-je en sortant mon agenda.

- Mon père a acheter un jeu sympa, je lui demanderais si je peux l’emprunter. Hum, je dois rendre ça à Kat, fit-elle en désignant l’élastique à son poignet.

Je ne me rendais pas compte à ce moment-là que ce n’était qu’un prétexte pour s’échapper. Louis prit alors la parole, ce qui m’étonna beaucoup.

- Vous avez l’air proche, dit-il d’un ton un peu bancal.

- Proches ? Nan, rougis-je, enfin si c’est vrai, conclus-je en repensant à toutes nos soirées passer ensemble.

- Ça fait un moment que je me le demande, mais c’est ta petite copine en fait ? hésita-t-il.

- Co… Non ! Du tout, loin de là, bafouillais-je.

- Excuse-moi, je t’ai mis mal à l’aise...

- Non, ce n’est rien, on est très proches, comme des amis. Je la considère comme ma meilleure amie, un peu comme Kat on s’entend super bien, tu vois ?

- Huuum ok, fit-il simplement.

Il n’avait pas l’air convaincu de cette réponse, et je n’en raffolais pas non plus. Le sang m’était monté à la tête, je me sentais ridicule, comme un enfant gêné. Même si je n’étais jamais tombé amoureux étant enfant. Je sentis mon cœur se contracter violemment, et devint encore plus rouge. Amoureux ? J’osais un coup d’œil vers Alicia, et revint sur le tableau de suite. Le roulement de tambour ne cessait pas, jusqu’à ce que le professeur m’apporte une de mes notes. Il s’arrêta de nouveau en voyant le 14/20 écrit en rouge au-dessus de la feuille. Et les cognements recommencèrent de plus belle. C’était loin d’être suffisant. Mon père allait se régaler ce weekend, je tremblais en l’imaginant.

- Ne rentre pas, murmura Chuck qui venait de jeter un œil sur ma feuille.

- Je n’ai pas le choix, soufflais-je en la déposant difficilement sur mon banc.

- Non n’y vas pas, viens chez moi, on va trouver une solution…

- Ce sera pire, m’énervais-je en silence.

- Je t’en prie…

- Les garçons, silence, fit le professeur.

Nous nous y plièrent de suite. Je fis semblant de noter des choses sur ma feuille et Chuck fis de même, pour me glisser un mot : “N’y vas pas”. Ce à quoi je répondis par un regard noir, la colère montait en moi. Je vis son visage se décomposer, et son poing serra de toutes ses forces les textes dans sa main. Il se leva d’un coup.

- Monsieur… Je dois prendre l’air, je ne me sens pas…

- Bien sur Chuck, acquiesça instantanément notre professeur.

Il sortit en torpeur de la classe, sous le regard pétrifié de Blear. Elle se retourna vers moi, et comprit que j’étais en colère. Je l’étais tellement. L’envie d’envoyer valser mon banc dans la classe et de déchirer toutes les pages de ces livres, vint chatouiller mon esprit. L’envie de violence se répandait dans mes bras, jusque dans mon cou, je voulais tout détruire et envoyer valser ma tête contre le banc. Cette haine grandissait au gré du cours, et se transformait en peur, en angoisse, celle que les cours prennent fin. Et quand se fus le cas, je rejetais violemment les filles qui s’inquiétaient pour moi. Alicia m’arrêta, et Katerina prit ma main que je repoussai également. Je recroisai Chuck dans les escaliers et l’évita. Celui-ci, rejoint les autres que j’avais laissé en plan devant la classe. Les autres élèves, dont Louis étaient attentif.

- Qu’est-ce qu’il se passe ? s’inquiéta Michael.

- Vous vous êtes disputés ?? demanda Alicia à Chuck dont la mine tombait jusque part terre.

- Il a eu une mauvaise note, dit-il simplement en regardant les garçons. Une putain de mauvaise note, répéta-t-il en se mettant à faire les cents pas.

- C’est pas vrai, souffla Elliot. Il faut qu'on fasse quelque chose !

- Non, c'est inutile, le retint Michael qui savait exactement que la situation serait pire s'ils s'en mêlaient.

- Mais de quoi vous parlez ? s'énerva Katerina à son tour.

- C'est vrai quoi, c'est stressant, ajouta Marry.

Ils se regardèrent entre eux, et décidèrent de faire motus. Les filles ne comprenaient rien. Elles ne savaient pas ce que signifiait ces mots, mais pour mes copains, il s’agissait d’un code. Cette mauvaise note ne représentait pas qu’un échec, ça allait au delà de ça, et ils le savaient.

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Mot de l'auteur: Voici une courte nouvelle. J'espère qu'elle vous plaira et saura vous surprendre. Bonne lecture
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Ils se retrouvaient enfin. La semaine avait été longue. Ils avaient l'habitude de se retrouver autour d'un café. C'était leurs petit rituel. Même jour, même heure, le lieux pouvais varier mais c'était bien souvent un endroit caché des regard. Ils s'étaient rencontré par des amis en commun. Lui cadre d'une entreprise, elle étudiante. Elle narrant ses aventures, lui scotché à ses lèvres.

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Elle -bon c'est non négociable! tu viens avec moi!

Il avait eu beau refusé elle l'avait entrainer au fils des ruelle jusqu'à arriver au dit lieu.

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Elle - bon je crois qu'il est temps pour toi de redescendre sur Terre.

Pour seul élément de réponse elle n'eu qu'un hochement de tête.

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Elle continua de le guider jusqu'à la fin de la procédure. Après les émois de l'homme le reste de l'heure se passa plutôt tranquillement.

Et alors qu'ils sortaient elle lui demanda.

Elle - Alors c'était comment? c'était pas si dur tu a vus.

Il - oui merci. J'aurrais jamais si tu ne m'avais pas poussé. Merci de m'avoir innitié?

Elle - tout le plaisir est pour moi. Et j'espère que tu reviendra vite.

Il- Ne t'inquiète pas, l'escalade c'est passionnant.



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hersen



L'attente glissait aussi paisiblement sur l'esprit du guerrier que l'eau dans le ruisseau. Il suivait les sons venant du faré, les imprécations et le bruit du pilon dans le mortier. Il avait su vaincre et le reste était secondaire. Assis sur un caillou, il était chez lui, il se sentait vibrer pour sa Terre. Tout ce qu'il a fait, il l'a fait pour les siens, pour être un brave. Et pour manger. Des années de sécheresse avaient réduit les vivres. L'arbre à pain dépérissait et il fallait agrandir le territoire, s'approprier la vallée sur l'autre versant de l'île volcanique.
Ce n'est pas lui qui a ramassé les noix de bancoulier dont on tirerait l'encre, après les avoir calcinées. Il fallait des mains aux pouvoirs sacrés pour transmettre au liquide tinctorial les qualités honorant celui qui les recevrait.
La peau brune habillant des muscles colossaux frissonnait de temps à autre sous cette force mal contenue. Le guerrier revivait son combat. Il revoyait son ennemi en face, avec dans le regard la même détermination que la sienne, la même bravoure. Une seule des deux lances atteindrait son but, c'était la loi pour pouvoir rentrer au village plein de gloire et apporter ainsi la promesse de nourriture pour le peuple. Il a failli tout perdre, décontenancé, à l'instant où il avait entendu son frère hurlant s'élancer sur un adversaire et retomber net, le crâne fracassé. L'ombre sur la victoire. Alors il avait rugi, transmettant la douleur de la perte de son frère aimé à la pierre effilée de son arme.
Ce fut le massacre.
Les hommes, vieux, nus à l'exception d'un pagne de tapa, tissu végétal, sortaient enfin du faré, l'un d'entre eux tenant haut un bol fait du crâne d'un animal. Leur nudité étalait au grand jour leurs tatouages qui, au fil des ans, prenaient des reflets verdâtres. Leurs actes valeureux étaient inscrits et chacun respectait ces marques. Le guerrier se leva et les salua. Rien en cet instant n'était plus précieux sur l'île que le contenu de ce bol, une encre produite par la terre nourricière et qui avait reçu les paroles sacrées.
On fit asseoir le vainqueur nu sur un gros caillou et les sages l'entourèrent. Pendant que l'encre végétale était étalée sur la peau dorée de l'homme imposant, les voix masculines psalmodiaient et le tatoueur, le seul habilité à marquer les peaux des signes de la bravoure, commença à enfoncer une dent de requin acérée, puis encore et encore répéta son geste, patiemment. Le tatouage s'est dessiné sur la peau au fil des chants ininterrompus lentement, jusqu'à la tombée du jour. Une marque indélébile qui dira à tous combien il s'est battu pour les siens.
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-Eh, Paul, t'as vu là-bas la cahute ? Y a un mec, il te fait des supers tatouages, regarde celui que j'ai !
-oh la vache ! Fais un selfie !
Le temps du festival, l'archipel, envahi de touristes dont la seule force est d'avoir payé leur billet d'avion, ressert, au milieu des danses et des chants, ce passé guerrier par petites touches, gravant sur des bras, des cuisses, des oreilles, des poitrines flasques des fragments de la marque de bravoure du guerrier.
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