Chapitre 1 : Le début d'une aventure.

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Ma mère portait ma valise à bout de bras, larmoyante, et grignotant ses lèvres à mesure que le temps avançait. Je lui pris des mains le sac bien trop lourd pour elle, ce à quoi elle répondit par une ferme étreinte.

- Mon petit corbeau, me glissa-t-elle au creux de l'oreille.

Ses doigts s'entremêlèrent à ma tignasse aussi ébouriffée et noire que le plumage de l'animal. J'étais son petit oiseau, son protégé, et l'idée de me voir prendre mon envol lui brisait et lui réchauffait à la fois le cœur. C'est vrai, je quittais le nid familial, du moins pour quelques jours. Huit jours pour être précis, le temps d'un voyage scolaire aux îles Canaries.

Pari réussi, mon père n'avait pas pu m'empêcher de profiter de ces futures vacances en découvrant mon bulletin scolaire. Mes notes n'étaient "pas si mal" pour un élève boursier qui avait débarqué cinq mois auparavant dans cette école remplie de petits nobles privilégiés. Saint-Clair était un établissement de rêve : "l'école des riches et de l'avenir", fréquentés par les enfants de la haute populace de notre société, avec à la tête de celle-ci, les "Richess". Sept familles pleines aux as dont les différents noms étaient connus de toute la nation, se livrant à une compétition accrue depuis quelques décennies. Leur progéniture (nés la même année) en subissait tous les jours les conséquences, entre une obligation d'enfanter au jeune âge de dix-sept ans et une interdiction de se fréquenter. Cette dernière règle avait été violemment brisée dès mon arrivée à St-Clair. Et bien que mon connard de père aurait souhaité que j'en sois là cause, je n'étais pas celui qui avait fait rompre cette promesse.

Je reconnus le père d'Alicia à travers le pare-brise de la voiture qui entrait sur le parking. Je ne l'avais vu qu'une seule fois, lorsque son effronté de fille avait manqué de se faire renvoyer après une bagarre avec Blear Makes, alias la reine de glace et la première Richess, à qui personne n’osait manquer de respect. Leur petit bolide garé, mon amie et son père à la crinière similairement blonde sortirent de la voiture. Elle m'adressa un grand sourire et leva le bras tout entier pour me faire signe. Une fois armé de son sac à dos, je la vis prendre ma direction à grands pas.

- Alicia ! s'écria une voix derrière elle.

- Oh Chuck ! S'étonna-t-elle. Comment tu vas ? On part enfin aujourd'hui, j'en peux plus je suis trop impatiente !!

- Toujours aussi énergique, répondit-il d'un sourire en coin.

- Dossan est là, allons…

- Non, pas maintenant, fit-il d'un ton plus sérieux, je crois que son père n’est pas prêt à nous recevoir.

Chuck Ibiss, président des délégués des troisièmes années, était le garçon le plus priser du lycée. Un futur businessman qui sous ses grands airs, cachait un cœur en or fait de justice. Il était le seul à savoir pour mon père… À savoir qu’il était violent et colérique, un homme virulent qui bats sa femme et son fils. Empêcher Alicia de venir me voir alors qu'il portait un regard de meurtrier, s'était sa manière de me protéger. Il préférait se tenir à l’écart, et l’invita à visiter sa limousine pour la distraire. C’était un jeune homme, fier et qui accordait importance aux apparences. Il recoiffa ses cheveux aubergine dans le rétroviseur, et offrit un sourire malicieux en direction de son plus grand rival : Elliot Fast. Dragueur, sportif et bien sculpté, le grand roux attirait la sympathie de tous, et même celle de Chuck. Les deux se défiaient sans cesse, s’insultant presque tous les jours, cachant au plus profond d’eux même le respect et l’amitié qu’ils se portaient.

Ce dernier était cependant beaucoup plus proche et presque indissociable de Michael Challen. Avant-dernier dans la hiérarchie, et premier de classe, c’était un gentil garçon. Simple et doux, pratiquant avec précaution l’ironie, ce qui avait conquis son ami. Il vivait un amour interdit avec la tendre Eglantine Akitorishi, une jeune fille d’une intelligence à son égale, gracieuse et enveloppée d’une chevelure argentée.

Les Richess ne pouvaient seulement être en contact que pour des formalités, du moins normalement. Ils feignaient leur amitié, tous dans un coin différent du parking, en compagnie de leur chauffeur ou plus rarement de leurs parents.

Les professeurs attendirent que l’ensemble des élèves soient arrivés pour réceptionner les bagages et procéder une dernière fois au compte. Chaque enfant dit alors au revoir à ses parents avant de se mettre en rang. Ma mère me serra à nouveau fort contre elle, et me supplia de profiter pleinement de ce voyage. Mon père ne prit pas cette peine, il était venu pour faire bonne figure. J’eus un pincement au coeur en tournant la tête une dernière fois pour les voir s’éloigner.

Un peu plus loin dans la file, j’aperçus deux silhouettes féminines, l’une dont les boucles d’or s’étendait à perte de vue et l’autre doté de long cheveux brun foncé. C’était Marry Stein et Katerina Hodaibi, elles se chamaillaient en silence. La première était particulièrement chargée, deux grosses valises en velours sévissait à ses pieds.

- Je voudrais pas être celle qui partage ta chambre, murmura la deuxième, tu avais besoin de prendre autant ?

- Bien sûr, j’ai pris tous le nécessaire !

- Un maillot pour chaque jour c’est ça ? pestiféra-t-elle sur un ton sarcastique.

- Tu ne sais pas de quoi tu parles, répondit-elle agacée.

Elle semblait effectivement avoir emporté toute sa garde-robe. Marry était la bimbo du lycée, une ancienne méchante qui portait un lourd fardeau commun avec Eglantine. Son ex-petit ami avait perdu la vie en voulant sauver cette dernière, une longue histoire dont la fin avait viré au happy-end grâce à Alicia. Katerina n'était pas aussi extravagante, elle était réservé et pragmatique, en tout point son opposé.

Je les entendis se bagarrer jusqu'à ce qu'elles disparaissent dans le bus l'une après l'autre. Je fis de même après que le chauffeur ait envoyé valser mon bagage dans la soute. Le professeur me compta comme le numéro “Dix-sept - Dossan Dan’s”. En entrant, je découvris un bus luxueux dont les fauteuils appelait mon manque de sommeil. Les filles avaient pris les places du fond, et étaler leur affaire sur les banquettes de trois pour que l’on puisse tous être ensemble. Chuck nous suivait de prêt et me lança un clin d'œil avant de se lancer dans le siège à côté de Marry.

- Je peux savoir ce que tu fais, s’offusqua-t-elle.

- Trois petites heures en ma compagnie, est-ce que tu y survivras ? Ricana-t-il.

- Par pitié Chuck, ne te mets pas à côté d’elle, je ne supporterais pas vos bagarres durant tout le voyage, râla Katerina.

- Ne t’inquiètes pas chérie, je serais là pour te détendre, dit Elliot qui venait d’arriver.

- C’est pas vrai, souffla-t-elle.

- Elliot bouge ! S’exclama Alicia dont la tête apparut de derrière son épaule, ça dérange si je me mets du côté fenêtre ?

- Non vas-y, dis-je en lui laissant la place.

Tandis qu’Alicia s’installait, Chuck revint se placer à mes côtés, j’avais mes deux meilleurs acolytes de part et d’autres. Elle insista pour que Blear s’installe devant elle, Marry se mit donc sur la banquette en face. Eglantine et Katerina discutaient avec elles sur les autres sièges, tandis qu’Elliot et Michael faisait de même.

Le bus démarra à six-heures tapante, nous en avions pour trois heures de trajet pour arriver à l’aéroport. L’avion démarrait à midi, c’était une première pour moi, et ce voyage aussi. Très vite le chahut disparu pour laisser place à quelques ronflements, nous étions tous très fatigués. La tête d’Alicia glissait sur mon épaule, et Chuck dormait les bras croisés depuis un moment déjà, ils l’étaient tous sauf moi. Blear avait laissé son appareil photo jetable sur la plaquette entre nous. Je n’étais pas du genre à emprunter les affaires des autres sans leur demander, mais je devais immortaliser ce moment. Après avoir pris quelques photos compromettantes, je le remis en place comme si de rien était et retourna à mes moutons. Je les comptais en vain pour m’endormir à mon tour, mais j’étais bien trop excitée à l’idée de partager cette aventure en leur compagnie.

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Ce n'était pas la première fois qu'elle lui proposais de l'accompagner, il avait toujours refusé prétextant que ce n'était pas sa tasse de thé

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C'était une habituée tandis que lui était méfiant mais son hésitation montait un peut plus au fils des rencontre et il s'avait bien malgré lui que ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne s'essaye à la "pratique"

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Elle -bon c'est non négociable! tu viens avec moi!

Il avait eu beau refusé elle l'avait entrainer au fils des ruelle jusqu'à arriver au dit lieu.

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Et alors qu'ils sortaient elle lui demanda.

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Il - oui merci. J'aurrais jamais si tu ne m'avais pas poussé. Merci de m'avoir innitié?

Elle - tout le plaisir est pour moi. Et j'espère que tu reviendra vite.

Il- Ne t'inquiète pas, l'escalade c'est passionnant.



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L'attente glissait aussi paisiblement sur l'esprit du guerrier que l'eau dans le ruisseau. Il suivait les sons venant du faré, les imprécations et le bruit du pilon dans le mortier. Il avait su vaincre et le reste était secondaire. Assis sur un caillou, il était chez lui, il se sentait vibrer pour sa Terre. Tout ce qu'il a fait, il l'a fait pour les siens, pour être un brave. Et pour manger. Des années de sécheresse avaient réduit les vivres. L'arbre à pain dépérissait et il fallait agrandir le territoire, s'approprier la vallée sur l'autre versant de l'île volcanique.
Ce n'est pas lui qui a ramassé les noix de bancoulier dont on tirerait l'encre, après les avoir calcinées. Il fallait des mains aux pouvoirs sacrés pour transmettre au liquide tinctorial les qualités honorant celui qui les recevrait.
La peau brune habillant des muscles colossaux frissonnait de temps à autre sous cette force mal contenue. Le guerrier revivait son combat. Il revoyait son ennemi en face, avec dans le regard la même détermination que la sienne, la même bravoure. Une seule des deux lances atteindrait son but, c'était la loi pour pouvoir rentrer au village plein de gloire et apporter ainsi la promesse de nourriture pour le peuple. Il a failli tout perdre, décontenancé, à l'instant où il avait entendu son frère hurlant s'élancer sur un adversaire et retomber net, le crâne fracassé. L'ombre sur la victoire. Alors il avait rugi, transmettant la douleur de la perte de son frère aimé à la pierre effilée de son arme.
Ce fut le massacre.
Les hommes, vieux, nus à l'exception d'un pagne de tapa, tissu végétal, sortaient enfin du faré, l'un d'entre eux tenant haut un bol fait du crâne d'un animal. Leur nudité étalait au grand jour leurs tatouages qui, au fil des ans, prenaient des reflets verdâtres. Leurs actes valeureux étaient inscrits et chacun respectait ces marques. Le guerrier se leva et les salua. Rien en cet instant n'était plus précieux sur l'île que le contenu de ce bol, une encre produite par la terre nourricière et qui avait reçu les paroles sacrées.
On fit asseoir le vainqueur nu sur un gros caillou et les sages l'entourèrent. Pendant que l'encre végétale était étalée sur la peau dorée de l'homme imposant, les voix masculines psalmodiaient et le tatoueur, le seul habilité à marquer les peaux des signes de la bravoure, commença à enfoncer une dent de requin acérée, puis encore et encore répéta son geste, patiemment. Le tatouage s'est dessiné sur la peau au fil des chants ininterrompus lentement, jusqu'à la tombée du jour. Une marque indélébile qui dira à tous combien il s'est battu pour les siens.
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-Eh, Paul, t'as vu là-bas la cahute ? Y a un mec, il te fait des supers tatouages, regarde celui que j'ai !
-oh la vache ! Fais un selfie !
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