Chapitre 7 : Le nouvel arrivant.

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Je retrouvai ma chambre de l'internat le dimanche soir, après de longues vacances d'hiver et de rêves aux îles Canaries. Le weekend passé chez mes parents après le voyage m'avait permis de revenir à la réalité, cruelle et nostalgique. Au moins, ma mère m'avait manqué, tandis que le restant était bon à jeter à la poubelle.

Cependant, retrouver le calme de cette chambre était reposant et revigorant, peut-être même un peu trop. Comme si je m'y attendais, j'entendis toquer a ma porte, et ouvrit sans surprise à Alicia qui tenait en main plusieurs paquets de chips et un jeu de société.

- Je crois que je suis toujours dans l'ambiance vacances, ou que j'ai envie de retourner aux bonnes vieilles habitudes, me dit-elle sur un ton à moitié désolé.

- Allez entre, dis-je en lui rendant son magnifique sourire.

Je la voyais comme une fouine, bien trop mignonne et attachante pour lui refuser quoi que ce soit. Nous passions notre soirée à se remémorer le voyage, les bons comme les mauvais moments. Et notamment ce baiser avec Katerina. J'espérais qu'Elliot ne m'en veuilles plus.

- Je n'ai jamais embrasser personne, avoua-t-elle en gardant les yeux rivés au plafond.

- C'était mon premier baiser et je dois dire que je n'ai pas ressenti grand-chose, avouais-je à mon tour.

- Comment ça se fait ?! s'étonna-t-elle, et ça te tracasses ? Tu en tires une tête, ajouta-t-elle de sa moue.

- Je ne sais pas trop, je pense juste que c'était un baiser dans le feu de l'action et pas romantique... J'espère juste que je ressentirais quelque chose la prochaine fois, dis-je en serrant mon coussin.

- On devrait essayer ? lança-t-elle avec un grand sourire, je plaisante voyons ! s'exclama-t-elle en voyant la tête d'ahurie que je lui rendais.

- Tu m'as fait peur, dis-je en lui balançant l'oreiller à la figure.

- Dossan Dan's, je ne vous savais pas aussi bagarreur ! s'écria-t-elle en me rendant la pareille.

Mes drôles de pensées s'évadèrent avec la bataille de polochon puis revinrent au galop au moment de se coucher. Alicia dormait déjà et l'envie de déposer un doigt sur ses lèvres et si je l'avais embrassé ? Je me battais avec l'envie de déposer mon doigt sur ses lèvres, tandis qu'elle roupillait sur l'oreiller à côté de moi. Je me retournais dans l'autre sens pour éviter de lui faire face. Elle était juste ma meilleure amie.

***

Je fus réveillé par la lumière blanchâtre du matin. La vue de la neige semblait irréel sachant qu'une semaine plus tôt je me prélassais sous le soleil. Alicia couru jusque dans sa chambre et je me préparais pour cette rentrée.

Rien avait changé, le défilé de voiture, l'amas d'élèves qui se rendait jusque l'école, et le froid qui fouettait mon visage. C'est comme si le temps s'était arrêté. Mais il y avait des changements, comme notre amitié plus profonde et le nouveau couple formé pendant les vacances. Elliot ne voulait pas quitter Katerina le temps des cours, et elle était trop fière, ou trop timide peut-être, pour l'avouer.

Le groupe se sépara donc en deux pour rejoindre les rangs dans la coure. Le couple Eglantine-Michael faisait des envieux sur leur passage tandis que Marry et Elliot formait une équipe renversante, redoutée par les professeurs. Les points communs qu'ils partageaient n'étaient pas de bonne augure.

Une fois en classe, les habitudes reprirent leurs cours. Blear, l'éternelle première de classe, résidait devant le bureau du professeur. Elle niait les grimaces que lui faisait Alicia et Katerina du fond de la classe. Quant à Chuck et moi-même, nous partagions le même banc que le jour de notre rencontre, c'est à dire prêt de la fenêtre au cas où j’avais besoin de m’évader.

Le chahut s’arrêta aux claquements de mains de notre titulaire qui ordonnait le silence :

- Je sais qu'il est difficile de reprendre les cours après un si magnifique voyage, et je le regrette autant que vous sachez-le, mais il est temps que nous reprenions notre sérieux, jeunes gens, fit-il en remontant sa grosse paire de lunette. Je vous propose de reprendre les choses en douceur avec une rédaction sur cette aventure que nous avons partager en Espagne. J'ai réfléchi au meilleur moyen de…

Un cognement sourd l'arrêta dans son monologue. Il cria "Entrez" à travers la classe. La petite dame blonde du secrétariat s'invita auprès de notre professeur pour s'adresser à l'assemblée.

- Bonjour tout le monde, Monsieur Rubens, je vous apporte ici un nouvel étudiant, annonça-t-elle en désignant la porte d'entrée d'un geste.

Un grand garçon aux cheveux châtains apparu alors devant notre classe, de nouveau animée par la nouvelle. Les filles apprécièrent tout de suite sa grandeur. À première vue, il devait faire la taille d'Elliot. Elles souriaient toutes en détaillant sa fine silhouette et rougissaient son visage sérieux du dessous de sa mèche, son visage sérieux. C'était un beau garçon, guindé dans une tenue des plus correctes. Il portait un polo rouge aux manches retroussés laissant apparaître la chemise blanche en son dessous. Pour le reste, un pantalon noir en tissu et une paire de basket neuve. J'entendais des chuchotements derrière moi et Chuck se releva sur son siège, lorsqu'il balaya la salle de ses yeux bleus perçants.

La dame du secrétariat le laissa entre les mains de notre titulaire et tenta un sourire au nouvel arrivant qui ne lui répondit que par un simple hochement de tête. Il n'avait pas l'air courtois.

- Eh bien enchanté Louis, je suis Monsieur Rubens, le titulaire de cette classe. Je te souhaite la bienvenue et j'espère que tu te plairas à St-Clair, engagea-t-il. Puisque tu arrives dans le courant de l'année, fais moi savoir directement si tu as des difficultés avec le cursus, mais dans un premier temps, je propose que tu te présentes au reste de la classe.

- D'accord, répondit-il d'un ton de voix grave. Bonjour à tous, je m'appelle Louis Kibé.

- Tu ne veux pas nous en dire un peu plus ? demanda le professeur face à son silence. Qu'est-ce que tu aimes faire en dehors de l'école ? Peut-être te trouvera-t-on des points communs avec un ou deux de nos amis ici.

- J'aime un peu de tout, du sport à la lecture, je n'ai pas vraiment de préférence, dit-il vaguement.

- Je vois, alors tu peux aller t'asseoir, je suis désolé il n'y a plus beaucoup de place, répondit-il en désignant un siège au fond. Chuck, vu que tu es le délégué, je compte sur toi pour le guider.

- Comptez sur moi, répondit-il en regardant Louis de haut en bas qui prenait place.

Durant toute la matinée, l’ensemble de la classe et tout particulièrement les filles, passèrent leur temps à observer le nouveau venu. Son matériel était neuf, et il tenait son stylo d'une manière élégante. Le professeur l'avait interpellé plusieurs fois au sujet de la matière, mais il semblait être à jour et particulièrement concentré sur le tableau.

J'avais la nette impression que Chuck se sentait menacé par sa présence, car même Blear se retourna subtilement pour admirer son beau minois.

- Il est craquant non ? chuchota Katerina qui mordillait son bic.

- Tu trouves ? lui répondit Alicia en penchant sa tête comme pour le regarder sous un autre angle, et qu'est-ce que ça peut te faire dis dont ! Tu as Elliot ! s'exclama-t-elle en mettant une claque sur la main de son amie.

- Il n'est pas comparable à Elliot, rougit-elle, mais tu avoueras qu'il est mignon non ? Et je crois que je ne suis pas la seule à le penser, fit-elle en montrant d'autres filles qui rêvaient éveillées.

- Bon c’est vrai qu’il est pas mal, mais comparer aux garçons de notre bande…

- Oh je crois qu’il se vaut, dit la fille devant nous qui gloussait avec sa voisine.

Personne n’osa réellement l’approcher durant la première pause, le professeur lui avait seulement indiqué à qui il pouvait demander de l’aide s’il en ressentait le besoin. C’est là que plusieurs d’entre nous tentèrent de se présenter, et il n’était pas assez expressif pour savoir si cet engouement à son égard lui faisait plaisir.

À la pause du midi, Chuck prit son rôle à cœur et se présenta au nouveau. Alicia et moi restions en retrait et passions chacun notre tête derrière une de ses épaules.

- Louis c’est ça ? Je suis Chuck Ibiss, dit-il en lui tendant sa main, délégué de cette classe et président des délégués des troisièmes années. C’est dommage que tu ne sois pas arrivé plus tôt, tu as loupé le voyage aux Canaries que nous avons organisés avec le conseil.

- Enchanté, répondit-il en acceptant sa poignée de main.

- Voici Dossan et Alicia, je propose qu’ils nous accompagnent pendant la visite de l’école. Tu as pris de quoi manger ? Sinon j’irais à l’essentiel.

- Est-ce que c’est nécessaire ? demanda-t-il d’un air suspicieux.

- L’école est gigantesque, tu en auras besoin, dis-je pour faire le premier pas.

- Et c’est bien plus marrant à plusieurs ! s’exclama Alicia en lui faisant un sourire.

Il se résolut à nous suivre et rangea ses affaires dans son sac en cuir presque à contre cœur. Nous levions tous les trois légèrement les yeux lorsqu’il se leva. Je vis Alicia faire un pas en arrière, surprise par sa taille. Son corps mince n’avait pas laissé deviner qu’ils nous dépassaient presque tous d’une tête.

Pendant le tour de l’école, Chuck se tenait particulièrement droit et s’exprimait presque comme les guides des musées que nous avions visités durant le voyage. Nous commencions par notre étage, et la salle des délégués. Vint ensuite la salle des professeurs et le bâtiment consacré à la direction et au secrétariat qu’il avait déjà vu à son arrivé. Puis nous lui montrions la bibliothèque et la salle d’étude. Suivi de l’auditorium en lui expliquant que c’est là que se déroulait toutes les réunions importantes et les spectacles de fin d’années. Nous n’étions pas montés à l’étage où se trouvait les locaux de danses et d’audio-enregistrement. Il n’eut une pointe d’intérêt que lorsque nous arrivions au gigantesque gymnase, et quand il tenta d’imaginer la piscine en sous terrain en dessous de celui-ci. Chuck appuya sur le fait que l’école favorisait la pratique d’un sport ou d’une activité intellectuelle, musical. À ce moment-là nous partagions un regard complice avec Alicia, insinuant que ce n’était pas notre cas. Il leva simplement les sourcils en gardant les mains croisées dans son dos, regardant au loin les terrains de foot et de tennis. Nous finîmes par le réfectoire car il était l’heure de manger. Des têtes n’arrêtaient pas de se tourner pour nous regarder à travers les grandes baies vitrées, pendant que Chuck lui expliquait que les “grands” mangeait à l’étage. Alicia chassait les trop curieux en usant de son tempérament de feu, et je m’impressionnais du fait qu’il n’avait pas l’air déstabilisé.

- Et on a fini, si tu as besoin de quoi que ce soit nous sommes là, conclus-je en voyant qu’Alicia perdait patience à cause de sa faim.

- Pour la visite oui, mais il y à autre chose, ajouta Chuck. Tu dois savoir exactement qui je suis, et qui sont les Richess n’est-ce pas ?

- C’est exact, acquiesça-t-il.

- Alors tu dois savoir que nous ne sommes pas censé nous fréquentés ? Les autres élèves ici n’ont pas eu besoin que je leur rappelle, sauf pour certains, grogna-t-il, mais puisque tu es nouveau ça me semble nécessaire. Depuis qu’Alicia et Dossan sont arrivés cette année, on peut dire que nous sommes devenus très proches avec les autres Richess et certains d’entre eux sortent ensemble…

- Chuck je ne sais pas si ça vaut vraiment la peine, le coupais-je.

- Au contraire, c’est essentiel, dit-il sèchement. Nous n’en parlons pas mais tout risque de prendre fin lorsque nous aurons dix-sept ans, qui sait, leva-t-il les yeux au ciel. En attendant, tout le monde s’entend pour nous laisser tranquille jusque-là, comme un accord tacite tu vois ? Il n’est donc pas question que j’apprenne que des parents ont découvert notre petit secret, et encore moins les notres. Autrement, je trouverais qui a vendu la mèche et je peux dire que nous avons assez de pouvoir à nous tous pour prévoir une vengeance à la hauteur de ce qui nous aura été infligé, tu comprends ? demanda-t-il d’un doux ton de voix qui n’allait pas de paire avec son regard enflammé.

- En gros, fais gaffe à ce que tu dis, sinon on te botte les fesses, c’est ça le message Chuck ? Non mais vraiment, tu t’inquiètes trop, c’est quand qu’on mange là ?

- C’est très sérieux Alicia !

- Je sais, je sais, mais ça sert à rien de l’intimider non plus...

- Donc si je comprends bien, nous coupa-t-il, c’est une menace ? fit-il en levant un sourcil, où je me ferais renvoyer de l’école sans raison apparente ?

- Simplement un avertissement, et si c’est ce qui te fais peur, répondit Chuck en faisant exprès de ne pas terminer sa phrase.

- Bien reçu, dit-il en fixant Chuck d’un air impassible.

- Eh bien, alors on peut être ami, sourit-il en lui faisant une tape sur l’épaule.

- Tu manges avec nous ? demanda Alicia dont le ventre grognait.

- Bonne idée, ce n’est jamais drôle les premiers jours alors…

- Je préfère que vous le sachiez, et ce n’est ni une menace ni un avertissement, plutôt un conseil, nous coupa-t-il en appuyant bien sur ses derniers mots. Je vous remercie pour la petite visite, mais je ne suis pas ici pour me faire des amis. Sur ce, je vais manger mon repas.

Il nous quitta d’un signe de tête qui signifiait plutôt un “au revoir” que “à tout à l’heure”. Je sentis l’agacement monté chez Chuck, qui mit ses mains dans ses poches, en regardant sa silhouette s’engouffrée dans le réfectoire et constatant qu’il attirait toute l’attention.

- J’ai été trop intimidant ? réfléchit-il à haute voix.

- Aucune idée, mais il ment, dit Alicia.

- Je suis d'accord, on dirait une façade, acquiesçais-je.

- Si vous comptez courir après ce gars, faite en sorte qu'il devienne plus poli.

- Je n'ai jamais dit…

- Pas toi, mais je connais ce regard, fit-il en faisant un signe de tête vers Alicia.

En effet, elle qui n'avait montré aucun intérêt pour Louis jusqu'ici, le fixait intensément. Et j’avais au fond de moi la même envie d’en connaitre un peu plus sur cette personne.

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Elle - tout le plaisir est pour moi. Et j'espère que tu reviendra vite.

Il- Ne t'inquiète pas, l'escalade c'est passionnant.



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hersen



L'attente glissait aussi paisiblement sur l'esprit du guerrier que l'eau dans le ruisseau. Il suivait les sons venant du faré, les imprécations et le bruit du pilon dans le mortier. Il avait su vaincre et le reste était secondaire. Assis sur un caillou, il était chez lui, il se sentait vibrer pour sa Terre. Tout ce qu'il a fait, il l'a fait pour les siens, pour être un brave. Et pour manger. Des années de sécheresse avaient réduit les vivres. L'arbre à pain dépérissait et il fallait agrandir le territoire, s'approprier la vallée sur l'autre versant de l'île volcanique.
Ce n'est pas lui qui a ramassé les noix de bancoulier dont on tirerait l'encre, après les avoir calcinées. Il fallait des mains aux pouvoirs sacrés pour transmettre au liquide tinctorial les qualités honorant celui qui les recevrait.
La peau brune habillant des muscles colossaux frissonnait de temps à autre sous cette force mal contenue. Le guerrier revivait son combat. Il revoyait son ennemi en face, avec dans le regard la même détermination que la sienne, la même bravoure. Une seule des deux lances atteindrait son but, c'était la loi pour pouvoir rentrer au village plein de gloire et apporter ainsi la promesse de nourriture pour le peuple. Il a failli tout perdre, décontenancé, à l'instant où il avait entendu son frère hurlant s'élancer sur un adversaire et retomber net, le crâne fracassé. L'ombre sur la victoire. Alors il avait rugi, transmettant la douleur de la perte de son frère aimé à la pierre effilée de son arme.
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Les hommes, vieux, nus à l'exception d'un pagne de tapa, tissu végétal, sortaient enfin du faré, l'un d'entre eux tenant haut un bol fait du crâne d'un animal. Leur nudité étalait au grand jour leurs tatouages qui, au fil des ans, prenaient des reflets verdâtres. Leurs actes valeureux étaient inscrits et chacun respectait ces marques. Le guerrier se leva et les salua. Rien en cet instant n'était plus précieux sur l'île que le contenu de ce bol, une encre produite par la terre nourricière et qui avait reçu les paroles sacrées.
On fit asseoir le vainqueur nu sur un gros caillou et les sages l'entourèrent. Pendant que l'encre végétale était étalée sur la peau dorée de l'homme imposant, les voix masculines psalmodiaient et le tatoueur, le seul habilité à marquer les peaux des signes de la bravoure, commença à enfoncer une dent de requin acérée, puis encore et encore répéta son geste, patiemment. Le tatouage s'est dessiné sur la peau au fil des chants ininterrompus lentement, jusqu'à la tombée du jour. Une marque indélébile qui dira à tous combien il s'est battu pour les siens.
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-oh la vache ! Fais un selfie !
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