Chapitre 5 : La fureur du lion.

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Le personnel de l’hôtel fut choqué de découvrir Elliot et Katerina trempés de la tête aux pieds, laissant une longue trainée d’eau derrière eux. Ils se séparèrent pour retourner dans leurs chambres respectives d’un signe de main gêné, comme si la frénésie à laquelle ils s’étaient adonnés n’avait jamais existé. Le roux triompha, défonçant presque la porte de la chambre sur son passage. Chuck leva la tête de son bouquin, intéressé, et je m’étonnais plus raisonnablement de son état.

  • Longue histoire, on a fini dans la piscine et…
  • Aller, dis-nous, s’impatienta Michael.
  • Vous vous êtes embrassés ? demanda Chuck qui s’intéressait soudainement à lui. Ou plus ? ajouta-t-il avec un sourire coquin.
  • Nan, fit-il en le bousculant, on s’est embrassé et c’était…

“Divin” pensa Katerina qui sortait de la salle de bain en pyjama et les cheveux enroulés dans une serviette. Les filles formèrent un rond dans le lit, attendant d es explications, Marry ne tenant plus en place :

  • Raconte-nous tout !
  • C’était comment ? demanda Eglantine, serrant un coussin dans ses bras.
  • Il embrasse bien ? poursuivit Blear.
  • Ça les filles, ça veut dire oui ! s'exclama Marry en constatant son visage rouge.
  • Il est plutôt entreprenant oui, bafouilla-t-elle.
  • Entreprenant ?? Ouh… alors… vous avez fait autre chose ? supposa Alicia.
  • Non ! Mais il était très…
  • Sauvage ? gloussa Marry.
  • Oui, rougit-elle, très.
  • Je le savais ! C'est un dominateur ce mec, bingo Elliot ! s'écria-t-elle.
  • Et donc maintenant, vous sortez ensemble ? demanda prudemment Eglantine.

Elliot répondit à la même question, un peu déçu. Elle n'était pas prête à se lancer dans cette relation et il pensait qu'il lui fallait du temps, mais ce qui était certains, c'est que l'alchimie entre eux était réelle.

  • Mais pourquoi ? s'étonna Alicia.
  • Nous sommes des Richess, lui rappela Blear d'un ton sérieux.
  • Je sais que vous ne pouvez pas vous fréquenter, mais regarde Eglantine et Michael...
  • C'est vrai, je ne le regrette pas, même si parfois j'ai peur de l'avenir, au moins j'aurais pu vivre cette aventure dans ma vie.
  • Je ne sais pas si je le supporterais et si je m'attache trop ? Puis, je ne sais même pas s’il est sérieux.
  • Je te conseille de vivre cette histoire, la suite on verra, dit son amie en lui prenant la main.
  • Elle a raison, acquiesça Alicia, ce n’est pas la même chose, mais quand ma mère est décédée, j’ai eu tellement de regrets, expliqua-t-elle d’une mine triste. Tu devrais en profiter tant que tu le peux.
  • Je sais mais, je lui ai dit qu’il me fallait du temps... Comment je lui fais savoir que je suis prête ?
  • En le faisant craquer ma chérie, prends les devants ! gloussa Marry.
  • Je regrette tellement, j'aurais dû profiter de l’occasion pour lui dire que je l’aime…

Les filles devinrent soudainement hystériques à cette révélation. Elles attrapèrent Katerina tour à tour, sautant dans tous les sens. Blear leur dit de se taire, mais le bruit avait déjà atteint nos professeurs. L’un d’eux se hâta de les renvoyer dans leurs lits respectifs. L’adrénaline les empêcha de s’endormir rapidement malgré l’heure tardive.

  • Il est temps qu’on aille dormir, bailla Michael.
  • Retournons à la chambre, dit alors Elliot qui avait également prit une douche entre temps.
  • Tu sais ce que tu vas faire pour Katerina ? demandais-je avant qu’il parte.
  • Je ne sais pas, comme d’habitude non ?
  • Maintenant que vous vous êtes embrassés, tu devrais être un peu moins tactile non ? Il lui faut le temps de comprendre ce qu’elle ressent, alors si tu traînes dans ses pattes, ça s’annonce mal, expliqua Chuck.
  • Écoutez-moi ce docteur lover, si je m’éloigne, ce sera étrange…
  • Ce n’est pas ce que j’ai dit, sois présent, mais laisse-lui de l’espace, et tu verras qu’elle viendra d’elle-même, répondit-il en le menaçant avec son bouquin.
  • Allez d’accord, rit-il en levant les yeux aux ciels, bonne-nuit les gars.

***

Le petit déjeuner du lendemain se déroula dans une ambiance particulière, entre nous qui faisions semblant de rien, et les deux tourtereaux qui se dévoraient des yeux sans savoir quoi dire.

Elle s'améliora considérablement durant la visite du grand aquarium. C’était la première fois que je voyais autant de poissons, des petits, des gros, de toutes les couleurs. L’intérieur du bâtiment était gigantesque, sombre pour nous plonger dans l’atmosphère et les animaux circulaient même au-dessus de notre tête. J’avais l’impression d’être au cœur de l’océan, d’être l’un des leurs. Je passais la plupart de la visite avec Alicia à mon bras, elle avait toujours une remarque drôle à faire et je me fendis de rire lorsqu’elle annonça que ça lui donnait faim.

Nous avancions dans une salle où le décor se voulait sinistre et abyssal. On entendit un cri strident sous l’effet des grandes ombres qui longeaient les parois de verre : les requins semblaient fasciner Chuck.

  • Tu te sens dans ton élément ? ricana Marry.
  • Tu es autant un requin que moi, chérie, répondit-il en lui lançant un baiser volant.
  • C’est bien vrai, gloussa Blear qui passait derrière eux.

Nous entrâmes ensuite dans une pièce ronde, tout aussi sombre, au milieu de laquelle résidait un énorme cylindre qui montait jusqu’au plafond. D’autre tubes plus petits sortaient du sol et rayonnaient dans des couleurs multicolores. Les bêtes en leur sein ressemblaient à des champignons blancs qui flottaient sur place. Eglantine s'émerveillait devant les petites créatures électriques. Comment les méduses pouvaient-elles être aussi dangereuses et mignonnes à la fois ? Nous passions devant chaque tube qui contenait, selon l’écriteau, une race différente, mais je ne voyais pas bien la différence. En quittant la salle, je vis Katerina trainer derrière nous et Elliot s’approcher furtivement alors qu’elle avançait son visage au devant la vitre. Il l’imita et lui fit un sourire en coin tandis qu'il glissait son index jusque dans le creux de sa main pour lui faire une caresse. Alors qu’elle tentait de répondre en y entremêlant ses doigts, il la lâcha pour lui dire d’avancer d’un signe de tête.

À la fin de la visite, nous mangeâmes dans un parc à côté de l’aquarium où les professeurs nous annoncèrent une nouvelle qui réjouit l’ensemble d’entre nous. Le reste de la journée consistait en une virée en bateau où nous pourrions observer les dauphins, et en une petite fête improvisée par nos soins dans un local annexe de l'hôtel.

Ainsi, nous nous éloignions du centre pour débuter cette balade en mer. Le bateau était spacieux, et nous pouvions commander de quoi se rafraichir. J’avais toujours un paquet de cartes dans mon sac à dos, avec lequel nous jouâmes quelques parties sur le pont. Nos professeurs avaient joué la carte de la surprise et je m’impressionnais du fait qu’ils avaient privatisé le bateau uniquement pour nous. C’est donc à cela que ressemblait un voyage de luxe pour une école de luxe.

Plus tard, les filles s’étaient regroupées au devant du pont et parlaient “fille” en sondant l’horizon. Elliot connaissait du monde et discutait avec d’autres gars qui jouaient au basket avec lui. Quelques filles lui tournaient autour et l’une d’elles le saisit par le bras en voyant des dauphins sauter au loin.

Ils bondissaient hors de l’eau et se rapprochaient à toute vitesse du bateau qui lui ralentissait. Le personnel arriva avec des seaux remplis de poissons et les secoua au-dessus des mammifères gris qui ouvraient déjà leurs gueules aux abords du bateau. Elliot tint son amie par la taille alors qu’elle tendait le bras pour donner un anchois au dauphin en dessous d’elle.

Je m’appuyais contre la rambarde pour les regarder de plus près et le visage triste de Katerina m'apparut dans le reflet de l'eau azur. Lorsqu’Elliot tenta une approche, elle se réfugia auprès d’Eglantine qui l’accueillit d’un sourire compatissant.

***

Nous passâmes le reste de l’après-midi à décorer la salle pour la soirée, régler les éclairages et choisir la musique tandis que les professeurs s'occupaient de porter les boissons jusque dans les frigos.

Après le souper, nous remontâmes dans nos chambres pour nous préparer. Nous, les garçons étions armés de nos plus belles chemises et les filles avaient toutes mis des robes d’été colorés, sauf Alicia qui vagabondait en short en jeans et portait un dessus à longues manches moulant. Marry était magnifique et ressemblait à une jonquille dans sa robe dorée. Elle trépignait d’impatience à l’idée de voir Katerina dans la tenue qu’elle lui avait prêté. Celle-ci sortit de la salle de bain serrée dans un bout de tissu rouge.

  • J‘adore ! s’exclama Marry, un petit peu de maquillage et je n’aurais plus rien à redire.
  • Je ne suis pas sûre, je trouve ça joli, mais…
  • Mais quoi ? J’ai fait exprès d’en prendre une pas trop courte, tu es splendide là-dedans, rechigna-t-elle.
  • Pas sur moi, dit-elle en baissant la tête, et puis ça ne vaut pas la peine...
  • Tu t’entends ?! Regarde-toi, s’écria-t-elle en lui montrant son reflet. Ne perds pas confiance en toi simplement parce que tu l’as vu auprès d’autres !
  • Ce n’est pas pour ça !
  • Bien sûr, roula-t-elle des yeux, allez lève la tête, fit-elle en lui attrapant le menton pour lui mettre du gloss sur les lèvres. Voilà, parfait, et que je ne t’entende pas dire que ça ne te va pas, parce que tu es une bombe ! s’exclama-t-elle en lui mettant une claque sur les fesses qui lui arracha tout de même un sourire.
  • Merci Marry, dit-elle sincèrement.
  • Tu me remercieras quand il sera dans tes bras, rétorqua-t-elle en lui montrant son sourire malicieux.

Il était si rare de voir Mademoiselle Katerina Hodaïbi dans une robe qu’en arrivant à la fête tout le monde complimenta sa tenue. Ce que je perçus comme une soudaine timidité de la part d’Elliot fut pris comme un manque d’intérêt par la brune. De mauvaise humeur à cause de ses filles qui s’agglutinaient autour de lui, Alicia dut user de ses meilleurs atouts pour l’attirer sur la piste de danse, où elle n’hésita pas à se déhancher.

La réserve que j’avais au début de la soirée s’évanouit au fur et à mesure que l'ambiance collective s'échauffait. Je dansais tour à tour avec les filles et allait me servir du punch à plusieurs reprises.

Je tournai la louche dans le bol bien entamé pour me servir un dernier verre et fit de même à l’égard de Katerina qui m’avait tendu le sien. Nous tentions de discuter par-dessus la musique et je lui demandais de répéter à mon oreille. J'eus pour seule réponse son regard agrandi fixé sur Elliot qui s'amusait avec l'une de ses amies. C'était la même fille que sur le bateau, ils dansaient ensemble et se souriaient l'un l'autre. Je déposai ma main dans son dos dans l’espoir de calmer sa colère. Sur quoi, elle sembla avoir une illumination et articula quelque chose que je ne compris pas. Elle avança son visage vers moi et le répéta encore une fois :

  • Embrasse-moi, cria-t-elle.
  • Quoi ? lâchais-je en pensant avoir mal entendu.

Je pus presque l'entendre grogner avant qu'elle n'attrape mon visage entre ses deux mains. Le goût fruité sur ses lèvres charnues s'étala sur les miennes, ce qui, à ma grande surprise, me plut moins que je l'aurais imaginé. La surprise et l'amitié que je lui témoignais jouaient en ce sens. En ouvrant les yeux, je tombais sur ses paupières ténébreuses qui battaient pour s'ouvrir sur ses prunelles de biches.

J'eus alors à peine le temps de penser "Elliot" que je sentis une force monstre me propulser contre le mur derrière moi. Sa gigantesque main avec laquelle il avait l'habitude d'attraper le ballon entoura d'abord mon cou et vint ensuite se réfugier auprès de l'autre qui agrippait le col de ma chemise.

  • Je peux savoir ce que tu fous ?! hurla-t-il à deux centimètres de mon visage.

Je restais figé de terreur face à son visage furieux, jurant que ses crocs par-dessous ses lèvres pouvaient me tailler en pièces. Je me sentis pitoyable à tenter désespérément de me défaire de son emprise. Les petites étoiles noires que j'avais l'habitude de voir lorsque mon père me frappait vinrent danser au-dessus de ma tête.

  • Lâche-le ! cria Katerina.
  • Qu'il aille se faire voir, pour qui il se prend… Enfoiré !
  • C'est moi qui l'ai embrassé !
  • Quoi ? s'interloqua-t-il en desserrant ses poings.

La musique battait un peu moins fort et un attroupement se créa autour de la dispute. Je vis Chuck courir dans notre direction. Il prit ma défense, tandis que les filles tentaient de calmer le jeu. Leurs cris m'apparurent de moins en moins forts, étouffés. À l'inverse, j'entendais mon cœur cogner dans ma poitrine et dans mes tempes. C'était si douloureux que j'en devins fébrile, tremblant, mon corps se laissant tomber le long du mur. J'attrapais ma tête, et me repliais sur moi-même, dans une tentative vaine de calmer ma respiration qui grandissait au gré de leurs plaintes.

  • STOP !! hurlais-je. Arrêtez ça, par pitié, suppliais-je encore, déconfit et en sueur.
  • Dossan ça va pas ? demanda Alicia inquiète en passant une main sur mon visage glacial.
  • Bien sûr que ça ne va pas, fit Chuck.
  • Qu'est-ce qu'il a ? fit Elliot d'un ton dédaigneux qui laissait transparaître une pointe d'inquiétude, c'est pas le moment de jouer aux victimes…

Chuck qui ne perdait jamais son sang froid, l’empoigna si fort que la table derrière lui s’effondra sous son poids. Ce dernier, riposta rapidement et eut plus de mal à le maitriser que moi. Les deux exerçaient un contrôle identique sur l’autre et se tenaient tête. Je ne supportais pas voir mes deux amis emplis de colère, comme il l’était lui dans ses moments de folie.

  • C’est bon, c’est pas comme si je n’avais pas l’habitude, dis-je pitoyablement. Elliot, je suis désolé, je n’ai pas voulu ça, ajoutais-je en le regardant dans les yeux avec peine.
  • Non ça ne va pas, il n’est pas en position de s’en prendre à toi…
  • Je peux savoir de quoi vous parlez ? J’en ai marre de vos secrets, grogna le roux.
  • Et moi j’en ai marre de vos disputes ! s’exclama un professeur, je veux que vous retourniez dans vos chambres, tout de suite ! ajouta-t-il en voyant que personne ne bougeait.

Ce dernier nous raccompagna jusque dans nos chambres veillant à ce que nous ne nous arrêtions pas sur le chemin pour reprendre les hostilités. J’osais à peine regarder Michael et Elliot qui s’engouffrèrent dans leur piaule. Ma main tremblait toujours en saisissant la poignée, je sentis les larmes monter et refrénait cette envie de pleurer pour disparaitre à mon tour.

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Il- Ne t'inquiète pas, l'escalade c'est passionnant.



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L'attente glissait aussi paisiblement sur l'esprit du guerrier que l'eau dans le ruisseau. Il suivait les sons venant du faré, les imprécations et le bruit du pilon dans le mortier. Il avait su vaincre et le reste était secondaire. Assis sur un caillou, il était chez lui, il se sentait vibrer pour sa Terre. Tout ce qu'il a fait, il l'a fait pour les siens, pour être un brave. Et pour manger. Des années de sécheresse avaient réduit les vivres. L'arbre à pain dépérissait et il fallait agrandir le territoire, s'approprier la vallée sur l'autre versant de l'île volcanique.
Ce n'est pas lui qui a ramassé les noix de bancoulier dont on tirerait l'encre, après les avoir calcinées. Il fallait des mains aux pouvoirs sacrés pour transmettre au liquide tinctorial les qualités honorant celui qui les recevrait.
La peau brune habillant des muscles colossaux frissonnait de temps à autre sous cette force mal contenue. Le guerrier revivait son combat. Il revoyait son ennemi en face, avec dans le regard la même détermination que la sienne, la même bravoure. Une seule des deux lances atteindrait son but, c'était la loi pour pouvoir rentrer au village plein de gloire et apporter ainsi la promesse de nourriture pour le peuple. Il a failli tout perdre, décontenancé, à l'instant où il avait entendu son frère hurlant s'élancer sur un adversaire et retomber net, le crâne fracassé. L'ombre sur la victoire. Alors il avait rugi, transmettant la douleur de la perte de son frère aimé à la pierre effilée de son arme.
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Les hommes, vieux, nus à l'exception d'un pagne de tapa, tissu végétal, sortaient enfin du faré, l'un d'entre eux tenant haut un bol fait du crâne d'un animal. Leur nudité étalait au grand jour leurs tatouages qui, au fil des ans, prenaient des reflets verdâtres. Leurs actes valeureux étaient inscrits et chacun respectait ces marques. Le guerrier se leva et les salua. Rien en cet instant n'était plus précieux sur l'île que le contenu de ce bol, une encre produite par la terre nourricière et qui avait reçu les paroles sacrées.
On fit asseoir le vainqueur nu sur un gros caillou et les sages l'entourèrent. Pendant que l'encre végétale était étalée sur la peau dorée de l'homme imposant, les voix masculines psalmodiaient et le tatoueur, le seul habilité à marquer les peaux des signes de la bravoure, commença à enfoncer une dent de requin acérée, puis encore et encore répéta son geste, patiemment. Le tatouage s'est dessiné sur la peau au fil des chants ininterrompus lentement, jusqu'à la tombée du jour. Une marque indélébile qui dira à tous combien il s'est battu pour les siens.
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