Les yeux noirs

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Trois jours plus tôt

- Ne vous interposez pas, Docteur, et il ne vous sera fait aucun mal, assure l’homme d’une voix grave et posée.

Sa carrure charpentée, ses longs cheveux bruns et ses yeux noirs parlent pour lui : nul doute qu’il ira au bout de son projet, quoi qu’il en coûte. On sent en lui le meneur, celui qu’on écoute sans broncher. Le médecin le respecte pour ça, il sait qu’il n’y aura pas d’entourloupe, les choses sont dites clairement, la balle est maintenant dans son camp : le laisser passer avec ses hommes ou bien l’en empêcher. Le docteur n’est pas un poltron, mais il sait que c’est un combat perdu d’avance, et le vieillard est mort, alors à quoi bon ? Ça n’aurait pas de sens… L’équipe de nuit est en nombre restreint, et il ne veut pas les mêler à ça, c’est à lui de prendre cette décision.

Il fait un pas de côté dans le couloir sans un mot, soutenant le regard de son adversaire tout en s’effaçant. Ce dernier fait un bref signe de la main à ses hommes pour qu’ils passent devant.

- Merci, Docteur.

Il marque une pause et reprend :

- Pour ça et pour tout ce que vous avez fait pour lui.

- Vous savez que je suis dans l’obligation de prévenir la Police, quand même…

- Faites ce que vous avez à faire, Docteur.

Il lui adresse un hochement de tête, puis s’éloigne à son tour pour rejoindre ses camarades au bout du couloir du service de réanimation, vers la sortie.

Dans les bras de l’un d’eux, recroquevillé, un corps mort gît.

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Trois jours plus tard

Des pleurs et des lamentations s’élèvent vers le ciel étoilé. Hommes, femmes et enfants gravitent autour d’une caravane décorée dans laquelle trône un cercueil empli d’une guitare et de petits présents. La nuit, parée de centaines de bougies, brille comme un diamant.

De l’essence.

Une torche.

Un homme de forte stature et aux longs cheveux bruns met le feu à la caravane. Les larmes silencieuses éteignent un instant la braise de ses yeux tandis que les crépitements emportent au loin le « mulo* » de son défunt père.

*l'âme

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